corporatisme irresponsable

Mon quotidien préféré n’est pas paru le 29 octobre à cause d’une « action sauvage » perpétrée par une « fraction des ouvriers du livre CGT » qui conteste « la modernisation des messageries (les NMPP) ». Comme l’indique aussi LeMonde (édition du 31 octobre), il s’agirait d’actions irresponsables et sans avenir sous couvert de vieux réflexes corporatistes. Voyons plus généralement ce qu’on peut penser de l’histoire des corporations syndicales.

Le décret d’Allarde de 1791 en France a supprimé les corporations, le droit de s’associer. En vertu du double principe de l’absolutisme de la propriété et de la liberté des contrats qui est par ailleurs affirmé, l’employeur  est dorénavant en mesure d’imposer les conditions les plus dures aux salariés, et ceux-ci n’ont même pas la possibilité de se regrouper pour faire entendre leur voix. La révolution industrielle peut alors s’affirmer contre des artisans collectivement organisé mais indépendant grâce à un travail effectué en dehors de toute manufacture. Après cette révolution liberticide de la libre organisation des travailleurs, fini le travail autonome, place au salariat contraint et exploité car regroupé dans des usines sans aucune liberté d’expression ; il faut attendre 1884 pour que la liberté syndicale soit enfin proclamée. Mais il faut constater que le droit des salariés n’est apparu qu’à partir du moment où, l’accumulation du capital étant suffisante, le niveau de vie des travailleurs était acceptable ; alors il ne s’agit plus pour les ouvriers de combattre le système techno-industriel comme aux temps du luddisme, mais d’exiger une part plus grande de la valeur ajoutée. En apparence la classe ouvrière a dorénavant la possibilité de s’organiser et de lutter contre le patronat, en réalité apparaît une classe globale qui comprend à la fois prolétaires embourgeoisés et actionnaires triomphants, une fraction privilégiée de la population mondiale qui se satisfait de se partager les fruits de la croissance au prix de la détérioration de la Biosphère.

 Le syndicalisme de l’avenir ne peut durablement revendiquer de meilleures conditions de travail et un pouvoir d’achat plus élevé. Il doit plutôt s’interroger sur la finalité sociale de ce qui est produit et sur les conséquences écologiques que le fait de produire implique. Les syndicats des travailleurs pourrait alors devenir un rassemblement d’éco-citoyens et les travailleurs du livre se mettre au service d’une information non orientée par le système thermo-industriel. La presse d’information est un service public qui ne devrait pas être interrompu quand « la réorganisation s’effectue sans aucun licenciement sec », il devrait l’être quand un journal fait l’apologie de ce qui détruit la planète.

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