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Nos écrits en 2005 sur les techniques douces

Nous sommes en 2026

et les techniques sont dures !

28.05.2005 Sacs-poubelle

La ville de Bombay interdisait les sacs en plastique en 2000, l’Etat du Bengale fin 2001, le Bangladesh en mars 2002, la France hésite encore en l’an 2005. Pourtant le polyéthylène est non seulement une pollution visuelle, mais provoque des maladies chez les animaux qui les avalent, bloquent les égouts et polluent les sols. Il faut dire aussi que les substituts comme le polyéthylène additivé se délite en micro-particules durables, elles aussi nuisibles à l’environnement. Quant au papier, sa production nécessite plus d’énergie que celle du plastique. L’idéal technique serait le recours à des produits biodégradables à base d’amidon de maïs car ils s’adaptent aussi bien à l’incinération qu’à la filière compost. Mais on peut surtout penser aux cabas réutilisables qui sont cousus et réclament alors plus de main d’œuvre : grave inconvénient, les Occidentaux sont incapables de les produire à un coût compétitif !

La Biosphère vous dit alors : cousez et recousez votre propre cabas.

03.06.2005 Lampes inusables ?

Les lames fluo-compactes durent cinq à six fois plus longtemps, mais elles contiennent jusqu’à 25 milligrammes de mercure (soyons honnêtes, les plus récentes 3 milligrammes, c’est à dire beaucoup trop). C’est là le drame : le mercure est très volatil et très polluant d’une part, une société censée retraiter ces lampes a fait faillite d’autre part et de toute façon les particuliers, faute d’information, les jettent directement à la poubelle. Pourtant ces lampes sont classées « déchets dangereux » depuis les décrets de 1997 et 2002, mais sans obligation de porter cette mention sur les étiquettes. C’est pourquoi ces lampes qui polluent grave les détritus ménagers sont actuellement présentées comme une manière d’économiser l’énergie. En fait on s’aperçoit encore une fois que les soi-disant progrès techniques vous enferment toujours davantage dans des problèmes sans fin : si ce n’est pas du côté des ressources naturelles, ce sera du côté des déchets qui résultent de votre consommation.

La meilleure électricité, c’est celle que vous n’utilisez pas.

28.08.2005 Maison écolo

Une maison doit s’inspirer des lois qui permettent à un arbre de pousser : n’utiliser que l’énergie du soleil, éliminer la réalité des déchets et favoriser la biodiversité. Les eaux usées sont filtrées par des bacs de plantes et des microorganismes vont se nourrir tout en purifiant l’eau ; le toit est couvert de verdure, il isole le bâtiment, filtre les émissions de gaz et récupère les eaux de pluie tout en accueillant les oiseaux de la région ; de larges baies vitrées, une orientation optimisée vers le soleil et un toit orné d’un chauffe-eau solaire et de panneaux photovoltaïques pourrait même permettre d’avoir un bilan énergétique annuel positif.

Vous voyez ce qu’il vous reste à faire pour défendre la Biosphère !

07.11.2005 Autonomie de la technique

C’est au moyen des outils qui permettent la transformation de l’environnement que les humains se produisent eux-mêmes. Les haches de pierre sont vieilles de un à deux millions d’années, bien avant l’évolution vers l’homo sapiens ; elles ont été découvertes en Afrique et en Eurasie, elle se rassemblent toutes, un même modèle reproduit sur 50 000 générations à travers le monde pour des sociétés de chasseurs-cueilleurs qui se donnent déjà les moyens de forcer la Nature et les autres humains. Cependant l’organisation sociale reste encore relativement en phase avec la Biosphère, l’outil est rudimentaire et les populations humaines peu nombreuses. Par la suite on a inventé des outils encore passifs, qui ne pouvaient agir qu’une fois manipulés par une personne comme la hache de pierre, puis la recherche appliquée s’est accélérée de nos jours : les machines-outils et les automates sont devenus actifs, on se contente de les surveiller et de les réparer. Maintenant les processus informatiques peuvent fonctionner 24 heures sur 24 même de façon autonome du moment qu’on met de l’énergie à leur disposition. La puissance et l’interconnexion des outils actuels transforment complètement la planète et dépassent non seulement le pouvoir de maîtrise humaine, mais aussi le seuil de tolérance des équilibres vitaux.

Conviviale est la société où les humains contrôlent leurs outils. Yvan Illich appelait société conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes, l’outil est convivial quand personne n’a besoin d’un diplôme pour avoir le droit de s’en servir. La Biosphère pense en outre que l’outil est convivial quand son emprise sur la Nature reste la plus légère possible.

13.11.2005 Eco-gîte ?

A quelque kilomètres du centre nucléaire de Cadarache, une association écologiste fête son 25ème anniversaire. Au début il s’agissait d’éduquer les gens au respect de la forêt, et puis l’idée de construire une maison autonome en énergie a fait son chemin. De chantiers de jeunes en stages de formation pour adultes, la bâtisse bioclimatique va prendre vie L’eau de pluie est récupérée et stockée, mais le centre n’a pas de jardin potager à arroser. L’eau potable est puisée par forage, déjà la technique commence à montrer son nez. Et puis on utilise chauffe-eau solaire, cellules photovoltaïque et groupe électrogène au GPL qui assurent une indépendance toute relative. En fait il n’y a pas d’autonomie quand les matériaux utilisés (cellules photovoltaïques, GPL…) sont importés de l’extérieur et que cette communauté ne vit en fait que des touristes (10 000 nuitées chaque année) en mal de mode de vie expérimental.

Pour la Biosphère, une société deviendrait conviviale si l’outil lui-même était convivial, utilisant seulement une technique douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Pour que les activités humaines redeviennent comme autrefois le simple prolongement de la force physique, il faudrait limiter l’utilisation des techniques modernes. L’objet qui pèse le moins lourd sur la planète sera toujours celui qu’on ne fabrique pas.

08.12.2005 L’écologiste n° 16 (édition française de The Ecologist)

« Il existe en Inde un arbre à savon donnant des noix dont les coquilles sont utilisées traditionnellement par les habitants pour se laver le corps ou nettoyer le linge. La coquille contient en effet à hauteur de 10 % de la saponine, que l’on dilue dans l’eau chaude pour émulsionner et dissoudre les graisses. Ces noix peuvent même rejoindre le compost après usage, d’où sa commercialisation depuis un an en Allemagne et quelques semaines en France. En tout état de cause, importer durablement un produit de base distant de plusieurs milliers de kilomètres ne peut guère être qualifiée d’écologique. L’idéal serait de cultiver cette plante sous nos climats tempérés ».

La Biosphère a une autre idée immédiatement réalisable, que les humains agissent comme en pays Bigouden autrefois : on se mariait avec le linge de toute sa vie, 52 chemises de lin, une pour chaque semaine, entassées dans des coffres et lavées une fois l’an à la cendre… Ajoutez quelques paires de draps inusables.

10.12.2005 Vive les bambous !

Le bambou peut être utilisé pour épurer les eaux usées sans produire le moindre déchet. Dans l’enchevêtrement de ses racines, une microfaune (vers, petits coquillages) minéralise la pollution des eaux usées qui est ensuite prélevée par la tige de la plante. Toute l’eau usée, répandue dans la bambouseraie, est absorbée. Bien sûr ce procédé ne concerne pas toutes les pollutions, il faut par exemple se passer de rejeter des hydrocarbures dans l’environnement, ce qui devrait aller de soi. Plus écolo que les stations d’épuration classiques, cette technique nécessite aussi d’assez grands surfaces. Mais un hectare pour 2000 habitants, c’est nettement moins que pour l’épandage ou le lagunage.

Les technique douces pour l’environnement, « Y’a que ça de vrai » dit la Biosphère.

11.12.2005 Dans tous ses poils

D’abord les femmes ôtèrent les poils du mollet, c’était dans les années 1920 avec les robes courtes et les premiers bains de mer. Et puis les maillots couvrant de moins en moins de chair, ce fut l’épilation de la jambe entière et même des poils du pubis qui pouvaient dépasser. Il n’y a pourtant dans cette évolution que conformisme et effet de mode orchestré dans le seul but de vendre des tissus dont l’élasticité croissante (fini les maillots en laine, vive les matières synthétiques !) et la texture permettait de réduire la taille du bikini. Pour les garçons la transformation du duvet en barbe révélait au contraire la fin de l’adolescence et l’identité masculine, un véritable ancrage dans une spécificité corporelle. Mais on a inventé les rasoirs mécaniques ou électriques, les jetables et les super-performants à trois lames. Alors il y a maintenant la convergence des sexes qui fait que les hommes ne se rasent plus seulement la barbe, mais pratiquent aussi de plus en plus l’épilation plus ou moins intégrale. Manière d’affirmer la supériorité de la culture sur la nature, manière de souligner l’éloignement de l’homme  de son origine animale? Que nenni ! Les corps des deux sexes sont dorénavant instrumentalisés, le poil est devenu le cœur d’une nouvelle cible à des fins mercantiles.

Contre la société thermo-industrielle et pour un rapprochement de notre mère Nature, inversez la tendance et redécouvrez le plaisir d’être velu, que vous soyez hommes ou femmes.

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Simplicité, Sobriété… Techniques douces

Les années 1970, c’était encore l’époque où nous n’avions pas besoin d’anglicismes comme low tech / high tech pour envisager ce qu’il faudrait pour assurer un avenir durable à nos générations futures. Dans le hors série « spécial écologie » du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces dont voici un résumé : Petit apport d’énergie / Grand apport d’énergie exosomatique ; production artisanale / industrielle ; priorité au village / à la ville ; limites techniques imposées par la naturel / Limites techniques imposées par l’argent… Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture thermique ou électrique(technique dure).

Aujourd’hui un article du MONDE, la conversion aux « low tech » de jeunes ingénieurs,  annonce un « basculement » que l’étudiante Florence Drouet décrit ainsi : « Je ne pouvais plus continuer mon travail, si contradictoire avec la réalité alarmante de la pénurie d’énergie et de ressources. On m’avait appris à rester dans un moule cadré. Quand j’ai pris conscience que, contrairement à ce qui est asséné, on ne pourra pas s’en sortir par la fuite en avant technologique, cela a été vertigineux. » Les bigots technophiles ne cachent pas leur joie devant ce qu’ils pensent être des délires technophobes :

Fbr : Bienvenue au moyen âge !

Gordon : Les ingénieurs high tech coréens rigolent…

le sceptique : En prenant un gros bloc de pierre, genre par exemple du silex, ben peut-être qu’on pourrait en dégager des sortes de lames et d’éclats, qu’on pourrait ensuite retravailler et dédier à des choses simples et universelles comme percer, trancher, racler…

D accord : Nul doute qu’en tirant au lance pierre on saura bien se défendre contre des pays qui rigoleront bien de nos délires. Curieux de voir ce que va donner un planeur lowtech dans un combat aérien contre un chasseur russe ou chinois de 6ème génération.

pierre marie : « ferme écologique du Bec Hellouin »ou mas Beaulieu de Rabhi, main d’œuvre gratuite appréciée. Le plus productif dans la permaculture : proposer des stages payants, toucher le fric et faire bosser gratuitement. Sympa, les topinambours et le quinoa sont proposés à tous les repas, à un prix solidaire.

Albireo : Courage, encore quelques recherches et on aura réinventé la technologie du Néolithique.

Philip69 : Alors que l’urgence climatique appelle une myriades de solutions techniques pour adapter notre monde tout en restant dans les limites du socialement et politiquement acceptable, on a besoin d’ingénieurs de high-tech, pas de bricolo du dimanche, pas plus que de permaculteurs de lopins.

Paolo Kanté : Il faut creuser de plus en plus profond pour déterrer un commentaire positif de nos jours.

Michel SOURROUILLE : Analysons les conséquences socio-économiques d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique. Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales… nucléaires. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires, eux-mêmes reliés aux administrations(quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants, complexes et fragiles. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne a impliqué la réorganisation de la société tout entière. Sa nécessaire déstructuration ne sera pas facile.

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techniques douces contre techniques dures

Obama parie sur l’économie verte et remet la science (de l’environnement) au sommet de l’agenda (Le Monde du 23 décembre). Je trouve d’une totale ambiguïté le concept de technologies vertes adopté par l’éditorial. Car qu’est-ce qui est « vert » et que peut-on dire de la technoscience ? Le débat dans les années 1970 sur l’opposition entre techniques dures et  techniques douces, nous offre des pistes de réflexion.

Dans le numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte (juillet 1973), Ivan Illich, de passage à Paris pour son dernier livre La convivialité, avait développé ses thèmes de prédilection, dont le rôle de l’outil, convivial ou non : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied ».

 Dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces :  

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Sinon on  se retrouve devant des remèdes controversés, comme l’ingénierie du climat destiné à refroidir la Terre (cf. http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/12/22/l-ingenierie-du-climat-un-remede-controverse_1134027_0.html). Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture (technique dure).

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techniques douces

Les Etats-Unis avaient invité les quinze économies les plus fortes du monde, y compris la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud, à deux jours de réunion (27 et 28 septembre 2007) sur la sécurité énergétique et le changement climatique. Il est vrai que ces économies dominantes sont responsables de 90 % des émissions de gaz à effet de serre. Selon Condoleezza Rice, « Le système actuel n’est pas durable. » Mais selon la même, secrétaire d’Etat, « Nous devons le transcender complètement par une révolution dans la technologie de l’énergie ». Le secrétaire de la Convention des Nations unies sur le changement climatique lui a rétorqué : « La technologie n’est qu’un élément des quatre piliers de la lutte, avec la réduction des émissions, l’adaptation aux conséquences du changement et le financement ». La Biosphère a même constaté à plusieurs reprises que la technique qui a créé le problème ne peut résoudre le problème.

 

La Biosphère demande donc instamment aux dirigeants américains actuels de savoir reconnaître la différence entre techniques dures et techniques douces. Quelques pistes de réflexion qu’on pouvait déjà lire il y a trente cinq ans :

Société à technologies dures Communautés à technologies douces

Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

Liste complète dans le hors série spécial écologie du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre » !

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

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technique douces contre techniques imbéciles

Voter ne doit pas empêcher de réfléchir :

Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est sous contrôle social. La technique agricole ou artisanale utilisée par une société vernaculaire  n’est pas une technique visant à maximiser la productivité. En effet, ce type de société met en place la technique la mieux adaptée pour atteindre le maintien de son homéostasie (équilibre dynamique) et par-là celle de l’écosphère elle-même. La technique de l’homme traditionnel n’était donc pas destinée à transformer ou maîtriser l’environnement, mais plutôt à lui permettre d’y vivre. Il s’ensuit que la technique utilisée par une société lui est propre, elle est partie intégrante de son héritage culturel et le « transfert de technologie » y est très peu répandu. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. (…)

C’est notamment parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable, et c’est parce que la société industrielle moderne s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie qu’elle ne peut espérer survivre. Wolfgang Sachs1 met en relief les conséquences sociales d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique : « Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales qui dépendent à leur tour de barrages, de plates-formes off-shore ou de derricks installés dans de lointains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. » (…)

Notre incapacité à maîtriser l’intrusion de technologies de plus en plus périlleuses dans les fonctionnements de l’écosphère fait peser une menace croissante sur notre survie. Il est urgent de soumettre de nouveau les sciences et les techniques à un contrôle social, de les réenchâsser dans les rapports sociaux. A ceux qui pourraient craindre que cela compromette notre capacité de résoudre les problèmes sociaux et écologiques réels, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. La dislocation des systèmes naturels est à l’origine de la crise actuelle, et aucune technologie n’est capable de rétablir leur fonctionnement normal. Aucune ne peut recréer, par exemple, une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une famille ou une communauté disloquée. Le mieux que nos techniciens puissent faire, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit beaucoup plus bénin, et recréer les conditions dans lesquelles la nature pourra œuvrer. (extraits de Teddy Goldsmith, dossier de l’Ecologiste n° 5 (automne 2001), Sciences et techniques, les raisons de la contestation.)

1. Wolfgang Sachs, Six essays on the archaeology of development

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Tout savoir sur les techniques inappropriées

Quelles techniques pour un changement radical ?

La décroissance sera notre destin, elle sera celle de notre pouvoir d’achat, de notre population… et de nos techniques. L’histoire est en effet cyclique, une croissance exponentielle se termine toujours par une forte récession économique, une crise démographique, l’abandon de certaines techniques. D’une certaine manière, c’est même notre passé qui préfigure notre avenir. Dans ma famille par exemple, nous étions tailleur de père en fils depuis des générations, au moins depuis la révolution française. Nous vivions dans un petit village, Beylongue. Des ciseaux, du fil et une aiguille permettaient de fabriquer des vêtements. Et puis l’urbanisation et l’exode rural ont poussé mon grand-père dans une grande ville où il est resté tailleur sur mesure. Mon père était aussi tailleur, comme d’ailleurs mon oncle. Mais l’industrialisation et le prêt à prêter ont donné un coup d’arrêt à cette stabilité professionnelle continue. J’ai été obligé de devenir un « intellectuel », l’explosion du secteur tertiaire créant l’emploi. Mon frère a mis sur pied le travail à la chaîne dans une fabrique textile, une grosse pile de tissu est coupée instantanément au laser, la fabrication de vêtements s’est délocalisée avec son aide en Tunisie puis au Vietnam. Son usine à Besançon n’avait plus d’ouvriers.

Les emplois disparaissent en France et nos générations présentes sont contemporaines du chômage de masse ; les générations futures redeviendront artisan ou paysan. Retour aux ciseaux, à l’aiguille et au village. En langage moderne, low tech et non plus high tech. L’avenir sera fait de techniques douces, douces à la nature et à l’homme, pratiqué dans un contexte de petite communauté. Nous y reviendrons quand nous parlerons de résilience. Mais d’abord examinons un classement possible des techniques.

1/5) Le dualisme des techniques, douces (low tech) ou dures (high)

Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes contre technophiles, il n’y a jamais retour à l’âge de pierre ou à la bougie. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Le  tableau le plus synthétique que je connaisse a été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologie – La dernière chance de la Terre » 

Société à technologies dures Communautés à techniques douces
Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

Mais cette approche ne dit rien des raisons de l’évolution technologique et de ses limites.

2/5) Techniques et ressources naturelles : l’exemple du  déplacement

Chaque technique correspond à un besoin et nous savons que le mode de satisfaction d’un besoin est une création sociale. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Il peut être minime. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial ; notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques.

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent et plus vite » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité nécessite de l’énergie et nous allons connaître la descente énergétique avec la fin des énergies fossiles. De plus tout moyen de déplacement autre que la marche ou le cheval nécessite aussi des métaux. Or il existe un mouvement cumulatif entre énergie et métaux, ce qu’a bien montré Philippe Bihouix : « Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout). »

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne le plus autonome possible (la marche) à celles qui dépendent d’une organisation industrielle poussée à l’extrême et nécessitant énergie et métaux. 

marche cheval vélo train TGV Voiture Avion Fusée
Physique (musculaire) physique Phys + matériel matériel Nucléaire ? Agrocarburants ? Kérosène !

Comme nous allons connaître le pic de tout, la disponibilité en ressources naturelles étant fortement reliée à la mise en œuvre de l’énergie fossile, il y aura forcément limitation des déplacements. Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite, le mouvement ira de la droite vers la gauche dans un avenir relativement proche. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, les plus lourds que l’air resteront cloués au sol, la voiture individuelle disparaîtra, le mot d’ordre de nos besoins deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. On peut aussi se faire transporter par cyclopousse ou s’installer en classe de première dans un train. Etre écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée.

3/5) Techniques et complexité

Outre le problème de l’approvisionnement en énergie et métaux, la durabilité des techniques connaît une autre limite. Par exemple, plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile.

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de  1988 l’effondrement des sociétés complexes  (traduction française en 2013) :  « Les populations humaines font d’abord usage des sources de nutrition, d’énergie et de matières premières qui sont les plus faciles à obtenir, extraire, transformer et distribuer. Lorsque de telles ressources ne sont plus suffisantes, l’exploitation se tourne vers celles qui sont plus coûteuses alors qu’elles ne génèrent pas de meilleur rendement. Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

Bien d’autres auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques, ce qui paraît un meilleur raisonnement que miser sur l’amoncellement de papier-monnaie et l’innovation future… qu’on ne connaît pas encore mais qui arriverait à point nommé.

4/5) Généralisation du raisonnement

Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes  naturels de l’accouchement nous a habitué à une existence d’assistés. Le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique

5/5) Résilience des techniques, résilience communautaire

Il nous faut maintenant aborder le volet final de cet exposé, la résilience, la capacité de résister aux chocs énergétiques et climatiques, ce que Rob Hopkins appelle les jumeaux de l’hydrocarbure. Son raisonnement est simple : « Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre. » Pour approcher de ce résultat, il faut mettre en œuvre l’autonomie alimentaire et énergétique la plus grande possible. Cela ne peut advenir qu’au niveau de petites communautés. Cette relocalisation des activités s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation des techniques. Il faudra user d’instruments techniques simples, produits et réparés sur place. Avec un forgeron et un atelier de tissage, vous obtiendrez des ciseaux, du fil et des vêtements locaux.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles et de la technologie triomphante. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs.

Nous n’aborderons pas le problème des seuils : quelle est la taille optimale d’une communauté humaine et la complexité appropriée de sa technique ? La réponse appartiendra à chaque communauté, on ne peut vivre de la même façon dans un climat tempéré, dans des étendues glacées ou dans un désert. Mais le mécanisme sera le même, une régression de l’emploi des techniques modernes. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » 

Conclusion : Une conférence sur notre avenir probable ne peut s’achever sans avoir défini quelques moyens d’action. Au niveau individuel, on peut toujours résister à l’emprise de la technique : refuser le portable, la télévision, la carte bancaire, la voiture, etc. A chacun de faire preuve de simplicité volontaire, de montrer l’exemple, de faire des émules. Bien entendu  si nous en avons le courage et le temps, nous pouvons aussi faire œuvre collective, entrer dans une association comme TECHNOlogos, créer un mouvement néo-luddite, agir dans un mouvement écologiste…

L’essentiel est de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». L’autre manière d’exprimer l’inéluctabilité supposée du soi-disant progrès technique est encore plus détestable : « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable ». Il nous faut au contraire redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques, et vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt que d’utiliser des substituts techniques à notre capacité relationnelle. »

(exposé tenu par Michel Sourrouille lors des 2ème assises de Technologos  à Paris le 13 septembre 2014)

lien, Résilience, un passage nécessaire par les low tech

http://technologos.fr/

Tout savoir sur les techniques inappropriées Lire la suite »

Techniques… appropriées ou néfastes

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Techniques appropriées et d’autres, à exclure

Je lisais en 1969 la 25ème heure de Virgil Gheorgiu, un livre sur les camps de concentration : « L’homme est obligé de s’adapter à la machine… Il devient une minorité brimée par la technique. Les esclaves techniques tiennent en main les points cardinaux de l’organisation sociale. Ils agissent selon des lois spécifiques, automatisme, uniformité, anonymat… Il y aura des arrestations automatiques, des condamnations, des distractions automatiques. »

En février 1971, je ne pouvais encore comprendre en quoi la différence entre techniques dures et techniques douces était importante. Je me contentais par exemple de recopier: « L’éclairage électrique a liquidé le régime de la nuit et du jour, de l’intérieur et de l’extérieur (Marshall Mac Luhan). »

En mars, j’étais un peu plus prolixe : « Dans le secteur industriel, on peut dorénavant déceler des limites au travers des déboires du progrès technique. Certaines techniques pourtant maîtrisables nous sont interdites comme les longs courriers supersoniques qui brûlent trop d’énergie. L’application civile de l’atome se révélera un jour impossible à cause des faibles réserves d’uranium, du danger des radiations et du problème des déchets. L’équilibre oxygène/gaz carbonique dans l’air est rompu, les ressources en eau posent problème. » Au milieu de mes notes disparates rien ne pouvait égaler le message d’Ellul… que je ne connaissais pas encore et qui écrivait pourtant dès 1960 :

« La machine a créé un milieu inhumain, concentration des grandes villes, manque d’espace, usines déshumanisées, travail des femmes, éloignement de la nature. La vie n’a plus de sens. Il est vain de déblatérer contre le capitalisme : ce n’est pas lui qui crée ce monde, c’est la machine… Lorsque la technique entre dans tous les domaines et dans l’homme lui-même qui devient pour elle un objet, la technique cesse d’être elle-même l’objet pour l’homme, elle n’est plus posée en face de l’homme, mais s’intègre en lui et progressivement l’absorbe. » (La technique ou l’enjeu du siècle de Jacques ELLUL – réédition Economica, 1990)

Il nous faut définir les limites technologiques à ne pas dépasser. Ivan Illich estimait dans son livre La convivialité (Seuil, 1973) que nous y arriverons tôt ou tard : « Quand la crise de la société surproductive s’aggravera, ce sera la première crise mondiale mettant en question le système industriel en lui-même et non plus localisée au sein de ce système. Cette crise obligera l’homme à choisir entre les outils conviviaux et l’écrasement par la méga-machine, entre la croissance indéfinie et l’acceptation de bornes multidimensionnelles. La seule réponse possible : établir, par accord politique, une autolimitation. »

Theodore J. Kaczynski dans L’effondrement du système technologique (Xénia, 2008) a fait une analyse complémentaire :

« Nous distinguons deux sortes de technologies, que nous appellerons technologie à petite échelle et technologie dépendant d’une organisation. La technologie à petite échelle est la technologie qui peut être utilisée par des communautés de petite dimension sans aide extérieure. La technologie dépendant d’une organisation est la technologie qui dépend de l’organisation sociale globale. Nous ne connaissons aucun cas significatif de régression dans la technologie à petite échelle. Mais la technologie dépendant d’une organisation régresse quand l’organisation sociale dont elle dépend s’écroule. Jusqu’à un siècle ou deux avant la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie était une technologie à petite échelle. Mais depuis la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie développée est la technologie dépendant d’une organisation. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils… »

Mais à partir de quel seuil la limite à ne pas franchir est-elle dépassé ? Vaste débat.. Voici une tentative de classement, des techniques les plus douces aux techniques inacceptables (en rouge) :

– Bouche à oreille > téléphone fixe > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Energie corporelle > Energies renouvelables > énergies non renouvelables

– Solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Economie non monétaire > banque de temps > monnaie locale > pièces et billets > monnaie scripturale (chèque) > carte bancaire

– Maison non chauffée > chauffage géothermique > chauffage au bois > au gaz > à l’électricité > au fuel > au charbon

– Marche > vélo > roller > cyclopousse > diligence > cheval > tramway > train > autobus > taxi > TGV > voiture individuelle > avion

– Naissance à domicile > maison de naissance (sage-femme) > clinique (médicalisation)

– Radio > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur > passage au numérique

Pour le moment nous mettons en œuvre tout ce dont le « progrès technique » est capable alors que nous sommes entrés dans une période de descente énergétique qui rendra obsolète beaucoup de nos techniques. L’épuisement des ressources fossiles et sa contrepartie, le réchauffement climatique, ne nous feront pas de cadeau.

La nature ne négocie pas, j’espère que nous en aurons suffisamment pris conscience avant l’irréversibilité des catastrophes. J’ai comme un doute…

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Publicité, une agression qui touche à l’acharnement

Recherche sans développement, refondation de la science

Religions, un frein à notre réflexion

Repas, manger comme acte profondément politique

Roman, qui ne mérite pas l’arbre qu’on a coupé pour lui

Sciences économiques et sociales, une tentative holistique ratée

Simplicité… volontaire aujourd’hui, obligatoire demain

Sourrouille Michel, présentation de l’auteur

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2027, ministère des Techniques appropriées

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos deux propositions pour des techniques douces aux humains et à la nature :

  • changer les objectifs de la recherche scientifique ;
  • généraliser un savoir technique au sein de la population.

Ministre des Techniques douces et appropriées

Dès la campagne de René Dumont pour la présidentielle en 1974, le ton était donné. La technoscience nous amène à une impasse.

« On nous dit que la technologie permettra de résoudre tous les problèmes. C’est faux dans l’état actuel des choses car la technologie et la recherche sont tournées, presque entièrement, vers l’expansion de leurs applications. L’écart ne fait que se creuser entre les techniques de lutte contre les nuisances et la technologie génératrice de nuisances. La technique sécrète des produits de plus en plus dangereux pour l’avenir, comme le plutonium. Les produits dangereux n’apparaissent comme tels qu’après plusieurs années d’utilisation : mercure, DDT, PCB… quand le mal est fait. Nos machines, esclaves invisibles, polluent et sont consommatrices d’énergie, de matières première et d’espace : l’automobile, la machine à laver la vaisselle, etc. Les chèques en blanc tirés sur les générations futures sont de plus en plus élevés. »1

Aujourd’hui la situation est comparable, mais en pire. Le corps de chacun d’entre nous devient une véritable pharmacopée chimique. Certes la science et la technique ont permis des progrès « miraculeux », mais ce sont bien ces progrès qui conduisent à la destruction accélérée des ressources naturelles. Les bateaux de pêche moderne sont par exemple de véritables machines de guerre. Les filets peuvent mesurer 50 kilomètres de long, un chalut de pêche à la crevette ratisse une zone d’environ 25 à 35 mètres de large. Les technologies militaires ont été systématiquement appliquées à la pêche : radars, sonars, systèmes électroniques de navigation, localisation par satellites. Nous sommes « technologiquement surpuissants, mais culturellement impotents », constate Nicolas Hulot.

1. Changer les objectifs de la recherche scientifique

Les applications industrielles de la recherche technoscientifique ont permis un développement considérable des forces productives, entraînant désastres écologiques et décomposition sociale. La conception d’une science neutre, motivée par la saine curiosité intellectuelle et la passion de la découverte, a dorénavant cédé le pas à la recherche appliquée qui alimente l’industrie. Les scientifiques deviennent trop souvent des fondamentalistes de la croissance : l’énorme préférence pour le développement technologique plutôt que pour l’utilisation raisonnable du savoir est un problème majeur. On connaît déjà la solution à l’obésité, au diabète et aux maladies cardiovasculaires : un meilleur régime alimentaire et davantage d’exercices physiques. Mais au lieu de modifier les structures sociétales, on investit massivement dans la recherche moléculaire et pharmacologique pour trouver des solutions technologiques. N’est-il pas temps de maîtriser la recherche scientifique ?

« La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre »2.

La différenciation entre techniques appropriées et technologie trop complexe mérite d’être politiquement diffusée. Il n’y a pas les technophiles d’un côté et les technophobes de l’autre. Il y a différentes techniques entre lesquelles nous devons faire des choix. Ce dualisme de la technique a été abordé par certains auteurs. Les appellations diffèrent, mais il y a la même idée directrice, « techniques conviviales » contre « technologie non durable ». Lewis Mumford distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Ivan Illich parle d’outil convivial ou non. Teddy Goldsmith, qui s’appuie sur Wolfgang Sax, utilise d’autres termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». Ted Kaczynski parle de technologie cloisonnée et de technologie systémique. En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures. Depuis Marx, il est habituel de faire des luddites3 les premiers technophobes. Tout au contraire, le luddite campe sur une position résolument technophile puisqu’il revendique la destruction des machines au nom de son propre savoir-faire, c’est-à-dire au nom de la technique dont il est le dépositaire. Nous pourrions favoriser politiquement des techniques durables qui nous permettraient de résister localement aux crises socio-économiques comme aux chocs écologiques.

« La technologie est l’exact inverse de la technique. Là où la technique présuppose une expérience humaine riche de sens, des rapports communautaires de taille restreinte fondés sur un mode de vie ménageant des espaces de solidarité ainsi qu’une orientation du travail selon les besoins et les nécessités du moment, la technologie implique le triple désœuvrement auquel les luddites se sont opposés ; chômage rendu inéluctable en raison du remplacement du travail vivant par le travail mort (capital technique), perte de sens généralisé produite par un travail mécanique indépendant de toute finalité autre que financière ou politique, et finalement disparition des modes de vie impliquant proximité et communauté pour les remplacer par des organisations sociales fondées sur une stricte division hiérarchisée des tâches et des fonctions… »4

En raison de son extrême gravité, la crise écologique s’impose aujourd’hui à la science et devrait déterminer ses priorités. La recherche sur les innovations technologiques devrait être mieux orientée pour permettre d’économiser l’énergie, pour favoriser l’émergence de sources d’énergie sans CO2, pour réduire la production de déchets, pour mettre au point des produits réutilisables, pour restaurer les écosystèmes dégradés, etc. L’effort nécessaire concerne toutes les disciplines scientifiques, aussi bien l’innovation que la recherche fondamentale. Une rupture est donc nécessaire dans le mode de distribution du soutien à la recherche, que ce soit à travers l’Agence nationale de la recherche ou dans la répartition des moyens au sein des établissement publics. Un programme national doit être mis en place aussi bien pour la recherche sur la biodiversité et le biomimétisme que sur toutes les autres questions d’écologie scientifique. L’enjeu étant planétaire, cet effort doit évidemment s’intégrer dans un cadre international. Le politique ne peut plus se contenter d’attendre passivement les propositions. Il faudra changer les critères d’évaluation : minimiser l’utilisation des ressources naturelles devrait être un critère primordial et l’innovation ne devrait plus être qu’un critère secondaire.

Le progrès technique n’a aucun sens intrinsèque ; il n’a de sens que par rapport à la société qui le réalise. Nos pans de béton indestructibles, nos satellites espions et nos voitures de course paraîtront certainement sans le moindre intérêt pratique pour les générations futures qui vivront autrement que nous.

2. Généraliser un savoir technique au sein de la population

L’État doit réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. Chacun d’entre nous pourrait rechercher toutes les occasions pour rééquiper peu à peu son environnement en outils simples grâce auxquels il pourrait faire de plus en plus de choses par lui-même et réduire d’autant son temps de travail professionnel et son revenu. Le revenu monétaire se mettrait à baisser, mais non pas le niveau ni la qualité de la vie. Pour un nombre croissant de produits courants, 80 % du prix payé par le consommateur final sert en réalité à rémunérer les fabricants d’emballages et de palettes, les transporteurs, les magasins de gros, les détaillants, les assureurs, bref tous les intermédiaires. Il faut se dégager par étape de la dichotomie producteur/consommateur.

« Cela suppose de réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. C’est l’exemple de la machine à coudre, à opposer à l’usine de confection. Même notre petite énergie corporelle pourrait suffire si l’on modernisait le bon vieux pédalier à volant. À la place de l’usine de charcuterie, c’est le cochon qu’on tue et sale avec l’aide des voisins selon des règles de réciprocité, ce qui signifie bien plus qu’une simple collaboration technique. Ne peut-on imaginer des formules d’achat direct chez le paysan, à plusieurs, d’un porc ou d’un mouton ? Des associations de quartier, des municipalités peuvent prendre l’initiative de mettre à la disposition des habitants des instruments et des machines dans des ateliers ouverts à tous. Chacun n’a besoin de ces ateliers que de temps en temps. Il en faut de plusieurs sortes, menuiserie, travail des métaux, réparation d’objets… Au fur et à mesure que l’on étend le domaine vernaculaire, l’outillage devient de plus en plus compatible avec les sources d’énergie proches et renouvelables. Il y a des domaines où la technicité du travail exige évidemment une spécialisation professionnelle. Mais chaque îlot d’autonomie voit s’élever peu à peu le niveau de sa culture pratique, celle que tous les participants partagent pour assumer leur subsistance et qui leur permettra plus tard de faire d’autres technologies, plus complexes. Le but est de contester le préjugé qui nous pousse à croire que tous les biens ne peuvent pas être produits autrement que sur le mode industriel« 5.

Ce que je fais chez moi, avec les miens, pour vivre à ma manière, tu peux aussi le faire chez toi, avec les tiens, pour vivre à ta manière. Il nous est possible ici et maintenant de retrouver, à travers l’autonomie personnelles des activités vernaculaires reconquises, le visage des autres, la saveur des gestes dans des relations face à face, le goût de la présence mutuelle à travers tous les actes de la vie, à commencer par ceux qui sont liés aux nécessités même de l’existence. L’action de l’État n’est efficace que si elle est relayée par la population.

1. René Dumont, À vous de choisir : l’écologie ou la mort – La campagne de René Dumont, op. cit.

2. Pape François, Loué sois-Tu [Laudato si’] : sur la sauvegarde de la maison commune, lettre encyclique du souverain pontife, Paris, Éditions Salvator, 2015.

3. À l’origine, le terme « luddites » renvoie aux membres d’une des bandes d’ouvriers du textile anglais, menés par Ned Ludd, qui, de 1811 à 1813 et en 1816, s’organisèrent pour détruire les machines, accusées de provoquer le chômage.

4. Cédric Biagini, Guillaume Carnino, Les luddites en France : résistance à l’industrialisation et à l’information, Paris, Éditions L’Échappée, 2010.

5. Ingmar Granstedt, Du chômage à l’autonomie conviviale [1982 pour la 1re édition], La Bauche, Éditions À plus d’un titre, 2012.

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être technologue, savoir s’interdire certaines techniques

Un technologue* ne doit pas être confondu avec un technocrate, un technophobe ou un technolâtre. Un technologue s’interroge sur la technique et ses applications. Tout ce qu’il est possible de réaliser sera réalisé, dit-on actuellement. Refuser l’innovation semble donc impossible. Aujourd’hui des valeurs comme l’égalité ou la liberté individuelle sont conditionnées par le potentiel technique de réalisation des désirs humains : énergie nucléaire, voiture pour tous, procréation médicale assistée, etc. Or dans le même temps, la techno-science a créé des moyens inouïs d’exploitation et de destruction de la nature. Les limites de la biosphère pose donc la question des limites de la technique. Où se situe le seuil ? Comment classer les techniques, des plus douces à l’homme et à la nature jusqu’aux techniques à interdire ?

Un technologue peut proposer quelques critères généraux de délimitation de la technique : en rester à des techniques simples, au plus près de la nature, de type artisanal et convivial, refusant le règne des spécialistes. Comme l’écrivait Ivan Illich, « Plus le pouvoir de contrôle se trouve concentré, plus la division du travail est accusée, plus les hommes sont soumis à la dépendance qui les met à disposition des spécialistes, et moins une communauté pourra intervenir sur son environnement. » Il distinguait deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. » On peut aussi mesurer le coût réel d’une technique par la quantité d’énergie non renouvelable qu’elle nécessite. Selon  Jean-Marc Jancovici, « Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! ».

Nous pouvons alors classer les techniques, de la plus douce à la plus destructrice, par la proportion entre énergie renouvelable (dont la première est notre force corporelle) et poids en énergie non durable, fossile principalement. Ainsi pour les techniques de déplacement : la marche c’est mieux que la bicyclette, qui est mieux que la diligence, qui est mieux que le cheval individuel, le TER mieux que le TGV, le taxi mieux que la voiture individuelle, le covoitruage mieux que l’avion, et la fusée c’est une abomination, surtout quand il s’agit de tourisme spatial.

Avec le même critère d’intensité énergétique, on peut même s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que l’utilisation d’un géniteur externe au couple, qui est bien mieux qu’une GPA (gestation pour autrui), qui est préférable au verre (pour le sperme) et à la paille (pour la fécondation), ce qui est mieux qu’une procréation médicale assistée ou une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites de la planète. Que les citoyens pratiquent une société moins complexe, plus conviviale parce que plus simple, plus manuelle, limitant notre trace sur la planète… nous nous en porterons tous mieux.

* Au sens premier du terme, un technologue possède une vue d’ensemble sur les techniques utilisées dans une société déterminée. Il est donc capable de les situer dans un contexte social, et d’en apprécier les limites. Par exemple Alain Gras, dans son livre Le choix du feu, fait œuvre de technologue. Malheureusement, dans le langage courant, un technologue « professionnel » n’est qu’un super-technicien… à qui on a enlevé ses capacités de réflexion globale. Cette castration n’est pas un hasard puisqu’elle profite aux intérêts marchands.

Analyse trouvée sur le site de JNE, journalistes-écrivains pour la nature et  l’écologie

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nos techniques ne sont pas durables

Techniques anciennes ou techniques modernes ? Le débat est lancé et va prendre de l’ampleur avec la systématisation des crises écologiques. Ainsi l’Unesco parraine la création d’un institut international des savoirs traditionnels à Florence. Mais un musée qui se contente de transmettre la mémoire, avec un espace de loisirs et des bateaux électriques (LeMonde du 11-12 juillet), ne correspond pas du tout à l’enjeu. Bientôt le temps ne sera plus à l’accueil des touristes, mais à la réappropriation concrète des savoirs artisanaux qui permettaient de faire beaucoup avec peu. Le président de cet Institut constate d’ailleurs : « Le modèle économique actuel est fondé sur la destruction accélérée des ressources de la planète. L’innovation technologique, contrôlée par de grands groupes, devient un adversaire de l’homme. Les innovations anciennes ou à venir doivent être au service d’un monde durable. » En fait Pietro Loreano redécouvre un débat qui avait déjà eu lieu dans les années 1960, techniques douces contre techniques dures.

Voici un  tableau comparatif du Nouvel Observateur de juin-juillet 1972, « spécial écologie – La dernière chance de la Terre » :

Société à technologies dures

Communautés à technologies douces

Grands apports d’énergie

Matériaux et énergie non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie

matériaux recyclés et énergie renouvelable

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 La technologie utilisée doit être douce, douce à l’usage, douce à la reproduction du savoir-faire, douce à la Nature. Ce n’est pas le cas de l’immense majorité des techniques actuelles…

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