Un article du MONDE nous donne un bon historique du passé pétrolier, mais rien sur les perspectives du long terme, sauf ces considérations finales :
« Le constat semble implacable. Maintenant, on a fait le tour de la planète. Tous les bassins développés s’épuisent. On est comme des rats de laboratoire qui ont mangé tous leurs corn flakes et découvrent qu’ils peuvent aussi manger la boîte en carton. »
On n’envisage pas du tout la signification ultime de ce constat, le dévoiturage, une société future sans aucune voiture individuelle, qu’elle soit thermique ou électrique.
Pétrole, histoire d’une dépendance mondiale
Le 2 février 1977. Devant un feu dans la cheminée, Jimmy Carter, installé à la Maison Blanche depuis deux semaines, s’adresse à ses compatriotes. Le nouveau président des Etats-Unis est très inquiet de la situation énergétique. « Il faut voir la réalité en face : notre déficit énergétique est permanent. » Son pays produit alors de moins en moins de pétrole et souffre des prix du baril, qui ont quadruplé en 1973, lors du premier choc pétrolier. Il en appelle à la responsabilité de chacun : « La quantité d’énergie gaspillée, qui pourrait être économisée, est supérieure au total de l’énergie que nous importons des pays étrangers. » Pour lui, il est urgent que les Américains apprennent à vivre de façon « économe ».
Quand Jimmy Carter prononce son discours de 1977, la consommation mondiale de pétrole était de 63 millions de barils par jour. Elle dépasse aujourd’hui 105 millions. Le mode de vie « économe » prôné par l’ancien président américain ne s’est jamais concrétisé. Car, aux chocs pétroliers de 1973, de 1979 et de 2008 ont succédé des contre-chocs, avec de longues périodes d’effondrement des prix.
Les premiers choc pétroliers ont rendu rentable l’exploitation des gisements de la mer du Nord et de l’Alaska. En mer du Nord, British Petroleum proclame fièrement en 1975 sa prouesse technologique, quand elle commence à exploiter l’énorme gisement Forties, situé 106 mètres au-dessous du fond marin et à 177 kilomètres des côtes. Le prix du pétrole s’effondre et atteint un point bas de… 7 dollars, en 1986. C’est le contre-choc pétrolier. En 2008, l’envolée des prix qui a suivi l’émergence économique de la Chine et de l’Inde a rendu rentable le pétrole de schiste aux Etats-Unis. Quatre décennies après leur pic de pétrole conventionnel, les Etats-Unis redeviennent exportateurs nets de pétrole.
Le constat semble implacable. La limite est repoussée, l’addiction demeure. Sauf que, maintenant, on a fait le tour de la planète. Tous les bassins développés s’épuisent. On est comme des rats de laboratoire qui ont mangé tous leurs corn flakes et découvrent qu’ils peuvent aussi manger la boîte en carton.
En savoir plus avec les articles antérieurs du MONDE
La polémique sur les réserves relance le débat sur la fin de l’or noir (1er avril 2004)
Longtemps méprisés, les pessimistes aiguillonnent une industrie en quête de transparence. Leur chef de file, le géologue Colin Campbell, fondateur de l’ASPO, une association qui étudie le « pic » de production au-delà duquel le déclin du pétrole commencera de façon irréversible. Un calcul théorisé dans les années 1950 par un autre géologue, King Hubbert. L’ASPO estime que le pic de la production mondiale sera atteint dès 2010, avec 85 millions de barils par jour (mbj), avant un recul qui ramènera la production au niveau de 1970 vers 2050 …
Alors que la hausse des cours du pétrole continue, les experts s’inquiètent de l’extinction des réserves (9 août 2004)
L’ASPO (Association for the Study of Peak Oil), un réseau informel de scientifiques et d’experts pétroliers du monde entier, tire la sonnette d’alarme.l’ASPO affirme que le « pic » de production de pétrole, c’est-à-dire le moment où celle-ci commencera à décliner, est beaucoup plus proche qu’on ne le pense : aux alentours de 2008-2010 pour le pétrole, en 2013 pour le gaz. Les estimations pour le « pic » varient en fait de 2004 à 2048, mais la date médiane de 2020, fondée sur des réserves prouvées de l’ordre de 1 050 milliards de barils, est la plus fréquemment citée : elle signifierait une production toujours importante jusqu’en 2050 (correspondant encore à la moitié des besoins).
Pour le député Vert français Yves Cochet, « la fin imminente du pétrole bon marché est la plus grande épreuve qu’ait jamais affrontée l’humanité » et ses conséquences sociales seront « dévastatrices ». Il juge que « la seule conduite possible est l’apprentissage de la sobriété »….
A 100 dollars le baril, on change de civilisation, par Yves Cochet (27 novembre 2007)
Le pétrole brut n’est pas cher, de même que le litre de super à 1,50 euro. Le cours du baril sur le marché new-yorkais retrouve aujourd’hui la cote qu’il avait atteinte en 1980, tandis que l’achat d’un litre d’essence nécessite deux fois moins d’heures de smic qu’il y a vingt-sept ans.
Désormais, les prix du pétrole – et ceux de toutes les énergies – seront toujours à la hausse pour trois raisons principales d’origine géologique, économique et géopolitique :Le maximum mondial de production de liquide hydrocarboné est atteint. La demande est structurellement supérieure à l’offre. Le pétrole c’est la guerre. Là où il y a du pétrole, une élite dirigeante vit de sa rente – souvent aux dépens de la population – et ces pays sont visés par le comportement prédateur des grands consommateurs comme les Etats-Unis.
Le modèle du monde qui habite le cerveau de l’Occidental moyen est que le marché, la technologie et l’inventivité humaine parviendront à résoudre les problèmes qu’affronte l’humanité, notamment la fin des énergies fossiles à bon marché et le changement climatique. Quel aveuglement ! Si nous voulons conserver les valeurs cardinales de notre civilisation que sont la paix, la solidarité et la démocratie, nous n’avons pas d’autre choix que celui de la décroissance rapide de l’empreinte écologique des sociétés industrielles, en particulier la décroissance de notre consommation d’énergies fossiles.
Le pétrole est un ensemble de molécules merveilleuses qui ont permis la fabrication et la diffusion de milliers d’objets et de services dans notre vie quotidienne (véhicules, aliments, médicaments, plastiques, textiles…) et c’est aussi une matière puante et polluante dont il faut nous sevrer rapidement sous peine de chaos écologique, économique et social. La seule politique susceptible d’éviter cette catastrophe est celle de la sobriété, c’est-à-dire la décroissance franche et régulière de la consommation de pétrole. Cette politique n’est pas une adaptation légère due à un souci technique passager, c’est un changement de civilisation dû à la fin du monde tel que nous le connaissons.

– « Les années d’après la Seconde Guerre mondiale ont vu, dans beaucoup de pays occidentaux développés, un compromis émerger. Le capitalisme y était considéré comme le meilleur système économique possible, notamment face au contre-modèle soviétique. L’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie – la classe des capitalistes – se faisait alors acceptée par quelques hausses de salaires et des améliorations des conditions de travail et vie. Si ces dernières ne sont pas apparues grâce à la bonté des capitalistes mais parce que les travailleurs se sont organisés pour construire le rapport de force, la bourgeoisie s’en est finalement accommodée car cela rendait le système dont elle bénéficie plus « acceptable ». [ à suivre ]
(ÉDITO. La guerre d’Iran, le pétrole et le capitalisme – nosrevolutions.fr/2026/03/16)
[suite, de l’EDITO] Le mode de vie et de consommation dominant dans l’occident capitaliste, qui s’est largement exporté dans des pays émergents non-occidentaux, qui est très jeune à l’échelle de l’histoire humaine, nous apparaît comme un horizon indépassable et on imagine mal revenir en arrière ou faire autrement.
Mais est-ce seulement viable ? Si les actions restent modestes compte-tenu de l’ampleur du problème, les questions environnementales ont entraîné une prise de conscience importante de l’impossibilité de maintenir ce mode de vie, et ce même à court terme.
On en est même plus à s’inquiéter de ce qu’il adviendra des générations futures, on s’inquiète de ce qu’il va nous arriver de notre vivant. [ à suivre ]
(suite et fin) Un monde en guerre. […] Refuser la fatalité […]
Le « capitalisme de la paix » semble avoir fait son temps dans les pays développés occidentaux et on cherche déjà à nous conditionner à accepter celui de la guerre. [….]
Nous devons nous convaincre de notre capacité d’action collective et travailler à notre propre prise de conscience ainsi qu’à celle de nos voisins, nos amis, nos camarades, nos concitoyens. […] Nous devons convaincre que faire le communisme partout est la meilleure voie possible pour l’immense majorité du genre humain. »
( fin de cet excellent EDITO de Basile Noël , 16 mars 2026 )
Tout est dit. Le Capitalisme, leurs intérêts, leurs guerres… notre servitude, notre embourgeoisement, notre addiction, notre manque d’imagination, notre trouille etc.
Reste à voir si le Communisme fait saliver grand monde, même du côté des Zécolos. Maintenant si ce n’est que le mot qui gène… qu’ON l’appelle alors autrement.
Concernant l’essence, le coût réel des carburants n’a quasiment pas bougé depuis plus de 30 ans… Au 1er juillet 1990, le smic horaire était à 31,28 francs et en 1990 le litre de SP 95 valait 5,35 francs. Il fallait donc un peu plus de 10 minutes de travail pour pouvoir acheter 1 litre de SP 95 en 1990. Depuis le 1er janvier 2026, le smic horaire est de 12,02 € (pour 35 h, contre 39h en 1990) et si le prix du SP 95 est plafonné à 1,99 € comme Total l’a annoncé, cela veut dire qu’il faut même moins de temps de travail (moins de 10 minutes) pour acheter 1 litre de SP95.
Absolument, mais très peu de gens en sont conscients.
Sauf qu’il n’y a pas que l’Essence. Sans parler du Gasole, il y a tout le reste, et qui dépend du Pétrole. Les engrais par exemple, et là derrière le prix des denrées alimentaires. Tout est lié… au Pétrole. On pourrait dire aussi que la part de l’alimentation dans les dépenses des ménages français a bien diminué depuis les années 1970.
Sauf que là encore il y a tout le reste. Notamment le logement, qui pèse de plus en plus lourd. Quoi qu’il en soit, et pour ne rester qu’en France :
– La pauvreté et les inégalités au plus haut depuis trente ans (Le MONDE 07 juillet 2025)