L’armée compte sélectionner à partir dumois de janvier 2026 les recrues pour un nouveau « service national » purement militaire. La première année, il doit concerner 3 000 jeunes, pour une ambition de 42 500 en 2035. Il sera rémunéré 800 euros par mois pour chaque volontaire, qui sera aussi logé, nourri et équipé, selon l’Elysée. Encore heureux que pour 800 euros pas mois, on ne demande pas aux recrues de payer leur fusil et leur barda ! Mais le fond du problème demeure : a-t-on encore besoin de la guerre en 2026, à l’heure de la mondialisation heureuse ? C’est la disparition de l’armée qui devrait être acté par un gouvernement responsable.
Selon Konrad Lorenz, la guerre serait le fruit d’une « tendance destructrice innée » liée à un instinct de survie du groupe. En 1940, Margaret Mead y voyait au contraire « une invention sociale ». La guerre entre humains implique en effet l’institutionnalisation de comportements individuels telles que l’obéissance, la malléabilité ou l’idéalisme. En résumé, la biologie ne condamne pas l’humanité à la guerre, aucun de nos prétendus instincts n’est aussi dangereux que notre soumission émotionnelle aux valeurs culturelles. En d’autres termes, la guerre n’est pas inscrite dans notre ADN, elle est le produit de rapports sociaux : relations de domination, rivalités géopolitiques ou idéologiques, luttes pour l’accès aux ressources, dynamiques institutionnelles… L’État ne protège pas les hommes contre la guerre, mais l’inverse : c’est l’État qui la produit « pour se sentir exister ». Pour prouver leur statut, les États montrent qu’ils peuvent sacrifier leurs citoyens au prix d’une construction artificielle, l’amour pour la patrie.
On a ainsi entendu Poutine réconforter en 2022 une mère dont le fils était mort en combattant dans le Donbass : « Il y a des gens dont on peine à dire s’ils ont vraiment vécu ou non. Ils meurent d’on ne sait quoi, par exemple d’un abus de vodka… Votre fils, lui, a vécu. Il a atteint son but. Cela signifie que sa mort a eu un sens. »
Les humains sont les seuls animaux capables de coopérer entre groupes et de construire de nouvelles relations sociales pour le meilleur ou pour le pire. La capacité des humains à créer des liens explique qu’ils soient passés de petites sociétés de 50 personnes au monde tel qu’il est. Ce n’est donc pas parce que la guerre est très ancienne qu’elle aura toujours lieu. Le problème, c’est que l’État génère un appareil militaro-industriel qui accapare les ressources des contribuables pour perfectionner les instruments de la soumission et de la guerre. Peu d’individus sont capables de résistance, mais ils existent.
Albert Einstein : « C’est un petit groupe peu nombreux mais décidé, peu soucieux des expériences et des facteurs sociaux, qui pousse toujours à la guerre : les marchands de canons et autres profiteurs. Le peuple ne manifeste pas naturellement de soif de guerre. Il se fait manipuler par l’élite, qui contrôle l’école, la presse, et presque toujours les organisations religieuses. II n’est possible d’éviter à coup sûr la guerre que si les hommes s’entendent pour instituer une puissance centrale aux arrêts de laquelle on s’en remet dans tous les conflits d’intérêts. »
Le philosophe Alain en 1921 : « Il n’y a point d’honneur à écraser une faible troupe par l’assaut d’une multitude ou plus simplement par des armes supérieures. La guerre n’est guerre que par l’esprit qui consent, et les premiers responsables du crime sont donc ceux qui ont pour fonction de penser : savants, historiens, philosophes et moralistes.
Abolir l’armée
En 2025 un livre qui titre : « Abolir l’armée » est publié aux éditions du Monde Libertaire sous l’égide de l’Union pacifiste de France. Extraites de ce livre, voici quelques citations qu’on devrait lire et comprendre dans toutes les écoles. Attention, il y a un intrus parmi les citations.
Étienne de La Boétie (1530-1563) : Soyez résolu de ne plus servir et vous voilà libre.
Thomas Hobbes (1588-1679) : Le pouvoir des puissants ne se fonde que sur la croyance du peuple.
Barthélémy Prosper Enfantin (1796-1864) : Si tu veux la Paix, prépare la Paix.
Victor Hugo (1802-1885) : Supprimez l’armée, vous supprimerez la guerre… Si tuer est un crime, en tuer beaucoup n’en peut être la circonstance atténuante.
Léon Tolstoï (1828-1910) : Puisque le christianisme interdit le meurtre, il ne doit exister ni armée, ni gouvernement
Jules Ferry (1832-1893) : Nous croyons que l’éducation miliaire ne pénétrera complètement dans nos mœurs scolaires qu’après que l’instituteur sera devenu lui-même un professeur d’exercices militaires.
Sébastien Faure (1858-1842) : C’est avant qu’il faut lutter contre la guerre afin de l’empêcher ; car pendant, on ne peut plus rien.
Lejzer Ludwig Zamenhof (1859-1917) : Animé par son amour de l’entente entre humains, il publie en 1887 le manuel Lingvo internacia. Une seconde langue facile à apprendre et universelle.
Romain Rolland (1866-1944) : Pour que les peuples s’entendent, il faut d’abord qu’ils entendent. Que l’espéranto rende l’ouïe à ces sourds donc chacun, depuis des siècles, est muré dans son propre langage.
Fritz Oerter (1869-1935) : Un prolétariat qui se laisse séduire par l’idée d’une révolution armée est le signe qu’il est encore sous l’influence de l’État.
Bertrand Russell (1872-1970) : Pas un seul des maux que l’on voudrait éviter par la guerre n’est un mal aussi grand que la guerre elle-même… Le temps est venu où seule une désobéissance civile non violente à grande échelle peut sauver les populations de la mort que leur préparent les gouvernements.
Albert Eistein (1879-1955) : Seule la suppression définitive du risque universel de la guerre donne un sens et une chance à la survie du monde… Le programme de militarisation de la nation ne présente pas seulement une menace immédiate de guerre, il détruira aussi, lentement mais sûrement, l’esprit démocratique et la dignité de l’individu. L’affirmation que les événements de l’extérieur nous obligent à armer est erronée et à combattre de toutes nos forces.
Louis Lecoin (1888-1971): S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres.
Ammon Hennacy (1893-1970) : Un anarchiste, c’est quelqu’un qui n’a nul besoin de gendarmes pour se comporter comme il faut.
Henriette Roland Holst (1896-1952) : La maxime « la fin justifie les moyens » est parfaitement juste pour les jésuites ou la classe impérialiste : tous les moyens leur sont bons pour opprimer.
Lewis Mumford (1895-1990) : L’armée est le consommateur idéal, car elle tend à réduire à zéro l’intervalle de temps entre la production initiale profitable et le remplacement profitable. La consommation du ménage le plus prodige ne peut rivaliser avec celle d’un champ de bataille. Un millier d’obus tirés ne peuvent être ni récupérés, ni réemployés.
Emmanuel Mounier (1905-1950) : L’énergie seule intimide la violence qui prend toute hésitation pour une faiblesse, toute concession pour un encouragement.
Helder Camara (1909-1999) : On commence par fabriquer des armes pour se défendre, puis on vend des armes pour pouvoir continuer à en fabriquer, on en arrive à fabriquer des guerres pour vendre des armes.
Boris Vian (1920-1959) : L’histoire n’est pas cette collection stupide de faits militaires masquant depuis des siècles la signification réelle de l’évolution de l’intelligence. L’histoire évolue dans le sens de la vie tandis que le militaire n’est qu’une forme de la mort. C’est une forme pathologique dont on peut se débarrasser.
Déclaration fondatrice de l’IRG (Internationale des résistants à la guerre) en 1921 : La guerre est un crime contre l’humanité. C’est pourquoi je suis déterminé à ne soutenir aucune forme de guerre et à lutter pour l’élimination de toutes les causes de guerre.

– « Le pouvoir des puissants ne se fonde que sur la croyance du peuple. » (Thomas Hobbes)
– « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » (La Boétie)
Pour moi ces deux citations veulent dire la même chose. Si le Peuple est bête à bouffer de la paille, s’il a besoin de ramper et de croire au Père Noël… alors il n’a que ce qu’il mérite.
Ceci dit je suppose que l’intrus (dans les citations du livre « Abolir l’armée ») c’est Hobbes.
Mais bon, je peux me tromper… En attendant c’est bien connu, « l’homme est un loup pour l’homme ». Autrement dit il est mauvais par nature.
Pour Rousseau c’est le contraire, l’homme est bon par nature, c’est la société qui le rend mauvais.
Et on a donc pris l’habitude d’opposer ces deux penseurs. (à suivre)
Or Rousseau affirme que la légitimité du pouvoir ne repose pas sur la tradition ou la religion, mais sur le consentement des individus à former un corps social.
Qu’y a t-il là de si différent avec la pensée de Hobbes ?
– « La guerre n’est donc point une relation d’homme à homme, mais une relation d’Etat à Etat, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu’accidentellement. »
(Jean-Jacques Rousseau – Du contrat social)
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