Association nataliste versus malthusienne

En matière démographique, il y a ceux qui véhiculent le message traditionnel, « il n’y a richesse ni force que d’hommes »*, et ceux, beaucoup moins nombreux, qui prônent la sagesse en matière de fécondité. Prenons l’opposition frontale entre l’association « Population & Avenir ! » d’une part et « Démographie Responsable » d’autre part.

Population & Avenir ! 

Le repopulateur Jacques Bertillon fonde l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française en 1896. L’association Population & Avenir f se reconnaît explicitement de cette filiation. Reconnue comme établissement d’utilité publique depuis 1913, elle était née de la prise de conscience des conséquences néfastes que faisait alors courir à la France la combinaison entre une dénatalité persistante et une mortalité infantile encore fort élevée, indépendamment de toute considération religieuse ou politique.

Dans la première moitié du vingtième siècle, notamment par suite des deux guerres mondiales, les démarches de l’association ont généralement été bien accueillies par les autorités. Les réflexions de l’association ont exercé une grande influence sur la législation sociale de l’entre-deux-guerres et de l’immédiat après-guerre : généralisation des Caisses de compensation familiale (1932) ; création du haut Comité de la Population et élaboration du “Code de la Famille” (1939) ; création de l’allocation de salaire unique (1941) et du quotient familial (1945) ; extension des prestations sociales (1946). C’est également elle qui commanda les premiers travaux de projection démographique réalisés pour la France en 1929 et réitérés en 1932 puis 1937 par Alfred Sauvy.

Démographie Responsable 

En 1896, la même année que Bertillon, le néo-malthusien Paul Robin fonde la Ligue de la régénération humaine dont la devise sera « bonne naissance-éducation intégrale ». L’association Démographie Responsable, fondée en 2008, reprend le flambeau et incite à l’auto-limitation de la natalité. Voici en guise de présentation leur derrière lettre d’information.

– Suite à la parution de son livre « Arrêtons de faire des gosses ! Comment la surpopulation nous mène à notre perte », notre adhérent Michel SOURROUILLE a donné une interview au journal Sud Ouest. Nous rappelons que vous pouvez commander son ouvrage (20 €) à votre libraire.

– Nous vous recommandons aussi la lecture de « Démographie et émergence économique de l’Afrique subsaharienne » de John F. MAY et Jean-Pierre GUENGANT. (L’académie en poche. 141 pages, 7 euros)

Le livre « Démographie , l’impasse évolutive » de notre adhérent Jean-Michel FAVROT propose que l’on s’engage dans une nouvelle philosophie moins anthropocentrée, qui redonne toute sa place au vivant… (Editeur : Books On Demand .Collection : essais. 20 euros)

Synthèse : à nos lecteurs de nous expliquer en commentaire à laquelle de ces deux associations ils aimeraient adhérer et pourquoi… Merci.

* Jean Bodin (1530-1596) : « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens : vu qu’il n’y a richesse, ni force que d’hommes : et qui plus est la multitude des citoyens (plus ils sont) empêche toujours les séditions et factions : d’autant qu’il y en a plusieurs qui sont moyens entre les pauvres et les riches, les bons et les méchants, les sages et les fous : et il n’y a rien de plus dangereux que les sujets soient divisés en deux parties sans moyens : ce qui advient ès Républiques ordinairement où il y a peu de citoyens. » (République II.5)

 

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17 réflexions sur “Association nataliste versus malthusienne”

  1. L’association « Démographie Responsable » est bien trop seule à se préoccuper de la question malthusienne alors que la France comporte environ 1 400 000 associations en activité.
    Si vous ne l’avez encore fait, vous pouvez effectuer votre adhésion depuis leur site
    https://www.demographie-responsable.org/
    ou par chèque à l’ordre de Démographie Responsable (Boite Postale 42037 – 69616   VILLEURBANNE Cedex)

  2. Quel est ce monde à 8 milliards d’humains? quel sera-t-il à 10 milliards? Pour ne prendre qu’un seul aspect de cette problématique immense : je suis d’une génération frappée par le silence des forêts, par l’absence de vie dans les rivières et les lacs, par le vide du ciel. Et qui en est inconsolable…Où sont les oiseaux, les animaux sauvages, les poissons de rivières et des mers ?Où sont les coins de nature où se perdre? Les chemins creux loin des humains où se ressourcer? Un monde sans la beauté et la richesse de la nature que notre nombre efface et tue jour après jour, est un enfer pour les humains.
    Alors oui, il faut immédiatement et partout dans le monde, limiter notre reproduction Pour sauvegarder ce qui reste d’un monde et d’une société qui permettent la Vie . Pas la survie.

    1. Voilà au-delà de tous les calculs , de toutes les considérations sur les ressources, quels sont exactement les vrais arguments, les seuls qui devraient nous guider,
      Bravo !

    2. La biodiversité va mal on le sait, mais il ne faut pas non plus exagérer.
      Heureusement qu’il reste encore des coins où on peut entendre le silence. Justement j’aime le silence. Comme j’aime aussi entendre et voir des oiseaux, des chevreuils, des sangliers etc. Heureusement qu’il y a encore des rivières et des lacs où on peut voir et pêcher des poissons, en plus je suis pêcheur. Heureusement qu’il existe encore des coins où on peut se balader sans se marcher sur les pieds, et des coins où on peut même se perdre, et des coins où la nuit on peut même voir les étoiles. J’aime tout ça, et tous ces coins là, et j’y vais souvent, et sans prendre l’avion. Vous devriez en faire autant Teysseire, ça fait du bien. 😉

      1. Didier BARTHES

        Oui il y a encore quelques rivières et quelques coins ou l’on peut entendre les oiseaux (mais pas tant que ça non plus). Mais remarquez qu’il n’y a plus un seul prédateur (d’une certaine taille) nous sommes dans une nature où les grands animaux n’ont droit de cité que s’ils peuvent être considérés comme gibier, Et dans le monde les grands prédateurs les lions et les tigres ont vu leurs effectifs diminuer de 97 % (oui !) en 120 ans, avouez que là ce n’est pas exagérer de dire que cela va très très mal.

        1. Bien sûr Didier Barthès, ce n’est pas moi qui dirais que les lions et les tigres sont en surpopulation. Les sangliers, à la rigueur… 😉

      2. Cher Michel C, votre réponse fait penser à cette fameuse image employée par ceux qui nient la surpopulation : « Toute la population humaine tiendrait sur le territoire de la Corse. Ou en Guadeloupe. Ou dans l’état du Texas… » Tout dépend du sens des couches. Cela voudrait-il dire que tant qu’on est pas épaule contre épaule , il n’y a pas de quoi s’inquiéter? Oui, il reste encore quelques poissons, quelques lacs et quelques coins où vous pouvez vous sentir heureux mais faut-il attendre qu’ils aient tous disparus pour s’inquiéter de leur avenir réduit comme peau de chagrin?

        1. Cher Teysseire, je ne pense pas être personnellement responsable de votre solastalgie (éco-anxiété). Je n’y suis pour rien si vous vous sentez mal dans ce monde, si vous le trouvez moche, surpeuplé etc. et croyez bien que je vous comprends. En attendant (la fin du monde, la fin des haricots, la fin de ce que vous voulez) je n’y peux donc rien si ce que je raconte vous fait penser à «ceux qui nient la surpopulation ». Je n’y peux rien si vous faites une fixette sur ce problème, si vous avez besoin du mode binaire pour vous sentir un peu mieux, etc. etc. Je vous conseillais seulement d’aller vous mettre au vert de temps en temps, ou un peu plus souvent.

  3. on ne peut pas se reproduire à l’infini dans un espace fini.
    ce n’est pas idéologique, c’est juste mathématique.

    1. Mais qui donc est assez con pour soutenir que c’est possible ? Personne à ma connaissance. Par contre on va se bouffer le nez sur des nombres. Pour les uns au delà de 1 milliard on serait déjà en «surnombre ». Pour d’autres il faudra commencer à s’inquiéter à partir de 12 milliards. Et patati et patata.
      Par contre, pour ce qui est de la consommation, des innovations (qui innovent) et du Progrès (qui progresse pour de siècles et des siècles amen), là plus d’un se plaisent à croire qu’il n’y aurait pas de limites. Mais on dira que ça c’est secondaire, que ce n’est pas le plus grave . C’est c’là oui !

  4. Question : à laquelle de ces deux associations aimeriez-vous adhérer ?
    Réponse : à aucune des deux.
    Toutefois une chose me parait claire, Gérard-François Dumont connait parfaitement le sujet.
    – «Dans un monde complexe, les questions de population prennent une place d’autant plus importante que la réalité est à la fois fort diversifiée et constamment évolutive. » (objectifs de l’Association Population et Avenir)
    Ce sujet complexe ne saurait donc se réduire à deux camps. Je trouve d’ailleurs ridicule cette opposition, d’où ma réponse. Je pense que ces deux assos feraient mieux de fusionner, ainsi elles se complèteraient parfaitement, elles s’enrichiraient mutuellement. Ou alors l’inverse, on ne sait jamais.

    1. Michel C, votre proposition de fusion part d’un bon sentiment. Malheureusement l’option nataliste ne peut voir que son propre point de vue, type croyance religieuse, un bébé de plus c’est le bonheur assuré. Aucune considération de leur part des conditions matérielles et psychologiques qui font le bonheur d’un enfant mais qui existent de plus en plus rarement sur une planète saturée d’humains.
      S’ils se croient plus malin, ils vont dire « peu importe le nombre d’humains, plus de technologie nous sauvera demain » ou plus pernicieux « yaka baisser le niveau de vie. »
      Plus grave encore, si ces natalistes voulaient vraiment débattre ce serait un bon pas vers un consensus. Malheureusement la plupart de ces croyants veulent imposer leur point de vue en interdisant aux malthusiens toute prise de parole publique. Ils se comportent en fait comme les anti-avortements qui dénient toute législation autorisant l’interruption volontaire de grossesse.

      1. Biosphère, vous savez bien ce que je pense de ces clivages pro/anti. Qui d’autre que les malthusiens utilisent le terme «anti-malthusien» ? Qui donc a inventé l’antispécisme et qui sont ceux qui utilisent le terme «spécisme» ? Les exemples de ce genre ne manquent pas. Le monde est très complexe, il est plutôt rare que les choses soient blanches ou noires. Laissons tomber ici les croyances de type religieux, d’autant plus qu’on peut dire également que «la surpopulation est un dogme d’une religion sans fondements. »(Dictionnaire du libéralisme)
        De mon point de vue l’association Population et Avenir a déjà le mérite de voir cette complexité. Son but est avant tout l’information et la pédagogie, notamment sur les questions démographiques. (voir sur leur site «Les objectifs de l’Association »)

  5. Ce qui était vrai à l’époque de Jean Bodin ne l’est pas forcément 500 ans plus tard. Entre-temps, l’homme a poursuivi la colonisation de la planète et a commencé à sérieusement la détruire, surtout depuis la révolution industrielle et l’explosion démographique du XXe siècle. Nous sommes trop nombreux pour respecter les équilibres de la biosphère : la température monte, la biodiversité disparaît, ces mécanismes sont désormais largement hors de contrôle. Nous allons vers un effondrement qui fera sans doute des milliards de morts. La réduction de notre consommation et de notre nombre ne l’empêchera malheureusement pas mais on peut espérer qu’elle en retardera l’échéance et en atténuera la violence.

    1. Oui, c’est exactement cela.
      Il y a hélas encore des gens qui ne sont pas conscients que si l’effondrement n’a pas vraiment commencé, le mécanisme qui le générera est parfaitement engagé et que, dans ce cadre, rajouter plus d’hommes à la planète relève de la la folie, sinon du crime. La vie n’a tout simplement plus sa place sur la Terre quand l’homme y est omniprésent.
      Il faut abaisser notre fécondité. Quel monde offrirons-nous à nos enfants, quel monde offrirons-nous au reste de la vie si nous ajoutons chaque année de nouveaux éléments de pression ?

    2. – «Ce qui était vrai à l’époque de Jean Bodin ne l’est pas forcément 500 ans plus tard. »
      Tout à fait. Et ce qui est vrai aujourd’hui, du moins ce qu’on peut penser comme étant vrai, ne le sera pas nécessairement dans 500 ans.
      Ainsi dans 500 ans, dans un monde ravagé… il est possible que ce que disait Jean Bodin au 16ème siècle soit l’idée à la mode : « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens : vu qu’il n’y a richesse, ni force que d’hommes ».
      Je crois l’avoir déjà dit… plus une espèce compte d’individus et moins elle est en danger d’extinction. Disons que c’est ma théorie… Qui peut donc la démolir ?

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