8 milliards, crainte ou déni, deux expertises

Voici, dans Ouest-France du 14 novembre 2022, le compte-rendu d’un débat qui oppose Michel Sourrouille à Emmanuel Pont.

Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ?

Voici les réponses de deux experts

Par Juliette BROSSAULT

La planète comptera 8 milliards d’êtres humains à partir du 15 novembre 2022, selon l’Onu. Certains observateurs tirent la sonnette d’alarme : il faudrait, selon eux, limiter la croissance de la population mondiale pour éviter la catastrophe climatique. D’autres estiment que ce n’est pas la solution, que seul un changement de nos modes de vie permettrait de s’en sortir. Décryptage avec les experts Michel Sourrouille et Emmanuel Pont.

Le 15 novembre 2022, le cap des 8 milliards d’habitants sur la planète sera franchi, estime l’Onu, l’Organisation des nations unies. Un chiffre qui pourrait atteindre les 9,7 milliards en 2050 et les 10,4 milliards dans les années 2080 ! À l’heure où les alertes sur le changement climatique se multiplient, cette démographie galopante est un problème, estiment certains experts. D’autres jugent au contraire que concentrer la lutte contre le changement climatique sur une baisse de la natalité serait une erreur. Les experts se divisent sur la question.

« Nous allons au désastre parce que la population augmente beaucoup trop vite », affirme ainsi Michel Sourrouille, auteur du livre » Alerte surpopulation : le combat de démographie responsable » (éditions Édilivre). L’homme de 75 ans se dit malthusien, une doctrine inspirée des travaux de l’économiste britannique Thomas Malthus, qui prône une baisse de la natalité pour que la croissance de la population ne surpasse pas celle des ressources. L’association Démographie responsable, dont il est membre, souhaite que « les personnes deviennent conscientes de leur capacité à changer la planète, qu’ils se sentent responsables ». Il ajoute : « Je suis très surpris que ce soit la seule association en France qui réfléchisse à la question démographique. »

Stabiliser la population, voire la diminuer, est la solution pour sauver la planète, pense Michel Sourrouille : « On ne peut pas vivre plus nombreux que les ressources que la planète nous donne. C’est la loi des rendements décroissants : plus on prend des ressources à la Terre, plus on l’épuise. »  En 2022, le jour du dépassement – la date à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an, calculée par le Global Footprint Network – a été établi au 28 juillet…

Pour Emmanuel Pont, ingénieur et auteur du livre « Faut-il arrêter d’avoir des enfants pour sauver la planète ? » paru en février 2022 aux éditions Payot, le problème est moins la hausse de la population que nos façons de vivre et de consommer. « Il faut changer nos modes de vies, les mécanismes politiques, économiques de la société, la répartition des pouvoirs et des richesses entre les pays, la culture consumériste », détaille-t-il.

Il rappelle aussi que la croissance démographique est surtout importante en Afrique – ce sont les « pays d’Afrique subsaharienne qui devraient contribuer à plus de la moitié de l’augmentation prévue jusqu’en 2050 », selon le département des affaires économiques et sociales de l’Onu – un continent au poids écologique très faible. Alors que dans les pays riches, les plus pollueurs, le taux de fécondité soit le nombre moyen d’enfants par femme, ne fait que diminuer. Il atteint moins de 1,5 enfant par femme, en Europe, en 2022. « En France, on est déjà en surnombre », estime pour sa part Michel Sourrouille.

Le géant asiatique, la Chine, plus gros pollueur de la planète, devrait aussi connaître une baisse démographique, avec 110 millions d’habitants en moins entre 2022 et 2050, ce qui représente 8 % de sa population, selon la projection de l’Onu. Au total, Emmanuel Pont rappelle que la population devrait se stabiliser sur Terre à 10,4 milliards personnes vers 2080 jusqu’à la fin du XXIe siècle. Prôner une politique de baisse de la natalité reviendrait à « imposer les conséquences de nos modes de vie au reste du monde », analyse-t-il.

Emmanuel Pont pointe aussi du doigt la chronophagie d’une politique de contrôle des naissances. « Il faut beaucoup de temps pour que la population évolue. J’avais fait le calcul, si on introduit la politique de l’enfant unique en France, il faudra attendre à peu près 2100 pour que la population soit divisée par deux, détaille-t-il. Sachant que l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2050, il sera déjà trop tard. » Il ajoute : « J’avais calculé le poids d’avoir un enfant dans une famille « écolo », c’est-à-dire qui fait des efforts pour réduire fortement ses émissions, et on arrivait autour d’une tonne par an. Ce n’est pas négligeable, donc je ne pense pas que ça soit absurde de ne pas avoir d’enfants pour cette raison. Mais cela ne me semble pas important par rapport au reste, ce n’est pas la priorité et cela ne suffirait pas. »

Michel Sourrouille pense au contraire que la croissance démographique et nos modes de vie sont liés : « Tout est interdépendant, il ne faut pas séparer les problèmes. » Il prend l’exemple de la voiture individuelle, source d’émissions de gaz à effet de serre. Pour chaque automobile, il faut un conducteur : « Donc s’il y a beaucoup trop d’automobiles, c’est qu’il y a beaucoup trop de conducteurs. Nous ne pouvons pas séparer la démographie de nos modes de vie. Il faut penser à réduire notre niveau de vie à l’occidentale et ne pas continuer à augmenter la population », souligne-t-il.

Le membre de l’association Démographie responsable déplore la politique nataliste du gouvernement français. Il pointe les allocations familiales qui favorisent les familles nombreuses ou le système des retraites qui est un « cercle vicieux », selon lui : « Il faut faire des jeunes pour payer les retraites… » Pour faire face à la croissance démographique en Afrique, il faudrait selon lui que les pays riches consacrent des aides au développement des plannings familiaux. Mais il est formel : en aucun cas, il ne faut imposer de mesures autoritaires.

Un avis partagé par Emmanuel Pont : « Dans l’histoire, les politiques de contrôle des naissances se sont toujours mal passées. Il y a un historique assez sombre d’abus de stérilisations forcées, d’eugénisme finalement. La frontière est ténue, entre décider qui a le droit d’avoir un enfant et qui a le droit de vivre… Et c’est aussi une politique qui serait imposée aux femmes, aux minorités, encore une fois. » Arrêter de faire des enfants « pour sauver la planète » pose aussi « des questions philosophiques sur le droit à procréation », poursuit-il. « On ne va pas mettre le fait de faire des enfants sur le même plan que des choix de consommation comme prendre l’avion ou manger un steak… Je trouve que c’est un débat qui devient rapidement glissant. »

Pour en savoir plus,

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

https://www.edilivre.com/alerte-surpopulation-michel-sourrouille.html/

Pour te procurer ce livre, tu peux faire une commande ferme auprès de ton libraire de proximité, car les libraires ne peuvent retourner leurs invendus.

A défaut tu commandes à la FNAC qui référence ainsi le livre :

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

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17 réflexions sur “8 milliards, crainte ou déni, deux expertises”

  1. Le commentaire de MARCEL LE MALTHUSIEN À 18:12 ne fait là encore que confirmer cette réalité évoquée par Vincent Cheynet dans La Décroissance juillet 2009 :
    – « En fréquentant les milieux écologistes, nous croisons inévitablement des militants pour la réduction de la population humaine […] il est particulièrement aisé de percevoir le caractère pathologique de leur démarche ».

    QUESTION : Que pourrait-on rajouter à ça ? ( d’intelligent, de constructif etc. ça va de soi )

    1. Côté pathologique, et pathétique, celui du BGA À 14:03 ne vaut pas mieux.
      Voilà donc déjà là vers quoi ce «débat» est con damné à glisser.
      Tant que ce ne sont que des mots, des commentaires sur un blog seulement fréquenté par quatre pelés et un tondu… à la limite on peut se dire que ça n’est pas très grave. Seulement il y a ces idées, et cette peur, et cette haine… que je vois progresser.

      1. Ben oui, il faut équiper les africains de machines à jambon, ça leur sera un outil très pratique pour rationner et partager tous leurs aliments !

  2. Suite À 15:50 et À 16:07.
    La crainte, la peur, l’anxiété, l’angoisse etc. OK elles ne se commandent pas. Par contre elles peuvent se maîtriser, plus ou moins bien sûr, se soigner etc. N’oublions pas que la peur fausse les jugements, que l’anxiété est une réelle souffrance, que l’«éco-anxiété» progresse, notamment sous l’influence des médias etc. Bref, la crainte est là, la peur et l’anxiété aussi, et il n’est évidemment pas question de nier cette réalité. Pour ce qui est du déni, je disais donc qu’il ne fallait pas le confondre avec la mauvaise foi. Je vous propose de lire cet article : Le déni et la mauvaise foi (Psychothérapie en ligne des troubles anxieux et du stress – sur conscience-claire.blogspot.com )

    1. Pour ce qui est du débat, de la possibilité de discuter, sur ce genre de sujet, je disais donc (encore À 12:29) que c’était impossible. Et notamment à cause de cette mauvaise foi, réelle ou supposée, dont l’autre se voit accusé ou affublé.
      Je vous propose donc de lire les réponses (notamment celles de Marie-Anna Morand ; Marine Lefebvre ; Vasody Vong et Patrice Truffot) apportées à cette question :
      – Comment discuter avec une personne de mauvaise foi, qui a toujours le dernier mot et qui s’énerve quand on retourne ses propres paroles contre elle ? (fr.quora.com)

      QUESTION : Que pourrait-on rajouter à ça ?

  3. Crainte ? Ben la crainte ce sont les africains qui vont l’avoir en plus grande intensité, car plus ils sont nombreux, plus la portion de nourriture qu’ils ont dans l’assiette se réduit ! Avec l’égalitarisme socialo-communiste, ça veut dire qu’il faut partager en parts égales entre individus des portions de plus en plus petites…. Bientôt ils passeront les grains de riz à la machine à jambon, et se partageront des tranches de grains de riz… ET oui les famines ont commencé et deviennent de plus en plus sérieuses en Afrique… Mais en France, des utopistes restent dans le déni en restant bien vautré dans leur canapé…

    1. La crainte comme la peur (voir différence) peuvent être provoquées par une multitude de choses, ou de raisons, aussi bien réelles qu’imaginaires. Comme la crainte, le déni de réalité est d’abord une attitude. Celle-ci consiste à refuser de voir les choses telles qu’elles sont réellement.
      Un tiers de la nourriture produite dans le monde est gaspillée ou perdue. Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse rien n’indique, raisonnablement, qu’on puisse inverser la tendance vers ces 10 milliards en 2050. À moins bien sûr de tout faire péter d’ici là.
      Ce ne sont là que 2 exemples de ces réalités difficiles voire impossibles à supporter, ou à accepter, ici sur ce blog Biosphère.

      1. C’est bien que tu te fasses soigner par un psychiatre, mieux vaut tard que jamais, car c’est vrai que ça fait un long moment que tu restes dans le déni de réalité !

    2. Les psychologues (psychiatres etc.) expliquent le déni comme un mécanisme inconscient de défense (ou de fuite) face à une réalité impossible à supporter.
      Impossible à supporter pour diverses raisons, là encore aussi bien réelles qu’imaginaires (idéologie, dogmatisme). Ce mécanisme permet donc de préserver le sentiment de sécurité et protège de l’angoisse.
      Ceci dit, autant il est facile d’identifier la crainte (la peur), autant ça l’est moins concernant le déni. Ce que nous prenons pour du déni ne peut être aussi que de la mauvaise foi, comme celle qui animait les dit climato-sceptiques il n’y a pas longtemps.

    3. Mais à ce compte-là, pourquoi la mauvaise foi serait-elle que d’un seul côté ? La crainte, la peur, l’angoisse etc. sont-elles des gages, des preuves, de bonne foi ?
      Et à l’inverse, pourquoi ceux qui n’en sont pas là seraient-ils de mauvaise foi ?
      On peut très bien être pleinement conscients de ce type de réalités, et continuer sa vie comme si de rien n’était, ou presque, et être parfaitement honnête. Pourquoi l’un empêcherait-il l’autre ?
      NON, il suffit juste d’être un peu stoïcien. Et ce “remède “ ne date pas d’hier.

    4. marcel le lucide

      On y trouvera même des ascenseurs avec la mention : « 350 personnes , 5
      kg » comme dans la blague sur le Biafra dans les années 70 . 😎😎
      Le cannibalisme reviendra en force et les plats à base de viande humaine seront
      la règle vu que tous les animaux auront été croutés avant 😎😎

  4. Analyse personnelle. Désolé, mais cette fois ce sera un peu plus long. En espérant donc ne pas être coupé au «montage». D’abord je n’ai pas la prétention de me présenter comme un expert de quoi que ce soit. Comme toujours, j’essaie seulement de faire fonctionner ce qu’il me semble être mon esprit critique. D’être logique, méthodique, etc.

    1) Le titre : « 8 milliards, crainte ou déni, deux expertises »
    1.1) Comme si tout le monde, déjà, connaissait réellement ce chiffre. Et/ou mesurait réellement ce qu’il signifie. Comme s’il suffisait de dire à quelqu’un «La planète compte 8 milliards d’êtres humains», ou «la fortune de Jeff Bezos est de 144 milliards d’euros», pour que l’informé soit en mesure d’en penser quelque chose de forcément intéressant. C’est pourtant sur ce postulat que fonctionnent les sondages.
    ( à suivre)

    1. 1.2) Comme si ce chiffre ne pouvait se traduire que par ces deux seules attitudes : la crainte OU le déni. C’est alors oublier l’indifférence, l’acceptation, la résignation et autres. Et bien sûr aussi l’obsession. Pour ce qui est de la crainte (la peur), on ne peut pas faire comme si toutes les variantes se valaient (un peu, beaucoup, passionnément etc.).
      Pour ce qui est du déni, de réalité je suppose, j’estime qu’on devrait déjà commencer par bien s’informer sur la chose.

      2) « Le membre de l’association Démographie responsable […] est formel : en aucun cas, il ne faut imposer de mesures autoritaires. »
      Le membre dont il est question ici est l’expert Michel Sourrouille. Dans le débat sur ARTE c’était Didier Barthès (porte-parole de l’association DR) qui parlait. ( à suivre )

    2. Tous les deux sont donc, publiquement, sur la même longueur d’onde en ce qui concerne ces fameuses «mesures autoritaires». Très bien.
      N’empêche que le discours de Michel Sourrouille, ainsi que son attitude, ses stratagèmes etc. notamment sur ce blog m’obligent à m’interroger.
      Nous pourrions alors remplir des pages, et leur poser une foule de questions.
      Juste pour bien cerner ce que tout le monde entend par «mesures autoritaires».
      ( à suivre)

      1. marcel le malthusien

        Je vais vous aider : ce sont les mesures que je recommande (stérilisations en contrepartie d’ un bon pécule et simultanément cessation d’ aide alimentaire / médicale : d’ un côté , on laisse dame nature faire son oeuvre dure et cruelle , certes mais terriblement efficace et de l’ autre on consolide son oeuvre pour ramener les chiffres de population à des niveaux raisonnablement bas .
        Bien entendu , pour décider de cela , il faudrait un coup d’ état et l’ imposition d’ un pouvoir fort : je n’ en dirai pas plus sinon MS va passer mon commentaire à la trappe
        Ceci pour la politique démographique internationale (A Fricaine surtout) et pour l’ Europe, non octroi d’ allocations famililes et avantages sociaux / fiscaux au-delà de 2 enfants , fixation dans la constitution d’ un chiffre maximal de population
        Comme vous le voyez , l’ humanisme n’est pas un vain mot pour moi 😁😁

    3. 3) « Je trouve que c’est un débat qui devient rapidement glissant. » (E. Pont)
      C’est notamment l’emploi de cet adjectif dans cette phrase qui a valu à Emmanuel Pont de se voir accusé par Biosphère (Michel Sourrouille) d’utiliser le fameux sophisme de la pente glissante. Autrement dit d’être malhonnête, un bonimenteur et autres «gentillesses» dont Michel Sourrouille affuble régulièrement et systématiquement tous ceux qui ne sont pas sur sa Ligne. Moi-même, par exemple. ( à suivre)

    4. 4) 8 milliards… débat OU «débat» ?
      J’ai bien sûr commenté cette histoire de glisse. Comme tout un tas d’autres éléments du discours malthusien, comme tout un tas d’autres points qui sont loin d’être clairs.
      Mais à quoi bon ? Et je ne compte plus les fois où j’ai dit que ce débat était pipé, «miné» comme disent d’autres, qu’il n’y a pas de débat à proprement parler. Et donc que ce type de «débat» ne peut, AU MIEUX, que tourner en rond.
      C’est à dire qu’il ne peut mener à RIEN. Rien de BON en tous cas.
      Seulement en disant ça, je me vois moi-même qualifié de «sophiste de la pente glissante». C’est donc bien ce que je dis, nous restons condamnés à tourner en rond, à parler pour rien, si ce n’est pour faire monter la Pression, échauffer les esprits, toujours plus, comme s’ils ne l’étaient pas assez comme ça etc. etc.
      ( Fin )

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