L’action directe tout autant que la volonté gouvernementale ne sont qu’incantations. Politiques, chefs d’entreprise ou ménages, nous sommes tous prisonnier d’une mégastructure qu’on ne peut modifier qu’à la marge.
Le pouvoir véritable en effet n’est ni dans les assemblées politiques, ni parmi les dirigeants des entreprises, encore moins dans la rue, le pouvoir est celui de l’état de nos infrastructures matérielles et superstructures organisationnelles à un moment donné. Prenons un exemple, mais on pourrait faire le même genre de raisonnement sur le transport aérien ou la prépondérance du numérique dans l’organisation sociale. La voiture comme consommation de masse n’est qu’un centenaire, à partir de la Ford T en 1908. A l’époque, il n’y avait en France que 1672 voitures, aujourd’hui n compte 39,7 millions de voitures particulières en circulation au 1er janvier 2025 et 1,4 à 1,5 milliard de véhicules à moteur (voitures, camions et bus) au niveau mondial. L’invention de l’automobile a incité à multiplier les voies, ce qui a favorisé l’achat d’automobiles, d’où la construction d’autoroutes, la mondialisation du complexe pétrolier, la création d’entreprises vouées à l’automobile, l’encadrement par l’État, etc. Au début du XXe siècle, on n’avait pas besoin de voitures, il n’y en avait pas ; aujourd’hui on en a absolument besoin car la possession généralisée de voitures a entraîné l’éloignement du domicile et du lieu de travail, et l’obligation de fréquenter les parkings des centres commerciaux.
– Mettre à bas cette structure socio-économique ne peut pas être pensé aujourd’hui, il n’y a pas d’acceptation possible d’un dévoiturage, le gouvernement ne peut que proposer de remplacer les véhicules thermiques par des électriques.
– Les grandes marches pour le climat ne disent rien de comment faire diminuer réellement nos émissions de gaz à effet de serre et les déclarations politiques ne sont que des effets de manche.
– Les seules prémices d’une remise en question des infrastructures sont issues du mouvement de contestation des grands travaux inutiles et imposés : le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, les lignes à grande vitesse, le Stade des Lumières, la tour Triangle, les incinérateurs géants, les centrales nucléaires de quatrième génération, les projets de méga-centre commerciaux ou l’A69…
Mais tous ces mouvements ne sont que des appels à freiner la sur-structuration de nos sociétés, pas à déstructurer le système thermo-industriel. Alors, que faire? Attendre une mégacrise qui semble inéluctable.
Dans son livre de 1988 sur l’effondrement des sociétés complexes, Joseph A. Tainter avait montré que confrontées à de nouveaux problèmes, les grandes civilisations accroissaient la complexité de leur fonctionnement en investissant plus encore dans les mêmes moyens qui provoquent leur perte. Le gain marginal d’une complexité croissante décline en effet jusqu’à devenir négatif. Alors tout accroissement de la complexité (et de ses coûts) entraîne la diminution des bénéfices sociaux. L’effondrement économique et social est alors probable, celui de l’empire romain par exemple.
Aujourd’hui nous avons créé des systèmes gigantesques et monstrueux qui sont devenus indispensable au maintien des conditions de vie de milliards de personnes. Nous sommes passés en un siècle d’une société de circuits courts à des relations mondialisées où il n’y a plus d’autonomie possible. Le volume du commerce mondial a augmenté de 4 500 % entre 1950 et 2022, chaque humain est devenu complètement dépendant de flux transnationaux. L’omniprésence des complexes sociotechniques a rendu les personnes extrêmement hétéronomes, c’est-à-dire dépourvues des capacités de retrouver quelques îlots d’autonomie. Dans nos sociétés, très peu de gens savent aujourd’hui survivre sans supermarché, sans carte de crédit et sans station-service. Lorsqu’une société devient hors-sol, c’est-à-dire lorsqu’une majorité de ses habitants n’a plus de contact direct avec le système-Terre, la population devient entièrement dépendante de la structure artificielle qui la maintient dans cet état. Si cette structure s’écroule, c’est la survie d’une grande partie de la population qui pourrait ne plus être assurée.
L’effondrement d’une civilisation suréquipée peut être très rapide. Plus le niveau d’interdépendance des infrastructures est élevé, plus de petites perturbations peuvent avoir des conséquences importantes sur l’ensemble. La variation du PIB repose sur des enchaînements qui agissent à la hausse comme à la baisse. Par exemple le multiplicateur de revenu explique en partie la phase d’expansion du cycle, mais aussi la crise. Au niveau financier, le mécanisme est similaire. Lorsque l’économie ralentit, la probabilité d’un remboursement des prêts accordés diminue, entraînant des défauts de paiement et des pertes d’emplois, donc moins de prêts accordés et moins d’argent en circulation. Ce processus s’auto-alimente, et une fois lancé il est très difficile de l’arrêter. Ainsi de la crise des subprimes de 2008. L’économie est aussi très dépendante de la disponibilité des ressources naturelles, en particulier de l’énergie fossile. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. »
En résumé, une mégastructure se trouve toujours à un moment ou un autre confrontée à des méga-chocs. Rappelons la grande crise mondialisée de 1929 suite à un krach boursier, rappelons les premiers chocs pétroliers des années 1970, constatons la fragilité actuelle des approvisionnements de l’Union européenne en énergie ainsi que la volonté croissante des décideurs de faire une pause dans la « transition écologique »…

– « L’action directe tout autant que la volonté gouvernementale ne sont qu’incantations. Politiques, chefs d’entreprise ou ménages, nous sommes tous prisonniers d’une mégastructure qu’on ne peut modifier qu’à la marge. Le pouvoir véritable en effet n’est ni dans les assemblées politiques, ni parmi les dirigeants des entreprises, encore moins dans la rue, le pouvoir est celui de l’état de nos infrastructures matérielles et superstructures organisationnelles à un moment donné. [etc.] »
Certes ! Oui mais… dans ce cas… alors à quoi bon se battre ?
À quoi bon descendre dans la rue, manifester, se prendre des coups de matraques, risquer de se faire éborgner… ou ne serait-ce que dénoncer, s’indigner, signer des pétitions, écrire des tribunes, des articles, des bouquins, des commentaires et j’en passe.
Et sans parler de ces farces démocratiques, les élections et les conventions.
Autrement dit, puisqu’ON ne peut pratiquement rien faire… si ce n’est du vent, au mieux modifier à la marge (sic) quelques petites choses ici et là… ce qui finalement ne change pas grand chose, pour ne pas dire rien … alors autant dire amen, TINA, baisser son pantalon etc.
En tous cas ce n’est pas ce qui se passe, ce qu’ON voit. Ici et là ON se bat.
Sauf qu’ON n’est pas trop nombreux… à résister, s’indigner, se battre, et se «battre», se prendre des coups de matraques, et de «matraques» etc. etc. Et en plus ON se bat d’une manière désordonnée. La grosse pagaille, le grand n’importe quoi !
Ce qui fait que finalement ça ne change rien à rien. Le cercle vicieux.
Et donc ON en revient encore à cette foutue question, qui revient souvent, et que (se) posent ceux qui ont parfaitement conscience du Problème : QUE FAIRE ?
Et à laquelle je réponds : « À chacun sa came, en attendant ! »
En attendant… essayons au moins de mettre des mots sur nos maux. Et tant qu’à faire, les bons mots. Peut-être alors y verrons-nous plus clair. D’autant plus que :
– « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » (Camus)
Les choses… plus exactement un objet, mais bon. Quoi qu’il en soit :
– « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »(Boileau)
Par exemples … cette mégastructure, dont nous sommes tous prisonniers, pourquoi ne pas l’appeler LE SYSTÈME ? Et ce Problème, dont nous ne voyons pas la solution… appelons-le L’ IMPASSE. (à suivre)
LE SYSTÈME : Un machin très compliqué, et toujours plus, dans lequel tout est lié, emmêlé, avec des nœuds de partout. Une énorme usine à gaz, qui pue et qui pollue, et qui ne tient plus qu’avec des bouts de ficelles. Une vieille machine, sensée nous permettre de bien vivre, toujours mieux, toujours plus riches et donc heureux, toujours plus vieux etc. et qui est en train de nous tuer. Une grosse merde quoi.
L’IMPASSE : Une voie sans issue, une souricière, un piège à rats.
Ou à cons peu importe.
Je me revois dans cette rue, sans issue, dans laquelle je m’étais malencontreusement engagé… comme un con. De chaque côté des sens interdits, et des murs ! Et je ne pouvais même pas faire demi-tour, ni marche arrière, misère misère ! C’est bien le cas de le dire, j’étais fait comme un rat.
Eh ben croyez-le ou pas, je m’en suis sorti. Et sans trop de dégâts.
Juste un peu de tôle froissée.
ON va dans le mur. Snif snif et ouin ouin !! Oui c’est bon, ON le sait ! Alors, que faire ?
Il y en a qui croient qu’en accélérant, à fond les manettes, ON devrait pouvoir passer au travers. Bandes d’andouilles va ! Non, comme je le disais encore hier, tout a un début et une fin.
Et donc même les murs. Et donc, si un mur nous emmerde, eh ben il suffit d’attendre qu’il tombe.
Maintenant si ON est pressé… eh ben yaka le Démolir.
Oui mais COMMENT ? qu’ON va me demander. La dynamite… bof c’est pas terrible.
Pas seulement pour le bruit, mais tout connement parce que ça va trop vite.
Aussitôt par terre, ON va le reconstruire. Et encore plus haut et plus solide, ce put’ de mur.
Et alors retour à la case Départ. Nous voilà donc bien avancés. Snif snif et ouin ouin !
Non, ce satané Mur il faut le péter autrement. Je nous propose alors de nous y attaquer petit à petit, lentement, méthodiquement… mais sûrement. En douceur, et profondeur. Une pierre, ou une maille, après l’autre.
Pensons à cette brave bête, dans la fable, dont je parlais il y a quelques jours (je vous laisse chercher). Le rat… ce modèle d’intelligence, de solidarité, de patience etc.
Commençons alors par ces murs qui nous emprisonnent, et qui ne sont que dans nos têtes. Ces croyances, ces idées (reçues) et autres principes (du 16ème siècle) à la con ! Bref, commençons par Décoloniser nos pauvres imaginaires.
Et après ON verra, peut-être… comment sortir de l’impasse.
Sans trop de tôle froissée bien sûr. 🙂
– « Le volume du commerce mondial a augmenté de 4 500 % entre 1950 et 2022 »
Sur cette même période, et ne serait-ce que ces dernières années… ON peut également regarder de combien ont augmenté les grosses fortunes.
Et ON peut aussi comparer avec l’augmentation de la Pop. 🙂
Avec le détroit d’Ormuz bloqué, ce ne sont pas que les carburants qui se voient baisser les quantités disponibles mais aussi les engrais ! Or n’oublions pas que la plupart des surfaces agraires en France sont devenues stériles puisqu’il n’y a plus d’humus, d’ailleurs il n’y a même plus un ver de terre dans ces sols ! Bref, en France plus rien ne pousse sans les engrais et les phosphates importés !!! En plus Trump veut interdire les exportations de gazole aux Usa, or les États Unis sont l’un de nos principaux fournisseurs puisqu’on s’est fâché avec la Russie et les pays d’Afrique.
Autant dire qu’en France, les systèmes sociaux sont plus que compromis et risquent de disparaitre, fini les retraites, les allocations, les soins dits gratuits ainsi que les universités et lycées gratuits.
Tout doucement on y arrive au choix binaire entre le travail ou finir en croque-monsieur pour survivre… Enfin les pays vont entrer en guerre pour tenter d’accéder aux dernières ressources naturelles disponibles, bref le massacre assuré…
Ah, je suis content ! Je vois que t’es pas mort, et que t’es toujours aussi en forme.
En forme de quoi peu importe. Toujours aussi binaire en tous cas.
le Travail ou le Croque-Monsieur… choisis ton camp camarade !
ON va dans le mur. Snif snif et ouin ouin !! Oui c’est bon, ON le sait !
Alors, que faire? Attendre une mégacrise qui semble inéluctable… (sic Biosphère)
Attendre c’est une chose… mais que faire, en attendant ? Et c’est juste ça qu’ON veut savoir ! Autrement dit, c’est quoi ton Remède, hein ?
Ah oui bien sûr mais que je suis bête… le Travail !
Comme quoi toi aussi t’as bien écouté ton maître, et bien retenu la leçon.
Si ce n’est la fable. Disons plutôt cette grosse blague :
– « Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins.
[et patati et patata]
Mais le père fut sage, de leur montrer avant sa mort que le travail est un trésor. »
Dans la glorification du “travail”, dans les infatigables discours de la “bénédiction du travail”, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges des actes impersonnels et d’un intérêt général : la crainte de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail – c’est-à-dire de cette dure activité du matin au soir -, que c’est là la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend à entraver vigoureusement le développement de la raison, des convoitises, des envies d’indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, il retire cette force à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but limité et accorde des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille sans cesse durement jouira d’une plus grande sécurité : et c’est la sécurité que l’on adore maintenant comme divinité suprême. (Aurore)
M. Macron a affirmé le 24 septembre qu’il n’excluait pas de baisser les taxes sur les carburants si l’envolée des tarifs se poursuivait… Il a assuré que le gouvernement continuerait d’agir pour éviter une envolée des prix du carburant… Il a également dit vouloir « éclairer les Français » et leur faire « partager la complexité du réel ». Il a également demandé aux responsables politiques d’être « le plus responsable possible » et de ne pas céder à « la démagogie ».
commentaire : Nous sommes là face au dilemme des politiciens, faire partager la complexité du réel à l’heure du basculement climatique. Être réaliste, c’est diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. C’est donc assumer la hausse des carburants sur le long terme et dire aux Français qu’un prix du carburant à 10 euros le litre était inéluctable.
Or Macron fait preuve de démagogie en voulant de différentes manières empêcher la hausse du prix des carburants !