5/7. En route vers l’effondrement programmé

Dans nos sociétés complexes, toute notre vie quotidienne repose sur un système mondial de réseaux techniques interconnectés. Derrière une automobile, un grille-pain, un portable, il y a des centrales nucléaires, des lignes à haute tension, des oléoducs et gazoducs, des conflits plus ou moins armés pour assurer l’approvisionnement en énergie et en ressources… A partir du moment où cette méga-machine n’est plus alimentée par une énergie abondant et bon marché, on peut s’attendre à un effondrement de notre civilisation thermo-industrielle. Voici quelques arguments…

– Lorsque l’historien américain Lewis Mumford a pour la première fois parlé de méga-machine, dans les années 1960, c’était pour traduire le caractère systémique de la technique qui englobe dans une même unité une machinerie colossale et un nombre considérable d’individus soumis à une organisation centrale. Désormais, parce qu’ils dépendent de sources d’énergie elles-mêmes mises en réseau, les individus et leurs machines sont interconnectés. Dans ce contexte, une panne globale est tout à fait envisageable.

Mais peut-être le terme de « panne » est trop faible pour désigner le risque majeur que représente par exemple l’arrêt durable de la fourniture d’électricité : plus rien n’est possible dans notre société super-branché

– Dans tout système vivant, la complexité a un coût métabolique ; plus une société est complexe, plus elle requiert de l’énergie. Nous ne percevons pas actuellement les coûts de la complexité car ils sont subventionnés par les combustibles fossiles et quelques centrales nucléaires. Confrontés à des difficultés, les solutions que nous mettons en place tendent à impliquer des technologies encore plus élaborées. La résolution de nos problèmes atteint le point que l’on connaît sous le nom de rendements décroissants : passé un seuil, vous payez de plus en plus pour obtenir de moins en moins de bénéfices. Nous pouvons voir dans les crises financières actuelles que nous avons atteint les rendements décroissants, car notre capacité à résoudre les problèmes passe par un endettement croissant ; nous allons atteindre le seuil où rembourser deviendra impossible.

Après avoir épuisé l’énergie bon marché et accumulé une dette insupportable, nous perdons notre capacité à résoudre nos problèmes. C’est précisément le processus qui a entraîné l’effondrement d’anciennes sociétés. L’effondrement est la simplification rapide d’une société. Ainsi, après l’effondrement romain, l’Europe occidentale est entrée dans le haut Moyen Age, période pendant laquelle les sociétés avaient été largement simplifiées. (Joseph Tainter)

– Le premier des risques systémiques tient à notre politique de croissance qui empêche la recherche d’un état stationnaire et nous fait osciller entre deux états instables : l’expansion et la crise. Ce système expansionniste sait parfaitement accompagner la hausse. En revanche il ne sait pas comment faire face à la baisse sans générer des purges. Il n’y a plus aucun outil (comme l’autoproduction) pour gérer une récession à grande échelle. On rajoute de la complexité à la complexité, on veut plus de croissance pour réparer les dégâts de la croissance.

La société ne fait que répondre par les mêmes vieilles méthodes, le même logiciel que celui qui a créé les problèmes. (Alban Vétillard)

10 réflexions sur “5/7. En route vers l’effondrement programmé”

  1. La bonne blague !

    – « M. Macron a affirmé le 24 septembre qu’il n’excluait pas de baisser les taxes sur les carburants […] il a également dit vouloir « éclairer les Français » et leur faire « partager la complexité du réel ». Il a également demandé aux responsables politiques d’être « le plus responsable possible » et de ne pas céder à « la démagogie ». » (Infodujour 24 septembre 2026 à 22:03)

    Bel exemple, en effet. Voilà donc que Macron se prend pour une lumière, en mesure de nous «éclairer»… et de nous faire «partager la complexité du réel», et blablabla !
    Et pour ce faire… que voulez-vous qu’il nous raconte que nous ne sachions déjà ? La Compétition, la Guerre, c’est bon ON le sait ! Les Caisses sont vides, la Dette et patati et patata, idem !

    1. En réalité Manu est dans son rôle, et ce n’est pas bien compliqué à comprendre.
      Enfin moi je trouve. Il cherche seulement à nous dicter SA vision des choses, dont celle de SA « complexité ». Cette vison du monde qui n’est bien sûr que celle des tenants du Système, dont il n’est qu’une petite marionnette.

    2. Toujours plus spectaculaire !

      Et des exemples de ce genre, autrement dit des exemples illustrant parfaitement cet incroyable foutage de gueule, ce méga-grand n’importe quoi, hélas ce n’est pas ça qui manque. Et ce dans tous les journaux, sur toutes les chaînes, toutes les ondes etc. et dans toutes les rubriques. Bref partout.
      Et tenez-vous bien… toujours plus spectaculaires. Misère misère !

      – Renault ressuscite la mythique R8 Gordini avec cette spectaculaire voiture électrique de 270 ch, mais il y a une mauvaise nouvelle (msn.com/fr)

      – Scénario cauchemardesque : Emmanuel Macron perd ses mots sur TF1 en évoquant le prix de l’essence (msn.com/fr)

      – Il arrête de tirer la chasse à chaque passage pour économiser l’eau, 3 semaines plus tard il comprend ce que la cuvette retient (msn.com/fr)

      1. Foutage de gueule

        Autre exemple de foutage de gueule, quand ON nous dit «À 2 000 euros, on vit correctement ». Alors qu’ON touche déjà 6 fois plus en tant que ministre, et qu’ON possède un patrimoine immobilier total estimé à plus de 3,7 millions d’euros, et j’en passe. Et si ça se trouve, qu’ON ne sait même pas combien coûte une baguette de pain.
        Et quand, d’autre part, ON nous dit que l’essence n’est pas assez chère, et qu’elle devrait coûter 10 euros le litre… je suis désolé, mais là aussi il y a foutage de gueule.
        Sauf que là encore il y a foutage de gueule ET foutage de gueule.
        Dans le premier exemple ON sait parfaitement qu’ON se fout de la gueule du monde. Et dans le second, ON ne le voit ni ne le comprend pas forcément.

  2. – « Mais peut-être le terme de « panne » est trop faible pour désigner le risque majeur que représente par exemple l’arrêt durable de la fourniture d’électricité : plus rien n’est possible dans notre société super-branché »

    Comme celle de l’an dernier en Espagne, et que tout le monde a déjà oublié.
    – Panne de courant de 2025 dans la péninsule Ibérique (Wikipédia)

    Qui dit « panne » dit « réparation ». Exemple : La Bagnole est en panne… snif snif et ouin ouin !
    Mais heureusement le mécano va me la réparer. En tous cas, bonne nouvelle, elle n’est pas morte. Ouf ! J’espère alors que ça ne sera pas trop long, et que ça ne va me coûter trop cher.
    La « crise » c’est un peu pareil. Qu’elle soit d’hémorroïdes, d’asthme ou de ce que vous voulez… j’espère qu’elle ne durera pas longtemps, et que je ne vais pas trop en chier.
    Bref, juste un mauvais moment à passer. Et qui sera vite oublié.

    1. Les mots et les maux

      Les mots ont non seulement un sens, mais dans la mesure où ils influencent nos pensées… ils ont en effet une importance et une portée bien plus grandes.
      – « Le pouvoir des mots réside dans leur capacité à éveiller les émotions, influencer les pensées et façonner les réalités. »
      (Le pouvoir des mots : une influence insoupçonnée – laurencesmits.com)

      Et ce n’est donc pas pour rien que Poutine parle d’une « opération spéciale » pour ne pas employer le mot « guerre ». Exactement comme l’a fait la France avec l’Algérie.
      Et des exemples comme ça, nous en avons des tonnes !

    2. le malheur du monde

      Quant à cette éventualité, qui nous pend au nez… celle d’un arrêt durable (des semaines, des mois…) de la fourniture d’électricité… déjà elle n’est qu’une parmi tant d’autres. Je vous laisse alors imaginer… ce que tout ça pourrait donner.
      Ceci dit, pour nommer cet état… il existe évidemment des mots. Sauf qu’ON préfère les utiliser pour nommer des petites crises, et autres petites pannes. Si ce n’est pour des conneries. Comme quand ON nous dit qu’ON est en guerre… contre un certain virus, contre l’illettrisme, le chômage, et n’importe quoi. Et que la Dette c’est une méga-Catastrophe… et que la Décroissance c’est la Fin du Monde… et patati et patata !

      – « Mal nommer les choses, c’est rajouter au malheur du monde. » (Camus)

    3. – « Le nom crise est emprunté, par l’intermédiaire du latin crisis, du grec krisis, qui a d’abord le sens d’action ou de faculté de choisir (d’où sont tirés les autres sens d’élection, de décision judiciaire et de dénouement) et celui d’accident d’ordre médical, brusque et inattendu. En français, c’est essentiellement ce dernier sens qui est conservé, ainsi que ses emplois figurés, pour désigner un évènement soudain qui vient, comme l’altération brusque de la santé, troubler et bouleverser une situation jusqu’alors paisible. On parlera ainsi, à juste titre, de la crise financière de 1929 ou de la crise pétrolière de 1973, que l’on appelle également choc pétrolier, ce qui souligne bien son caractère ponctuel. On évitera donc d’employer crise pour parler de phénomènes durables et l’on s’efforcera de le réserver à des évènements précis et limités dans le temps. »
      (Crise – academie-francaise.fr)

      1. en panne d'idées...

        C’est bien ce que je disais, une crise ça passe, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
        C’est d’ailleurs ce que nous explique la fumeuse théorie des crises en économie.
        Mais alors, comment nommer une crise qui s’éternise ?
        ChatGpt nous donne la réponse :
        – « On peut parler d’une **crise chronique**, d’une **crise durable** ou d’une **crise structurelle** […] **crise installée** / **crise persistante** […] **crise sans fin** ou **crise permanente** [et ce n’est pas fini ! ]
        Plus poétiques (sic) : **une crise sans aurore** ; **un crépuscule qui s’éternise** ; **un mal qui s’installe dans la durée** ; **une nuit qui ne finit pas** ; **un malaise permanent** ; **une blessure ouverte** ; **un temps de crise devenu paysage** »

        Bref, toujours le foutage de gueule !

        1. Ce ne sont pourtant pas les mots qui manquent : acmé ; étiolement ; chute ; crépuscule ; décadence ; déclin ; décomposition ; décrépitude ; dernière heure ; fin ; mort ; pourrissement ; râle …

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