Aubry-Hollande face au dilemme croissance/environnement

Il y a une liaison fatale entre croissance économique et destruction environnementale ; le PS n’en a pas encore conscience. Au Congrès de Reims en 2008, la croissance était déjà dans toutes les têtes socialistes. La motion de Delanoë proposait la « Promotion d’un nouveau modèle de développement qui articule croissance, justice sociale et écologie ». La motion de Martine Aubry affirmait avec force que « la croissance économique et l’impératif écologique constituent un seul et même enjeu ». Aujourd’hui Aubry veut prendre le relais d’un Sarkozy qui cherchait la croissance avec ses dents : « Une offensive de civilisation est fondée sur un autre modèle de croissance… Sans croissance on ne peut rien… » (LE MONDE du 3 mars 2011, Le livre-programme du PS). Lors de leur université d’été les 27 et 28 août, même rengaine. Les mots «  crise écologique, après-pétrole, changement de civilisation » émaillent les discours. Mais les mots « croissance durable, croissance partagée, croissance verte » restent omniprésents ! Dans un discours devant ses fans, François Hollande était même radicalement croissanciste : « On ne peut pas transiger avec la croissance, je ne crois pas à la décroissance. Lorsque le PIB décroît, les conséquences sociales sont extrêmement négatives, chômage, déficit, dette. La décroissance, c’est un facteur de crise sociale. »

Or la croissance dans un monde fini est impossible et plus personne ne devrait croire à la hausse du PIB comme solution passe-partout. Comme le note Hervé Kempf, « raisonner avec un concept du passé ne permet pas de penser le monde de demain. Nombre de hiérarques du PS semblent continuer à rêver de l’âge d’or des « trente glorieuses » qui a pour première caractéristique d’être derrière nous… Se focaliser sur un objectif que l’on ne pourra pas atteindre, la croissance, prépare les pires déceptions »*.

Sur le fond, le PS est un vieux parti d’élus, aux problématiques strictement électoralistes. Son pôle écologique est aux abonnés absents, n’osant même pas présenter un questionnaire écolo aux candidats aux primaires. Comme l’exprime un commentateur d’Hervé Kempf sur lemonde.fr, « les électeurs du PS ne comprennent pas que leurs valeurs sont bien mieux représentées, sur le fond, par l’Ecologie, et en disant cela je ne plaide pas pour EELV, dont l’intelligence reste à prouver, mais pour l’Ecologie. La croissance est, par définition, une exponentielle. Impossible ».

* LE MONDE du 31 août 2011, Socialistes écologistes ?

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