Dmitry Orlov, Les cinq stades de l’effondrement
« Pour plaider la thèse de l’effondrement imminent de la civilisation industrielle globale, il est nécessaire d’établir deux choses. La première est de totaliser la dotation limitée de la Terre en combustibles fossiles, minerais métalliques et autre intrants industriels et agricole et de démontrer que quantité de ces ressources ont dépassé leur pic de production ou l’atteindront bientôt. La seconde est de prouver que le résultat se traduira par un écroulement total du système plutôt qu’une détérioration lente et continue qui pourrait s’éterniser pendant des siècles.
La première tâche a déjà été accomplie par un certain nombre de gens comme Richard Heinberg (Peak Everything) ou Christopher Clugston (Scarcity, rareté). Les chiffres sont disponibles auprès de sources réputées, difficilement discutables. Mais la seconde tâche est beaucoup plus ardue, parce que la seule façon de l’aborder passe par des modèles mathématiques. Le premier d’entre eux est le World 3 utilisé en 1972 dans le livre Limits to Growth. Ce modèle prédit effondrement économique et sociétal d’ici le milieu du XXIe siècle. La version de 2004, Limits to Growth : the 30-year update, a confirmé que, 30 ans après, les prédictions initiales sont toujours en très bon accord avec la réalité. Pour modéliser l’effondrement, on peut aussi s’appuyer sur cette citation de Sénèque : « Ce serait une sorte de consolation pour notre fragilité comme pour celle des choses qui nous touchent, si tout était aussi lent à périr qu’à croître ; mais le progrès veut du temps pour se développer : la chute vient au pas de course. » Ugo Bardi en a fait la Falaise de Sénèque avec un schéma simple avec seulement deux variables : ressources et capital ; le capital ne diminue pas graduellement à mesure que les ressources épuisent, il s’effondre !
Afin d’apprécier, à un niveau intuitif, pourquoi il en est ainsi, pensez aux infrastructures de la civilisation industrielle, autoroutes, ports, réseaux électriques, etc. Quand elles sont moins employées, leurs coûts de maintenance reste identiques, engloutissant une portion encore plus grande de l’économie, a un certain seuil, ces coûts deviennent insupportables et la maintenance est abandonnée. Peu après, les infrastructures elles-même deviennent inopérantes, et avec elles le reste de l’économie industrielle. L’économie globale passe un point de non-retour au-delà duquel il ne peut plus y avoir de redressement et les relations commerciales qui la maintenaient ont cassé. Des pays entiers, tels que la Grèce, se trouvent dans les affres de ce qui peut tout à fait s’appeler un effondrement financier, commercial et politique : on assiste à des paniques bancaires, les pharmacies sont à court de médicaments, les responsables politiques sont sous la tutelle des créanciers du pays. Par contre prédire que quelque chose va arriver est beaucoup plus facile que de prédire quand ce quelque chose arrivera ! Tous les empires finissent par disparaître, les États-Unis subiront le même sort. Mais il n’est pas possible de prédire quand. L’Union soviétique s’est effondrée en 1991 en prenant les spécialistes par surprise. »
in Les cinq stades de l’effondrement selon Dmitry Orlov (éditions Le Retour aux Sources 2016, 448 pages pour 21 euros)
Yves Cochet, Gouverner la décroissance
« L’effondrement concerne la planète entière, États et institutions internationales compris. Aucun État ne peut alors compter sur ses voisins ou amis pour lui venir en aide, tant la situation globale et la situation de chacun s’est dégradées. La vitesse de cet effondrement est fonction de la vitesse de désintégration la plus rapide d’un de ses sous-systèmes cruciaux, par exemple le système financier et bancaire, puis, par contagion et rétroactions positives, des vitesses d’effondrement des autres systèmes cruciaux, fourniture d’énergie et d’alimentation, flux des échanges commerciaux, systèmes de communication. La situation générale du monde sera tellement détériorée que des services aujourd’hui banals tel que l’usage de l’électricité ou la mobilité automobile ne seront plus envisageables.
Les survivants à l’effondrement auront subi le plus grand traumatisme de leur vie, le plus grand traumatisme de l’histoire humaine, la mort par centaines de millions de personnes dont ils auront eu connaissance avant que s’éteignent les communications électroniques. Un exemple historique de grande ampleur est comparable, la peste noire en Europe (1347-1352). près de 50 % de la population européenne, soit environ 25 millions de personnes, moururent.
De même qu’en 1935, nul en pouvait imaginer ce qui se passerait jusqu’en 1945, de même aujourd’hui il est malaisé de penser à l’effondrement imminent de la société mondialisée contemporaine. Cet évitement est paradoxalement ce qui aggravera effondrement lui-même lorsqu’il adviendra, faute de préparation collective à cette échéance fatale. Au vu de la situation actuelle, j’anticipe un effondrement proche et rapide, avant 2030. Comment les humains vont-ils interagir en l’absence d’institutions. Nous savons déjà que l’espèce humaine est la seule qui exhibe depuis des millénaires une propension à la violence endogène ; les guerres, massacres et gestes épouvantables sont suffisamment fréquents pour que nous n’y insistions pas, sauf à dire que les prétendus « progrès » technologiques du XXe siècle ont montré une capacité extrême de s’entre-tuer, dont Alexandre le Grand ou Napoléon ne pouvaient pas imaginer l’outrance. »
in Gouverner la décroissance, collectif, 14 euros pour 234 pages (éditions SciencePo 2017)

Au-delà de certains régimes politiques qui ont déjà massacré le monde, il n’est pas exclu qu’un jour il y ait des virus, bactéries ou autres bestioles qui éradiquent naturellement une bonne partie de la population humaine. D’autre part, voulu par l’Homme lui même ai-je pu entendre lors du covid , que soient envoyés des virus hyper violents !
Lorsque j’étais documentaliste pour les officiers supérieurs de la marine nationale au Centre d’Instruction Naval à Brest en 1974 , j’avais accès à de super documents « confidentiel défense » dont certains exposaient comment les USA et l’URSS se préparaient, parallèlement à une guerre nucléaire, à une guerre bactériologique avec des crédits de recherche faramineux… Même certains articles de la revue Défense Nationale ( qui n’était pas secret défense) en parlaient… et ça vous glace le sang, je vous assure.
STOP !!! N’en jetez plus, sinon je vais devoir changer de métier.
Et le Capitalisme là dedans, hein ? Eh ben il y en a qui le disent finissant… si ce n’est moribond. Faut oser quand même, non ? Mais rassurez-vous, dormez tranquilles braves gens, ne les écoutez pas. Ceux-là ne sont que mauvaises langues, des saloperies de la pire espèce, très dangereux, et qui ne cherchent qu’à vous faire peur.
Et bien sûr vous les aurez reconnus, les Rouges, les Verts, les Pastèques quoi ! 🙂
– La fin du capitalisme, vraiment ? (contrepoints-archives.org 8 mai 2024)
Et comment en est-ON arrivé là, hein ?
– « La plaisanterie de Frederic Jameson est aujourd’hui aussi célèbre que tragi-comique : à l’esprit catastrophiste qui aime à baptiser notre époque du terme d’« anthropocène », la fin du monde semble plus facile à envisager que la fin du capitalisme.
On en est sans doute arrivé là à force de fausses prophéties annonçant comme imminents le grand soir du Capital, les lendemains qui chantent et l’avenir radieux de la société sans classe. Les prophètes de la révolution prolétarienne mangent les pissenlits par la racine, mais le capitalisme est toujours là – toujours plus intimement imprégné dans nos habitudes de consommation, nos modes de vie, nos façons de penser. Toujours plus triomphant… »
( Raviver un souffle post-capitaliste – shs.cairn.info/revue-multitudes-2018-1)
Finalement, force est d’admettre que les prophètes de l’Apocalypse sont aussi efficaces que ceux du Grand Soir. 😉
[…] Notre but ici n’est pas de prétendre que nous éviterons des chocs immenses : nous sommes en plein dedans et ils ne font que commencer. Il s’agit en revanche de questionner cette narration imprécise du “risque systémique global”, qui a tendance à naturaliser des rapports sociaux (par définition modifiables) et à voir dans chaque mauvaise nouvelle (jusqu’à des attentats) un nouveau signe de cet “effondrement”, indépendamment de ce qui l’a provoqué et de ce qui en a déterminé l’intensité.
[…] C’est un terme qui a de l’effet, qui frappe, qui choque, tout le monde s’accorde là-dessus.
Les personnes conscientes de la situation écologique ne savaient plus quel langage parler pour la rendre palpable, et nous sommes nombreu·ses à avoir accueilli ce terme avec soulagement.
Mais parmi les effets de ce mot “obus”, il y a un effet de dépossession. [etc.]
( La confusion induite par les discours de l’effondrement
shs.cairn.info/revue-silence-2020-3 )
[…] Le terme semble cependant revêtir des significations si diverses qu’il est parfois difficile d’en saisir la pertinence. Il a d’ailleurs été critiqué pour cela par bon nombre d’intellectuels, tel le philosophe Jean-Pierre Dupuy, qui dénonçait un “flou conceptuel“. À rebours de l’idée d’ “affaiblissement brusque“ donnée par la définition du Larousse, Gauthier Chapelle, Pablo Servigne et Raphaël Stevens l’envisagent, dans Une autre fin du monde est possible (Seuil, 2018), comme un processus “à la fois lointain et proche, lent et rapide, graduel et brutal, [qui] a déjà commencé mais n’a pas encore atteint sa phase la plus critique“.
Une autre critique des théories de l’effondrement tient à leur prisme anthropocentrique, aux accents souvent messianiques. [etc.]
( L’idée selon laquelle notre civilisation pourrait s’effondrer connaît un regain d’intérêt
environnementsantepolitique.fr/2026/09/16 )
Une vidéo apparue sur les réseaux sociaux, vendredi 14 août, affirme qu’il « resterait quinze ans avant l’effondrement de notre société ». Vue presque un million de fois, elle a été mise en ligne par Loopsider(nouvelle fenêtre), un média en ligne spécialisé dans la diffusion sur les plateformes. […]
Alors, que penser de cette prévision apocalyptique ? […] L’étude en question n’a rien de récent. Au contraire, ses origines remontent à 1972. […] Les travaux successifs décrivent ensuite plusieurs scénarios de long terme, dont certains aboutissent, sous plusieurs conditions, à un « effondrement ». Une notion qui ne rime pas avec la fin de notre civilisation. Elle désigne par contre une forte baisse durable du niveau de vie, de la santé et de la production alimentaire. [etc.]
(VÉRIF’ – Notre civilisation « va s’effondrer dans 15 ans » : derrière l’alerte, ce que dit vraiment l’étude – tf1info.fr 19 août 2026)
[…] Pendant plus d’un siècle de travail, l’humanité a développé des outils qui nous permettent de faire face au futur. Nous avons seulement un petit problème : nous ne les utilisons pas.
Nos dirigeants actuels ne savent même pas que de tels outils existent.
Et donc, notre destinée est de glisser vers le bas, les yeux bandés, le long de la falaise de Sénèque.
( La falaise de Sénèque: Comment le concept a-t-il évolué ? lesakerfrancophone.fr juillet 2017 )
[…] Je dis toujours que les modèles ne sont pas des prédictions, mais des illustrations qualitatives de ce que pourrait être l’avenir. Cependant, à mesure que l’avenir se rapproche du présent, les modèles peuvent commencer à être considérés comme des outils prédictifs. […] Sommes-nous au bord du gouffre ? À première vue, cela semble improbable, mais [etc. etc.]
Mais n’oubliez jamais : même les ouragans peuvent changer de trajectoire au dernier moment, et il y a des raisons d’être optimiste. Écoutez Sabine Hossenfelder (*), par exemple. Je pense qu’avant de réaliser ce clip, elle a fumé quelque chose de vraiment fort. Mais qui sait ? Elle a peut-être raison.
( Sommes-nous au bord de l’effondrement ? obsant.eu/blog/2025/11/30 )
De mon côté, je dis toujours que chacun fait comme il peut, en attendant… Autrement dit à chacun sa came ! Je ne crois pas qu’Ugo sois porté sur la fumette. Mais bon, comme il dit… qui sait ? Par contre sa copine Sabine… alors là !
Et puis c’est sûr, c’est de la bonne !
– I believe the world will change dramatically, soon (youtube.com)
C’est quand même beau la gravité quantique, non ? Enfin moi je trouve. Celle-ci me fait penser à un autre physicien, théoricien, disparu… Stephen Hawking.
Je me suis toujours demandé comment des gens aussi intelligents, du moins a priori, pouvaient en arriver là. Mais bon…
– Sabine Hossenfelder (Wikipédia)
Pour clôturer cette série, en attendant la suivante, tout aussi noire, autant que ce soit sur une note d’optimisme. D’humour si vous préférez. Moi je crois que si nous formions une grande et belle équipe… alors nous devrions y arriver. Tous ensemble tous ensemble, ouai ouai ! Et avec toutes ces NTIC , tous ces merveilleux outils qui nous permettent de toujours plus partager, alerter, montrer, nous montrer, démontrer, d’être toujours plus informés, éveillés, intelligents, résistants, résilients et tout et tout, bref de moins en moins cons… eh ben moi j’ai envie d’y croire. Tiens, par exemple, saviez-vous qu’il n’y a pas que la Biosphère qui a un blog, et une belle petite équipe ? L’Anthropocène aussi a le sien, et la sienne. En fait je parle de son Observatoire :
– « Voici la petite équipe qui permet au projet d’exister au quotidien : [Céline, &Co] » (obsant.eu/qui-sommes-nous/)
L’effondrement est-il sans solutions ?
Je répondrais comme Théodore Monod lorsqu’on lui demandait pourquoi il manifestait et à quoi ça servait : « Oui, je sais, disait-il, cela ne sert à rien, mais je ne peux pas ne pas être là. » J’aime aussi cette maxime qu’on attribue à Martin Luther : « Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »
L’homme a une propension à l’autodestruction, mais il porte aussi en lui la faculté de construire. Nous avons l’obligation d’imaginer de nouveaux horizons, de trouver le courage d’agir, et parfois de garder l’espérance. C’est une question d’imagination, de récit. Nous devons reconstruire un horizon de vie avec les catastrophes. J’ai choisi de me préparer à l’effondrement en informant les autres. La clé de la résilience est collective.
Dans son ouvrage Les cinq stades de l’effondrement (2013), Dmitry Orlov décrit ces cinq étapes possibles :
1. Effondrement financier : les institutions financières deviennent insolvables et les banques ferment ;
2. Effondrement économique : pénuries de biens essentiels et décomplexification de l’économie
3. Effondrement politique : la corruption remplace les services de l’administration ;
4. Effondrement social : perte des institutions sociales locales et guerre civile ;
5. Effondrement culturel : perte de l’empathie et de l’humanité ;
6. Effondrement écologique (proposé après la publication du livre).
( Dmitry Orlov : Wikipédia )
Toutefois Orlov souligne que ces stades (6 donc…) peuvent se chevaucher et ne se déroulent pas nécessairement dans un ordre strict. Effectivement, un effondrement financier (exemple le krach de 1929 ) n’a pas entraîné l’Effondrement.
Par contre il a entraîné la Guerre. Et la suite ON la connait. Les années folles etc.
Et plus tard les dites trente glorieuses, misère misère ! Tout est lié, ON le sait.
Ceci dit il me semble qu’il oublie un autre stade, ce qui nous ferait alors 7 …
7. L’effondrement intellectuel : (à ne pas con fondre avec le culturel)
Quand ON en est au stade de la Grande Confusion, orchestrée et entretenue par le monde du Pognon, quand la droite est à gauche, le haut en bas, etc. etc. et que les intellectuels n’en ont plus que le nom… alors ON n’a jamais été aussi proche de la Fin.
Léon XIV à Lourdes ce 27 septembre :
« Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort »
=> Il est « normal » pour un soldat de donner la mort, le pape Léon est-il contre l’armée et pour l’objection de conscience, j’aimerais savoir !
« C’est au nom de la dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée »
=> La dignité est un mot valise sans signification précise, par contre donner la mort pour en finir avec une grande souffrance, ça c’est de la vraie compassion.
« Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée »
=> La médecine est là pour soulager la souffrance, y compris par un «soin ultime ». Que le pape s’occupe de ses croyances et pas de médecine, ce n’est pas son domaine. Les Évangiles ne disent rien de l’aide à mourir…
« Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral »
=> ce qui est morale papale n’est pas nécessairement légal
C’est assez cocasse de la part d’un mouvement catholique qui dans son histoire a « aidé » tant de gens à mourir…sur le bûcher
Aussi populaire soit-elle, une superpopstar ne fera jamais l’unanimité. C’est impossible.
Ici ou là ON trouvera toujours un ou deux scrogneugneux pour essayer de gâcher la fête.
Nul besoin de rappeler que Léon est clairement CONTRE la Guerre.
Que Léon est un homme de Paix, et que plus pacifix que lui tu meurs !
Par contre ON peut toujours rappeler qu’il ne faut pas con fondre Guerre et Armée.
Et là bien sûr que NON qu’il n’est pas CONTRE ! Tiens la Preuve, il a la sienne.
– Garde suisse pontificale (Wikipédia)
Moi je verrais bien les soldats de la Paix habillés en clowns, avec une hallebarde à la main.
Et en haut un casque à plumes, rouges, au lieu d’un casque bleu.
Pour le reste c’est pareil, laissons de côté nos a priori. Et écoutons ce que Léon raconte.