Adlous Huxley a publié en anglais une « encyclopédie du pacifisme » en 1937. Il n’existait aucune version en langue française, d’où une traduction des Nouvelles Éditions « Humus et La 5e Couche » en 2025. Malheureusement les choses n’ont pas changé entre 1937 et 2025, nous sommes toujours aussi militarisés et aussi cons. Voici quelques passages significatifs de l’encyclopédie.
Biologie et guerre
La guerre est souvent décrite comme une loi de la nature. C’est faux. Chez les animaux inférieurs, la guerre est inconnue. L’homme est la seule créature à organiser le meurtre en masse de sa propre espèce. La guerre n’est pas l’équivalent d’une sélection naturelle. Elle tend à tuer les jeunes et les personnes en bonne santé et à épargner les personnes trop âgées pour avoir des enfants.
Communisme et fascisme
La manière dont la violence engendre la violence est très clairement illustrée par l’histoire de la montée du communisme et du fascisme. La révolution communiste en Russie a été le fruit de la violence même si la tyrannie tsariste avait préparé le terrain… Les pacifistes sont des personnes qui tirent les leçons de l’Histoire. Les militaristes, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont des personnes qui sont déterminées à ne pas tirer les leçons de l’expérience.
Conflits individuels et conflits nationaux
Il existe une différence fondamentale entre la guerre et les confits entre individus. Les Individus se battent pour leurs propres différends. Les soldats sont entraînés à se battre dans des confits qui ne sont pas les leurs : pour des intérêts commerciaux, pour le prestige national, pour des intérêts stratégiques potentiels. La possession d’une armée est d’ailleurs en soi une raison de faire la guerre.
Course à l’armement
– Tous les hommes d’État affirment que l’armement de leur propre nation est préparé uniquement pour des raisons de défense.
– Tous les hommes d’État affirment que l’existence d’armement dans un pays étranger constitue une raisons pour la création immédiate de nouveaux armements dans leur pays.
Éducation et paix
Dans les pays totalitaires, toute l’éducation est ouvertement une éducation pour la guerre. La discipline militaire et l’entraînement au maniement des armes s’accompagne d’une exaltation de la ferveur nationaliste. En Russie, il y a eu une grande régression ces dix dernières années (ndlr, depuis 1927), comprenant un retour à la stricte discipline, à l’obéissance, à un comportement ridiculement servile envers les professeurs et des méthodes passives plutôt qu’actives de transmission du savoir. Tout cela est tenu par les gouvernements concernés comme une méthode de production d’une mentalité militariste, à la fois obéissante et dominatrice, lâche et brutale…
Les gouvernements qui souhaitent élever une population de soldats ne peuvent pas se permettre de tolérer un système d’éducation voué à produire des individus libres, intelligents et autonomes.
Équivalent moral de la guerre
Un argument répandu en faveur de la guerre, c’est qu’elle serait une école de vertus : le soldat abandonne sa vie pour qu’une cause plus grande que lui puisse triompher. Pourtant quand nous demandons à quelles fins il doit tuer et être tué, nous trouvons le plus souvent que la guerre est menées pour d’ignobles raisons.
C’est la vie civile qui développe les bonnes vertus. Un système de service national devrait être organisé qui permettrait à chaque jeune homme de prendre sa part dans un métier difficile et risqué, les services de pompier, de sécurisation des mines, jusqu’à la circulation routière et l’inspection des égouts. Les individus auraient alors une raison de vivre, et si nécessaire de mourir, sans commettre le crime de guerre.
Exemplarité
Chaque nation se sent tenue d’imiter les autres. Les canons sont pointés vers les canons, les avions contre les avions, les bombes chimiques contre les bombes chimiques. Un acte de désarmement unilatéral abaisserait les tensions internationales. Une nation désarmée ne peut en aucun cas être accusée d’être un agresseur. Il y a toutes les raisons de croire qu’un mouvement vers la raison serait suivi. Aujourd’hui il semble pourtant que nous préférons suivre un mouvement vers l’irrationalité.
Implications économiques du pacifisme
L’emploi de bons moyens est d’une plus grande importance que la poursuite de bonnes fins. Il en est ainsi parce que de bonnes fins ne peuvent pas été atteintes par de mauvais moyens. Le mouvement coopératif a montré que des individus privés peuvent créer, au milieu d’un environnement capitaliste, des activités économiques sans compétition, sans exploitation et sans but lucratif. La coopération est du pacifisme appliqué. Le capitalisme est incompatible avec les principes du pacifisme.
Implications politiques du pacifisme
Le monde humain est composé d’individus, hommes et femmes. Physiquement, ils appartiennent à une seule espèce et une unité spirituelle transcende toutes leurs différences. Telles sont les données sur lesquelles le pacifiste fonde sa philosophie. Il est du devoir de chacun de faire tout ce qui est en son pouvoir pour réaliser dans la pratique cette unité humaine fondamentale qui est entravée par la haine organisée de nos nationalismes, de nos religions et de nos systèmes économiques.
Liberté
La guerre est incompatible avec la liberté. Il en va de même de l’intense préparation à la guerre. La conscription, ou esclavage militaire, est généralisée en Europe. L’idéal militariste, c’est un pays organisé en vaste garnison, peuplé d’homme , de femmes et d’enfants préparé à répondre à l’ordre « marche ou crève sans jamais demander pourquoi. Aucun des dictateurs modernes n’a été confronté au pacifisme à grande échelle. Former efficacement un très grand nombre de personnes en très peu de temps est parfois impossible.
Nationalisme
La seule définition qui convient au mot « nation » est une communauté organisée pour faire la guerre. Il est clair qu’une nation n’est pas une entité raciale, puisque des millions de Noirs sont citoyens des Etats-Unis. Ce n’est pas une entité linguistique, puisque la nation suisse est composée de locuteurs allemands, français et italiens. Ce n’est pas davantage une entité géographique. La définition donnée ci-dessus est celle qui est reconnue par la Société des Nations qui admet parmi ses membres une communauté de membres, même petits, qui ont leur propre armée. La Californie ne peut être membre. Mais si une révolution devait la diviser en une douzaine de dictateurs assoiffés de sang, chacun d’eux pourrait être représenté à Genève.
Patriotisme
Il existe un Tout plus vaste dont la patrie n’est qu’un morceau. Accorder à une partie de l’univers la vénération qui ne peut revenir qu’au Tout, c’est de l’idolâtrie. L’adoration d’une partie du Tout entraîne des conflits avec les adorateurs d’autres parties. Chaque système d’idolâtrie encourage ses adeptes à haïr les adeptes de tous les autres systèmes. Hellènes et barbares, peuple élu et païens, aryens et non-aryens, prolétaires et bourgeois, Anglais de Dieu et « races inférieures » sans loi. Les mots qui expriment l’éloge de soi et le mépris des autres a varié d’une époque à l’autre, mais les sentiment détestables du patriotisme idolâtre ont toujours été les mêmes. Eux et Nous.
Propagande
Quand une guerre éclate, il est aussi nécessaire d’enflammer l’opinion publique que d’approvisionner les forces armées en munitions. Les arguments contre l’ennemi doivent être présenté avec un parti-pris total et une dose d’exagération appropriée. Aussitôt que possible, les atrocités commises par l’ennemi doivent circuler… Il y a un usage illimité non seulement de la violence physique, mais aussi de la falsification et du mensonge.
Religion nationaliste
La place de Dieu a été largement supplantée par des entités déifiées telles que la Nation, la Race, la Classe, le Parti. Dans les États totalitaires, ces entités abstraites sont incarnées dans la personne du chef semi-divin. L’idolâtrie locale est prêchée dans les écoles, dans la presse, sur les ondes, dans les discours politiques, souvent même dans les chaires chrétiennes. En 1914, les autorités ecclésiastiques de tous les pays belligérants se rallièrent avec enthousiasme à leurs gouvernements respectifs et prêchèrent un guerre sainte contre leurs frères chrétiens, simplement parce qu’il vivaient du mauvais côté de la frontière nationale.
Révolution
Une communauté socialiste d’hommes et de femmes éduqués aux méthode de la non-violence aussi intensément qu’ils le sont aujourd’hui aux méthodes de la violence pourrait même permettre à une arme étrangères d’envahir son territoire et parvenir malgré tout à établir une défense du socialisme qui aurait de bonnes chances de triompher. Plus il y a de violence, moins il y a de révolution.

Souvent les auteurs de science fiction comprennent les choses en profondeur
Souvent, peut-être… Seulement, pour pouvoir dire il faudrait les y passer tous.
– Liste d’auteurs de science-fiction (Wikipédia)
Pour n’en prendre qu’un, je ne pense pas que Jules Verne, considéré comme l’un des pères de la science-fiction, comprenait les choses aussi bien qu’Aldous Huxley. Malgré tout le talent qu’il avait, pour moi cette citation est une énorme ânerie :
– « Tout ce qu’une personne peut imaginer, un jour quelqu’un le réalisera » (Jules Verne)
Aldous Huxley était bien plus qu’un simple écrivain, romancier.
ils n’avaient pas les mêmes objectifs, Jules Verne racontait des aventure et s’appuyait sur ce qu’il devinait dans la technologie de demain, Aldous Huxley avait une vision plus philosophique et plus sociétale il envisageait les changements dans la gouvernance des peuples, sujet absent chez Jules Verne. Chacun son domaine
Que ce soit dans le domaine de la biologie (Biologie et guerre), comme dans tous les autres dont Biosphère nous donne ici un extrait (communisme, fascisme, conflits individuels, éducation etc.) il faut reconnaître qu’il est difficile de contrer les arguments d’Aldous Huxley. Et encore moins de les démonter. C’est probablement pour ça que certains se font discrets.
Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
https://biosphere.ouvaton.org/blog/
Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
https://biosphere.ouvaton.org/
Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
Ici, il n’y a pas de modération a priori des commentaires…
Prière de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.
– « Un argument répandu en faveur de la guerre, c’est qu’elle serait une école de vertus […] »
( Aldous Huxley – Une encyclopédie du pacifisme – 1937 )
ON dit la même chose du Sport. Comme c’est bizarre…
– « Être un homme complet, équilibré, c’est une entreprise difficile, mais c’est la seule qui nous soit proposée. Personne ne nous demande d’être autre chose qu’un homme. Un homme, vous entendez. Pas un ange, ni un démon. Un homme est une créature qui marche délicatement sur une corde raide, avec l’intelligence, la conscience et tout ce qui est spirituel à un bout de son balancier, et le corps et l’instinct et tout ce qui est inconscient, terrestre et mystérieux à l’autre bout. En équilibre, ce qui est diablement difficile. » (Aldous Huxley – La Fin et les Moyens. Enquête sur la nature des idéaux et sur les méthodes employées – 1939)
Complet, vous entendez. Pas à moitié fini, comme certains.
Ni farci (pourri) d’idées aussi ridicules que toxiques, comme d’autres
– « La foi en le progrès a affecté la vie politique contemporaine en ressuscitant et en popularisant, sous une forme au goût du jour, pseudo-scientifique, et séculière, la vieille doctrine apocalyptique des Hébreux et des Chrétiens. Une destinée glorieuse attend l’humanité, un Age d’Or à venir, dans lequel des appareils mécaniques plus ingénieux, des plans grandioses, et des institutions sociales plus compliquées, auront, d’une façon ou d’une autre, créé une race d’êtres humains meilleurs et plus brillants. […]
Afin d’assurer la paix et le bonheur de leurs arriére-arriére-petits-enfants, les masses doivent accepter, et leurs gouvernants n’ont point à se faire scrupule d’imposer, en quantité quelconque, la guerre et l’esclavage, la souffrance et le mal moral. […] »
( Aldous Huxley – La Science, la Liberté, la Paix – 1946 )
– orthoslogos.fr/litterature/la-science-la-liberte-la-paix