biosphere

parole d’arbres

Aujourd’hui, alors que se lève un nouveau millénaire, le temps nous paraît venu de murmurer quelques mots à vos oreilles d’hommes. En tout lieu, en tout temps, nous avons ombragé l’épiderme de la Terre qui vous porte. Nous avons pour mission de métamorphoser la lumière du ciel au cœur de l’humus le plus obscur pour que tous, de l’insecte le plus humble au mammifère le plus imbu de ses privilèges, à savoir l’espèce homo sapiens. Mais nous ne pouvons plus réprimer ce frémissement d’effroi qui parcourt nos fibres à travers toute la planète : de l’Indonésie à l’Amazonie, nos plus vieux peuplements disparaissent peu à peu sous l’emprise d’appétits démesurés et stupides. A ce rythme, dans 10 ans, nos ultimes forêts primaires auront été rayées de vos cartes et avec elles disparaîtront notre canopée imprégnée de parfums, d’arômes et d’essences aux vertus insoupçonnées, renouvelables à l’infini. Nos vieux troncs sont tout bruissants de la rumeur de l’Histoire, de légendes, de souvenirs et de traditions, mais vous demeurez trop rares encore à poser des yeux attentifs ou une main douce sur nos vieilles écorces.

 Nous ne serons vraiment protégés que lorsque nous aurons enfin retrouvé votre affection. Fuyez tout esprit de domination, de dissimulation ou de divertissement et faites confiance à votre intuition car chacun d’entre vous est capable d’entrer en résonance avec les grandes énergies de la Biosphère qui nous traversent tous. Nous n’avons rien à vous apprendre que vous ne puissiez découvrir en vous, mais en vous invitant à retrouver cette entente dont nous avons besoin, nous pouvons vous aider à retrouver les liens profonds et subtils qui vous unissent à tout ce qui vous entoure.

 Synthèse du texte de  Benjamin Stassen

http://arbresvenerables.arborethic.com/ArbresVenerables/APPEL/Scientifiques.htm

écosystèmes menacés

Une étude menée par des biologistes (R.Myers et C.Peterson) a montré que la surpêche des grands requins conduit, par un effet de cascade, à une baisse importante du nombre des coquillages. En effet ces grands prédateurs, dont la taille est supérieure à deux mètres, ont vu leur nombre diminuer sur les côtes américaines dans une proportion allant de 87 % à 98 %. Comme ils avaient pour proie favorite les raies pastenague, les effectifs de celles-ci ont explosé pour atteindre 40 millions d’individus. Or ces raies consomment chaque année d’énormes quantités de mollusques bivalves comme les coquilles Saint-Jacques et les palourdes, soit 840 000 tonnes. Autant dire qu’il ne reste pas beaucoup de coquillages pour les prédateurs humains. Peut-on généraliser cette étude de cas ?

 

Comme l’écrivent deux sénateurs français de bord opposé au cours d’une audition publique (28 mars 2007), « La biodiversité des écosystèmes, support du développement de l’humanité, est en voie de dégradation accentuée ; le choc à prévoir suite à l’effondrement de la biodiversité est aussi important que les risques liés au changement climatique. Il faut donc parler du vivant comme d’un tissu composé de milliards d’espèces qui ont une multitude d’interactions entre elles. Quand une maille saute, une deuxième lâche, et une troisième, et le tissu se désorganise. Les humains ne sont qu’une des mailles, l’espèce homo sapiens ne vit pas hors sol : si les écosystèmes ne sont pas robustes, alors l’humanité ne le sera pas non plus. En conséquence toutes les activités humaines devraient prendre en compte la nécessité de protéger le vivant. »

 

La Biosphère n’a rien à ajouter à des analyses aussi pertinentes !

 

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millenium assessment

L’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire (Millenium Eco system Assessment) a été conduite entre 2001 et 2005 pour évaluer l’influence des activités humaines sur l’environnement et, inversement, la manière dont ces changements affectent les perspectives en matière de santé et de bien-être. Mais de nombreuses questions sur la compréhension du fonctionnement de la nature et de son lien à l’homme restent ouvertes. Par exemple, il manque une meilleure explication des liens existants entre la biodiversité et la dynamique des écosystèmes. En effet ceux-ci résistent encore à la modélisation du fait de leur forte non-linéarité. De plus, les actions humaines et les processus naturels opèrent à des échelles différentes, ce qui pose des problèmes en matière de retours d’expérience notamment lorsque les bénéfices apparaissent à une échelle temporelle et les coûts à une autre. Enfin, les chercheurs regrettent le faible nombre d’évaluations des politiques de conservation. En effet, peu d’actions de protection de la nature sont évaluées et les résultats de ces analyses restent souvent confidentiels. Par ailleurs, les approches économiques, notamment quantitatives, sont encore très rares et mal renseignées. Le décideur (le politique ?) semble pourtant vouloir éviter les atteintes catastrophiques. Ainsi les partenaires du réseau européen de programmation de la recherche dans le domaine de la biodiversité (Biodiversa, réseau animé par l’Institut français de la biodiversité) souhaitent définir les thèmes du premier appel à proposition de recherche prévu en 2007.

 

Les humains vont de recherches en colloques, dans le même temps la perte de biodiversité devient irréversible, la Biosphère rigole jaune …

 

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Gore = Naess

Dans son livre Urgence planète Terre, Al Gore pense faussement que les tenants de l’ « écologie en profondeur » (deep ecology) commettent l’erreur d’utiliser la métaphore de la maladie pour définir notre relation à la Terre. « A les en croire, nous les humains, exercerions une action pathogène, comme si nous étions une sorte de virus qui irriterait la planète, lui donnerait la fièvre, et menacerait ses fonctions vitales. Ils assigneraient à notre espèce le rôle d’un cancer généralisé, dont nos villes seraient les métastases et qui, pour nourrir sa propre expansion, priverait le globe des ressources qui lui sont nécessaires pour rester en bonne santé. Le problème de cette métaphore, c’est qu’elle n’indique qu’un seul traitement possible : l’élimination des hommes de la surface de la Terre. » Cette conception de l’écologie profonde est simpliste, elle fait référence à certains fondamentalistes, pas à ses fondements philosophiques sur lesquels Al Gore pourrait être d’accord.

 

En effet Arne Naess, le philosophe norvégien qui a imaginé l’expression « écologie profonde » en 1972, ne considère pas les êtres humains comme des présences étrangères à la Terre. Descartes ou Bacon définissaient les hommes comme des intelligences désincarnées distinctes du monde physique. Arne  Naess part au contraire du postulat selon lequel « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). » D’ailleurs Al Gore ne dit pas des choses très différentes : « C’est notre séparation du monde physique qui est à l’origine de l’essentiel de notre mal-être, et c’est parce qu’on nous enseigne à vivre si éloigné du monde naturel que nous ressentons une dépendance aussi complète à l’égard de notre civilisation qui a pris la place de la nature dans la satisfaction de tous nos besoins. »

 

Arne Naess pense aussi que « La richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l’accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes ».  Al Gore semble du même avis : « Notre civilisation dysfonctionnelle a mis en place un système qui nous empêche de ressentir la douleur que nous éprouverions si nous percevions réellement notre séparation d’avec le monde naturel. (…) Il nous faudra chercher ardemment une nouvelle façon de penser le rapport de notre civilisation à la Terre »

 

Enfin Arne Naess aboutit au constat que « L’interférence actuelle des hommes avec le monde non-humain est excessive et la situation s’aggrave rapidement » et « nous avons obligation de tenter de mettre en place directement ou indirectement les changements nécessaires ». Al Gore fait un constat similaire : « La crise de l’environnement trouve ses racines dans le schéma dysfonctionnel des relations de notre civilisation à la Terre ; nous n’avons pas d’autres solutions que d’y faire face et d’admettre que nous exerçons sur lui un impact négatif (…) Maintenant que nous avons la capacité de porter atteinte à notre environnement à l’échelle planétaire, saurons-nous faire preuve d’assez de maturité pour prendre soin de la Terre tout entière ? »

On ne peut donc pas s’opposer aux amoureux de la Biosphère quand on croit à l’urgence pour la planète Terre.

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Biosphère est Une, indivisible

Dans la tradition de l’humanisme juridique, seuls les êtres doués de raison ont des droits. Dans ces conditions, ceux qui ne peuvent pas passer contrat, c’est le cas des animaux, sont exclus de la sphère morale et juridique. Il en était autrefois ainsi pour les femmes, il en est de même aujourd’hui pour les aliénés. Les écologistes s’intéressent en général plus aux grands équilibres qu’à la sensibilité et aux droits des individus animaux. Par exemple les veaux en batterie sont, de la naissance à l’abattage, maintenus dans le noir, privés de mouvement et de tout contact tant avec leurs mères qu’avec leurs congénères, exclusivement nourri au lait qui sert à absorber les excédents de lait en poudre subventionné. Nous privilégions les animaux de compagnie rattachés à notre ego alors que nous déconsidérons ce qui nous permet de vivre. Pourtant la souffrance animale est aussi la souffrance implicite de l’éleveur qui supporte psychologiquement très mal le mode d’existence et les traitements qu’il inflige aux animaux. En France l’écologie reste beaucoup plus anthropocentrée que dans les pays anglo-saxons. Le premier texte de protection des animaux est anglais (Martin’s Act de 1822 à propos des animaux d’élevage).

 

La philosophie de l’écologie profonde ou deep ecology s’extrait d’une posture où l’animal est à notre disposition. Elle défend l’idée que le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes) et que ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. Que les 62 millions de Français pensent enfin à ce que représente le milliard d’animaux de boucherie qui sont tués chaque année !

 

Il est important de remettre en question notre statut de dominant, de rechercher l’humilité. Le souci porté aux animaux ne dilue pas les droits de l’homme, il les élargit au contraire en donnant un surcroît de responsabilité.

decrescendo cantabile

On trouve dans le livre de Jean-Claude Besson-Girard, Decrescendo cantabile, un éloge de l’écologie profonde, même si Jean-Claude s’en défend quelque peu :

 

p.126 : L’immense nouveauté de notre époque réside dans le fait que pour la première fois dans l’Histoire, il est reconnu que l’espèce humaine, sous la houlette implacable de l’Occident, intervient sur le déterminant essentiel de sa propre apparition : la biosphère. Cette intervention provoque des effets assimilables à un écocide généralisé. L’hospitalité de la Terre est remise en question.

p.133 : La contrainte des ressources naturelles devient une donnée objective qui n’appartient pas à l’ordre socio-politique de la domination, mais au respect des lois naturelles que l’on ne peut transgresser sans risques majeurs. Une pédagogie de la contrainte objective anticipe sur celle des catastrophes. La notion écologique des limites semble facile à admettre et à faire comprendre.

p.136 : Notre position pendant les années 1970 rejetait à la fois les excès de la deep ecology, et les positions réformistes de l’écologie environnementaliste qui ne manqueraient pas d’être absorbées par le système dominant, comme la suite l’a d’ailleurs prouvé.

p.141 : Le fil conducteur d’une « révolution » serait tissé d’une conscience plus grande de nos actes en relation avec la biosphère dans sa totalité vivante.

p.161 : L’écologie politique a étendu le principe de devoirs en l’appliquant aux générations futures vis-à-vis desquelles les orientations du présent doivent leur permettre de vivre dans un écosystème planétaire le moins dégradé possible. Il s’agit, dans cette prise de conscience écologique, d’atteindre une objectivité universelle qui est seule en mesure de dépasser, en les unifiant, les cultures juridiques particulières de tous les peuples. La nature étant cela seul qui s’offre avec évidence à tous les hommes, l’accord des esprits sur un principe de devoir s’y référant n’est-il pas le seul lien universel acceptable par tous ?

p.169 : Pour les sociétés, l’affirmation sereine de leurs singularités respectives permettrait l’apparition d’une universalité solidaire de l’espèce humaine dans son ensemble. Il s’agirait alors d’une « pluriversalité » dont le centre serait partout et dont la circonférence épouserait la biosphère.

p.141 (dernier paragraphe du livre) : Il se peut que l’humanité ne soit qu’un incident de parcours, une « erreur » de la Nature. Une telle pensée peut nous aider à relativiser l’importance que nous nous sommes octroyée sans humour. La foi en l’être humain n’est, en aucun cas, une garantie de sa pérennité.

 

L’écologie profonde (deep ecology) nous rappelle la nécessité de passer d’un anthropocentrisme forcené à un respect des liens durables entre notre espèce et la Biosphère. Nos valeurs doivent donc changer : sauf pour la satisfaction de leurs besoins vitaux, les hommes n’ont pas le droit de réduire la richesse et la diversité des formes de vie. (cf. manifeste d’Arne Naess)

 

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culte émotionnel

Les Eglises traditionnelles sont débordées par le renouveau de la galaxie protestante. Les évangélistes et les pentecôtistes atteignent 420 millions de personne alors que ce mouvement a commencé à la fin du XIXe siècle et ne s’est affirmé qu’au milieu du XXe. Ce sont des religions à service rapide, intellectuels s’abstenir ! La Bible seule réunit les fidèles qui n’ont à se soumettre à aucun dogme ni appareil clérical. Ces organisations progressent car elles répondent à la misère et à la précarisation de populations anomiques, elles leur offrent des formes de recomposition communautaire autour d’un dirigeant charismatique. Ces pasteurs angéliques autant qu’autoproclamés, à la fois gourous et chefs d’entreprise, se recrutent parmi les jeunes « entrepreneurs » issus de faubourgs misérables qui trouvent là une manière de s’affirmer. Par des pratiques hyper-archaïques (glossolalie, thaumaturgie, exorcismes) et hyper-modernes (usage pertinent des médias et du registre de la musicalité), ils développent une religiosité en affinité avec la  culture populaire. La prospérité à laquelle aspire la masse des pauvres est construite comme un miracle à accomplir : Dieu assure un métier, guérit de la maladie, garantit contre le malheur, offre la sécurité contre la violence… Dieu est le sauveur suprême et son gourou l’intermédiaire : par ici la monnaie. Cela marche si bien que le poids numérique de ces organisations les pousse maintenant à l’action politique. Pauvre de nous !

 

Alors que la société actuelle est de moins en moins équitable et de moins en moins humaine, ces mouvements de manipulation des foules qui reposent sur la crédulité et la soumission à l’autorité ne laissent rien présager de bon pour l’évolution de notre Terre-mère. Un avenir durable découle du sens de la responsabilité individuelle, l’équilibre de la planète ne peut reposer sur des gens magnétisés par des rapaces aux discours creux qui se remplissent les poches.

 

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Al Gore déçu !

Al Gore croit que l’arche de Noé est une bonne preuve de la défense de la biodiversité puisque deux représentants de toutes les espèces vivantes montent dans un bateau ! Mais dans son livre Urgence planète Terre, Al Gore se présente aussi comme un chrétien tendance baptiste qui considère avec désolation l’action de son Eglise. Il cite un pasteur presbytérien dans les Appalaches: « J’ai vite appris, depuis que j’ai commencé à me battre contre la pratique qui consiste à raser les montagnes pour en extraire le charbon, que la seule défense vis-à-vis des bulldozers des grands conglomérats charbonniers se trouvait dans les communautés pauvres et isolées qui résident dans ces zones perdues et qui leur sont tellement attachées qu’elles combattraient pour cette terre-là. »

 

Al Gore reconnaît même que les critiques des écologistes contre les religions ont gagné du crédit, principalement à cause du silence que la plupart des Eglises observent devant l’évidence croissante d’un holocauste écologique. Autre chose l’inquiète, une préoccupation de l’Evangile social qui deviendrait prépondérante, avec priorité aux besoins des pauvres, des oubliés, des malades, des démunis… L’environnement semble alors un problème bien éloigné des réalités de l’injustice sociale. Leurs impératifs moraux conduisent alors bien des avocats de l’Evangile social à s’opposer vigoureusement à l’apparition de préoccupations concurrentes susceptibles de les détourner de leur mission. Pourtant on sait que ce sont les pauvres qui sont les premiers touchés par un problème écologique.

 

Finalement Al Gore en est réduit à faire les louanges du mouvement Baha’i, fondé en 1863 par Mirza Husayn Ali : « Nous ne pouvons séparer le cœur humain de l’environnement qui nous est extérieur, et dire que tout ira bien dès que l’un deux sera réformé. L’homme est consubstantiel au monde. Sa vie intérieure modèle l’environnement, qui le modèle à son tour. L’un et l’autre interagissent, et tout du changement durable dans la vie de l’homme résulte de ces réactions mutuelles. » Les bahaïstes croient en un Dieu unique, créateur du monde, et suivent sur ces points les religions abrahamiques. Au risque de décevoir Al Gore, ils partagent également la même conception d’une humanité placée par Dieu au sommet de la création. Encore et toujours de l’anthropocentrisme !

 Le présupposé philosophique qui veut que le genre humain soit séparé de la nature, une vision du monde tôt intégrée à la tradition chrétienne et développée par la civilisation thermo-industrielle, est néfaste à l’équilibre de la planète, et donc néfaste aux sociétés humaines. Vive l’écologie profonde !

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Islam dénaturé

Pour cet agrégé d’arabe, premier doyen de la faculté des lettres de Tunis en 1955, « Seul le Coran oblige ». Pour lui, l’Islam est tout à fait compatible avec la démocratie et la modernité, par contre la charia (loi islamique) est une production humaine qui n’a rien à voir avec l’islam. Les musulmans doivent donc se délivrer de ces textes juridiques apparus deux siècles après le Prophète et qui donnent de leur religion une image d’épouvante. Jamais le livre saint n’a recommandé de couper la main des voleurs ou de lapider les femmes adultères. De plus selon M.Talbi la religion ne doit pas être une contrainte, le pape a le droit de donner son opinion sur l’islam, et les  caricaturistes danois ont le droit de brocarder le prophète Mahomet. Michel Houellebecq a donc le droit d’écrire : « La religion la plus con, c’est quand même  l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré. »

 

Mais M.Talbi est bien isolé au sein de l’Islam, le gouvernement tunisien lui a refusé le droit de lancer une revue consacrée à une interprétation moderne de l’islam, on interdit ses livres qui paraissent trop audacieux comme Penseur libre en Islam, une analyse de l’échec de la démocratie dans le monde arabe.

 

           En fait M.Talbi est un vrai laïc qui pense que la religion est une relation personnelle à Dieu, peu importe tout le reste. La Biosphère salue sa prise de position, tous les croyants qui acceptent la libre critique sont des croyants acceptables. Mais M.Talbi ferait quand même mieux de consacrer sa foi et son intelligence à la Terre-mère !

 

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croisade obscurantiste des religions sur l’euthanasie

Depuis l’enfance des religions du livre, on s’en tient toujours au commandement biblique « Tu ne tueras point ». Les juifs partagent donc avec les catholiques et les musulmans l’idée que « le seul qui puisse donner la mort, c’est Dieu ». Pourtant toutes ces religions n’ont jamais lutté avec les objecteurs de conscience contre les guerres et le port des armes, elles se sont même rangées le plus souvent aux côtés des belligérants. Si le 6ème commandement ressurgit dans la déclaration commune de l’archevêque et du grand rabbin de Paris (avril 2007) c’est pour exprimer une opposition très ferme à toute forme d’assistance au suicide et à tout acte d’euthanasie. Même s’ils reconnaissent que l’application d’un traitement pourrait avoir pour effet secondaire d’abréger la vie (loi Léonetti), c’est sous la condition expresse que « l’abrègement de la vie ne soit en aucune façon recherchée ». Pour les protestants aussi, la place donnée aux soins palliatifs (qui n’existaient pas au temps de Moïse et de Jésus-Christ) demeure la priorité. Ce front commun des religions contre l’autonomie délibérative de l’être humain est extrêmement dangereuse.

Il est vrai que depuis Jean Paul II, la papauté se lance dans une croisade obscurantiste. Sous prétexte d’une nature humaine et de la décision divine, l’avortement, la contraception (préservatif compris), l’euthanasie ou la décision d’un malade en phase terminale de ne pas prolonger sa torture devraient être interdits ! Une démocratie qui approuverait de telles lois deviendrait ipso facto illégitime, frappée d’excommunions !! Ridicule.

           Que les Eglises se rangent plutôt aux côtés d’une Biosphère qui nous apporte à la fois la vie et la mort, la naissance et le recyclage, et les affaires humaines s’en porteront mieux.

 

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le purificateur

A l’époque des conquistadors, Bartolomeo de Las Casas (1427-1566) pensait à juste titre qu’un indien païen vivant est toujours préférable à un Indien chrétien mort. Ce n’est pas l’avis du purificateur Benoît 16. Dans son discours lors de la conférence du conseil épiscopal latino-américaines (13 mai), il refait la colonisation à sa façon : « Sans le savoir, les Indiens des cultures précolombiennes cherchaient le Christ dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le sauveur auquel ils aspiraient silencieusement. Avec l’eau du baptême, l’Esprit saint est venu féconder leurs cultures, les purifiant et développant les nombreuses semences que le Verbe incarné avait mises en eux » (…) « L’annonce de Jésus et de son Evangile n’a à aucun moment comporté une aliénation des cultures préhispanique ni n’a constitué l’imposition d’une culture étrangère ».

 Benoît 16 confesse les morts, il croit à la foi qui existe préalablement à tout discours imposé par des prédicateurs sectaires, il oublie la repentance de Jean Paul II en 1992 pour les crimes commis par l’Eglise au nom de l’évangélisation des populations indiennes. Ces propos sont arrogants et irrespectueux, ils nient les mécanismes de domination, ils occultent l’histoire réelle, ce discours est révisionniste. Ce pape au cerveau ramolli par une profonde crédulité s’attaque aussi bien au rationalisme occidental (le matérialisme) qu’à l’Evangile des pauvres (la théologie de la libération), il est contre le préservatif et l’avortement, il est hors du temps démocratique, il est dangereux.

 Quand le corps de Joseph Ratzinger se décomposera sous la terre, la Biosphère marquera enfin sa prééminence sur ce prédicateur fantaisiste. 

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Jésus Ratzinger

Joseph Ratzinger, dit « le pape Benoît 16 », a écrit sur la fin de sa vie (il a eu 80 ans le 16 avril 2007) un monumental ouvrage intitulé « Jésus de Nazareth ». Il élimine d’un trait de plumes la recherche historique et archéologique qui émet des doutes sur l’authenticité des Evangiles, dont on sait pourtant qu’ils ont été écrits plusieurs décennies après l’existence supposée de Jésus par des prosélytes. Pour Ratzinger au contraire, il ne peut y avoir d’incertitude : « Le Jésus des Evangiles est une figure historiquement sensée et convaincante. Elle est plus logique et compréhensible que les reconstructions que nous avons du affronter ces dernières années. La crucifixion ne peut s’expliquer que parce qu’il s’est vraiment produit quelque chose d’extraordinaire. » Ratzinger n’a pas la force mentale de séparer le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi : « Jésus n’est pas un mythe. C’est un homme de chair et de sang, une présence entièrement réelle dans l’histoire… Il est mort et ressuscité d’entre les morts… Là où Dieu est considéré comme quantité négligeable, alors les choses prétendument plus importantes échouent. L’expérience négative du marxisme n’est pas la seule à nous le démontrer ». Ratzinger montre là le bout de son nez, il passe d’un simple acte de foi dans les Ecritures, foi qui ne regarde que lui, à une critique très contemporaine qu’il complète ainsi: « Dans le vide, l’Occident introduit sa mentalité techniciste. Mais on ne peut pas gouverner l’histoire avec de simples structures matérielles. C’est la primauté de dieu qui est ici en jeu. »

 Dans un sursaut d’obscurantisme, Ratzinger en vient donc à considérer la lutte des classes et le matérialisme comme des ennemis qui lanceraient des défis à l’autorité du Christ. Mais notre seule certitude est bien matérielle, elle insère nos relations dans la véritable infrastructure qui supporte notre existence humaine, à savoir les ressources naturelles de la Biosphère. Les écrits de Joseph Ratzinger ne peuvent permettre d’améliorer notre rapport avec la Nature alors même que la société thermo-industrielle détériore nos conditions d’existence. Quelle que soit notre religion ou notre agnosticisme, notre planète est constituée d’atomes et de biodiversité, elle nous précède et elle nous succédera, un peu de modestie Jésus de Ratzinger ! 

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culte de Gaïa

Les fondateurs des grandes religions vivaient en un temps où les hommes, par leur nombre et par leur mode de vie, ne constituaient pas un fardeau pour la Terre ; l’homme était donc au centre de leurs préoccupations. Mère Térésa déclarait même en 1988 : « Pourquoi nous soucier de la Terre ? Nous devons nous occuper des pauvres et des malades. Dieu prendra soin de la Terre. »

 

En vérité la foi en dieu, la confiance dans notre technique ou notre engagement en faveur du développement durable passe à côté d’une réalité : notre dépendance. Si nous ne prenons pas soin de la Terre, elle le fera elle-même en nous rendant indésirables. Les croyants feraient bien de porter un regard neuf sur notre demeure terrestre et y voir un lieu saint, partie intégrante de la Création, mais que nous avons désacralisé. Maintenant que nous sommes plus de six milliards d’individus affamés ou avides, aspirant au style de vie des pays développés, c’est-à-dire à la vie urbaine, nous empiétons de plus en plus sur le domaine de la Terre vivante. Puisque le seuil fatidique du réchauffement climatique a bien été franchi, peut-être devons-nous prêter une oreille attentive aux « écologistes profonds » comme Arne Naess et les laisser nous guider. Ils s’efforcent de vivre en harmonie avec Gaïa et de montrer l’exemple, un peu comme les saints qui, par leur discipline, témoignent de leur foi. Nous pourrions, si nous le voulions, faire de Gaïa une croyance instinctive, en familiarisant nos enfants avec la nature, en leur expliquant son fonctionnement et en leur montrant qu’ils font partie d’elle. L’esprit d’un enfant est si malléable qu’il peut être conditionné à s’enthousiasmer pour quelque chose d’aussi insignifiant qu’une équipe de football. A plus forte raison si on lui inculque dès l’enfance la recherche de l’harmonie entre lui et la Nature.

 

Les religions du livre ne nous ont pas donnés de règles et de conseils pour vivre en harmonie avec Gaïa. Les concepts humanistes de développement durable, de gestion et d’intendance, propres aux sociétés chrétiennes, sont entachés d’orgueil. Nous ne sommes pas plus qualifiés pour gérer la Terre que des chèvres pour jardiner. Peut-être les chrétiens ont-ils besoin qu’un nouveau sermon sur la Montagne définisse de nouvelles contraintes, indispensables pour vivre en bonne entente avec la Terre, et énonce les règles pour y parvenir. Les nouveaux croyants assimileraient la Terre à la Création divine, et sa profanation les tourmenterait. Je souhaite que les humanistes admettent enfin que les droits de l’homme et ses besoins ne sont pas tout.

Texte recomposé à partir du livre La revanche de Gaïa de James Lovelock (Flammarion 2007)

 

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Tiers-absents !

Le suffrage universel est un conquête récente qui s’est progressivement élargi à de multiples acteurs, ce qui a permis d’approfondir la démocratie. Au début, il s’agissait d’un corps électoral restreint par le suffrage censitaire à 246 000 hommes. Après une première tentative avortée en 1793, la France a été le premier pays du monde à adopter le suffrage universel et direct en 1848 : brutalement les votants sont devenus 9 millions, mais il ne s’agissait que des hommes, alphabétisés ou non ; les femmes, les militaires et les colonisés étaient encore exclus. Il faudra attendre 1944 pour que l’universalité s’étende aux femmes, 1945 pour que les miliaires deviennent électeurs ou éligibles et 1956 pour la reconnaissance d’une citoyenneté de plein droit aux indigènes des colonies françaises.

 

On pourrait aller encore plus loin. Ce serait élargir l’universalité bien plus fondamentalement que le droit de vote à 18 ans si on pouvait inclure dans la participation électorale les générations futures. De plus il y a des entités qui ne sont jamais invitées lors des palabres humaines, les êtres vivants non humains, le milieu naturel. Ce n’est pas une procédure véritablement démocratique que de décider sans eux, les acteurs absents, les tiers-absents, de ce qui les intéresse au premier chef. Une telle délibération, sans élargir sa pensée dans l’espace et dans le temps ne peut qu’entraîner de mauvaises décisions.

 

Tu n’es jamais unique, tu es aussi les autres nés et à naître, tu es accompagné des petites bactéries et des grands mammifères, tu n’es que partie de la Biosphère, tes décisions sont contraintes. Un jour notre bulletin de vote ira à un candidat aux élections qui prendra en compte l’existence des tiers-absents. Ce jour-là, la démocratie aura fait un pas de géant, au delà de son anthropocentrisme ordinaire. 

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révolu-techno

Il semble que pendant les prochaines décennies le système techno-industriel subira des tensions sévères en raison des problèmes économiques et environnementaux ainsi qu’en raison des problèmes de comportement humain (aliénation, rébellion, hostilité, diverses difficultés sociales et psychologiques). Nous espérons que les tensions par lesquelles le système va probablement passer causeront son effondrement, ou au moins l’affaibliront suffisamment pour qu’une révolution se produise et soit couronnée de succès. Les gens ont tendance à supposer que, parce qu’une révolution implique un changement beaucoup plus grand qu’une réforme, elle est plus difficile à provoquer que la réforme. En réalité, dans certaines circonstances une révolution est beaucoup plus facile qu’une réforme. La raison en est qu’un mouvement révolutionnaire peut inspirer une intensité d’engagement qu’un mouvement de réforme ne peut pas inspirer. Un mouvement de réforme offre simplement de résoudre un problème social particulier. Un mouvement révolutionnaire offre de résoudre tous les problèmes d’un coup et de créer un monde entièrement nouveau; il fournit une sorte d’idéal pour lequel les gens prendront de grands risques et feront de grands sacrifices. Pour ces raisons il serait beaucoup plus facile de renverser le système technologique en entier que de mettre des contraintes efficaces et permanentes sur le développement d’applications de n’importe quel segment de la technologie.

 

Les écologistes radicaux tiennent déjà une idéologie qui glorifie la nature et s’oppose à la technologie. L’idéal positif est la Nature, c’est-à-dire la nature sauvage , ces aspects du fonctionnement de la Terre et de ses êtres vivants qui sont indépendants de la gestion humaine et libres d’interférence humaine. La Nature s’occupe d’elle même, c’est une création spontanée qui a existé longtemps avant toute société humaine et pendant des siècles innombrables. Pour soulager la pression sur la Nature, il n’est pas nécessaire de créer un type spécial de système social, il est seulement nécessaire de se débarrasser de la société industrielle. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski) 

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nécessaire révolution

La Révolution Industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Elle a énormément augmenté l’espérance de vie de ceux d’entre nous qui vivons dans des pays « avancés », mais elle a complètement déstabilisé la société, a rendu la vie peu satisfaisante, a soumis les êtres humains à des indignités, a conduit à des souffrances psychologiques généralisées (à des souffrances physiques aussi dans le Tiers-Monde) et a infligé des dégâts sévères au monde naturel. La poursuite du développement de la technologie ne pourra qu’empirer la situation. Elle soumettra les êtres humains à des indignités plus grandes et infligera des dégâts plus grands au monde naturel, elle mènera probablement à une rupture sociale et des souffrances psychologiques plus grandes et elle peut mener à plus de souffrances physiques, même dans les pays « avancés ». Il se peut que le système techno-industriel survive ou qu’il s’écroule. S’il survit, il peut finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique, mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse d’ajustement et seulement au prix d’avoir réduit de manière permanente les êtres humains et beaucoup d’autres organismes vivants en produits manufacturés et en simples rouages de la machine sociale. Si le système s’écroule les conséquences seront également très douloureuses.

 Plus gros le système devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s’il doit s’écrouler, il vaut mieux qu’il s’écroule plus tôt que plus tard. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence ; elle peut être brutale ou résulter d’un processus relativement graduel s’étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de cela. Mais ce ne doit pas être une révolution politique. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski)

the best of Al Gore

Nous avons radicalement changé la relation entre l’Homme et la Terre. D’ici 45 ans, nous allons passer de 6 à 8 milliards d’individus. Précédemment, il a fallu 10 000 générations pour atteindre une population humaine de 2 milliards. De plus la puissance des nouvelles technologies a démultiplié l’impact que chaque individu peut avoir sur le monde naturel. Troisièmement, notre concentration obsessionnelle sur la pensée à court terme (individus, marchés, agendas politiques) nous a menés à exclure systématiquement de nos décisions la considération des conséquences à long terme de nos actes. Les résultats sont dévastateurs, ce n’est plus une relation entre notre espèce et la Biosphère, c’est une collision. Nous, habitants du monde industrialisé, disposons maintenant de la capacité à protéger la majorité d’entre nous des maladies, de la famine et des migrations forcées. Mais nous nous protégeons en brûlant toujours plus de combustibles fossiles, et en produisant davantage de gaz carbonique. Tandis que nous poursuivons notre expansion dans toutes les niches écologiques concevables, la fragilité de notre propre civilisation devient tous les jours plus manifeste.

 Ainsi parle Al Gore dans son livre Urgence planète Terre. Il conserve la conviction qu’il faut faire de la sauvegarde de l’environnement l’épine dorsale de notre civilisation. Cela signifie « s’engager dans un effort pour que chaque décision et chaque traité, chaque loi et chaque institution, chaque tactique et chaque stratégie, en un mot tous les moyens soient employés pour sauvegarder et préserver notre système écologique ». La Biosphère applaudit de ses mains innombrables. Le problème, c’est que les êtres humains sont à la fois leurs propres ennemis, et en même temps leurs seuls alliés.

Marx productiviste

La libération des forces productives se confond avec la libération de l’homme : est-là un mot d’ordre révolutionnaire ou celui de l’économie politique elle-même ? Les deux, sans aucun doute ! Personne n’a douté de cette « évidence », surtout  par Marx pour qui « le premier acte par lequel les hommes se distinguent des animaux n’est pas qu’ils pensent, mais qu’ils se mettent à produire leurs moyens d’existence ». Marx fit sans doute une critique radicale de l’économie politique, mais il la fait toujours dans la forme de l’économie politique : la pensée critique du mode de production ne touche pas au principe de la production. En sous-entendant l’axiome de l’économique, la critique marxiste déchiffre peut-être le fonctionnement du système de l’économie politique, mais elle travaille du même coup à le reproduire comme modèle. Il n’est rien qui ne soit produit selon un travail, c’est la vérité du capital et de l’économie politique qui est tout entière reprise à son compte par la révolution communiste. Ce n’est que dans le miroir de la production et de l’histoire, sous le double principe d’accumulation indéfinie (la production) et de continuité dialectique (l’histoire), ce n’est que par l’arbitraire de ce code que notre culture occidentale peut se réfléchir comme moment privilégié de la vérité (la science) ou de la révolution (le matérialisme historique). Par rapport à la situation créée par l’industrialisation massive, la discipline concentrationnaire, le dressage horaire de générations d’artisans et de paysans depuis le début du XIXe siècle, par rapport à la situation de déstructuration et de révolte ainsi créée, la théorie marxiste et l’organisation ouvrière ont accompli un certain type d’élaboration secondaire : valorisation du travail comme source de richesse sociale, valorisation du procès de développement rationnel des forces productives, ce procès étant confondu avec le projet révolutionnaire. Le respect de la machine, la sauvegarde de l’instrument du travail, impliquant l’appropriation future des moyens de production, institue la classe ouvrière dans une vocation productiviste qui relaie la vocation historique de la bourgeoisie. Sous couvert de matérialisme historique, c’est l’idéalisme de la production qui finit par donner une définition positive à la classe révolutionnaire. (in Jean Baudrillard, le miroir de la production -1973)

 Les marxistes deviennent ainsi les alliés objectifs du capitalisme industriel. La radicalité de la révolte impliquait autre chose qu’une dialectique des forces, autre chose que l’idée de plus-value et l’exploitation de la force de travail. Il fallait l’irruption d’une différence radicale, l’écologie profonde est donc la philosophie qui pourrait correspondre aux vœux de Baudrillard.

morceaux choisis

Nicolas Hulot (Le Monde du 5 mai 2007) : Pour moi, l’enjeu écologique, c’est-à-dire le choix d’avenir que l’humanité doit faire si elle veut encore s’épanouir dans un monde vivable, se situe politiquement au-delà du champ traditionnel de l’affrontement droite-gauche. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy présentent deux projets de société, mais ils présentent le même objectif : intensifier la croissance des productions, des consommations et de ses déplacements sans s’interroger sur leur contenu. Or la mutation écologique est incompatible avec cette approche quantitative. L’ardente nécessité de préserver les équilibres et les ressources naturelles nous contraint à imaginer d’autres façons de produire, de consommer, de se nourrir, de se déplacer, de se loger, de travailler, de commercer, d’innover technologiquement, de comptabiliser la richesse.

Bruno Latour (Le Monde du 5 mai 2007) : Jusqu’ici la radicalité en politique voulait dire qu’on allait révolutionner, renverser le système économique. Or la crise écologique nous oblige à une transformation si profonde qu’elle fait pâlir par comparaison tous les rêves de « changer de société ». La prise du pouvoir est une fioriture à côté de la modification radicale de notre « train de vie ». Ceux que j’appelle les ayatollahs du Wall Street Journal sont aussi démunis que les marxistes de gauche devant l’ampleur des transformations qu’il va falloir faire subir à la totalité des commensaux de la planète. Il s’agit de transformer minutieusement chaque mode de vie, chaque rivière, chaque maison, chaque moyen de transport, chaque produit, chaque entreprise, chaque marché, chaque geste.. J’ai l’impression que l’époque demande des modifications de l’intellect qui dépassent de très loin les pâles utopies de nos éminents prédécesseurs.

Edgar Morin (Le Monde2, 5 mai 2007) : Aujourd’hui on progresse tous les jours. Nos portables progressent, nos voitures progressent…mais ils le font hors de tout projet. Ils progressent parce que ceux qui les fabriquent sont condamnés à progresser ou à disparaître : dans l’univers mondialisé et concurrentiel, la question de la finalité s’est complètement obscurcie. Les adultes s’intéressent à leurs enfants, mais de manière individualisée. Le souci du futur existe pour les siens, mais il se volatilise lorsqu’il s’agit de la collectivité, des générations futures. Les politiques ne font rien pour nous inciter à penser au futur, à penser le futur. Dénoncer comme le fait l’extrême gauche (nos vies valent mieux que leurs profits) est stérile si on est incapable d’énoncer. J’ai rencontré des altermondialistes au forum social de Porto Alegre en 2004. Leurs analyses étaient souvent délirantes, sauf sur le constat général : le monde nous échappe. L’altermondialisme n’accède pas à l’idée de Terre-patrie.

Luc Ferry (en écho à E.Morin, même numéro) : le seul ressort sur lequel on peut s’appuyer, c’est le rapport aux générations futures. C’est le seul qui puisse aider à faire comprendre qu’il y a du sens à entreprendre des sacrifices.

 Du point de vue de la Biosphère, nous avons là l’essentiel, l’idée de Terre-patrie : une seule patrie, plus de nationalismes, une pensée tournée vers la Terre-mère dans laquelle nous devons reconnaître que nous avons fait un peu n’importe quoi… Donc nous allons nous tourner vers le sacrifice, voulu ou subi !

élection/révolution

Souvent les lendemains d’élection déchantent. En effet on ne vote pas pour des idées, mais pour une personne qui une fois élue en fera selon sa libre inspiration : adieu le programme, bonjour le pragmatisme ! Ainsi en 1995 le présidentiable français Jacques Chirac avait bâti toute sa stratégie de persuasion des électeurs sur la fracture sociale et le besoin de solidarité, une fois élu il s’est comme par hasard aperçu qu’il y avait une telle fracture financière qu’il fallait mettre les restrictions à l’ordre du jour. Pourtant on a parfois des surprises agréables. Le présidentiable Nicolas Sarkozy avait un discours environnementaliste réduit à la portion congrue, il parlait plutôt de croissance et d’identité nationale. Une fois élu président de la France, il met Alain Juppé en charge de l’écologie et le dote du titre de ministre d’Etat, le seul du gouvernement. Alain Juppé, numéro 2 du gouvernement, obtient aussi un périmètre ministériel considérablement élargi, énergie, transports, aménagement du territoire… Enfin A.Juppé présente un profil très différent de ses prédécesseurs  à l’écologie : il a un poids politique fort, il n’ignore rien des enjeux internationaux, du fonctionnement de l’Etat et des rapports de force politiques. La lutte contre le réchauffement climatique va-t-elle devenir une priorité ? Le doute s’installe, c’est quand même la droite qui est au pouvoir, soutenue par Bolloré et autres financiers !

 

La révélation écologique de Juppé au Canada ne peut certainement pas lui permettre de comprendre les textes de Théodore Kaczynski. Il ne pensera que fugacement aux tiers-absents (les générations futures, mais aussi les autres espèces de la Biosphère). La sauvegarde de la biodiversité restera un discours, un tel gouvernement est d’abord là pour satisfaire les lobbies…

 

Mais la gauche ferait-elle mieux ?