Assemblée du futur, en remplacement du Sénat actuel

La politique repose sur des « éléments de langage » que les membres de la classe dirigeante s’efforcent de propager dans la presse et d’inculquer à l’opinion publique. Michel Sourrouille propose aux électeurs dans son livre* un lexique pour pouvoir mieux se situer face aux jeux du pouvoir et mieux comprendre les enjeux de la démocratie. Exemple, l’Assemblée du futur :

La montée en puissance d’entreprises dominantes poursuivant leurs propres intérêts, associée à un intense lobbying, est un vrai problème pour la science : si les chercheurs qui œuvrent pour l’industrie pharmaceutique ou les biotechnologies sont d’authentiques chercheurs, ils n’en défendent pas moins les produits et les profits de leurs bailleurs de fond. Dès lors, parce qu’elle est intrinsèquement vouée à instrumentaliser le monde, la technoscience ne peut plus apparaître comme le conseiller impartial de l’action collective. Certains chercheurs sont liés à des intérêts économiques et politiques, tributaires de subventions, d’emplois et de soutiens commerciaux. D’un autre côté, le Sénat français a montré qu’il n’était pas source d’avancée vers le futur mais au contraire de conservation de l’existant. On pourrait donc le remplacer par des institutions qui se feraient porteuses d’une science citoyenne.

« Il convient de confier à une assemblée populaire le soin d’établir la médiation entre l’état des connaissances environnementales (savoir capitalisé par l’Académie du futur) et la prise de décision publique. Pour éviter de reproduire au sein de cette assemblée la logique temporelle et territoriale, qui plus est partisane, ces nouveaux sénateurs ne pourraient être élus contre d’autres. Nous proposons des modes de désignation qui ont recours au hasard : tirage au sort dans une liste fournie par les ONGE (organisation non gouvernementale pour l’environnement) d’une part, et pour le tiers restant désignation au hasard dans la population « ordinaire » en fonction de la structuration de la population nationale (à l’instar de ce qui se pratique pour les conférences de citoyens). »**

Dominique Bourg et Kerry Whiteside appellent cette instance « Nouveau Sénat ». L’Assemblée du futur aurait une fonction d’appréhension du futur là où l’expertise est défaillante. C’est une proposition parmi d’autres pour essayer de représenter les acteurs absents. Il semble en effet important de faire la distinction entre la science éclairante et la science agissante. La première, en se contentant d’établir des données, peut rester impartiale. La seconde vise à légitimer et introduire des changements dans la vie des gens. Elle comporte des risques de détournement de la chose publique par une partie de la société.

L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (Un avenir peint en vert pour la France ?)

(éditions Sang de la Terre, en librairie depuis juillet 2016, 370 pages pour 19 euros)

** Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique : le citoyen, le savant et le politique, Paris, Seuil, 2010.

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