biosphere

l’indécence du luxe

LeMonde devient une vitrine permanente pour le luxe. Ainsi, aujourd’hui 14 novembre, les références de la gastronomie, les accessoires décoratifs pour les lieux d’aisance, le festival des meilleurs vins (çà, c’est une pub), mais cette fois pas de  dithyrambe sur les berlines. Par contre, trois articles sur ¾ de pages pour le secteur  du luxe qui « pourrait entrer en récession en 2009 ». J’en pleure déjà ! Le début du premier article a un sanglot dans la voix : « Même le luxe, que l’on pensait épargné par les aléas économiques, va pâtir de la crise mondiale ».

Pas un mot critique des journalistes sur la fonction immorale du luxe qui établit comme un fait acquis les inégalités de consommation. Tout au contraire, on détaille les baisses de chiffres d’affaires des différents pilleurs de la planète. Gucci ou Louis Vuitton connaîtraient une croissance de 3 % et non plus de 9 % comme en 2007. Qu’attend Sarko pour les subventionner ? Le style journalistique est puant de stupre. Les marques sont achetées pour les styles de vie qu’elles représentent, les seules qui devraient tirer leur épingle du jeu sont de super haut de gamme, l’élitisme devrait attirer les acheteurs les plus fortunés, les riches acheteurs sentiront-ils moins bons, dépenses des super riches (à la tête d’un actif net supérieur au million de dollars), etc. Le comble, c’est qu’il est bien indiqué à plusieurs reprises que les marques de luxe guignent les marché émergents, y compris la Mongolie ! La connerie doit se mondialiser.

Pourtant nous devrions savoir que le luxe est un processus de différenciation/imitation qui alimente la croissance pour la croissance et nous projette contre un mur. Autrefois le luxe, par exemple pour Charlie Chaplin enfant, c’était de recevoir une orange en cadeau de Noël. Jamais nous n’aurions du aller au-delà.

l’insurrection qui vient

Dix personnes soupçonnées d’avoir saboté des  caténaires SNCF sont en garde à vue. Quelles seraient les motivations de ces terroristes ? Dans un livre, L’insurrection qui vient, il s’agirait de « tout bloquer, voilà désormais le premier réflexe de tout ce qui se dresse… Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ». Tels seraient les moyens à utiliser, mais je ne vois pas l’objectif, à quoi sert-il de bloquer pour bloquer ? Cela se fait déjà, grève des pilotes d’avion un jour, des agents SNCF un autre jour, et les enseignants, etc. Les grévistes se croient dans leur bon droit de défense des acquis sociaux, mais quel but poursuivent les apprentis terroristes ? J’ai une réponse historique à leur fournir, bloquer le système, casser des machines, c’est le but des luddites.

Sale Kirkpatrick, dans La révolte luddite, briseurs de machine à l’ère de l’industrialisation, donnait quelques pistes de réflexion : « Comme l’anticipait le panneau surplombant les portes de l’Exposition universelle de Chicago en 1933, la science explore, la technologie exécute, l’Homme se conforme. Personne n’a voté pour ces technologies. Il semble même que les décisions qui concernent les hommes soient prises de plus en plus en fonction de la technologie, et non le contraire (…) La vie humaine est de moins en moins liée aux autres espèces, aux systèmes naturels, aux conditions saisonnières et locales. A revers, elle est de plus en plus rivée à la technosphère, aux milieux artificiels, aux conditions et aux protocoles industriels, et même aux formes de vie crées par l’homme (…) Les luddites (les objecteurs de croissance) ne sont pas opposés à toutes les machines, mais à toutes les machines préjudiciables à la communauté, comme le dit une lettre de mars 1812. »  

Dans ce contexte défini par les luddites début XIXe siècle, il me parait aujourd’hui toujours souhaitable de résister à l’emprise technologique. Ce n’est pas de transports à grande vitesse dont on a besoin, mais de moyens de cultiver les liens de proximité pour une société conviviale et respectueuse de la nature. Je comprends ceux qui s’enchaînent sur des voies ferrées pour bloquer un convoi chargé de substances nucléaires, je conçois qu’un jour ou l’autre des militants bloqueront des LGV ou des autoroutes. Le sabotage par la non-violence serait une arme de destruction massive si elle était utilisée à bon escient dans un pays démocratique. Mais il faut le faire à visage découvert car ce qui importe, c’est le fait de sensibiliser la population.

développement de l’impuissance

Mon quotidien préféré est souvent critiquable pour avoir laissé passer sans les critiquer des informations sur des mecs qui n’en valent pas la peine. Mais parfois je peux lire la perle rare, le point de vue auquel j’applaudis avec les innombrables mains de la Biosphère. Ainsi du glaciologue Claude Lorius qui en appelle à un « sursaut de l’homme » (LeMonde du 12 novembre). Extraits :

            « On prévoit d’ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans pour passer de l’âge glaciaire à l’holocène. La liste des impacts est impressionnante parce que tout est interdépendant. C’est sûr, nous aurons des catastrophes, des cataclysmes, des guerres, des inondations, des sécheresses, des famines. Mais l’impact humain ne concerne pas seulement le climat. L’occupation des sols, l’utilisation des ressources, la gestion de nos déchets sont autant d’agressions à la planète qui relèvent de l’homme et le menacent.             Au XXe siècle, alors que la population était multipliée par quatre, la consommation d’énergie était multipliée par quarante. La courbe de la consommation d’énergie n’a aucune raison de plonger, je ne vois pas comment on va s’en sortir. La moindre velléité de mettre une taxe sur les 4×4 rend les politiques fébriles de devenir impopulaires… et ce n’est pas en habillant Total en vert qu’on va changer quoi que ce soit. Le développement durable est une notion à laquelle je ne crois plus. On ne peut plus maîtriser le  développement. Et pour être durable, il faudrait être à l’état d’équilibre, or cet équilibre n’existe pas. C’est un terme trompeur. Avant, j’étais alarmé mais j’étais optimiste. Je pensais que les économistes, les politiques, les citoyens pouvaient changer les choses. Aujourd’hui je ne le suis plus… sauf à espérer un sursaut inattendu de l’homme. »

Et dire que le Parti socialiste français a gravé dans le marbre de sa Déclaration de principes les mots de « développement durable », et même celui de croissance économique ! La Biosphère ne sera pas sauvée par le PS maintenant que la motion B (social-écolo) a pris une veste au dernier vote des militants : 1,58 %, pas beaucoup plus que l’écologiste René Dumont aux présidentielles de 1974 !!

la Chine, croissanciste

            Le capital naturel se dégrade et notre planète a besoin de moins d’activités humaines. Mais économistes et politiques s’acharnent à vouloir relancer l’économie. Hier c’était Obama qui voulait sauver l’automobile, aujourd’hui c’est la Chine qui s’inquiète d’un taux de croissance jugé insuffisant. Car un taux de croissance de 9 % ne suffirait pas à assurer la stabilité politique et à calmer les manifestations populaires contre l’inflation. Alors on adopte un plan de relance de 455 milliards d’euros (4000 milliards de yuans) avec déficit budgétaire et baisse des taux d’intérêt. On en revient aux vieilles méthodes keynésiennes qui, comme l’histoire nous l’a appris, sont durablement inflationniste. D’où les manifestations populaires contre l’inflation qui vont reprendre de plus belle.

Capitalistes ou communistes, je ne vois plus de différence en matière économique. Les conservateurs qui nous dirigent, c’est-à-dire tous ceux qui n’ont pas le sens des limites, en restent à la croissance économique comme solution à tous les problèmes qui rongent nos sociétés. Pourtant dans le cas de la Chine, sa transformation en pays-atelier du monde est déjà un fiasco. L’exode rural massif s’accompagne de l’exploitation des travailleurs, le libre-échange généralisé importe les pollutions dont les pays riches ne veulent plus, la pression sur les ressources naturelles accentue la raréfaction et entraîne la hausse des prix, les déséquilibres entre les territoires se multiplient. Imiter le modèle de développement occidental est un mauvais plan pour un pays émergent.

Seule la simplicité volontaire est grande, tout le reste est faiblesse…

Obama, croissanciste

            Le capital naturel se dégrade et notre planète a besoin de moins d’activités humaines. Mais économistes, politiques et médias s’acharnent à vouloir relancer l’économie. Même pas encore rentré officiellement en fonction, le nouveau président des Etats-Unis envisage déjà d’agir pour l’emploi. Barack estime insupportable un taux de chômage de 6,6 %, un taux modéré comparé au chômage français, un taux minuscule comparé à des pays du Tiers-monde. Face à cette « urgence », la stratégie de relance devrait privilégier le secteur automobile. Le gouverneur de l’Etat-voiture (le Michigan) a  gagné, le fordisme a gagné, il faut sauver l’automobile en octroyant 25 milliards de dollars à taux préférentiel (LeMonde du 9-10 novembre).           

Démocrates et républicains, je ne vois plus de différence en matière économique. Les conservateurs qui nous dirigent,  tous ceux qui n’ont pas le sens des limites, en restent à l’auto comme colonne vertébrale de l’industrie. Comme disait une maman républicaine avant l’élection, il faut pour ses enfants un avenir positif, avec deux automobiles et deux garages, la grosse maison qui va avec et le chien. Mais seule la décroissance est positive pour les pays d’obèses qui consomment trop et ne partagent rien.

Crichton est mort, enfin !

 Michael Crichton est mort, LeMonde du 8 novembre lui consacre deux-tiers de page. Est-ce mérité ? OUI si on en croit la vox populi mesurée par le nombre d’exemplaires vendus de ses romans comme Jurassik Park. NON si on possède un tant soit peu de rigueur intellectuelle et morale. Analysons son avant-dernier roman State of Fear (Etat d’urgence) publié en 2005.

Crichton y déblatérait à propos du changement climatique. Comme Bush junior, il pensait que le protocole de Kyoto était un mauvais choix parce que « personne ne peut en respecter les paramètres ». Mais surtout ne dites-pas de Crichton qu’il a écrit son livre pour soutenir la politique que Bush. Il n’a fait qu’obéir à une simple suggestion d’amis biologistes qu’il n’avait pas vu depuis trente ans. Grâce à eux, il s’est convaincu de sa lâcheté « à ne pas dire sa vérité ». Sa conclusion implicite : pas la peine d’agir contre l’effet de serre !!! Crichton se contentait de ce diagnostic fantaisiste :  « Si l’activité humaine n’était responsable que d’un degré de plus, faudrait-il que la planète entière renonce, dès demain, au pétrole et au charbon ? ». Il est vrai que Bush junior, celui dont l’histoire dira qu’il a mené une politique criminelle, l’a complètement conforté dans son analyse : « Nous sommes d’accord, les rapports des scientifiques ne sont pas toujours très solides. Mais comment en convaincre les gens ? » Ces deux lascars se voulaient donc beaucoup plus fort que les centaines de scientifiques qui ont participé au GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat). La communauté scientifique converge pour annoncer un réchauffement moyen de la planète compris entre 1,5 et 4° d’ici 2100, Crichton se moque : « Si un gouvernement osait publier des projections budgétaires pour le siècle à venir, tout le monde rigolerait ».

Contre cette accumulation d’inepties, LeMonde se contente de cette phrase neutre : « Crichton conteste l’existence du réchauffement climatique avec force courbes et graphiques ». Encore une fois LeMonde a failli à son devoir de formation des lecteurs. Ce n’est pas parce qu’une personne est morte qu’elle doit échapper à la critique.

encyclopédie des nuisances

Nous avons envoyé nos chroniques à l’encyclopédie des nuisances. Nous avons reçu cette réponse de Jaime Semprun : « Nous ne pensons pas du tout que le journal Le Monde – qu’il nous arrive aussi de lire pour les quelques informations qui peuvent s’y rencontrer mais surtout en tant que document sur la servilité intellectuelle – mérite le genre d’analyse détaillée que vous donnez. D’autant que vous la formulez d’un point de vue (disons « décroissant ») que nous trouvons largement insuffisant. »

On nous rend donc notre manuscrit en joignant aimablement un livre que nous avons déjà lu Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable. Il est vrai que dans ce livre, on condamne aussi bien la pensée dominante que les objecteurs de croissance : « On serait tenté de  n’accorder qu’une intelligence fort médiocre à Serge Latouche (…) Le fatum thermodynamique soulage heureusement du choix de l’itinéraire à emprunter (…) D’ailleurs les représentations catastrophistes massivement diffusées ne sont pas conçues pour faire renoncer à notre mode de vie si enviable, mais pour faire accepter les restrictions et aménagements techniques qui permettront de le perpétuer. » 

Il est vrai que nous n’allons pas très loin dans nos critiques, je me contente par exemple aujourd’hui de dire que LeMonde du  7 novembre ne nous a absolument rien apporté, sauf pour essayer de nous démontrer par A + B qu’il fallait absolument acheter un portable : « Les téléphones mobiles deviennent des consoles de jeux, sous-titré L’arrivée des nouveaux terminaux séduit un nombre croissant de joueurs ». D’un côté le livre d’excommunications de René Riesel et Jaime Semprun,  de l’autre les délires consuméristes du Monde. Ma planète est mal partie !

saumons socialistes

Six motions sont en concurrence pour le vote préparatoire au Congrès du Parti socialiste ce soir 6 novembre. Trois motions n’ont aucune cohérence idéologique, elles sont portées par un leader rejoint par quelques saumons qui ont sauté de courant en courant pour chercher à frayer au mieux. La motion Delanoë a été en effet rejointe par Hollande, la motion Ségolène s’appuie dorénavant sur Collomb, la motion Aubry est liée à Fabius. Julien Dray était avec Hollande, il est passé chez Ségolène, Moscovici a cherché jusqu’au dernier moment son ultime frayère. Un militant bien constitué ne va donc pas voter pour ce sac de poissons plus ou moins gros, il s’agit d’un Congrès d’orientation, le vote pour le premier secrétaire n’aura lieu que le 20 novembre. Le militant va donc plutôt déterminer un objectif  pour son parti, la motion B du pôle écologique, la motion C plus-à-gauche ou la motion F pour un socialisme utopique. Mais la démocratie socialiste est ainsi faite que les motions des poissons vont accueillir le plus gros des votes, disons à vu de nez 80 %.

             Il est vrai que la présentation médiatique de ce vote d’orientation est biaisé. LeMonde du 6 novembre accorde les 9 dixièmes de son analyse au trio Delanoë, Ségolène, Aubry,  et quelques lignes à la motion C qui est portée par la vague du tsunami financier. Rien pour l’écologie et l’utopie. LeMonde n’a pas d’idées, il se contente de relater une guerre de leadership, il conforte la tendance des militants à se cacher derrière un représentant illustre. Le dessin joint à l’article donne la conclusion : la fusée socialiste zigzag et une voix sort du cockpit : « J’ai peur que ça devienne ingouvernable ». Les médias font tout pour que le PS devienne ingouvernable, pour que la France devienne ingouvernable, pour que le monde devienne ingouvernable. Car un média pédagogue ne parlerait pas des hommes, il parlerait des idées…

Yes, we can !

Barack Obama a été élu le 4 novembre, faut attendre les actes. Mais je décrypte aussi ce résultat au travers de la collecte de fonds de la campagne électorale qui a atteint un niveau record (LeMonde du 5.11.2008) : 639 millions de dollars pour Barack contre 360 pour John McCain. Plus grave, les dépenses en publicité de Barack ont atteint 190 millions de dollars contre seulement 75 millions pour John. Les Américains considèrent que soutenir financièrement un candidat est une des formes de la démocratie, je pense au contraire que l’argent fausse le recours à la pensée citoyenne.

Nous n’avons pas normalement besoin de financer des pub pour une personne extérieure à nous-même, le cheminement du choix doit se faire en son for intérieur. La citoyenneté est la qualité d’humains qui pensent qu’ils sont d’abord régis par eux-mêmes alors que la politique-spectacle extériorise le pouvoir. Je trouve très bizarre aux USA une campagne électorale interminable où chacun plante dans son jardin un panneau pour donner son intention de vote sans que cela n’amène la moindre avancée de la pensée politique. Je trouve très choquant cet acharnement à convaincre l’autre au nom de la religion ou de présupposés. Je trouve abominable ces meetings où on se rassemble pour faire foule et réciter des slogans.  Je trouve que la démocratie est à son plus bas niveau quand toute une société veut être menée par un pouvoir charismatique qui repose sur une personnalité qu’on trouve extraordinaire.

 L’élection américaine me fait penser au processus de vote des motions dans le parti socialiste français. On prépare normalement un Congrès d’orientation avec des motions qui présentent des idées. On se retrouve dans un vote militant qui essaye de déterminer quel est le leader qui sera le plus représentatif du Parti. L’idéologie qui mobilise les masses est l’absence d’idéologie. Il suffit de véhiculer quelques symboles le plus simple possible simple, accessible à l’individu, si modeste que soit son bagage culturel. La simplicité est une composante nécessaire de la propagation d’une bonne image du leader. Barack Obama fait répéter en boucle « Yes, we can », Ségolène Royal « Fra-ter-ni-té ». Nous n’en sommes pas encore au « Heil Hitler », mais le processus est le même. Avec un tel type de démocratie-spectacle, je ne crois pas que les humains pourront répondre à la question écologique qui demande à la fois réflexion personnelle et action individuelle.

LeMonde, croissanciste

En première page un titre : « L’Elysée confronté au risque de croissance zéro » (LeMonde du 4 novembre). Pourquoi donc la croissance zéro serait-elle un risque ? Le rapport du Club de Rome estimait en 1972 qu’il fallait tendre à la croissance zéro pour ne pas dépasser les limites de la planète. Depuis cette époque, on  n’a pas voulu freiner l’activité économique et nous sommes à peu près à 30 % au-dessus des possibilités de la planète, c’est-à-dire que nous puisons dans le  capital naturel, nous brûlons nos meubles de famille.

            LeMonde estime aussi qu’une croissance économique comprise entre 0,1 et 0,2 % en 2009 dans l’UE est « un chiffre mauvais ». Pourquoi la stabilisation de l’activité économique ne serait-elle pas le moyen de repenser notre manière de produire et partager les richesses au lieu de se lamenter sur une variation du PIB qui n’est que leurre statistique puisqu’on ajoute ce qui devrait être retranché (par exemple, plus on lutte contre la pollution entraînée par la croissance du PIB, plus le PIB augmente).           

Mon quotidien préféré continue le bourrage de crâne : « Ces sombres prévisions… ». LeMonde est donc croissanciste alors que ce n’est pas le tsunami financier qui menace l’économie, mais les krachs écologiques. Si le baril de pétrole était aujourd’hui à 300 dollars comme il devrait être, les croissancistes auraient beaucoup moins de choses à affirmer, comme d’ailleurs en témoigne aujourd’hui le silence assourdissant de tous les commentateurs du Monde et d’ailleurs qui célébraient la nécessaire flexibilité des marchés financiers. Notre planète œuvre continûment pour rappeler aux humains que nous dépendons du capital naturel, bien plus que du capital financier. Mais les croissancistes ne le savent pas encore. Le Monde devrait faire beaucoup plus attention à ses jugements de valeur sur le niveau de croissance.

sépulture propre et verte

Près d’un tiers des Français choisissent de se faire incinérer (LeMonde du 2-3 novembre). Passons sur le fait que les sénateurs désirent encadrer la destination des cendres. La libre-disposition par une famille de la mémoire de sa filiation n’a pas l’heure de leur plaire. Le libéralisme démocratique a aussi ses contradictions ! La crémation est choisie par 24 % des personnes pour des « préoccupations écologiques ». Mon quotidien préféré n’explicite pas cette motivation, dommage. Il me faut donc compléter par moi-même.

Dans toutes les cultures, le passage de la vie à la mort est assumé par un rite pour donner au trépas une dimension collective et assurer ainsi le travail de deuil des survivants. En France la loi de 1887 instituait la liberté de choix des funérailles, enterrement civil ou religieux, inhumation ou crémation. Depuis 1948 au Japon, la crémation est obligatoire en zone urbaine pour ne pas laisser l’espace de plus en plus rare envahi par les cimetières. De son côté le pouvoir chinois s’emploie à empêcher les sépultures en pleine terre dans les campagnes : dans un pays habité par le cinquième de la population mondiale, mais où 7 % seulement des terres sont arables, l’éparpillement des tombes pose en effet un problème d’occupation des sols. Si on a même proposé des cercueils en papier pour épargner les terres boisées, on peut aller encore plus loin dans le sens du recyclage programmé par la Nature : à Paris, la commune fournit une sépulture gratuite pour cinq ans aux personnes décédées sans ressources ni famille. Pour ce faire, des caissons en béton étanche sont équipés d’un système d’introduction de l’air afin que les espèces qui aident au recyclage de l’organisme puissent accéder au festin, que l’oxygène accélère le dessèchement du corps et qu’il y ait une évacuation des gaz de décomposition. Il n’y a aucune pollution et le caveau peut être récupéré à l’infini.  

A chacun sa manière d’entretenir le souvenir des morts. Mais la gestion de mon cadavre doit faciliter le recyclage global propre au rythme de la Biosphère qui gère les vivants et les morts.

plus-à-gauche ?

La gauche du PS espère tirer parti de la conjoncture (LeMonde du 1er novembre). Porté par le tsunami financier, Benoît Hamon se sent des ailes car beaucoup soutiennent sa ligne politique, la motion C. Mais si on regarde attentivement son programme, il nous faut déchanter. C’est un programme keynésien classique de relance de la demande. Cette gauche-là pense toujours que la croissance économique grâce aux dépenses étatiques va résoudre tous les problèmes de notre société. Mais si Benoît Hamon faisait face à un baril à 200 dollars, quelle serait sa réaction ? Nous en avons un avant-goût car sa motion réclame «  l’accès de tous à une énergie à prix modéré » et compte d’abord sur les trois piliers d’un pôle public de l’énergie : électro-gazier, nucléaire et pétrolier. Il s’agit donc d’un gauche traditionnelle, productiviste et centrée sur la croissance des besoins.

 Si on rentre dans le détail de cette motion « plus-à-gauche », nous trouvons juste après son premier point « Sortir du libre-échange généralisé », la thématique « Répondre à l’urgence écologique ». C’est uniquement un leurre, du greenwashing ! La contribution générale (texte antérieur à la motion) Hamon-Emmanuelli ne donnait absolument aucune place à l’écologie, si ce n’est quelques phrases dans le sous-sous chapitre de « Imaginer de nouvelles socialisations et développer les services publics ». Il n’y a donc pas de discours durable de Benoît sur l’écologie. Si on rentre dans le détail de sa motion, l’erreur suivante est significative de la fragilité des analyses d’une gauche qui ignore encore la complexité du monde actuel : « Il faut changer notre évaluation du développement en adoptant l’indice de développement humain ». Signalons aux camarades plus-à-gauche que l’IDH est déjà calculé, c’est un indicateur de l’ONU (PNUED) qui agglomère PIB par habitant, santé et éducation. Mais dans les pays riches, nous sommes au score maximum possible, l’IDH en France n’a donc aucun intérêt. De plus cet indicateur ignore complètement la relation entre social et écologie. Il faudrait plutôt parler d’IDD (indicateurs de développement durable) qui sont actuellement en construction au niveau européen et mondial. Benoît va faire sans doute un gros score au vote socialiste du 6 novembre, mais il ne nous prépare nullement aux krachs écologiques dont on entend les craquements sinistres dans les banquises.

mal à ma planète

Les titres de la page planète (LeMonde du 31 octobre) sont éloquents, « A la frontière jordanienne, l’exploitation effrénée d’une mine d’or bleu à durée limitée » ou « L’amiante devrait échapper à l’inscription sur une liste internationale de produits dangereux ». Ainsi va l’existence quotidienne d’une société thermo-industrielle et surpeuplée, on pille sans scrupules ni considération des générations futures. En Jordanie, l’eau était restée 36 000 ans sous terre, piégée à une époque où le climat de la région était humide. On effectue aujourd’hui une exploitation minière de l’eau, les nappes ne se reconstituent pas, ce n’est pas durable. Pour satisfaire l’industrie canadienne, l’amiante chrysotile, la forme la plus toxique de cette fibre minérale, ne devrait pas être inscrite sur la liste des 39 produits chimiques dangereux. 

Les agriculteurs jordaniens sont complices, le ministère canadien est complice. Mon quotidien préféré constate que tout va mal et qu’on ne peut rien faire pour arrêter les désastres en cours. Je suis devant mon clavier d’ordinateur, et je ne peux rien faire de plus si ce n’est d’avoir mal à ma planète. Puisse cette conscience des choses se répandre…

corporatisme irresponsable

Mon quotidien préféré n’est pas paru le 29 octobre à cause d’une « action sauvage » perpétrée par une « fraction des ouvriers du livre CGT » qui conteste « la modernisation des messageries (les NMPP) ». Comme l’indique aussi LeMonde (édition du 31 octobre), il s’agirait d’actions irresponsables et sans avenir sous couvert de vieux réflexes corporatistes. Voyons plus généralement ce qu’on peut penser de l’histoire des corporations syndicales.

Le décret d’Allarde de 1791 en France a supprimé les corporations, le droit de s’associer. En vertu du double principe de l’absolutisme de la propriété et de la liberté des contrats qui est par ailleurs affirmé, l’employeur  est dorénavant en mesure d’imposer les conditions les plus dures aux salariés, et ceux-ci n’ont même pas la possibilité de se regrouper pour faire entendre leur voix. La révolution industrielle peut alors s’affirmer contre des artisans collectivement organisé mais indépendant grâce à un travail effectué en dehors de toute manufacture. Après cette révolution liberticide de la libre organisation des travailleurs, fini le travail autonome, place au salariat contraint et exploité car regroupé dans des usines sans aucune liberté d’expression ; il faut attendre 1884 pour que la liberté syndicale soit enfin proclamée. Mais il faut constater que le droit des salariés n’est apparu qu’à partir du moment où, l’accumulation du capital étant suffisante, le niveau de vie des travailleurs était acceptable ; alors il ne s’agit plus pour les ouvriers de combattre le système techno-industriel comme aux temps du luddisme, mais d’exiger une part plus grande de la valeur ajoutée. En apparence la classe ouvrière a dorénavant la possibilité de s’organiser et de lutter contre le patronat, en réalité apparaît une classe globale qui comprend à la fois prolétaires embourgeoisés et actionnaires triomphants, une fraction privilégiée de la population mondiale qui se satisfait de se partager les fruits de la croissance au prix de la détérioration de la Biosphère.

 Le syndicalisme de l’avenir ne peut durablement revendiquer de meilleures conditions de travail et un pouvoir d’achat plus élevé. Il doit plutôt s’interroger sur la finalité sociale de ce qui est produit et sur les conséquences écologiques que le fait de produire implique. Les syndicats des travailleurs pourrait alors devenir un rassemblement d’éco-citoyens et les travailleurs du livre se mettre au service d’une information non orientée par le système thermo-industriel. La presse d’information est un service public qui ne devrait pas être interrompu quand « la réorganisation s’effectue sans aucun licenciement sec », il devrait l’être quand un journal fait l’apologie de ce qui détruit la planète.

toilettes sèches

Un groupe de réflexion canadien recommande l’accès à des sanitaires fonctionnels. Il est vrai que sur notre planète, 200 millions de tonnes d’excréments humains finissent dans des rivières chaque année (LeMonde du 29 octobre 2008). Mon quotidien préféré rappelle que le développement des toilettes était l’un des objectifs du millénaire, défini en l’an 2000 par les Nations unies : diminuer par deux le nombre de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires d’ici à 2015.

 Alors que dans les pays riches une frange d’expérimentateurs éclairés se lance dans la construction de toilettes sèches, il est vraiment bizarre que les pays pauvres n’utilisent pas les excréments humains qui peuvent faire un bon engrais. Il est bizarre qu’un article sur nos latrines insiste plutôt sur les maladies diarrhéiques, la contamination des eaux de surface, les bactéries, virus et autres parasites, sans aborder l’intérêt du nécessaire recyclage de toute matière par les décomposeurs. Nous n’avons pas à frémir ni fantasmer sur nos matières fécales : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…

limites de la technique

LeMonde du 28 octobre nous présente le trifluorure d’azote, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est 17 000 fois plus élevé que celui du CO2 avec une durée de vie cinq fois plus grande, soit cinq siècles.  En trente ans, la concentration de ce gaz dans l’atmosphère a été multipliée par 30 puisqu’il rentre dans la production de circuits intégrés et d’écrans de cristaux liquides pour accélérer l’emprise de la société du spectacle sur nos choix personnels. Il est également nécessaire à la fabrication des cellules photovoltaïques ; d’un côté la technique solaire permet de lutter contre l’effet de serre, mais de l’autre elle l’accroît. C’est comme les ampoules de basse tension qui contiennent du mercure, un élément dangereux qui nécessite un recyclage particulier.

La technique n’est pas une solution, elle est le problème. Alfred Nobel avait rêvé de  créer un explosif tellement dévastateur que la guerre devienne impossible, mais le XXe siècle a connu deux guerres mondiales. On a inventé l’arme nucléaire, bien plus destructeur que la dynamite, on l’a aussi utilisée. Il faut que l’humanité reconnaisse les limites de la technique et puisse privilégier des techniques douces contre les techniques dures, dures  pour les hommes, dures pour la Nature. C’est ce qu’aurait du écrire mon quotidien préféré…

décroissance positive

La Grande Bretagne s’affole, c’est le premier pays du G7 à connaître une croissance négative (LeMonde du 26-27 octobre 2008). Après 16 ans de croissance ininterrompue, la baisse du PIB s’établit à 0,3 % sur les douze derniers mois. Pendant des mois, Gordon Brown a refusé d’évoquer une récession, il a été obligé d’employer ce terme le 22 octobre. Mais pourquoi diantre mon quotidien de référence parle-t-il maintenant de croissance négative alors que la décroissance est si jolie ! Car la décroissance positive, qu’est-ce que c’est ?

C’est la décroissance des inégalités et la croissance du bien-être généralisé. C’est la décroissance de la morosité et l’ouverture vers un avenir durable. C’est la décroissance de notre impact sur la planète et l’amélioration de nos relations sociales. La décroissance positive consiste par exemple à manger moins de viande et à acheter beaucoup plus de produits locaux. Il faut aussi économiser l’énergie, réduire nos gaspillages, recycler autant que faire se peut, arrêter d’imiter le modèle de consommation dominant en diminuant les revenus des riches. Il nous faudra bien un jour égaliser la consommation de carbone par habitant, l’ère du 4×4 appartient définitivement à notre passé. La décroissance positive, c’est quelque chose de complexe et de formidable à la fois. Ce n’est certainement pas la décroissance d’un PIB auquel plus personne ne  devrait faire confiance. 

Car la décroissance positive, c’est aussi l’inverse du libéralisme économique qui conjugue la loi du profit à court terme et la destruction de notre environnement. Le libéralisme économique, ce sont les externalités négatives, les déchets que notre planète ne peut plus recycler, les pollutions qui détériorent la santé humaine. Le libéralisme économique, c’est la dilapidation de notre capital naturel pour l’avantage principal de quelques nantis. La décroissance positive, c’est au contraire la protection des travailleurs exploités, la protection de la nature sur-exploitée, la protection des besoins du présent sans oublier les besoins de nos générations futures. C’est l’action de l’Etat et le principe du pollueur-payeur, c’est le principe de précaution et la réalité de l’action. C’est le récit du futur que nous allons construire ensemble. C’est la conscience des limites, tout n’est pas possible à n’importe quel prix.

Casse-toi, pov con

Nicolas (Sarko) n’y était pas allé avec le dos de la cuillère en lâchant au salon de l’agriculture « Casse-toi, pauvre con ! ». Le procureur a requis 1000 euros d’amende à cause de cette agression verbale qui « n’exprime ni une opinion, ni une conviction, mais qui injurie ». Sauf que le prévenu n’est pas Sarko, mais un malheureux quidam qui l’avait recopié sur une pancarte pour le passage de Sarko  en voiture (LeMonde du 25 octobre). Dans notre beau pays, nous n’avons pas le  droit d’offenser le président de la République, bien que celui-ci ait le droit de nous offenser. Mais tel n’est pas mon propos, il concerne une autre page de mon quotidien préféré sur le thème « casse-toi, pauvre con » adressé par de plus en plus d’Italiens à l’encontre des immigrés : « Sale nègre », « Chinois de merde », sans parler des incendies, tabassage ou même meurtre. L’Italie, terre d’émigration, est devenue pays d’immigration et ne le supporte pas (comme d’ailleurs bien d’autres pays). Le temps des migrations se termine.

Si un pays interdit tout départ de sa population, ce que fait la Chine communiste, alors il est obligé de parvenir à la maîtrise de sa démographie. Il apparaît en effet un phénomène de cocotte-minute, de mise sous pression,  qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être responsable démographiquement -, d’où la politique de l’enfant unique. En revanche dans le cadre de liberté des flux migratoires, une permissivité totale est laissée au taux de fécondité du pays puisque le surplus, l’excédent d’êtres humains ne trouvant pas de travail sur le pays de départ, partira pour en trouver dans les pays d’accueil. Le phénomène de cocotte-minute ne peut jouer, ce qui libère l’autorité de la tâche de contrôler la démographie du pays, et accélère l’expansion démographique mondiale.

 Le droit de se déplacer selon son désir individuel empiète sur les capacités de la Biosphère, les humains ne peuvent continuer à cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils doivent dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les Inuits n’émigrent pas, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraît trop précieuse.

L’écologie par en bas

L’irrésistible Nathalie Kosciusko-Morizet a encore frappé. Dans LeMonde du 24 octobre, elle révèle sa raison de vivre : « Ecologie-économie, même combat ». Pour la secrétaire d’Etat à l’écologie, le Grenelle ajoute (une toute autre dimension) en additionnant économie et écologie. NKM fait le pari d’une économie nouvelle qui sait que « l’environnement est un investissement ».

Non Nathalie, tu te trompes, l’écologie n’est pas le supplétif de l’écologie. Tout au contraire l’économie n’est qu’une sous-partie de l’écologie, mais cette récente « science » ne le sait pas encore. Non Nathalie, l’environnement n’est pas un investissement, c’est la nature qui a investi pour nous et qui nous dit qu’il ne faut pas trop dilapider le capital naturel qu’elle met à notre disposition.

 Les premiers penseurs de l’écologie politique demandaient une remise en cause fondamentale de nos modes de vie, en appelaient aux valeurs d’autonomie, d’autogestion, de décentralisation. Les tenants de l’éco-économie, comme NKM, parlent de « développement durable ». Ils se contentent de prôner une réorientation de l’économie afin de préserver le système existant. En définitive NKM prône l’écologie par en haut, centralisation, expertise, technique. La Biosphère en appelle à une écologie par en bas (cf.. l’excellent petit livre Les deux âmes de l’écologie de Romain Felli, éd. l’Harmattan)

transhumanisme

En Côte d’Ivoire, la population de chimpanzé en liberté a diminué de 90 % en moins de vingt ans. Comptant en 1990 entre 8 000 et 12 000 chimpanzés, leur nombre a été divisé par dix, tombant à un millier d’individus au maximum par un décompte de 2007 (LeMonde du 23 octobre 2008). Le chimpanzé est notre plus proche cousin, et à vrai dire, de sa disparition on se fout complètement. Si on voulait sauver les grands singes, ce serait pour sauver la forêt tropicale pour nous sauver de la perturbation climatique. Mais le réchauffement climatique, on s’en fout aussi. Comme l’écrit la journaliste, « l’humanité peut sans doute se passer des grands singes », comme elle peut aussi se passer des forêts primaires : il suffit de planter de beaux arbres alignés pour produire des agrocarburants, et après nous le déluge.

 Si la population humaine était divisée par dix, nous serions encore plus de 600 millions, soit beaucoup trop par rapport au nombre de chimpanzés. Car les grands singes et les baleines peuvent aussi très bien se passer des humains. D’ailleurs ils auraient le plus grand intérêt à nous éliminer s’ils en avaient les moyens. Mais la puissance des armes, et du nombre, et des besoins, et de la vanité, est du côté de l’homo sapiens. Nous préférons rouler en bagnole individuelle au détriment de la planète, nous préférons nourrir une pullulation humaine au prix de la destruction de la biodiversité, nous allons même vers le délire transhumaniste, cette volonté techno-scientifique d’améliorer les performances humaines en couplant notre corps et notre cerveau avec des prothèses.  

Mieux vaudrait pratiquer le transhumanisme véritable,  cette vision d’un humanisme ouvert et élargi qui ne chercherait plus à accroître la domination humaine, mais simplement à vivre en harmonie avec toutes les formes du vivant. Il nous faudra pour cela abandonner notre anthropocentrisme exacerbé.