L’éternel retour de la fin de vie « légale »
Les critères ouvrant l’accès au suicide assisté, réexaminés à l’Assemblée le 16 février 2026, laissent un certain nombre de questions ouvertes. La proposition de loi dessine un « cadre large » intégrant une variété de maladies et des patients ayant même plusieurs années d’espérance de vie.
lemonde.fr : Les critères d’accès tiennent en un article – le quatrième – et sont cumulatifs. « Pour accéder à l’aide à mourir, une personne doit répondre à toutes les conditions suivantes : être âgée d’au moins 18 ans, et de nationalité française ou résidant de façon stable ou régulière en France. » Voilà pour l’aspect administratif. C’est sur les trois autres critères que le corps médical sera appelé à valider ou à rejeter la demande émanant d’un patient : ce dernier devra être atteint d’une « affection grave et incurable », qui « engage le pronostic vital », « en phase avancée » ou « en phase terminale » ; présenter une « souffrance physique ou psychologique constante liée à cette affection », « réfractaire aux traitements » ou « insupportable » ; et être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ».
Est-ce qu’il s’agit de créer un « dernier recours » pour quelques centaines de personnes, dans des « conditions strictes », comme n’a cessé de le répéter le gouvernement … ou un droit plus large, ce dont s’inquiètent les opposants à cette évolution législative.Parmi eux, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) a jeté un pavé dans la mare en estimant que 1 million de malades en stade avancé pourraient y être éligibles : 450 000 patients atteints d’un cancer métastatique, 7 500 malades de la sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot), 500 000 souffrant d’insuffisance cardiaque… Les critères actuels de la future loi semblent inclure, aussi, les patients atteints de la maladie de Parkinson ou de la sclérose en plaques, très évolués sur le plan moteur, dès lors qu’ils ne présentent pas de troubles cognitifs. Ils excluent, en revanche, les malades d’Alzheimer ou ceux dans un état végétatif. Moins claire est la situation des personnes qui, après un accident vasculaire cérébral, présentent des séquelles très lourdes.
Concernant les résidents d’Ehpad, dont l’âge moyen avoisine 90 ans, les patients ont en moyenne huit pathologies, dont au moins trois à un stade avancé – insuffisance cardiaque ou rénale terminale, cancer évolué… Autre catégorie de patients qui a cristallisé l’attention : les personnes atteintes de maladies psychiatriques (bipolarité, schizophrénie, dépression sévère…) et qui peuvent avoir des idées suicidaires. Éligibles aussi une frange de patients en insuffisance cardiaque…
Le texte de loi prévoit qu’un médecin décide, après consultation obligatoire d’un spécialiste de la maladie et d’un autre soignant.
Le point de vue des écologistes du choix ultime
– Mon épouse se bat contre un cancer totalement INCURABLE. On lui applique la seule solution actuellement en France, la SPCJD (sédation profonde et continue jusqu’au décès) … cela fait une semaine … sans eau ni nourriture … certes elle ne souffre plus … mais a quoi cela rime-t-il ?
– Ce qui est sidérant c’est la mise à l’écart du demandeur de l’aide à mourir.
– Je ne trouve pas normal que le droit de vie ou de mort repose sur les seules épaules des soignants.
– L’État français et une partie du corps médical semblent avoir une peur bleue du libre-arbitre des principaux concernés. Affligeant.
– Ce n’est pas à l’État de décider de la fin de notre vie, c’est à nous-mêmes. Et si on veut de l’acharnement thérapeutique sur soi, c’est à la personne et aux familles concernées d’en assumer les frais.
– J’ai vu des proches souffrir d’Alzheimer au point de devenir violent et de ne plus reconnaître leur proche (enfants, conjoints…) sans parler de l’état végétatif. Sincèrement, ils auraient souhaité en finir s’ils avaient vu leur état et qu’ils auraient eu la capacité de décider.
– En Belgique, nous avons résolu la problématique depuis plus de 20 ans. Le type de pathologie n’entre pas en ligne de compte. Ce sont les côtés inéluctables, incurables et la souffrance insurmontable (y compris la souffrance psychologique) qui sont pris en compte par un médecin. La population n’a jamais manifesté négativement, même dans les milieux les plus conservateurs et les plus catholiques.
– En Suisse aucun texte n’organise l’aide à mourir. Vouloir faire une liste des pathologies relevant de l’aide à mourir est ridicule. Il n’y a pas deux cancers identiques concernant des personnes identiques. Ce qu’il faut surtout, c’est écouter le demandeur et avoir un dialogue avec lui.
– S’inspirer de l’AMM (aide médicale à mourir) présente au Québec… merci !
– Il y a un temps de résilience variable d’une personne à l’autre, pour faire le deuil de sa vie et de son corps d’avant, mais, pour la quasi-totalité d’entre elles, la demande disparaît, passé quelques semaines ou quelques mois. On s’habitue à tout, même à l’insupportable !
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