40 voix pour les Soulèvements de la Terre

Le rapport entre le nombre d’humains et les ressources nécessaires à la faire vivre durablement s’effrite dangereusement. La famine règne, les guerres sont omniprésentes et des épidémies touchent autant homo dit sapiens que les autres espèces. Notre société thermo-industrielle est en train de basculer vers l’effondrement. Pourtant la vie politique fait comme si de rien n’était et un anti-écologisme primaire se montre même à tous les étages.

Bien sûr les associations environnementales ont beaucoup d’adhérents, bien sûr les scientifiques multiplient les messages d’alerte, bien sûr on utilise la voie juridique pour remettre en question des décisions destructrices. Cela ne suffit pas, il faut montrer sa détermination. Les manifestations dans la rue, les blocages non violents, les pétitions, les tribunes, les livres écolos existent, mais cela ne suffit pas. Il faut donc frapper du poing sur la table et la destruction de biens nuisibles aux humains et à la nature commence à être un mode d’action revendiqué. Après le fauchage d’OGM il y a quelques années, des groupes plus ou moins informels s’attaquent à différentes cibles. L’association « les Soulèvements de la Terre » se place dans cette lignée radicale. Voici quelques extraits de « On ne dissout pas un soulèvement – 40 voix pour les Soulèvement de la Terre » (un abécédaire aux éditons du Seuil, 2023)

Préface : Depuis l’hiver 2021, un mouvement s’est levé, les Soulèvements de la Terre. Contre l’accaparement et l’empoisonnement de la terre et de l’eau par le complexe agro-industriel. Contre la métropolisation et la bétonisation des terres agricoles nourricières et des derniers espaces naturels. Que chaque manifestant traduise sa colère dans un geste concret et non dans une vaine supplication adressée à ceux qui nous gouvernent et sont en passe de détruire la possibilité même de notre avenir sur terre. 30 000 personnes ont marché contre les méga-bassines. 5500 grenades ont été tirées en deux heures, plus de 200 personnes blessées parmi les manifestants.

Mais comme l’écrit René Char : « la parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut ».

Désarmement : en 1975, le dynamitage de la pompe du circuit hydraulique de la centrale de Fessenheim alors en construction marque l’irruption du sabotage dès les prémices du mouvement écologiste en France. La même année paraît de l’autre côté de l’Atlantique « le gang de la clé à molette » d’Edward Abbey. Des amoureux des grands espaces s’organisent pour détruire des bulldozers ou faire sauter un barrage. Depuis lors, en petits groupes nocturnes ou en foules diurnes, dans les champs d’OGM et les ZAD, des élans d’arrachage, déboulonnage, crevaisons et autres feux de joie ont toujours accompagné les grandes mobilisations écologistes. La propriété d’une raffinerie n’est pas au-dessus de la terre : il n’y a pas de loi naturelle ou divine qui la rende inviolable dans la situation actuelle. Le mardi 29 juin 2021, le terme « désarmement » est adopté à l’issue d’une occupation simultanée de quatre cimenteries Lafarge. Des centaines d’occupants revendiquent avoir neutralisé les matériaux, bétonné des machines, ensablé des réservoirs d’engins afin de maintenir les sites à l’arrêt après leur départ.

Par rapport au terme de « sabotage », celui de « désarmement » offre l’avantage d’expliciter directement la portée éthique du geste et la nature des cibles, de relier la fin et les moyens. Le désarmement vise des infrastructures toxiques. Il relève de la légitime défense, d’une nécessité vitale face à la catastrophe.

Gaïa se soulève : Même des servants de l’ordre, juristes ou ingénieurs, sont gagnés par la déloyauté et s’engagent du côté du démantèlement et du désarmement. Leur cri, « Nous sommes les soulèvement de la Terre ! » est repris par tous ceux qui ont compris que Gaïa n’est pas une intruse. La temporalité de Gaïa ne se soumet pas à l’agenda des gouvernements. Son seuil de tolérance aux dévastations capitalistes a été franchi, nous ne pourrons plus jamais ignorer son irascibilité implacable.

Le « nous » qui s’affirme être la nature qui se défend est celui qui lutte contre la destruction systématique des interdépendances entre toutes les espèces.

Luddisme : A l’aube de l’ère industrielle, des « écoterroristes «  anglais s’opposent à des machines perçues comme aliénantes et dangereuse pour leur travail et leurs milieux de vie. Ils pressentaient que l’avènement d’un capitalisme industriel fondé sur la mécanisation, les énergies fossiles et le travail salarié était porteur de plus de dégâts que de promesses. En 1812, des machines textiles sont incendiées dans des usines près de Leeds par un groupe d’homme agissant au nom d’un mystérieux général Ludd. Le recours à cette figure imaginaire est le reflet du secret nécessaire face à une répression. Durant des mois, des milliers d’artisans britanniques se soulèvent en brisant des machine à filer ou à tondre accusées d’accroître leur misère et leur exploitation. Leur violence n’est qu’une facette d’un ensemble varié de modes d’actions légaux ; elle surgit face à la surdité des autorités et à l’épuisement des autres stratégies. Ces émeutes effraient les autorités. Le mouvement est sévèrement réprimé. Des centaines d’individus furent emprisonnés, déporté en Australie ou même pendus. La machine avait acquis plus de valeur que la vie humaine. Pourtant dans le Capital (1867) Marx rejette le luddisme comme un épisode juvénile du mouvement ouvrier qui s’attaque au « moyen matériel de production », plutôt qu’à son « mode social d’exploitation ».

Puisse la mémoire du luddisme nourrir nos luttes au moment où s’affirme l’urgence de démanteler l’appareillage et les infrastructures matérielles destructrices.

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Détruire les biens nuisibles à la planète (12 juin 2023)

extraits : Sabotages, viser l’industrie du béton est plus que légitime. Ce n’est pas l’avis de l’État qui est aux ordres du système croissanciste. Le 5 juin 2023, des militants accusés de dégradations dans une cimenterie Lafarge ont été arrêtés par des brigades antiterroristes.L’attitude des manifestants est en train d’évoluer. La stratégie ancienne du pouvoir qui visait à séparer les militants entre gentils pacifistes et méchants casseurs ne fonctionne plus. Le train du progrès se précipite vers un abîme, et on ne va pas demander à l’État si le règlement autorise les passagers à tirer le frein. Les activistes appellent à désarmer le béton. Ils ont raison. Le béton est une arme de destruction massive. C’est une industrie qui depuis longtemps dévaste le monde avec la construction d’autoroutes, de centrales nucléaires, de barrages, etc. Le béton est le principal responsable de l’artificialisation des sols, à lui seul il représente 8 % des émissions de CO₂ mondiales. Quant au secteur du BTP, c’est 39 % des émissions de CO₂…

Malm et la destruction de biens nuisibles (27 juin 2023)

extraits : Mon livre « Comment saboter un pipeline » a contribué à un débat plus large au sein du mouvement écologiste, amené à se poser des questions difficiles sur ce qu’il est urgent de faire dans une situation où les effets du changement climatique s’intensifient et s’accélèrent, mais où les Etats hégémoniques sont déterminés à agir de façon minimale ou à ne pas agir du tout. Je fais valoir que tous les mouvements ayant provoqué des changements sociaux de grande ampleur – des suffragettes et des mouvements anticoloniaux jusqu’au mouvement des droits civiques dans les années 1960 et au-delà – ont, dans certaines circonstances, eu à mettre en place des tactiques spécifiques. Je suis loin d’être le seul auteur à soutenir que nous devons désactiver rapidement et de manière décisive l’infrastructure des combustibles fossiles. Et soyons clairs ici, je parle de propriété, d’objets matériels, pas de personnes – je n’ai jamais prôné la violence contre des individus ou des groupes….

Violence, contre-violence et dissolution

extraits : ll y a plusieurs sortes de violences à ne pas confondre. Il y a la violence du système thermo-industriel qui nous a enfermé dans une impasse, réchauffement climatique, extinction de la biodiversité, stress hydrique, etc. Face aux entreprises destructrices du vivant, il y a la contre-violence de quelques militants qui défendent les générations futures contre cette agression. Et puis il y a la violence d’État qui soutient la violence de ce système croissanciste aveugle….

Contre-violence par destruction de biens

extraits : Ce n’est plus seulement nos guerres imbéciles qui m’interpellent, mais l’extinction des espèces, les chocs pétroliers, les émissions de gaz à effet de serre, la raréfaction halieutique, etc. Comment lutter sur une planète qui brûle ? Comment lutter contre un système techno-industriel qui soutient le capital fossile ? Comment faire réfléchir une population cernée par des moteurs thermiques ? Les manifestations pour le climat se sont essoufflées aussi vite que commencées… Je me demande maintenant si une action contre les biens qui causent notre perte ne serait pas une obligation pour qui le sort des générations futures importe….

8 réflexions sur “40 voix pour les Soulèvements de la Terre”

  1. – « Bien sûr les associations environnementales ont beaucoup d’adhérents, bien sûr [etc.]
    Cela ne suffit pas, il faut montrer sa détermination. Les manifestations dans la rue, les blocages non violents, les pétitions, les tribunes, les livres écolos existent, mais cela ne suffit pas.
    Il faut donc frapper du poing sur la table et la destruction de biens nuisibles aux humains et à la nature commence à être un mode d’action revendiqué. […] L’association « les Soulèvements de la Terre » se place dans cette lignée radicale. » (Biosphère)

    S’il faut alors yaka ! Moi je veux bien. Sauf qu’une large majorité des Français désapprouvent les méthodes musclées (avec ou sans guillemets) des zécolos dits radicaux.
    Bien sûr les Français sont décervelés, pas que les Français qu’ON se rassure.
    Bien sûr qu’ON est complètement anesthésiés par les meRdias (au service du Système), dopés à la Conso, morts de trouille, bêtes à bouffer de la paille etc. bref décadents. Misère misère !

    1. Esprit critique en colère

      – « Bien mieux que la violence… la force. Et je pense notamment à celle du NOMBRE.
      2 ou 3 millions de manifestants (bien sages) dans les rues, en France… on voit ce que ça donne. C’est au moins 10 fois plus que nous devons être pour combattre le Système.
      Les retraites, les injustices, les méga-bassines et j’en passe… TOUT est lié. »
      ( Michel C 10 juin 2023 à 20:03 « Violence, contre-violence… » )

      Combien de gens sur les bords des routes pour voir passer des dopés sur un vélo ?
      Combien pour aller écouter chanter une petite starlette qui ne serait rien sans les meRdias ?
      Combien sur les plages pour bronzer comme des cons sous un soleil de plomb ?
      etc. etc. etc. !!!

    2. Copier-coller

      – « Sans les meRdiaş (au service du Système) … comment sensibiliser une Opinion formatée par le Système ? Sacré dilemme. »
      ( Michel C11 juin 2023 à 20:09 « Violence, contre-violence et dissolution )

      1. Parti d'en rire

        Mais où sont-ils passés nos soulevés ? Je parle là de nos trois pelés. J’espère qu’ils ne se sont pas dissous… qu’avec cette canicule ils n’ont pas fondu, disparu, ce qui serait top dommage. Pourtant je ne pense pas qu’ils soient du genre à refuser le Progrès, et le ventilateur de poche. Personne pour me répondre ? Eh oh ON se réveille !
        Eh ben… heureusement que BK86 est venu m’éclairer un peu, sinon je vous jure cette situation commence à être invivable, ingérable. En tous cas triste à mourir. Et alors c’est Biosphère qui risque d’en mourir, eh oui ! Ce qui serait top dommage.
        Maintenant si c’est parce qu’ON refuse de me répondre, de «débattre» et déconner avec moi, OK je comprends. Mais alors qu’ON fasse au moins l’effort de répondre au maître de ces lieux, d’autant plus que sa question est la même que la mienne :
        – « Comment faire réfléchir une population cernée par des moteurs thermiques ? »
        (Michel Sourrouille. Biosphère sept 2020 : “Contre-violence par destruction de biens”)

      1. Michel, ne faites pas semblant d’ignorer la signification de ce symblole qui est celui des Soulèvements de la Terre : ⏚ police Segoe UI Symbol (code = 23DA). Il nous est sympathique à nous les « anciens » car il était (et est toujours) utilisé sur les schéma de circuit électrique pour indiquer une prise de terre c.à.d. un rattachement à la terre.

        1. Désolé, j’avais reconnu le symbole du rattachement à la masse (terre), mais je ne savais pas que c’était le logo de ce collectif. ON en apprend tous les jours, merci.

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