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Simplicité, Sobriété… Techniques douces

Les années 1970, c’était encore l’époque où nous n’avions pas besoin d’anglicismes comme low tech / high tech pour envisager ce qu’il faudrait pour assurer un avenir durable à nos générations futures. Dans le hors série « spécial écologie » du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces dont voici un résumé : Petit apport d’énergie / Grand apport d’énergie exosomatique ; production artisanale / industrielle ; priorité au village / à la ville ; limites techniques imposées par la naturel / Limites techniques imposées par l’argent… Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture thermique ou électrique(technique dure).

Aujourd’hui un article du MONDE, la conversion aux « low tech » de jeunes ingénieurs,  annonce un « basculement » que l’étudiante Florence Drouet décrit ainsi : « Je ne pouvais plus continuer mon travail, si contradictoire avec la réalité alarmante de la pénurie d’énergie et de ressources. On m’avait appris à rester dans un moule cadré. Quand j’ai pris conscience que, contrairement à ce qui est asséné, on ne pourra pas s’en sortir par la fuite en avant technologique, cela a été vertigineux. » Les bigots technophiles ne cachent pas leur joie devant ce qu’ils pensent être des délires technophobes :

Fbr : Bienvenue au moyen âge !

Gordon : Les ingénieurs high tech coréens rigolent…

le sceptique : En prenant un gros bloc de pierre, genre par exemple du silex, ben peut-être qu’on pourrait en dégager des sortes de lames et d’éclats, qu’on pourrait ensuite retravailler et dédier à des choses simples et universelles comme percer, trancher, racler…

D accord : Nul doute qu’en tirant au lance pierre on saura bien se défendre contre des pays qui rigoleront bien de nos délires. Curieux de voir ce que va donner un planeur lowtech dans un combat aérien contre un chasseur russe ou chinois de 6ème génération.

pierre marie : « ferme écologique du Bec Hellouin »ou mas Beaulieu de Rabhi, main d’œuvre gratuite appréciée. Le plus productif dans la permaculture : proposer des stages payants, toucher le fric et faire bosser gratuitement. Sympa, les topinambours et le quinoa sont proposés à tous les repas, à un prix solidaire.

Albireo : Courage, encore quelques recherches et on aura réinventé la technologie du Néolithique.

Philip69 : Alors que l’urgence climatique appelle une myriades de solutions techniques pour adapter notre monde tout en restant dans les limites du socialement et politiquement acceptable, on a besoin d’ingénieurs de high-tech, pas de bricolo du dimanche, pas plus que de permaculteurs de lopins.

Paolo Kanté : Il faut creuser de plus en plus profond pour déterrer un commentaire positif de nos jours.

Michel SOURROUILLE : Analysons les conséquences socio-économiques d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique. Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales… nucléaires. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires, eux-mêmes reliés aux administrations(quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants, complexes et fragiles. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne a impliqué la réorganisation de la société tout entière. Sa nécessaire déstructuration ne sera pas facile.

techniques douces contre techniques dures

Obama parie sur l’économie verte et remet la science (de l’environnement) au sommet de l’agenda (Le Monde du 23 décembre). Je trouve d’une totale ambiguïté le concept de technologies vertes adopté par l’éditorial. Car qu’est-ce qui est « vert » et que peut-on dire de la technoscience ? Le débat dans les années 1970 sur l’opposition entre techniques dures et  techniques douces, nous offre des pistes de réflexion.

Dans le numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte (juillet 1973), Ivan Illich, de passage à Paris pour son dernier livre La convivialité, avait développé ses thèmes de prédilection, dont le rôle de l’outil, convivial ou non : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied ».

 Dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces :  

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Sinon on  se retrouve devant des remèdes controversés, comme l’ingénierie du climat destiné à refroidir la Terre (cf. http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/12/22/l-ingenierie-du-climat-un-remede-controverse_1134027_0.html). Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture (technique dure).

techniques douces

Les Etats-Unis avaient invité les quinze économies les plus fortes du monde, y compris la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud, à deux jours de réunion (27 et 28 septembre 2007) sur la sécurité énergétique et le changement climatique. Il est vrai que ces économies dominantes sont responsables de 90 % des émissions de gaz à effet de serre. Selon Condoleezza Rice, « Le système actuel n’est pas durable. » Mais selon la même, secrétaire d’Etat, « Nous devons le transcender complètement par une révolution dans la technologie de l’énergie ». Le secrétaire de la Convention des Nations unies sur le changement climatique lui a rétorqué : « La technologie n’est qu’un élément des quatre piliers de la lutte, avec la réduction des émissions, l’adaptation aux conséquences du changement et le financement ». La Biosphère a même constaté à plusieurs reprises que la technique qui a créé le problème ne peut résoudre le problème.

 

La Biosphère demande donc instamment aux dirigeants américains actuels de savoir reconnaître la différence entre techniques dures et techniques douces. Quelques pistes de réflexion qu’on pouvait déjà lire il y a trente cinq ans :

Société à technologies dures Communautés à technologies douces

Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

Liste complète dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre » !

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

technique douces contre techniques imbéciles

Voter ne doit pas empêcher de réfléchir :

Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est sous contrôle social. La technique agricole ou artisanale utilisée par une société vernaculaire  n’est pas une technique visant à maximiser la productivité. En effet, ce type de société met en place la technique la mieux adaptée pour atteindre le maintien de son homéostasie (équilibre dynamique) et par-là celle de l’écosphère elle-même. La technique de l’homme traditionnel n’était donc pas destinée à transformer ou maîtriser l’environnement, mais plutôt à lui permettre d’y vivre. Il s’ensuit que la technique utilisée par une société lui est propre, elle est partie intégrante de son héritage culturel et le « transfert de technologie » y est très peu répandu. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. (…)

C’est notamment parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable, et c’est parce que la société industrielle moderne s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie qu’elle ne peut espérer survivre. Wolfgang Sachs1 met en relief les conséquences sociales d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique : « Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales qui dépendent à leur tour de barrages, de plates-formes off-shore ou de derricks installés dans de lointains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. » (…)

Notre incapacité à maîtriser l’intrusion de technologies de plus en plus périlleuses dans les fonctionnements de l’écosphère fait peser une menace croissante sur notre survie. Il est urgent de soumettre de nouveau les sciences et les techniques à un contrôle social, de les réenchâsser dans les rapports sociaux. A ceux qui pourraient craindre que cela compromette notre capacité de résoudre les problèmes sociaux et écologiques réels, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. La dislocation des systèmes naturels est à l’origine de la crise actuelle, et aucune technologie n’est capable de rétablir leur fonctionnement normal. Aucune ne peut recréer, par exemple, une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une famille ou une communauté disloquée. Le mieux que nos techniciens puissent faire, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit beaucoup plus bénin, et recréer les conditions dans lesquelles la nature pourra œuvrer. (extraits de Teddy Goldsmith, dossier de l’Ecologiste n° 5 (automne 2001), Sciences et techniques, les raisons de la contestation.)

1. Wolfgang Sachs, Six essays on the archaeology of development

être technologue, savoir s’interdire certaines techniques

Un technologue* ne doit pas être confondu avec un technocrate, un technophobe ou un technolâtre. Un technologue s’interroge sur la technique et ses applications. Tout ce qu’il est possible de réaliser sera réalisé, dit-on actuellement. Refuser l’innovation semble donc impossible. Aujourd’hui des valeurs comme l’égalité ou la liberté individuelle sont conditionnées par le potentiel technique de réalisation des désirs humains : énergie nucléaire, voiture pour tous, procréation médicale assistée, etc. Or dans le même temps, la techno-science a créé des moyens inouïs d’exploitation et de destruction de la nature. Les limites de la biosphère pose donc la question des limites de la technique. Où se situe le seuil ? Comment classer les techniques, des plus douces à l’homme et à la nature jusqu’aux techniques à interdire ?

Un technologue peut proposer quelques critères généraux de délimitation de la technique : en rester à des techniques simples, au plus près de la nature, de type artisanal et convivial, refusant le règne des spécialistes. Comme l’écrivait Ivan Illich, « Plus le pouvoir de contrôle se trouve concentré, plus la division du travail est accusée, plus les hommes sont soumis à la dépendance qui les met à disposition des spécialistes, et moins une communauté pourra intervenir sur son environnement. » Il distinguait deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. » On peut aussi mesurer le coût réel d’une technique par la quantité d’énergie non renouvelable qu’elle nécessite. Selon  Jean-Marc Jancovici, « Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! ».

Nous pouvons alors classer les techniques, de la plus douce à la plus destructrice, par la proportion entre énergie renouvelable (dont la première est notre force corporelle) et poids en énergie non durable, fossile principalement. Ainsi pour les techniques de déplacement : la marche c’est mieux que la bicyclette, qui est mieux que la diligence, qui est mieux que le cheval individuel, le TER mieux que le TGV, le taxi mieux que la voiture individuelle, le covoitruage mieux que l’avion, et la fusée c’est une abomination, surtout quand il s’agit de tourisme spatial.

Avec le même critère d’intensité énergétique, on peut même s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que l’utilisation d’un géniteur externe au couple, qui est bien mieux qu’une GPA (gestation pour autrui), qui est préférable au verre (pour le sperme) et à la paille (pour la fécondation), ce qui est mieux qu’une procréation médicale assistée ou une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites de la planète. Que les citoyens pratiquent une société moins complexe, plus conviviale parce que plus simple, plus manuelle, limitant notre trace sur la planète… nous nous en porterons tous mieux.

* Au sens premier du terme, un technologue possède une vue d’ensemble sur les techniques utilisées dans une société déterminée. Il est donc capable de les situer dans un contexte social, et d’en apprécier les limites. Par exemple Alain Gras, dans son livre Le choix du feu, fait œuvre de technologue. Malheureusement, dans le langage courant, un technologue « professionnel » n’est qu’un super-technicien… à qui on a enlevé ses capacités de réflexion globale. Cette castration n’est pas un hasard puisqu’elle profite aux intérêts marchands.

Analyse trouvée sur le site de JNE, journalistes-écrivains pour la nature et  l’écologie

nos techniques ne sont pas durables

Techniques anciennes ou techniques modernes ? Le débat est lancé et va prendre de l’ampleur avec la systématisation des crises écologiques. Ainsi l’Unesco parraine la création d’un institut international des savoirs traditionnels à Florence. Mais un musée qui se contente de transmettre la mémoire, avec un espace de loisirs et des bateaux électriques (LeMonde du 11-12 juillet), ne correspond pas du tout à l’enjeu. Bientôt le temps ne sera plus à l’accueil des touristes, mais à la réappropriation concrète des savoirs artisanaux qui permettaient de faire beaucoup avec peu. Le président de cet Institut constate d’ailleurs : « Le modèle économique actuel est fondé sur la destruction accélérée des ressources de la planète. L’innovation technologique, contrôlée par de grands groupes, devient un adversaire de l’homme. Les innovations anciennes ou à venir doivent être au service d’un monde durable. » En fait Pietro Loreano redécouvre un débat qui avait déjà eu lieu dans les années 1960, techniques douces contre techniques dures.

Voici un  tableau comparatif du Nouvel Observateur de juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » :

Société à technologies dures

Communautés à technologies douces

Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Ce n’est pas le cas de l’immense majorité des techniques actuelles…

L’imaginaire technologique de nos présidents

Nos présidents se font un point d’honneur de glorifier la technique dite « de pointe ». De Gaulle inaugure le sous-marin Le Redoutable (1967), Pompidou vole en Concorde de Paris à Toulouse (1971), Giscard visite la centrale nucléaire de Gravelines (1980), Mitterrand inaugure le TGV (1981), Emmanuel Macron adoore « le TGV, Ariane, le Concorde et le nucléaire. »

Jean-Baptiste Fressoz : « Difficile de trouver dans ce panthéon une technologie qui ait rendu les Français plus prospères. Mais il s’agit de valoriser par la technologie le patriotisme des électeurs. Le Concorde fut un formidable fiasco, quatorze exemplaires en tout et pour tout. Le TGV a renforcé le tropisme parisien : huit trajets à grande vitesse sur dix commencent ou finissent dans la capitale. »

Moriarti : Moi dit Fressoz, du haut de ma « Recherche » je vous garantis que Macron retarde, il a tout faux. Le Monde ne devrait pas jouer le jeu de ces donneurs de fausses leçons soi disant rehaussés par leurs titres universitaires. En quoi ces titres les qualifient ils pour parler de ces sujets ? En rien. Ce monsieur le prouve.

Mle @ Moriarty : J’adore votre argumentaire ! Vous avez dénigré le messager sans jamais donner des arguments contre le message. Votre commentaire peut se résumer à : il est nul parce qu’il est nul.

Biosphere : L’innovation technologique et sa démesure mérite mieux que ces coups de griffes. L’économie de la promesse technologique n’est que l’avatar contemporain des paradis religieux et des utopies sociales des siècles antérieurs. Cette promesse doit contenir un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good (pour le bien), et un grand tiers de profitabilité exponentielle. Et tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique. Le progrès technique est présenté comme un dogme indiscutable par l’ensemble des dirigeants et des médias. Il a infusé dans l’état d’esprit de la population, « on trouvera bien quelque innovation pour s’en sortir ». Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions.

Dans un monde où le discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite de limites, d’effets indésirables, de pannes et d’accidents,  la question de la délibération politique autour des choix techniques ne peut plus être éludée. Vive les techniques douces contre les techniques inappropriées.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 juin 2021, Le temps long et incertain de l’innovation

26 février 2021, Les mirages de l’innovation technologique

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

Bravo l’OPEP, bientôt le baril à 320 dollars

Les États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés (qui forment l’OPEP+) ont choisi le 4 octobre 2021 de reconduire leur stratégie de rétention de la production d’or noir, propulsant les prix vers le haut. Les cours avoisinent déjà les 80 dollars le baril. Si notre président n’était pas aussi con qu’il l’affiche, voici ce qui se passerait en 2022.

Les pays arabes, aidés par Poutine, ont décidé finalement de garder le plus possible de réserves pour leurs générations futures. Le GIEC approuve, c’est la bonne méthode pour combattre le réchauffement climatique, laisser le pétrole sous terre. L’or noir quadruple, passant de 80 dollars le baril à 320 dollars en trois mois. La facture pétrolière française explose, le gouvernement réagit à bon escient. Après une intense campagne de sensibilisation de la population aux enjeux écologiques, la réduction à 80 km/h sur les routes ordinaires s’élargit à une vitesse limitée à 100 km/h sur toutes les autoroutes. La taxe carbone est étendue à toutes nos dépenses énergétiques, il y a rationnement par le prix. Après discussion (mouvementée) au niveau de l’Union Européenne, il est prévu que la taxe carbone aux frontières sera adoptée dès la fin d’année 2022. De plus tout accord international, tout échange commercial avec l’extérieur, sera dorénavant soumis aux normes écologiques et sociales européennes.

Comme les inégalités sont exacerbées par la pénurie d’énergie, on dégonfle la pression sociale par l’instauration d’un revenu maximum autorisé, bonus et revenus du capital compris ; il est fixé à dix fois le salaire minimum par un vote presque unanime du Parlement. Une intense campagne d’explication dans les médias et les écoles insiste sur la fragilité extrême de notre société thermo-industrielle, devenue trop complexe et incapable de se réformer. On prône les quatre D, Démondialisation, Désurbanisation, Décroissance heureuse et Décentralisation. Pour la Dépopulation, on commence seulement à y réfléchir. Le citoyen comprend que la résilience au choc pétrolier ne pourra s’effectuer que par l’autonomie alimentaire et énergétique acquise au niveau local. L’État décide d’abandonner la plupart de ses prérogatives au bénéfice des entités territoriales. La sortie du nucléaire est acté, les centrales vieillissantes fermeront les unes après les autres. L’essentiel du plan gouvernemental est centrée sur les mesures d’économies d’énergie dans tous les domaines. Gaspiller devient source de culpabilité. Les municipalités réduisent l’éclairage public de nuit, souvent même le suppriment complètement. Les citoyens commencent à bouder volontairement les escalators pour faire de l’exercice physique dans les escaliers. Prendre son vélo ou marcher est devenu tendance, rouler en voiture est désormais ressenti comme exceptionnel, si ce n’est condamnable.

 Se rendre autonome devient le leitmotiv. Les familles élargies redeviennent à la mode. Les couples restent plus longtemps en couple, partageant difficultés… et appartement. Ils décident de faire moins d’enfants, et les enfants partagent la même chambre dans des maisons plus petites, plus faciles à chauffer. On garde les personnes âgées dans le foyer familial le plus longtemps possible. Le suicide assisté devient banal. Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. L’œuf sera pondu dans le poulailler familial, le lait produit dans une économie communautaire et le miel récolté dans des ruchers partagées. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Avoir fait des études longues est devenu un handicap, l’intelligence manuelle est revalorisée. Les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines .La reconversion des tâches effectuées par nos esclaves mécaniques est ressentie comme nécessaire. Des techniques douces sont mises en place, la force physique et l’ingéniosité humaine permet de suppléer l’obsolescence de la thermodynamique industrielle. On casse un peu partout les grosses machines qui ont produites le chômage de masse, on les recycle. Chacun comprend qu’aller moins vite, moins loin et moins souvent pouvait procurer le vrai bonheur. Les voitures rouillent, les rotules se dérouillent : marcher dans la forêt devient le nec plus ultra, plus besoin de paradis artificiels. La France est devenue le pays que le monde entier veut imiter… puisque le Bonheur national brut a remplacé le PIB. Nous te souhaitons une année 2022 conforme à ce qu’il faudrait faire…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

7 juin 2021, Interdiction d’avoir plus de deux logements

14 novembre 2018, A qui doit profiter la hausse du prix du carburant ?

18 septembre 2018, Débat européen sur la notion de post-croissance

OGM, limites de la recherche-développement

A un scientifique versé dans les biotechnologies végétales, on peut objecter cette remarque préalable : devenir un spécialiste dans un domaine empêche trop souvent d’élargir son point de vue. Se présenter du haut de sa chaire, « écoutez-moi je suis un grand scientifique et j’ai fait plein de choses pour les OGM », cela peut irriter dès le départ et entraîner un blocage inter-relationnel. Sans compter l’accusation de « conflits d’intérêt » ! Il suffit de se rappeler le refus total de Jacques Testart (et d’autres) de participer à un débat contradictoire avec l’AFBV (association française de bio-technologie végétale). Le blocage est bien installé car les pro-OGM sont considérés comme dogmatiques, enfermés dans leurs certitudes de chercheurs es techno-science. Cf les archives biosphèrique :

à qui profitent les OGM ? Débat entre Deshayes et Testart (2013)

Tout savoir sur la perversité des pro-OGM (2020)

Sur le fond de la question technologique, le blocage résulte de la difficulté de fixer des limites à l’application dans la vie courante de découvertes scientifiques. A l’extrême règne pour certains le principe d’innovation, une croyance aux bienfaits du progrès technique totalement opposée au principe de précaution : tout ce qui a été inventé doit avoir son application (même la bombe atomique). A l’autre bord extrême, d‘autres vont dire qu’il fallait s’arrêter à l’épée pour en rester au contact direct pour faire la guerre et au cheval de labour pour garder le lien avec la nature. Choisir un moyen terme entre le retour à la bougie et la conquête de Mars reste une interrogation qui reste sans réponse si ce n’est par le débat démocratique. L’introduction d’une nouveauté parmi les Amish, soumise entre eux à controverse « en présentiel », montre que si on dialogue vraiment, on en reste à des techniques très simples. Par contre les lobbyistes de l’appareil techno-industriel veulent nous faire gober la dernière nouveauté à la mode (qu’ils fabriquent eux-mêmes par la publicité et la médiatisation) ; dans ce cas il n’y a plus de frein au « progrès » technique, c’est le « sans limites » qui mène la société thermo-industrielle à sa perte. Technophiles contre technophobes, impossible de concilier les points de vue alors qu’il y a bien un entre-deux, le monde n’est pas en blanc et noir. Des tentatives de trouver le seuil à partir duquel une technique devient contre-productive ont été faites ;, les appellations diffèrent, mais il y a la même idée directrice, Mumford distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Ivan Illich parle d’outil convivial ou non. Teddy Goldsmith utilise les termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». Ted Kaczynski parle de technologie cloisonnée et de technologie systémique. En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures.

Voici par exemple la position de Theodore J. Kaczynski : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. »

En termes contemporains, on peut parler de low tech :

Bihouix, Low tech contre High tech (2019)

Résilience, un passage nécessaire par les low tech (2014)

Venons-en au débat spécifique sur les OGM. Ce blog biosphere a présenté plusieurs fois cette controverse, entre autres :

équivalence en substance des OGM, manipulation du réel (2017)

dialogue avec un partisan des OGM, membre de l’AFBV (2011)

Conclusion : La seule ambition d’une recherche éthique en matière technique, c’est de se contenter de développer la connaissance, et non d’asservir les autres humains ou la Nature. L’objectif de la recherche sans développement, c’est de rendre le monde plus intelligible, pas de le transformer. En janvier 2005, tout début de ce blog biosphere, Il n’y avait que trois articles dont celui-ci, « Quelle recherche ? ». Cet article ne semble pas avoir vieilli :

« Il faudrait considérer la recherche non comme un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais comme des études spécifiques dont les domaines d’application seraient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire et les OGM ou faut-il favoriser la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous a rappelé lors de la dernière conférence internationale à Paris qu’elle était en péril extrême. Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables. Faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de nos applications techno-scientifiques alors que nous accumulons déjà des tas de produits chimiques dans notre corps et que les cas de cancers et d’allergie se multiplient. Finalement notre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) nous empêche de consacrer toutes nos forces et notre attention à l’endiguement des dégâts que nous infligeons aujourd’hui à notre planète, donc à nous-mêmes. Le débat politique ne peut plus porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures. »

Entrons en résistance, « Dé »construisons

A l’heure de la suprématie des « SUR » (surproduction, surpollution, surpopulation…), définissons pour l’après-Covid une société apaisée des « Dé » :

Débond : Les stratégies de débond passent par une définition du suffisant et vont à l’opposé des stratégies de rebond. Il faut identifier les facteurs limitant : temps, monnaie, infrastructures, propriété, aliénation, inégalités. Des activités telles que le jardinage, la randonnée, les repas qui s’étirent en longueur, l’usage de la bicyclette réduisent le temps disponible pour d’autres activités polluantes ; elles créent un « débond temporel ». Limiter la monnaie, c’est réduire la capacité financière d’exploiter. Ce serait une politique de décroissance post-keynésienne, dans le sens où elle agirait sur le budget et la monnaie mais viserait à réduire la demande plutôt que de l’augmenter. Les politiques de décroissance réduisent les infrastructures dédiées à la production et à la consommation, par exemple les infrastructures de transport. De manière très concrète, il faut diminuer les incinérateurs, les aéroports, les autoroutes, les lignes haute tension, les infrastructures touristiques, etc. Il s’agit de promouvoir des infrastructures basées sur le local… (François Schneider)

Décentralisation : Il ne s’agit pas de décentralisation politique et administrative, il s’agit d’instaurer des communautés de résilience, cherchant à la fois l’autonomie alimentaire et énergétique tout en établissant des critères de vie démocratique locale. On peut se référer au livre de Rob Hopkins, Manuel de transition, ou approfondir l’idée de biorégions.

Décolonisation (de l’imaginaire) : Pour réaliser au niveau des masses le déclic suffisant pour rompre avec la toxicodépendance du consumérisme et procéder à la nécessaire décolonisation de l’imaginaire, on ne peut guère compter que sur la pédagogie des catastrophes. Bien sûr, il n’y a aucun certitude que cela fonctionnera à temps. Toutefois on n’a rien à perdre à essayer. (Serge Latouche)

Déconnexion : En réalité, nous ne vivons pas dans un monde avec des écrans, avec des téléphones portables, avec des compteurs connectés – nous vivons dans le monde des écrans, des téléphones portables, des compteurs connectés. Ce ne sont pas des gadgets auxquels nous pouvons aisément renoncer. Le mythe de la liberté du consommateur – individu rationnel et autonome derrière son caddie – n’est qu’un argument publicitaire. Nous ne souhaitons pas la déconnexion. Au contraire, nous désirons plus de connexion : une connexion sans intermédiaire technologique, un lien immédiat avec ce – et ceux – qui nous entoure(nt).(Marianne Durano)

Déconsommation : les militants de la décroissance pratiquent depuis longtemps la déconsommation qu’ils nomment simplicité volontaire, sobriété partagée, limitation des besoins, austérité ou même ascétisme. Dans la mesure où les désirs de l’humanité sont illimités, quelles limites devons-nous nous fixer ? C’est à chacun de déterminer le degré de simplification à atteindre. Mais il est facile de voir que nos existences individuelles et notre vie collective seraient grandement changées si tout le monde simplifiait ses desseins. Les actions comptent plus que les mots. (Richard B.Gregg)

Déconstruction : La plupart des économistes font leur métier comme si la nature n’existait pas. Le mot croissance renvoie habituellement à l’introduction de nouveaux moyens de production. Il s’agit en réalité d’un simple déplacement de ressources ou de l’emploi d’un actif non renouvelable qui réduit le capital naturel. Il faut donc déconstruire le modèle BAU, business as usual. Il n’est que temps de recadrer le débat pour déterminer ce qui doit croître et ce qui doit décroître. La première Conférence internationale sur la décroissance s’est tenue à Paris en 2008, sous les auspices de l’European Society for Ecological Economics. (Juliet B.Schor)

Décroissance : Alors que la récession touche la quasi-totalité des secteurs sans discernement en créant un chômage massif, la décroissance est une entreprise prévue, se concentrant sur les secteurs ayant l’impact environnemental le plus négatif, améliorant le quotidien des plus nombreux, réduisant les inégalités par une redistribution des ressources et une démarchandisation du monde. La décroissance permet le passage d’un système obèse reposant sur les énergies fossiles vers un système sobre et convivial. L’humain n’est pas un ennemi de la nature. S’il y a un ennemi, c’est le capitalisme extractiviste et productiviste (Stanislas Regal)

Défaire (le développement) : colloque organisé en mars 2002 au palais de l’Unesco sur le thème « Défaire le développement, Refaire le monde ». La notion de « développement » est piégée dès l’origine et il est désormais impossible de séparer de la croissance économique. Une mention spéciale, au titre de l’oxymore, revient au « développement durable », censé combiner à la fois la croissance économique et la sauvegarde de l’environnement. Comme si les nouvelles technologies – qui contribuent d’abord à l’extension de la mondialisation, à l’accroissement des inégalités, à la transformation de la nature en biens marchands et à la substitution des liens sociaux fondés sur le face à face par des prothèses numériques – pouvaient soudain échapper à la logique du profit pour entrer dans celle du bien commun ! En fait, ériger la pauvreté en problème, c’est occulter le fait qu’elle constitue un rapport social et qu’elle ne peut se définir que par rapport à la richesse. Comme le dit un proverbe tswana : « Là où il n’y a pas de richesse, il n’y a pas non plus de pauvreté. »

Démilitarisation : « si tu veux la paix prépare la guerre, c’est l’option militaire. Si tu veux la paix, prépare la paix », c’est la voie suivi par les objecteurs de conscience qui refusent tout usage collectif des armes par des armées au service d’intérêts particuliers, y compris nationaux. Pour en savoir plus, lire le manifeste du pacifisme et/ou consulter l’expérience vécue d’un objecteur de conscience.

Démobilité : La croissance contemporaine des mobilités peut être alternativement présentée comme incarnation de libertés nouvelles ou comme puissante menace environnementale ». Une étude parue en janvier 2021 confirme l’avènement de la « démobilité ». A la fin d’octobre, juste avant le deuxième confinement, alors qu’un couvre-feu avait été instauré dans la moitié des départements, seul un quart des personnes interrogées disaient avoir repris le cours normal de leurs déplacements… Mais plus de 40 % du 1,2 million de personnes travaillant à moins d’un kilomètre de leur domicile prenaient le volant pour se rendre au travail… 

Démondialisation : Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. (Aquilino Morelle) » Pour des raisons écologiques, il nous paraît en effet nécessaire de relocaliser l’activité pour épargner les énergies fossiles (moins de déplacements) et favoriser l’emploi local (respect des ressources naturelles locales, paysans du cru, agriculteurs de proximité, monnaie locale, etc.). C’est pourquoi l’idée de démondialisation est nécessaire, mais elle doit être accompagnée de la réalisation de communautés de résilience ou territoires en transition. Il ne s’agit pas de se contenter d’un patriotisme économique.

Dénatalité : La beauté sauvage est en train de disparaître et ça me fait mal… L’homme, ce grand prédateur, accapare l’espace de ses frères quadrupèdes… Faire moins d’enfants autorisera ces derniers à en faire à leur tour. Sinon, il y a toutes les chances que le droit à l’enfant s’écroule… La loi française autorise la stérilisation depuis 2001… Nous sommes déjà trop nombreux et je ne veux pas mettre au monde une personne qui ne serait qu’un outil permettant à une petite élite de garder ses privilèges… Avoir des rapports sexuels protégés, c’est comme trier ses déchets : c’est faire un geste pour la planète… Pourquoi dans mille générations, ma millième descendante n’aurait-elle pas le droit de vivre dans les mêmes conditions que moi ? (Cécile Deffontaines)

Dépollution : La croissance est un mythe dont le faux prophète s’appelle le PIB (produit intérieur brut). Cet indicateur de création  de richesse apparente n’est en fait qu’un instrument de l’exploitation des humains par d’autres humains et, plus fondamentalement encore, la cause première de la détérioration de la Biosphère. Le PIB mesure la somme de toutes les valeurs ajoutées, c’est-à-dire la production réellement issue de l’activité d’une entreprise. Un taux de croissance du PIB signifie donc plus de marchandises à disposition des consommateurs, plus d’accumulation de capital, plus d’ouverture sur l’extérieur, plus d’emploi. Mais cette conception de l’activité humaine laisse de côté la gestion du quotidien familial comme l’engagement bénévole au service de la société, compte en plus ce qui devrait être soustrait comme les dépenses de dépollution ou toute activité nuisible (alcoolisme, tabagisme, tourisme…), et ne mesure en rien la joie de vivre et l’état de la Biosphère. Beaucoup de producteurs qui croient sincèrement apporter une contribution positive à la richesse d’une nation seraient étonnés de calculer l’impact négatif de leur activité sur l’environnement naturel et humain.

Dépopulation : C’est une évidence, le pullulement humain est terrifiant, rend esclave les humains, épuise la planète, réduit la biodiversité, pollue les sols et le climat… L’infinie multiplication des hommes, face à des ressources de plus en plus réduites, mène obligatoirement comme l’avait prévu Malthus au désastre : famine, guerres et épidémies. (vers un dépopulation mondiale en 2047)

Dépublicité : Trois ingrédients sont nécessaires pour que la société de consommation puisse poursuivre sa ronde diabolique : la publicité, qui crée le désir de consommer, le crédit, qui en donne les moyens, et l’obsolescence programmée des produits, qui en renouvelle la nécessité. Ces trois ressorts de la société de croissance sont de véritables pousse-au-crime. Quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix ». Un révolutionnaire raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.(Serge Latouche)

Déscolarisation : Les gens ne comprennent pas qu’en détruisant la planète, on détruit également les conditions de la stabilité et de la prospérité de nos descendants, et que les générations futures, c’est toi, ta classe de collège, et toutes les classes d’enfants du monde. On peut encore éviter le pire. Cela implique d’accepter de ne pas faire des études longues à la fac, mais de devenir agriculteur ou menuisier. (Jean-Marc Jancovici). N’oublions pas aussi les idées d’Ivan Illich sur une « société sans école ».

Désindustrialisation : La révolution industrielle a détruit la paysannerie, socle fondamental de nos besoins primaires, alimentaires. Le système de classification moderne a bien octroyé au secteur agricole la qualification de « primaire » (qui vient en premier), mais c’est pour mieux glorifier l’extension du secteur secondaire puis tertiaire. Pourtant que ce soit clair : ouvriers, employés et cadres ne sont que des parasites qui vivent au crochet des agriculteurs. Avec les crises écologiques qui menacent, le besoin d’avoir de quoi se nourrir va redevenir l’exigence de tous les jours. Les paysans seront de retour. (Silvia Pérez-Vitoria)

Désinvestissement : L’enceinte politique des négociations climatiques ne pourra pas être le seul endroit où se jouera l’avenir de la planète. Et si notre meilleure option était tout simplement de compter sur l’aversion pour le risque des marchés financiers ? Depuis 2012, une ONG baptisée 350.org a lancé une coalition intitulée Divest-Invest (désinvstissez-Investissez). Le mouvement est bien suivi, plus de 200 institutions ont déjà décidé de désinvestir du secteur pétrolier en transférant  50 milliards de dollars vers d’autres domaines.

Désurbanisation : L’urbanisation arrive au sommet de son inefficacité. Historiquement la vie biologique comme la vie sociale suivent des cycles. L’essor d’une civilisation s’accompagne d’une croissance des villes, son effondrement provoquera une désurbanisation. Comme il y a le pic pétrolier, le pic du phosphore, le peak fish… il y  aura bientôt le pic de l’urbanisation. Nous retournerons bientôt au rythme ancestral qui privilégie les campagnes, l’agriculture vivrière et l’artisanat de proximité ; en termes contemporains, il nous faut retrouver des communautés de transition qui soient à l’échelle humaine.

Détechniciser : Le terme « Détechnicisation » a été proposé par Dominique Wolton : «  détechnicisation de la communication au profit de la relation », c’est-à-dire moins d’outils et plus de temps consacré au face à face. Au niveau historique, on employait plutôt l’idée de techniques douces pour remplacer la technologie dure. L’écologie n’est pas technophobe, elle incite seulement à choisir des techniques appropriées.

Dévoiturage : Après Pearl Harbour, le président Roosevelt annonce le 6 janvier 1942 un arrêt de la production de voitures qui durera jusqu’à la fin 1944. La vente de véhicules à usage privé a été interdite, ainsi que la conduite de loisir. La construction de maisons et d’autoroutes a été stoppée. Les gens se sont rapidement mis à recycler tout ce qui pouvait l’être, avant de se lancer dans l’autoproduction alimentaire dans les « jardins de la victoire ». (Michel Sourrouille)

Détechniciser le surdéveloppement technique

Il nous faut construire, du latin dis-, indiquant la séparation ou même la négation. Il nous faut tous devenir adepte de la Déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des «  », consommation, mobilité, mondialisation, nucléariser, surbaniser, voiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surabondance, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…). En d’autres termes, il nous faut réduire nos besoins et reconsidérer nos pratiques. Rajoutons aujourd’hui à notre liste le terme techniciser. faire perdre son caractère sur-technique à notre environnement matériel.

Le terme « Détechnicisation » n’est pas encore connu du journal LE MONDE. Cette expression a été proposé par D. Wolton : «  détechnicisation de la communication au profit de la relation », c’est-à-dire moins d’outils et plus de temps consacré au face à face. L’information est du domaine de la transmission des données, du sens unique A vers B ou B vers A. La communication doit donner confiance, transmettre un message construit, pensé, pesé ; on se situe dans l’ouverture à l’autre, la possibilité du dialogue et de l’explicitation. L’information est caractérisée par l’instantanéité, la communication par la longue durée. Les mails ne peuvent plus arriver à gérer des situations complexes. D’autant moins que l’avalanche des mails nous oblige à instaurer des filtres qui trop souvent reposent sur notre propre système de valeurs, sur notre propre vision du réel. Faire cohabiter l’ensemble de nos perceptions est devenu impossible avec l’usage des techniques numériques. La moindre pensée écologiste déposée sur la toile se retrouve dans un fouillis innommable de remises en cause diverses depuis les climato-sceptiques jusqu’aux ayatollahs du progrès technique adeptes du croissancisme. Détechnicisons nos pensées et nos actions.

Le terme détechniciser n’était pas employé au début des années 1970, on parlait plutôt de techniques douces contre les techniques dures. Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est socialement contrôlée et écologiquement appropriée. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. Le mixer électrique extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! Mais il suffit de jeter un coup d’œil sur le fil électrique pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par des centrales nucléaires dont l’approvisionnement en uranium dépend principalement du Niger. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons de cette chaîne de production est encadré par des bataillons d’ingénieurs reliés aux administrations quand ce n’est pas à l’armée. En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne avait impliqué la déstructuration des sociétés traditionnelles, la technicisation impliquera une construction des infrastructures actuelles et une Relocalisation des activités humaines. Le mieux que nos techniciens puissent faire aujourd’hui, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit minimes et le recours aux énergies fossiles marginal.

A ceux qui pourraient craindre que technicisation compromette notre capacité de résoudre les problèmes socio-économiques, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. Aucune technologie ne peut recréer une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une communauté disloquée. A chacun de nos lecteurs de pratiquer les à son rythme… mieux vaut se préparer à l’effondrement civilisationnel en prenant de l’avance.

Les mirages de l’innovation technologique

Croire dégoûte. La croyance religieuse, c’est l’opium du peuple comme l’écrivait Karl Marx. La foi au communisme institué, c’est l’espoir que tout dément mais que rien ne peut détruire sauf à admettre qu’une vie entière de militant n’était que leurre. Autre temps, autre croyance, ne faisons plus confiance aveugle aux mirages de l’innovation technologique.

Ruptures partout – médicales, musicales, gastronomiques… une fièvre d’innovation transforme nos existences, nos écrans, nos conceptions, triomphent dans les entreprises, bouleversent les organisations, les institutions et nos pratiques sociales. Mais pour quel bien ? Avec quelle démesure ? Le philosophe Thierry Ménissier dans son livre* démêle l’amalgame abusif existant dans nos représentations communes entre « innovations » et « progrès ».

Le progrès technique n’est qu’une économie de la promesse. Dans un numéro de la revue « Socio », intitulé « La technique y pourvoira ! »**, historiens, sociologues et politistes analysent les travers des progrès technologique sensés apporter des solutions à tous nos problèmes, sans que ni le pouvoir politique, ni la société ne puissent en questionner le rôle et le contrôle. L‘« économie de la promesse » n’est que l’avatar contemporain des paradis religieux et des utopies sociales des siècles antérieurs. Cette promesse doit contenir un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good (pour le bien), et un grand tiers de profitabilité exponentielle. Et tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique. Les auteurs soulignent aussi les caractéristiques réelles des technologies innovantes : leur extrême vulnérabilité face aux catastrophes naturelles et aux malveillances humaines ; leur ambivalence fondamentale dans la production simultanée d’effets positifs ou néfastes.

Le progrès technique est présenté comme un dogme indiscutable par l’ensemble des dirigeants et des médias. Il a infusé dans l’état d’esprit de la population, « on trouvera bien quelque innovation pour s’en sortir ». Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions. Dans un monde où le discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite de limites, d’effets indésirables, de pannes et d’accidents,  la question de la délibération politique autour des choix techniques ne peut plus être éludée. Vive les techniques douces contre les techniques inappropriées.

Pour en savoir plus, cette synthèse :

en finir avec le progrès technique

https://biosphere.ouvaton.org/blog/en-finir-avec-le-progres-technique/

* « Innovations. Une enquête philosophique », de Thierry Ménissier, 276 p., 19 €.

** « Socio », « La technique y pourvoira ! », numéro 12, 2019, 240 pages, 20 euros.

Quelles sciences pour le monde à venir ?

Il y a la science pure, la recherche pour déterminer comment le monde est fait, ce qui nourrit la connaissance pour le seul plaisir de connaître. Avec la civilisation thermo-industrielle, la techno-science a pris le pouvoir, les scientifiques sont devenus des esclaves de l’innovation qui rapporte aux entreprises. Cette science croissanciste et aveugle aux limites biophysiques de la planète a induit tellement de désastres que certains scientifiques deviennent des lanceurs d’alerte. Ce sont les climatologues qui nous informent du réchauffement climatique, ce sont les naturalistes qui nous avertissent de la disparition de la biodiversité, etc. Mais la situation est jugée tellement grave de la part de scientifiques de tous horizons que l‘alerte devient dénonciation.

Cette évolution est d’autant plus pertinente que les pseudo-scientifiques à la solde du business s’ingénient à dénigrer les scientifiques lanceurs d’alerte. Ils deviennent au niveau médiatique des marchands de doute ou des remparts d’un progrès technique sans conscience de ses effets pervers. Tout ce qui est inventé doit pouvoir être réalisé, bombe atomique, poisons chimiques, numérisation sans limites, etc. Sinon, selon eux, ce serait le retour à la bougie, si ce n’est à l’âge des cavernes.

Ces scientifiques vendus au système se transforment en religieux qui nous annoncent le paradis… dans un futur indéterminé. Pour eux la science est la solution alors qu’elle a créé le problème. Mais c’est eux qui recueillent les fonds des entreprises et des gouvernements dans un monde formaté par la croyance au progrès. Ils sont aidés dans leur propagande par les pseudo « sciences » économiques, une économie politique qui s’est mise au service du pouvoir des marchands du temple. Sans compter les médias de masse qui sont aussi une grande part du problème car, dépendant des ressources publicitaires et rachetés par des industriels, sont devenus eux aussi les complices des marchands. On n’est pas encore prêt à sortir de ce monde aveugle aux conséquences à long terme de l’activisme désordonné des humains

Pour en savoir plus sur les techniques appropriées face au techniques délétères :

1er novembre 2019, synthèse : Biosphere-Info : l’écologie, technophobe ?

23 décembre 2008, techniques douces contre techniques dures

8 octobre 2007, techniques douces

Pour en savoir encore plus, lire : « Quelles sciences pour le monde à venir ? Face au dérèglement climatique et à la destruction de la biodiversité », dirigé par Alain Grandjean et Thierry Libaert (Odile Jacob, 268 p., 22,90 €).

Croire au progrès, un vrai obscurantisme

Emmanuel Macron veut faire passer en force le passage à la 5G. Au lieu d’argumenter, il ironise sur ceux qui préféreraient « le modèle Amish » et le « retour à la lampe à huile » au modèle français incarné par « les Lumières » et « l’innovation ». Mais son « haro sur les écolos » révèle une crainte devant l’émergence d’une alternative à la société thermo-industrielle et à son croissancisme effréné. Loin d’être totalitaire,l’écologie politique est totalisante, elle repense la totalité de l’existence, mettant en évidence nos multiples interdépendances avec le vivant, avec les écosystèmes, avec la planète. Nous sommes Terriens bien avant d’être des humains. L’écologie devient la religion du XXIe siècle, une religion ancrée dans le réel biophysique et non une croyance en un dieu abstrait et invisible, une religion éclairée par l’écologie scientifique qui ne repose pas sur des arguments d’autorité, une religion qui relie et qui rassemble au sens profond du mot « religion ». L’écologie est une alternative au récit bien plus productiviste que progressiste qui a structuré aussi bien le libéralisme que le socialisme. Emmanuel Macron reproche à certains écologistes d’être obscurantistes, anti-Lumières et de prôner un retour en arrière. Mais la religion du progrès s’est transformée en croyance aveugle, tout ce qu’on peut faire techniquement doit être réalisé, peu importe les conséquences. Toute hésitation sur une avancée technologique relèverait d’une tentation nostalgique, toute interrogation sur une technique est vue comme une régression de Khmers verts et autres ayatollahs de l’écologie.

Or qu’est-ce que les Lumières, sinon la définition qu’en donnait Emmanuel Kant en 1784 : « Ose savoir ! » Questionner la pertinence d’une technique, c’est s’inscrire dans l’héritage des Lumières qui prônaient un usage de la raison critique. Les politiciens, toujours en retard d’une guerre à l’image de Macron, montrent leur vrai visage d’obscurantistes patentés : « On ne pourra pas avoir de transition écologique ni rester compétitif sans utiliser les technologies et notamment les objets connectés qui s’appuient sur la 5G » (Laure de La Raudiere, Agir ensemble) ; « On ne met pas assez dans la balance ce que la 5G va représenter en termes d’économies au-delà de l’amélioration des services » (Eric Bothorel, LRM). Les obscurantistes vont de l’avant, les premières enchères pour l’attribution des fréquences 5G débutent dès le 29 septembre avant toute analyse sérieuse avantage/coût de cette technologie.

Au sens des technophiles, si vous n’allez pas tout droit, vous ne pouvez que « revenir en arrière », ce qui veut dire à leur avis « régresser ». Que cet argument soit encore considéré comme imparable, au moment même où le monde brûle parce que le « train du progrès » nous a menés au désastre, a quelque chose de désespérant. Le président Macron et ses sbires feraient bien de se renseigner un peu sur « le modèle amish » qu’on a cru bon de ridiculiser, car lui au moins a l’avantage de faire discuter la communauté concernée sur l’ajout ou non de telle ou telle innovation. L’écologie, c’est la méfiance informée à propos de décisions politiques ou techno-économiques prétendument irréversibles. Faudrait-il cesser de vouloir apprendre ? Faudrait-il s’aveugler volontairement ? Tout se passe comme si les tenants du cliché progressiste ne voyaient derrière eux que le vide et devant eux qu’un mirage. Et c’est vrai qu’ils ont fait le vide en pillant la planète. Comme l’exprimait Jacques Chirac devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Comment ignorer les faits au moment même de l’année la plus chaude jamais enregistrée à cause d’un réchauffement climatique provoqué par les techniques humaines. A force de continuer comme si le train du progrès n’avait qu’une seule voie, comme l’exprime Bruno Latour, ces gens-là vont finir par nous faire vivre pour de vrai dans des caves éclairées à la bougie… c’est alors que nous regretterons « le modèle amish » autant que « la lampe à huile ».

Pour en savoir plus sur les techniques appropriées face au techniques délétères :

8 octobre 2007, techniques douces

23 décembre 2008, techniques douces contre techniques dures

1er novembre 2019, synthèse : Biosphere-Info : l’écologie, technophobe ?

L’écologie politique, parti de gouvernement ?

Ce qui peut permettre le succès de ceux qui posent l’écologie comme pierre angulaire de toute politique, ce sont les urgences environnementales. Une prise de conscience réelle qui n’a qu’un an à peine. On votait Vert depuis la présidentielle de 1974 comme aiguillon pour faire avancer la cause écologique, aujourd’hui cela devient un vote de conviction. Voter Écolo, un vote utile, c’est nouveau et mobilisateur. L’attachement des populations à leur pays et à leur territoire sera une force considérable pour protéger ce qui peut encore l’être des désastres qui s’annoncent. Mais l’ampleur des mesures à prendre, qui doivent témoigner d’une rupture radicale avec la société de croissance, seront difficiles à prendre. Il suffit de se rappeler que les manifestations des Gilets jaunes pendant des mois et des mois avaient pour point de départ un refus de la taxe carbone, mesure pourtant indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Toutes les mesures jugées punitives et technocratiques visant à une transition autoritaire seraient largement rejetées. Il était facile d’agréger les votes sur « je suis le parti du climat et de l’avenir, on doit agir pour nos enfants ». Il sera beaucoup plus difficile de rassembler sur « on doit sortir du système productiviste, de la croissance économique, de la société de consommation, de la défense du pouvoir d’achat, et lourdement taxer les produits polluants du panier de la ménagère et du budget du conducteur ». D’autre part l’électeur peut rattacher un certain nombre de domaines à l’écologie, santé, Agriculture, Politique de l’énergie et du logement etc… Mais comment l’écologie politique peut-elle aborder d’autres facettes du pouvoir, la politique éducative, la Défense nationale, les Affaires Étrangères, les flux migratoires ?

Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever seulement à la marge ? Chaque ministère traditionnel devrait avoir une optique écologique explicite dans son périmètre d’action. Par exemple, le ministère de la Jeunesse, qui actuellement ne s’intéresse qu’aux jeunes d’aujourd’hui, sera également celui des Générations futures. Nous voulons un gouvernement qui considère que l’écologie est un problème transversal, qui doit être traité en synergie par tous les ministres sans exception :

  1. ministre de l’Économie biophysique et des Flux financiers
  2. ministre de l’Énergie durable en adéquation avec les besoins
  3. ministre de l’Équilibre entre population et alimentation
  4. ministre du Travail et du Temps partagé
  5. ministre de la Protection civile des populations
  6. ministre de la Relocalisation et de la mobilité
  7. ministre des techniques douces et appropriées
  8. ministre de l’Espérance de vie en bonne santé
  9. ministre de la Sobriété partagée et de la Lutte contre les inégalités
  10. ministre de la Jeunesse et des Générations futures
  11. ministre de la Nature et de la Biodiversité
  12. ministre de la Subsidiarité entre territoires

Dans son livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), Michel Sourrouille détaille le programme de chacun de ces ministères en montrant que l’écologie est la matrice dans laquelle doit se former tous les autres paramètres : un politique performant est d’abord un bon écologiste.

http://biosphere.ouvaton.org/bibliotheque-2014-et/3147-2016-l-ecologie-a-l-epreuve-du-pouvoir-un-avenir-peint-en-vert-pour-la-france-de-michel-sourrouille

post-Covid, l’impossible an 01 de l’écologie

En 1971, Gébé propose dans une bande dessinée une révolution non-violente : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » La population décide de suspendre production, travail, école, et de déterminer ce qui doit être redémarré ou pas. Les fabricants de voiture ? Les grands magasins ? Les grandes fermes industrielles ? Dès les premières pages de la bande dessinée, le ton est donné : il faut arrêter ce mode de vie qui n’a plus de sens et qui mène la planète à la catastrophe. Aujourd’hui en 2020 une tribune dans LE MONDE* veut remettre ça : « Pendant l’épidémie des millions de travailleurs se sont très concrètement interrogés sur l’utilité de leur travail… Après le confinement, il nous faut retourner dans nos lieux de travail pour y tenir des assemblées où décider de ce que nos productions doivent devenir : être arrêtées ? réorientées dans un sens soutenable écologiquement, socialement, moralement ? relocalisées en mondialisant autrement ? »

Comme si pendant le confinement les gens étaient devenus des décroissants pensants ! Comme si après le confinement les gens ne voudraient pas revenir à leur vie d’avant sans qu’on discute à perte de vue du monde d’après ! La réalité qui nous attend est une société toujours aussi croissanciste, avoir plus de pouvoir d’achat, acheter ce que la publicité vante, des bénéfices pour les entreprises, un pouvoir fort car sécurisant, en attendant les Jeux Olympiques reportés à 2021… Nous aurons un gouvernement qui ne pense que relance économique, endettement massif et business as usual ! Tout le contraire de ce qu’il faudrait faire, et pourtant les gens seront contents.

Un gouvernement devenu écolo aiderait les gens à penser la résilience à long terme, pousserait les entreprises à devenir bas carbone, instaurerait par la culture un nouveau rapport à la nature… Nous savions déjà au début des années 1970 ce qu’il faudrait faire si on était écolo, ne pas déstructurer les solidarités de proximité et les emplois localisés, ne pas verser dans l’agro-industrie et faire ainsi le vide dans les campagnes, miser sur les techniques douces et non mettre en place le tout-nucléaire, interdire la publicité pour en rester aux besoins essentiels, perfectionner le système de santé et ne rien donner aux militaires, etc. Depuis cinquante ans, nous avons fait le contraire de ce qu’il faudrait faire, et en conséquence la société est maintenant structurée autour de la bagnole et du supermarché avec un yaourt qui a fait le tour de la planète avant d’arriver dans notre assiette. Comment un gouvernement pourrait-il faire autrement après le confinement que remettre le wagon sur ses rails croissancistes ?

Notre constat semble pessimiste, il se veut seulement réaliste. D’autant plus réaliste que je constate l’impréparation absolue du parti EELV de penser la gestion d’une grave crise comme celle que nous traversons. Notre ami Yves Cochet de son côté prépare la fin du monde dans sa longère à la campagne : « L’effondrement peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. »**

Restons optimiste. Nous connaissons déjà beaucoup de méthodes pour construire une société post-croissanciste, viable et vivable. En voici un exemple, officiel. La taxonomie écologique***, classement des activités plus ou moins « propres » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages, pourrait servir de point de repère à nos comportements. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ce serait une avancée politique majeure. Mais en décembre 2019 la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Moralité : ce n’est pas parce qu’on échoue souvent qu’il ne faut pas persévérer dans la bonne voie.

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/14/economie-comment-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer_6036564_3232.html

** Le Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050»)

*** 18 décembre 2019, L’art de classer ce qui est bien ou mal

NB : Le mouvement PEPS (Pour une écologie populaire et sociale) semble être à l’origine de cette tribune.

Sans écologisme, la démocratie part en vrille

Autrefois l’exercice du pouvoir était facile, les communications étaient limités dans l’espace, et un livre ne sert pas à ouvrir les consciences quand on ne sait pas lire. Selon le cardinal de Richelieu (1585-1642), apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». La bible était la seule référence, mais son interprétation était monopolisée par un clergé à la solde au pouvoir.

Depuis les jeunes ont tous appris à lire, écrire ou compter à partir du XIXe siècle, mais il n’y a pas eu de révolution culturelle, seulement soumission à un autre conformisme, principalement marchand. La prospérité économique des Trente Glorieuses (1945-1974) a fait office d’opium pour le peuple, la vie politique se déroulait entre politiciens comme le faisait remarquer Michel Debré dans « Ces princes qui nous gouvernent » dont voici un extrait judicieusement choisi par Pierre Fournier : « Le propre de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne, ses soucis et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. La démocratie, ce n’est pas l’affectation permanente des passions ni des sentiments populaires à la discussion des problèmes d’Etat. Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal est sain, il retourne à ses préoccupations personnelles – qui ont leur grandeur – ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. »* En France jusqu’en 1968 le contenu des informations à la télévision était contrôlé par le pouvoir.

Aujourd’hui les contestations secouent l’ensemble de la planète d’Alger à Bagdad en passant par Hongkong, La Paz ou Santiago. Et la France a ses « gilets jaunes » récurrents. Chacun de ces mouvements est différent et naît de circonstances particulières mais il y a des points communs. Après le libre-échange généralisé qui a soutenu la croissance économique vient l’acte II de la mondialisation, une volonté d’expression populaire facilitée par Internet et les réseaux sociaux. La mondialisation permet une communication généralisée créant, au Sud comme au Nord, une visibilité sur le monde qui n’existait pas auparavant. On compte maintenant 400 millions de téléphones connectés en Afrique. Au troisième trimestre 2019, Facebook comptait 1,62 milliard d’utilisateurs actifs chaque jour dans le monde. D’où à la fois l’échange facilité, les frustrations partagées et la rage qui en découle. On découvre les opportunités de la société de consommation et l’impossibilité d’en profiter comme on voudrait. Il faut alors un bouc émissaire. Le dénominateur commun à tous ces mouvements tient à la mise en cause du « système », argument si bien utilisé par les populistes de droite ou de gauche. Le seul message est alors de clamer que seul le peuple (ou son porte-parole) peut remédier à une situation qui se dégrade. C’est d’autant plus redoutable que cette notion relève de l’imaginaire démocratique (« le pouvoir au peuple »), mais reste floue dans sa signification concrète. Cette mise en accusation des élites et de tous les représentants en général rend la situation très complexe car, sur cette base de revendications multiples et mouvantes, aucune négociation n’est possible. Quand des dizaines de milliers de manifestants ne se satisfont pas de la démission d’un gouvernement, le pouvoir en place est démuni. La démission d’Evo Morales en Bolivie laisse par exemple un dangereux vide politique difficile à combler, la mort de plusieurs dictateurs a mis leur pays à feu et à sang. Il n’y a plus d’espace pour des initiatives capables de désamorcer la protestation, il n’y a plus de langage commun possible. Les seuls éléments de langage alternatifs, nous les abordons régulièrement sur notre blog biosphere. Ils sont principalement liées à la problématique écologique : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production).

À lire aussi sur notre blog biosphere, Nécessité pour la foule, partager un langage commun

* Charlie Hebdo n°119 du 19 février 1973

Biosphere-Info : l’écologie, technophobe ?

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L’écologie, étude de la complexité des interrelations multiples, ne peut être caricaturée par des phrases du type « l’écologie, c’est le retour à la bougie ». Entre la technophobie et la religion du progrès technique, il y a des techniques appropriées au contexte biophysique. Ce qui est certain, c’est que le blocage par la limitation des ressources naturelles et le coût de la complexité vont faire disparaître une grande partie de la mécanisation de notre existence ; le robot n’est pas l’avenir de l’homme. Démonstration :

1) Un classement synthétique des techniques

11) tableau comparatif du Nouvel Observateur de juin-juillet 1972, « spécial écologie – La dernière chance de la Terre » 

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie
Matériaux et énergie non recyclés
production industrielle
priorité à la ville
limites techniques imposées par l’argent…
Petits apports d’énergie
matériaux recyclés et énergie renouvelable
production artisanale
priorité au village
limites techniques imposées par la nature…

L’évolution historique a fait passer la société de la colonne de droite à la colonne de gauche, le futur probable sera constitué du mouvement inverse.

12) tableau comparatif des auteurs

auteur de référence : Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle (1960)

Analyses convergentes Techniques douces Technoscience
Lewis Mumford (1956). démocratique autoritaire
Ivan Illich (1973) outil convivial, techniques manuelles Outil complexe, énergie exosomatique
Ted Kaczynski (2008) technologie cloisonnée technologie systémique (exemple du réfigérateur)
Philippe Bihouix (2014) « low tech » High Tech

Notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques. Sans pétrole, la majorité du PIB disparaîtra, l’évolution vers la simplification des techniques est donc inéluctable.

2) Techniques et ressources naturelles 

21) l’exemple du  déplacement

Chaque technique correspond à un besoin, une création sociale toujours relative. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial.

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent plus vite et moins cher » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité autre que la marche ou le cheval nécessite de l’énergie et aussi des métaux. Or les métaux, toujours moins concentrés sous terre, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout) et réciproquement.

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne le plus autonome possible à celles qui dépendent d’une organisation industrielle. Nous sommes passés de l’utilisation de notre énergie endosomatique, propre à notre corps, puis nous avons ajouté l’énergie exosomatique, énergie animale, et l’énergie du feu (bois, énergie fossile, nucléaire…) pour finir par se déplacer avec des machines de plus en plus monstrueuses.

marche cheval vélo train Voiture Voiture électrique Avion Fusée

Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite en épuisant les ressources non renouvelables et en créant une pollution dont le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, le mot d’ordre deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite… et beaucoup plus cher ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » 

Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. Être écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée et d’une tcehnique au service de tous et non de quelques-uns.

22) Généralisation du raisonnement

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique

Le problème, c’est de déterminer où se trouve le seuil de l’inacceptable et quelles procédures démocratiques permettrait d’y arriver.

3) Techniques et complexité

Plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile. Avec le blocage énergétique vu dans la partie précédente, le risque d’un effondrement systémique s’amplifie.

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de  1988 l’effondrement des sociétés complexes  (traduction française en 2013) :  «  Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

Bien des auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques. De nos jours, les mots « effondrement » et « collapsologie » sont médiatisés, l’inquiétude devient palpable dans la population.

Face à cela d’autres auteurs parient sur la découverte technique qui sauve, et on se retrouve en présence de fantasmes comme « le moteur à eau » ou la fusion nucléaire. Cette technophilie est encore généralisée, que ce soit au niveau des politiques, des entreprises ou du citoyen moyen. Elle s’apparente à une religion, dans le futur ce sera mieux car on trouvera bien quelques chose ! Il y a un culte de l’innovation dont Elon Musk est un symbole, voyage sur Mars, hyperloop, etc. Même le principe de précaution est contesté par l’obligation d’innovation. Penser que les OGM résoudront la faim dans le monde, que les nanotechnologies sont la clé des énergies renouvelables, qu’ITER est la solution pour les énergies du futur, que la biomédecine résoudra les problèmes de santé, que la géoingénierie luttera contre le réchauffement climatique… toutes ces promesses technologiques permettent de se détourner des problèmes sociopolitiques graves et de reporter à plus tard les indispensables mesures pour faire face au réchauffement climatique et à la descente énergétique.

Conclusion : L’écologie n’ est pas technophobe

Dans un contexte d’urgence écologique on doit changer de comportement pour aller vers plus de sobriété : refus d’utiliser des techniques énergivores et des matériaux non recyclables, refus de l’objet à la mode, refus des incitations publicitaires, etc. Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes naturels de l’accouchement nous a habitué à une existence d’assistés par machine interposée. Le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

Mais il est nécessaire de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». Le complément de cette loi, « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable » devrait nous inciter à redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques. A l’hubris technologique, il faut opposer le sentiment de modération, vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt qu’utiliser des substituts techniques à nos capacités relationnelles.

Face à la domination techno-industrielle, il est nécessaire de changer de comportement individuel, mais aussi s’engager dans une association environnementale (de type formel ou informel) et/ou adhérer à un parti écolo, sachant que ces trois actions sont complémentaires. On peut par exemple refuser le smartphone et les voyages en avion, adhérer à Technologos, ou devenir acteur de l’écologie dans un parti…

Références bibliographiques

1954, Jacques Ellul, démesure de la société technicienne

1956, Mumford, l’embrigadement technologique

1973, Ivan Illich et l’outil convivial

1988, Ellul et le bluff technologique

2008, Kaczynski contre la technologie cloisonnée

2014, Bihouix, Low tech contre High tech

2015, Mumford contre les techniques autoritaires

Les limites de la loi « bioéthique »

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

ll n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

Notre texte du 11 janvier 2018, Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?, toujours actuel !

L’écologie politique, un parti de gouvernement ?

Aux européennes du 26 mai 2019, le candidat d’Europe Ecologie-Les Verts Yannick Jadot a recueilli 13,47 % des suffrages exprimés sur un positionnement ni gauche ni droite : « Le mandat que nous avons reçu, c’est de sauver l’avenir, pas le passé. » Depuis, il proclame sa volonté aux municipales de « gagner Paris, Nantes, Rennes, Toulouse »…. Il veut exercer le pouvoir, avec la présidentielle de 2022 en ligne de mire. Pourtant le parti était devenu ces derniers temps une coquille vide, dévitalisé par ses luttes internes et son alliance avec le PS de François Hollande. Une résurrection est-elle possible ? L’écologie politique peut-elle incarner un parti de gouvernement ? Le contexte s’y prête. L’écologie est devenue la principale préoccupation des électeurs et la grande cause de mobilisation des jeunes. Et si EELV se mettait comme les Verts allemands à s’unir tantôt avec la gauche, tantôt avec le centre droit pour exercer des responsabilités de premier plan, une page politique serait bel et bien tournée. C’en serait fini de « la social-écologie » à laquelle s’accrochent les socialistes pour tenter de refaire surface.*

Ce qui peut permettre le succès de ceux qui posent l’écologie comme pierre angulaire de toute politique, ce sont les urgences environnementales. Une prise de conscience réelle qui n’a qu’un an à peine. On votait Vert depuis la présidentielle de 1974 comme aiguillon pour faire avancer la cause écologique, aujourd’hui cela devient un vote de conviction. Voter Écolo, un vote utile, c’est nouveau et mobilisateur. L’attachement des populations à leur pays et à leur territoire sera une force considérable pour protéger ce qui peut encore l’être des désastres qui s’annoncent. Mais l’ampleur des mesures à prendre, qui doivent témoigner d’une rupture radicale avec la société de croissance, seront difficiles à prendre. Il suffit de se rappeler que les manifestations des Gilets jaunes pendant des mois et des mois avaient pour point de départ un refus de la taxe carbone, mesure pourtant indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Toutes les mesures jugées punitives et technocratiques visant à une transition autoritaire seraient largement rejetées. Il était facile d’agréger les votes sur « je suis le parti du climat et de l’avenir, on doit agir pour nos enfants ». Il sera beaucoup plus difficile de rassembler sur « on doit sortir du système productiviste, de la croissance économique, de la société de consommation, de la défense du pouvoir d’achat, et lourdement taxer les produits polluants du panier de la ménagère et du budget du conducteur ». D’autre part l’électeur peut rattacher un certain nombre de domaines à l’écologie, santé, Agriculture, Politique de l’énergie et du logement etc… Mais comment l’écologie politique peut-elle aborder d’autres facettes du pouvoir, la politique éducative, la Défense nationale, les Affaires Étrangères, les flux migratoires ?

Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever seulement à la marge ? Chaque ministère traditionnel devrait avoir une optique écologique explicite dans son périmètre d’action. Par exemple, le ministère de la Jeunesse, qui actuellement ne s’intéresse qu’aux jeunes d’aujourd’hui, sera également celui des Générations futures. Nous voulons un gouvernement qui considère que l’écologie est un problème transversal, qui doit être traité en synergie par tous les ministres sans exception :

  1. ministre de l’Économie biophysique et des Flux financiers
  2. ministre de l’Énergie durable en adéquation avec les besoins
  3. ministre de l’Équilibre entre population et alimentation
  4. ministre du Travail et du Temps partagé
  5. ministre de la Protection civile des populations
  6. ministre de la Relocalisation et de la mobilité
  7. ministre des techniques douces et appropriées
  8. ministre de l’Espérance de vie en bonne santé
  9. ministre de la Sobriété partagée et de la Lutte contre les inégalités
  10. ministre de la Jeunesse et des Générations futures
  11. ministre de la Nature et de la Biodiversité
  12. ministre de la Subsidiarité entre territoires

NB : Dans son livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), Michel Sourrouille détaille le programme de chacun de ces ministères en montrant que l’écologie est la matrice dans laquelle doit se former tous les autres paramètres : un politique performant est d’abord un bon écologiste.