4 Juillet 1776, la déclaration d’indépendance américaine

Le jour du 4 juillet, c’est la fête nationale américaine. Cette année 2026, ce sont même les célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis en 1776. Comme toujours avec l’espèce humaine, le meilleur côtoie le pire. Mais c’est un événement important qui  marque le droit à l’autodétermination des peuples. C’était une nouveauté totale à une époque d’autocrates,  qu’on les appelle rois, empereurs, tyrans… Un système démocratique pouvait se mettre en place.

Bien sûr on ne parlait pas encore d’écologie, le mot n’existait même pas  et personne n’avait consciente des limites  de la planète, sauf bien sûr Malthus… qui n’a publié son essai sur la population qu’en 1798.

Le côté négatif de cette déclaration

Plus personne ne peut passer sous silence qu’il a fallu depuis 1776 quatre-vingt-neuf ans pour bannir l’esclavage, cent quarante-quatre ans pour octroyer le droit de vote aux femmes, et près de cent quarante-huit ans pour reconnaître aux Amérindiens la citoyenneté américaine – sur leur propre terre. Aucune femme blanche pour rédiger et signer cette Déclaration, elles ne bénéficiaient pas de la plupart des droits et privilèges accordés aux hommes blancs. Elles doivent rester à la maison, s’occuper des tâches ménagères et des enfants.

On reproche au roi George III d’encourager les Indiens, ces « sauvages sans pitié », à attaquer les pionniers. Pourtant les fondateurs de la constitution connaissent bien – et pour certains admirent, comme Benjamin Franklin – les institutions de la Confédération iroquoise. Le Congrès a préféré éliminer aussi toute référence à l’esclavage.

L’esclavage est légal partout. Sur les 2,5 millions d’habitants, 500 000 sont des asservis. La Caroline du Sud (180 000 habitants) compte 50 % d’esclaves, le Massachusetts (350 000 habitants) 1,4 %. Seuls les quakers sont ouvertement opposés à l’idée que des humains puissent en considérer d’autres comme leur propriété.Parmi les 56 signataires de la Déclaration, 41 avaient eu des esclaves pendant leur vie, et 29 en possédaient toujours le 4 juillet.Il a fallu une guerre civile pour abolir l’esclavage – les Etats-Unis ont été parmi les derniers à le faire sur le continent. En 1860, au début de la guerre de Sécession, le pays comptait encore 3,9 millions d’esclaves (soit 12,6 % de la population).

On ne peut qu’être étonné par l’audace qui a présidé à la Déclaration : « All men are created equal » (« Tous les hommes sont créés égaux »). Connu pour l’élégance de sa plume, le Virginien Jefferson a été chargé de la rédaction d’indépendance. Un esclave l’accompagne. Pendant que maître déclare comme une vérité universelle que « tous les hommes sont créés égaux », Robert Hemmings, 19 ans, veille comme une ombre à ses côtés. Comment une société où l’esclavage est légal peut-elle déclarer que l’égalité de tous est un principe qui tombe sous le sens ? Une vieille astuce d’avocat : affirmer, c’est éviter le débat !

La plupart des auteurs de la Déclaration étaient « déistes », Dieu est le créateur de la nature et source de la raison, pas celui d’une chapelle particulière. L’expression « In God we trust » (« Nous croyons en Dieu ») est apparue sur le dollar seulement en 1863, pendant la guerre civile ; le « under God » (« sous la protection divine ») du serment d’allégeance, en 1954, en plein maccarthysme. Dieu est convoqué dans les périodes troublées.

Le côté positif de cette déclaration

Alignées le long de l’Atlantique, sur 1 650 kilomètres, les treize colonies sont jalouses de leurs prérogatives. Elles ont leurs lois, leur religion – souvent officielle, les dissidents sont pourchassés –, leur monnaie, voire leur marine (quelques navires chargés de chasser les corsaires). La Géorgie a 44 ans, la Virginie déjà 169 ans. Personne ne veut voir son identité dissoute dans une fédération. Mais lors du Congrès continental, la donne change. A l’ordre du jour, il a inscrit l’examen le 7 juin d’un texte sans ambiguïté qui affirme la décision des « colonies unies » de devenir des Etats « libres et indépendants », déliés de « toute allégeance à la couronne britannique ».

A une époque qui ne connaît que rois, empereurs, despotes et dynasties, le texte énonce l’impensable : le pouvoir du gouvernement doit émaner du « consentement des gouvernés ». Les citoyens – il n’est plus question de sujets – ont le droit de renverser un gouvernement qui ne « garantit » pas leurs droits naturels. Du jamais-vu. Pour la première fois, un peuple s’autodétermine. C’est l’idée d’un droit à la révolution. Treize ans avant la prise de la Bastille, c’est la première révolution – anticolonialiste – des temps modernes. Un moment qui a changé la philosophie politique de la civilisation occidentale. Pour la première fois, un pays est créé de toutes pièces. Pour la première fois, un pays se définit par un ensemble de principes, un credo, et non par l’ethnie, la langue ou la religion. Être américain repose moins sur l’origine individuelle que sur l’adhésion aux idées de liberté et d’égalité gravées dans le texte. Les Américains ont créé un État avant d’être une nation.

Le lundi 1er juillet, seules neuf colonies se prononcent en faveur de l’indépendance. Basculement des votes, la décision de déclarer l’indépendance est pourtant votée le 2 juillet. Les 3 et 4 juillet, le Congrès passe à l’examen du texte rédigé par Jefferson. Le document fait l’objet de 86 modifications, il est amputé d’un quart de son contenu et titré « Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique ». La Déclaration d’indépendance de 1776 étonne encore par son audace. Autodétermination d’un peuple, consentement des gouvernés, adhésion à des principes communs d’égalité et de « recherche du bonheur »… Une révolution ! Et une grande soif de liberté, qui s’arrête toutefois aux chaînes des esclaves. Le principal rédacteur, Thomas Jefferson, s’est inspiré de la théorie des « droits naturels » du penseur anglais John Locke (1632-1704), selon laquelle les humains sont universellement dotés de droits fondamentaux : la vie, la liberté et la propriété.

La Déclaration est finalement signée officiellement le 2 août 1776 par 49 délégués. La révolution est née dans l’improvisation. Ils savent qu’ils se livrent à un acte de trahison envers le roi qui est passible de la pendaison. La guerre d’indépendance commence, la reddition anglaise n’interviendra que le 19 octobre 1781.

Enfer et damnation : Donald Trump avait annoncé le 15 juin 2026 qu’il tiendrait à Washington « le plus spectaculaire » de ses meetings politiques le 4 juillet. On en tremblait déjà !

10 réflexions sur “4 Juillet 1776, la déclaration d’indépendance américaine”

  1. Thomas Jefferson n’ignorait rien de l’abomination de l’esclavage. Mais l’homme, qui a déclaré à la face du monde que tous les hommes ont été créés égaux, ne peut pas concevoir que Noirs et Blancs pourraient partager le même espace et vivre en paix. Il pensait que les Noirs ne pardonneraient jamais aux Blancs et que les Blancs n’abandonneraient jamais leurs privilèges. Après la mort de sa femme, Jefferson entame une relation avec l’une de ses esclaves, Sally Hemings. Il a 44 ans et, elle, à peine 15.
    Avant de mourir, Thomas Jefferson ne libérera que sept membres de la famille Hemings, outre les deux aînés de sa propre progéniture, qui avaient déjà eu l’autorisation implicite de s’échapper en 1822 et se sont fondus sans difficulté dans la société du Nord. Sally ne sera pas formellement affranchie !

    1. John Adams est le seul, parmi les principaux fondateurs, qui n’aura jamais d’esclaves. Mais il est moins radical quand il s’agit d’égalité des sexes. Quand son épouse, Abigail, fille de pasteur, suffragette avant l’heure, frustrée de ne pas avoir pu poursuivre des études, lui demande, en 1776, de ne pas oublier les femmes dans le code de lois de la nouvelle république – sinon elles se vengeront, prédit-elle, du « tyran » domestique que chaque homme est en puissance –, il s’esclaffe. « Je n’ai pas pu m’empêcher de rire, écrit-il. Nous sommes trop avisés pour renoncer à nos systèmes masculins. ».

  2. Léon, pape indépendant

    L’américain le plus populaire au monde ne rate jamais une occasion de tacler l’américain le plus impopulaire du monde.
    – Le pape Léon XIV dénonce la politique migratoire de Donald Trump et appelle à plus d’« humanité » aux Etats-Unis (Le Monde 19 novembre 2025)
    – « Pour le pontife américain, le choix de venir à Lampedusa le jour où les Etats-Unis de Donald Trump célèbrent les 250 ans de leur indépendance était déjà un message. »
    (Léon XIV à Lampedusa, une visite riche en symboles et un appel à « protéger les migrants »
    Le Monde aujourd’hui)

  3. Lors de l’arrivée des premiers colons européens en Amérique du Nord au XVIe siècle, la Confédération des cinq nations iroquoises existait ainsi que sa constitution. La Gayanashagowa (« grande loi de l’Unité et de paix ») est l’ancien code juridique des Iroquois rédigé en 1720 en anglais sous forme de 117 paragraphes. Ces lois étaient transmises, depuis le XIIe siècle selon la tradition orale. Cette constitution est confédérale: elle n’établit pas un régime unitaire. Le système de prise de décision est fondé sur le principe de subsidiarité. Ce modèle d’Union a inspiré celui de la Constitution des États-Unis d’Amérique. Un chef Onondaga ayant conseillé Benjamin Franklin. Ce dernier aurait déclaré qu’il « serait une étrange chose si les Six Nations étaient capables de former une telle Union alors qu’une Union similaire serait impossible pour douze colonies anglaises ».

    1. Mais les Constitutions contemporaines oublient le fondement écologique de la philosophie amérindienne 

      « Au commencement des temps, quand notre Créateur fit que les humains soient, il nous dit seulement une chose : n’oubliez jamais d’apprécier les dons de la Terre Mère. Mais à un moment, durant un âge sombre de notre histoire, les Hommes n’écoutaient plus cette instruction. Notre Créateur devint triste, car il y avait trop de crimes, de déloyautés, d’injustices et tant de guerres. Alors, notre Créateur envoya un grand Pacificateur avec un message pour être droit et juste et pour construire un meilleur futur pour nos enfants des sept générations à venir. Il inspira les guerriers à enterrer leurs armes et planter sur le sol un Arbre sacré de Paix »….

  4. – « Enfer et damnation : Donald Trump avait annoncé le 15 juin 2026 qu’il tiendrait à Washington « le plus spectaculaire » de ses meetings politiques le 4 juillet. On en tremblait déjà ! » (Biosphère)

    Ce 4 juillet est pour ce bouffon une occasion en or pour réécrire l’Histoire et bouffer du gaucho.
    Et bien avant le 15 juin dernier on en rigolait déjà !
    – « Donald Trump a confirmé qu’il entendait faire de l’histoire américaine une « histoire patriotique » et qu’il n’allait pas manquer l’occasion fournie par le 250e anniversaire de la fondation du pays pour en remontrer aux « gauchistes radicaux » et à tous ceux qui [et blablabla] »
    (Les 250 ans des Etats-Unis en 2026, l’occasion pour Trump de célébrer une histoire expurgée de ses aspects « négatifs » – Le MONDE 07 juillet 2025)

    Et en même temps une occasion en or pour s’autocélébrer :
    – Donald Trump exploite les célébrations du 250ᵉ anniversaire des Etats-Unis pour s’autocélébrer
    (Le MONDE 25 juin 2026)

    1. Parti d'en rire

      Alors bien sûr, ces critiques émanent de gauchos. Pour plus d’équité, voici donc un petit exemple de la façon dont certains droitards nous présentent la «Grande Foire américaine». C’est sûr qu’après ça ON pourra être fier, d’être Ricain. Et Républicain !
      – 250e anniversaire de l’indépendances des Etats-Unis : survols aériens militaires, discours de Donald Trump… ce qu’il faut savoir des célébrations qui débutent mercredi
      (cnews.fr/monde/2026-06-24)

    2. Putain de canicule !

      – « La température a frôlé les 40 °C à New York, Philadelphie et Washington, jeudi et vendredi, entraînant de nombreuses coupures de courant et incitant les organisateurs à retarder le début des festivités du 4-Juillet. » (Aux Etats-Unis, une canicule exceptionnelle perturbe les 250 ans de l’indépendance et la Coupe du monde de football – Le Monde aujourd’hui)

      Décidément, ce pauvre Trump n’a pas le Climat de son côté. Les fouteux non plus.
      Si ça se trouve, les Chinois sont derrière tout ça.

      1. Pauvre donald !

        – « La célébrations du 250e anniversaire de l’Indépendance américaine se heurtent à un pays rongé par la polarisation politique et par une vague de chaleur qui frappe des millions de personnes dans plusieurs États, alors que les festivités débutent samedi dans tout le pays. […] Vendredi, le président était dans le Dakota du Sud, au mont Rushmore, où il a prononcé un discours sur la menace du communisme aux États-Unis, tandis que les effigies sculptées de quatre de ses plus illustres prédécesseurs se dressaient derrière lui. [etc.] » (250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis : Trump dénonce une menace communiste – msn.com aujourd’hui)

        Nul doute que Donald supporte mal la canicule. Et dans l’état où il est, s’il ne met pas sa casquette, alors bonjour les dégâts.
        – « Trump en rêve » : le visage du président américain sera-t-il sculpté dans la pierre du célèbre mont Rushmore ? (ladepeche.fr/2026/02/13)

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