biosphere

faillite américaine, faillite planétaire

Il y a un très gros type qui me menace d’un revolver. Il m’oblige à accepter en paiement de toutes ses dettes un bout de papier qu’il a lui-même fabriqué. C’est la justification que nous présente l’agence de notation Moody’s pour noter les Etats-Unis d’un AAA : « Pour des raisons qui prennent leurs racines dans l’importance de l’économie et, finalement, de la puissance militaire des Etats-Unis, le gouvernement américain est confronté à très peu de risques de liquidités. (LeMonde du 7 octobre) » Mais comme je n’ai pas d’actions, si  ce n’est celle que j’ai donné à la Société des lecteurs du Monde, la bulle financière peut exploser en plein vol, je m’en fous. Je me préoccupe plutôt de la situation environnementale de notre Biosphère, beaucoup plus dangereuse à terme.

 Dans les pages Planète, LeMonde nous indique que les dernières  décennies ont été les plus chaudes depuis mille ou deux mille ans. Le réchauffement climatique a déjà commencé. Face à ce risque systémique, les USA ne veulent pas dépasser mille milliards de dollars comme pour la planète finances, ils croient encore ceux qui n’y croient pas. Il n’y a que quelques militants de Greenpeace pour se menotter au volant de voitures émettrices de gaz à effet de serre lors du Mondial de l’automobile. De son côté mon quotidien préféré se contente de consacrer une page entière à ses coups de cœur pour quelques marques de bagnoles exposée à ce Mondial… Il n’y aura de salut que pour les plus forts si on continue ainsi.

Une seule solution, financer Greenpeace.

au bord du gouffre

Qui a dit : « Le monde est au bord du gouffre par la faute d’un système irresponsable ». Oh surprise, c’est le premier des ministres français, François Fillon (LeMonde du 5-6 septembre) ! La droite libérale devient aujourd’hui socialiste, il faudrait « recadrer un système devenu incontrôlable et sans éthique » et « instaurer de nouvelles régulations entre l’Etat et le marché ». La droite n’a aucune éthique, elle laisse s’accumuler les profits aux mains des riches pour ensuite socialiser les pertes. Laissons-là ces contorsions idéologiques des politiques pour se pencher plus étroitement sur l’idéologie des chefs d’entreprises.

 Le président du directoire de Porsche estime ingénument qu’il y aura « toujours une large palette de modèles de voitures », et il est sûr qu’il « existe suffisamment d’argent et toujours assez de clients pour acheter des jolies choses. Le luxe est partout, cela a toujours été comme cela et le sera toujours ». Admirons cette litanie de « toujours », cet acte de foi répété dans la pérennité d’un système irresponsable au bord du gouffre. Selon W.Wiedeking il faudrait donc toujours rester aussi con qu’avant, toujours accepter sans broncher l’étalage des inégalités et des voitures de luxe, ne jamais sortir du tout-automobile pour enfourcher son vélo.

Pourtant un autre monde est toujours possible, il suffit de ne plus donner la parole dans un quotidien de référence à quelqu’un qui, sous couvert d’un interview, fait de la publicité pour un système libéral irresponsable. Les constructeurs automobiles européennes réclament même 40 milliards d’aide à la Commission européenne…pour être assistés, comme les firmes américaines ! Et ni W.Wiedeking, ni Le Monde n’ont un seul mot pour l’épuisement prochain des réserves pétrolières et la perturbation climatique en train de s’emballer : ce sera dans un autre numéro, faut pas gêner le Mondial de l’automobile.

toujours plus lamentable

La première page de mon quotidien favori ce samedi 4 septembre résume l’état du monde actuel : lamentable !

– « Paris multiplie les mesures de soutien de l’économie ». Il faudrait donc que l’Etat refinance un système économique qui a misé sur la vie à crédit et le pillage de la planète. Lamentable !

– « La voiture verte pour sortir du rouge ? ». Comme si la voiture électrique branchée sur les centrales nucléaire pour recharger ses batteries était quelque chose d’écologique. Lamentable !

– « L’élégance minimaliste de Saint Laurent ». Comme si la haute couture pour le prêt-à-porter permettait de nous vêtir de façon plus confortable et durable. Lamentable !

 La seule annonce valable dans cette première page est qu’il faudrait « moins de viande pour lutter contre le réchauffement climatique ». En définitive, il faudrait moins de viande pour le repas des nantis, moins de facilités financières, moins de voitures, moins de défilés de mode. Après un demi-siècle d’illusions où régnait le règne du « toujours plus », encore si vivace pour Sarko aujourd’hui qu’il faudrait encore travailler plus pour gagner plus, il faudrait atterrir de toute urgence et s’adapter aux possibilités  réelles de nos ressources naturelles : moins de biens, plus de liens.

Irresponsabilité politique

Deux exemples dans Le monde du 3 octobre. La candidate républicaine Sarah Palin à la vice-présidence américaine tente d’empêcher l’inscription de l’ours polaire sur la liste des espèces menacées, inscription qui nuirait à l’industrie pétrolière et gazière ! Autant dire que cette femme politique est soumise à la compagnie ExxonMobil !

L’ex-président français Giscard d’Estaing se lance dans la lutte contre l’éolien puisqu’il s’agit de « préserver les paysages de France ». Autant dire que cet homme politique est soumis au lobby pro-nucléaire. Dans Libération du 13 juin 2008, VGE tenait des discours du type :  » Pourquoi fabrique-t-on de l’électricité plus chère alors que grâce au nucléaire, nous avons des surplus ? (…) La France est de loin le pays le plus en avance d’Europe pour l’électricité non productrice de CO2 grâce au nucléaire. (…) Ce n’est pas la peine de dire qu’on est la première destination touristique mondiale si les hauteurs du Massif central sont couvertes d’éoliennes (…). « 

             Affamer les ours polaires n’est pas un mal nécessaire, utiliser l’atome n’est pas un mal nécessaire. Notre planète est gouvernée par des imbéciles au service des dominants. En démocratie nous ne pouvons pas décemment leur ordonner de se taire. Mais il y a toujours quelque chose à faire contre des imbéciles…par exemple diminuer notre consommation d’énergie.

Keynes a tort (en 2008)

Il paraît que c’est la revanche de Keynes (LeMonde du 2 septembre). D’après l’article, « Les keynésiens disent simplement que les gens gagneraient plus d’argent s’il y avait plus de régulation. » Mais pour d’autres, « Le keynésianisme n’est pas la solution à la crise, c’est son origine. Ce sont les recettes de 1929, toujours appliquées aujourd’hui, qui ont entraîné la crise. » Qui a raison ? Le journaliste tranche en faveur des keynésiens. Erreur !

             En fait la méthode keynésienne est faite pour enrayer un chômage de masse à un moment donné. Keynes a écrit après la grande crise de 1929 pour promouvoir une politique de relance économique soutenue par l’Etat. Le système de marché n’était pas capable à son avis de résoudre une telle crise financière et ses impacts sur l’activité réelle. Mais il s’agissait pour lui d’une politique conjoncturelle, de court terme. Les Trente Glorieuses en ont fait une politique structurelle de soutien continu de la demande par l’expansion monétaire, le crédit et les  dépenses étatiques. Cette politique a échoué dans la période 1974-1980 car la stagflation, à la fois stagnation de l’activité économique (et donc chômage) et inflation s’est installée : le premier choc pétrolier a été plus fort que le volontarisme  gouvernemental. La relance effectuée par les socialistes française en 1981 a échoué à cause de la contrainte extérieure : plus de distribution de pouvoir d’achat entraîne plus d’importations, donc creusement du déficit commercial dans une économie ouverte. Aujourd’hui l’inflation menace, le chômage reste structurel et les économies sont encore plus ouvertes sur l’extérieur. Les politiques keynésiennes sont définitivement inapplicables.

Il faut ajouter à cela que les matières premières non renouvelables, de plus en plus rare, forment un goulet d’étranglement pour l’activité économique. Il faut ajouter à cela que même les ressources renouvelables comme l’eau et les poissons se raréfient. Il faut ajouter à cela que la population humaine explose et que le modèle de consommation occidental voudrait se généraliser. Il faut ajouter à cela que la gestion de nos déchets devient de plus en plus problématique, gaz à effet de serre, déchets nucléaires et même déchets ménagers. La croissance économique est dernière nous, il va falloir apprendre à gérer la pénurie, situation que Keynes ne pouvait envisager à son époque.

 LeMonde est-il encore aveugle, lui qui consacre pourtant ce jour un article documenté sur la difficulté probable de financement du démantèlement des installations atomiques.

choix de second rang

 LeMonde du 1er octobre nous offre un supplément sur « Eole, dieu ou démon ». Merci à Vestas, « leader mondial incontesté des fabricants d’éoliennes », d’avoir aidé à financer un tel cahier.

Ce que je retiens personnellement de ces articles, ce n’est pas le règne d’une cohabitation énergétique après le régne du nucléaire, ce n’est pas que la Chine puisse être le premier producteur en 2009, c’est l’article final consacré à Bernard Laponche, membre de l’association Global Chance. Pour lui comme pour moi, l’accroissement de la production pour satisfaire un accroissement de la consommation est impossible, les prix atteindraient de tels sommets que l’énergie deviendrait le problème économique prépondérant. Pour lui comme pour moi, on ne peut pas tabler sur des progrès techniques, la fusion par exemple relève d’un plan sur la comète. Halte à l’optimisme débridé qui nous empêche de prendre les décisions qui s’imposent. Il faut donc réduire la consommation. Une politique énergétique ne peut s’arrêter à ce qu’il faut appeler des choix de second rang, c’est-à-dire uniquement une problématique d’offre d’énergie. Mais on attend toujours un responsable politique digne de sa responsabilité qui envisage les priorités de premier rang, la maîtrise de la demande d’énergie : réduire la consommation choque. Bernard Laponche en rend responsable une éducation orientée autour de l’idée qu’il faut toujours plus dans une société de consommation. Mais il condamne aussi la puissance des entreprises qui font du lobbying auprès des politiques.

 Conclusion ? Eduque les autres, fais la chasse autour de toi à tous ceux qui gaspillent l’énergie, et ils sont innombrables. Et contre les lobbies ? J’avoue mon impuissance… à moins de renverser le capitalisme !

besoin de chef !

Le chef a dit et cela me rassure. C’est la tonalité générale de l’article de M.Noblecourt sur le PS (LeMonde du 30 septembre) : ‘On ne peut exclure qu’un miracle se produise et que du Congrès de Reims sorte un(e) leader. Les socialistes vont peut-être avoir un chef, susceptible d’incarner l’opposition à Sarko (…) La rénovation du PS semble se limiter à une controverse entre un parti de militants et un parti de supporteurs ».

 

Ségolène a déjà tranché. Le titre de mon quotidien préféré est explicite : « Sans un mot pour le PS, Mme Royal se veut leader « new look » de la gauche ». Le rassemblement de la fraternité tenu au Zénith n’est donc là que pour poser l’ex-candidate en leader naturel de la gauche. Mes copains à droite ou à gauche renchérissent, il leur faut un leader, nul besoin ensuite de réfléchir, il suffit de suivre le mouvement. Ce sera show politique et secte partisane.

 Chef, est-ce que je peux penser par moi-même ?

l’âge d’or

LeMonde du 28-29 septembre interroge des spécialistes du néolithique, époque où l’espère humaine invente l’agriculture et se met à pratiquer l’élevage. Evolution positive ? On constate que l’espèce homo sapiens a pour principale distraction la destruction, même avant le néolithique : on a découvert au Soudan, vers – 12000, et près du Danube, vers – 7000, des dépouilles criblées de flèches. Il n’y a pas d’âge d’or.

Le néolithique n’a fait qu’accentuer nos tendances guerrières. Le surplus agricole  permet d’assurer une certaine sécurité alimentaire, mais une élite s’empare d’une partie de ce surplus pour accomplir ses propres fins. Vers – 4500, la société commençant à se hiérarchiser. Il y a une mobilisation d’une partie du corps social pour produire des objets de prestige pour les dominants, apparaissent aussi des signes d’activité idéologique religieuse. Le surplus agricole a créé les villes et les rois, les religions et la révolution industrielle, la suprématie de l’homme sur l’homme et la surexploitation de notre planète. C’est au néolithique qu’on assiste à l’émergence de la violence entre riches et pauvres, c’est aussi le néolithique qui s’accompagne de l’élimination de la vie sauvage et de l’extinction des espèces.

 Je ne vois d’autre issue à la folie ancestrale de l’homme qu’une socialisation qui généraliserait l’esprit de non-violence, une économie qui pratiquerait l’égalisation des conditions et une écologie qui fonderait le respect de notre planète.

McDo, écolo !

Dans les pages « (notre) Planète » de mon quotidien préféré, on trouve de tout, même l’improbable.  A côté d’un article sérieux sur les émissions de CO2 « qui excèdent largement les prévisions », une pub sur fond vert :

McDo Ecolo : Effet de mode ou Vision d’Avenir ?

On nous appelle à venir en discuter avec le PDG de McDonald’s France sur le site de mcdonalds. McDo a même recruté pour l’occasion Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, et Pascal Husting, directeur de Greenpeace France. Le « greenwashing » ou verdissement des mauvaise pratiques environnementales par un effet d’annonce, a encore frappé.

Les publicitaires mélangent développement durable et amour de la nature avec délectation. Au point que l’Alliance pour la planète, une coalition des principales associations françaises de défense de l’environnement, lançait début décembre 2006 une campagne intitulée «  la publicité peut nuire gravement à l’environnement ». Ainsi elle avait mis en ligne sur son site (http://www.lalliance.fr/) trente exemples de publicité pratiquant le blanchiment écologique. Mais qu’est-ce qu’une telle action contre la puissance financière de McDo et consorts ?

 Une seule solution, interdire la publicité, et pas seulement sur les chaînes publiques !

social-écologisme contre social-libéralisme

Je n’aime pas l’intitulé  de la nouvelle rubrique « Planète » du Monde ; encore une fois nous mettons de la distance avec ce qui nous fait vivre, la Biosphère. Il me semblerait 1000 fois préférable de dire « notre Planète », mais enfin ne nous plaignons pas trop, mon quotidien préféré progresse, bientôt ce sera un journal écolo. Dans le numéro du 26 septembre, un rapport de l’OIT (organisation internationale du travail) nous promet 20 millions d’emplois supplémentaires d’ici à 2030 dans le secteur des énergies renouvelables. La croissance verte, ou plutôt selon le titre du rapport « un travail décent dans un monde durable à faible émissions de carbone » ne serait donc pas ennemi de l’emploi. Nous aurions tout à gagner en traitant les maux de notre planète.

 

            Malheureusement à une autre page du Monde, les droites européennes sont à l’offensive contre le paquet climat de Borloo qui voudrait logiquement, selon les engagements des chefs d’Etat et de gouvernement, réduire de 20 % les émissions de CO2 d’ici à 2020. Il faudrait prendre en compte le contexte économique et éviter les délocalisation des entreprises les plus  consommatrices en énergie. De même, en France, le patronat estime que la croissance verte n’est pas la réponse appropriée à la crise que traverse l’économie. C’est donc clair, l’écologie n’est pas de droite, elle est à gauche. Le libéralisme économique est un système qui dilapide nos ressources naturelles dans la frénésie d’un profit sans limites. Le libéralisme est une doctrine qui repose sur le désengagement de l’Etat, la responsabilité des chefs d’entreprise, la loi du marché et les inégalités.

 L’enjeu écologique nécessite une vision du long terme qui est complètement ignorée par les mécanismes de marché. L’enjeu écologique nécessite une forte intervention de l’Etat et sans doute une planification écologique. L’enjeu écologique nécessite la participation de tous aux efforts nécessaire après débat démocratique. Le fondement idéologique des socialistes, basé sur le rôle de l’Etat, la solidarité collective et un projet de société sans classes, nous prépare mieux que la droite à affronter les différentes crises écologiques et sociales qui émergent aujourd’hui. Contre le social-libéralisme, le social-écologisme pourrait nous ouvrir un avenir durable, plus égalitaire, plus sobre, plus convivial.

Congrès d’orientation ?

Six motions pour le prochain Congrès du PS et mon quotidien favori (LeMonde du 25 septembre) ne développe longuement que les quatre motions emplies de saumons, ces dirigeants versatiles habitués à sauter d’un courant du PS à l’autre. Ce n’est pas gentil pour les vrais saumons, ce n’est pas gentil pour les deux motions qui présentent vraiment une orientation politique précise. La motion « Utopia », comme son nom l’indique, fait référence aux socialistes utopiques qui n’ont jamais changé quoi que ce soit à la face du monde ; cependant, quand on voit ce que les socialistes marxistes ont fait de notre planète, la tentative est bien entendu louable. 

L’autre motion, « pour un socialisme écologique », est véritablement nouvelle, elle rompt avec la pratique du PS de laisser sous-traiter les questions environnementales par les Verts depuis que ceux-ci ont rompu avec le discours « ni droite, ni gauche ». Elle rejoint la tentative récente du Monde de traiter plus longuement les questions qui entourent la sauvegarde de notre milieu naturel sous une rubrique Planète. Par exemple, nous apprenons ce jour que l’humanité a épuisé depuis le 23 septembre dernier le produit global de la Terre et dès aujourd’hui, nous vivons déjà aux dessus de nos moyens. Pour continuer à vivre, nous entamons le capital naturel : en plus de la surexploitation des travailleurs, il y a dorénavant une surexploitation des écosystèmes.

 Alors, si mon quotidien favori est sincère avec son nouvel engagement écolo, il devrait consacrer de longues lignes au pôle écologique du PS. Mais quand je vois ce jour dans le Monde une pleine page de pub pour McDonald’s qui « goutte à goutte, économise l’eau », le doute m’assaille…

une farce tragique

L’éditorial du Monde (24 septembre) nous souhaite « Bienvenue sur notre Planète » en guise de lancement de l’espace « Planète » qui « répond à une nécessité : les grands phénomènes globaux donnent la couleur et le visage du monde de demain ». Très bien ! Mon quotidien préféré va « rendre compte des catastrophes planétaires et des solutions aux défis naturels de ce troisième millénaire ». Très bien, très bien !! Mais c’est pour conclure aussitôt que la réponse n’est pas forcément le malheur puisque « historiquement les phases de réchauffement ont toujours été porteuses de progrès ». Là le doute m’assaille, cette nouvelle rubrique va-t-elle être à la hauteur des enjeux ?

En fait nous retrouvons l’ancienne rubrique « Environnement & Sciences » et le même type d’articles : « La Chine se rue sur le  caoutchouc au Laos », « La consommation de cocaïne nuit à l’environnement », «  Le scandale du lait chinois contaminé prend de l’ampleur »…  Selon Yann Arthus-Bertrand en page centrale, « Il est trop tard pour être pessimiste ». Mais son discours invalide le titre. Extraits : « Aucune société, aussi « avancée » soit-elle, ne survit à l’effondrement de l’écosystème sur lequel elle s’appuie. Nous savons, mais nous ne voulons pas y croire. A tel point que lorsque des scientifiques nous annoncent rien de moins que la sixième grande extinction des espèces, la nouvelle nous touche moins que le résultat du match de la veille ! Les Nations unies répètent que 800 millions d’êtres humains ne mangent pas à leur faim tandis que pour près de 1,3 milliards, l’hypertension liée à une nourriture trop riche est devenue la cause principale de surmortalité. Le monde marche sur la tête. On ne sait même plus par quel bout s’attaquer à cette farce tragique. Alors, on ne change rien. »

 Dans ce contexte, je souhaite au Monde beaucoup de courage pour nous présenter de véritables solutions !

consommateurs, réfléchissez !

Le pouvoir d’achat est devenu la préoccupation n° 1 des Français, devant le chômage. Il est vrai que quand les politiques, relayés par les médias, entonnent le refrain « travailler plus pour gagner plus », tout le monde y croit. Il est vrai que le système de production de masse à entraîner une mentalité d’hyperconsommation qui devient une valeur refuge quand les Français sont angoissés. Il est vrai que l’arrivée d’une multitude de produits nouveaux (portable, Internet…) a augmenté un vouloir d’achat qui progresse encore plus vite que le pouvoir d’achat (LeMonde du 23.09.2008).

Mais nous avons oublié que la consommation ne peut se faire que s’il y a production, et beaucoup d’éléments de notre mode de vie sont faits de produits importés. Nous avons donc oublié que la dépendance de la consommation à l’égard de l’étranger n’est pas durable. Les socialistes, après la relance de 1981, en ont  fait la dure expérience : après l’expansion vertigineuse du déficit commercial, ils ont été obligés de mettre en place une politique de rigueur. Nous avons aussi oublié que la consommation est par définition une destruction de ressources naturelles qui se raréfient à toute allure. Nous avons aussi oublié que plus nous consommons une montagne de produits, plus nous produisons une montagne de déchets.

 Consommateurs, réfléchissez ! Ce n’est pas parce qu’on travaille plus, qu’on gagne plus et qu’on consomme plus, qu’en définitive nous sommes plus heureux.

l’homme mis à nu

J’adore les hommes mis à nus, et principalement celui des dessins de Serguei. Par exemple dans LeMonde du 21-22 septembre 2008, Serguei constate que le pôle nord fond, ce qui entraîne la disparition de certaines espèces. Ce sont les derricks pétroliers qui recouvrent dorénavant le pôle et un capitaliste s’exclame : « Il fallait choisir : écologie ou économie ! » Ecologie ou Economie ?

 

L’économie existe depuis toujours, le mode de vie des chasseurs-cueilleurs peut être analysé en termes de système de production, d’échange et de consommation. Mais depuis toujours aussi, le fonctionnement  économique était enchâssé dans un système social, les relations interpersonnelles étaient prépondérantes. Avec la révolution thermo-industrielle du XIXe siècle, il y a eu un désencastrement de l’économie qui a pris sont autonomie et qui modèle à son profit les relations sociales. Le travailleur lié à la chaîne de montage, enfermé dans une ville tentaculaire, assis dans sa bagnole qui lui indique de boucler sa ceinture, rivé derrière son caddie, sont des exemples parmi d’autres qui illustrent l’esclavage de l’homme dit moderne, à la fois enthousiasmé par le progrès technique et victime à son insu de son plein gré.

 

Mais l’économie dans sa volonté de toute-puissance a oublié le sens des limites, en particulier celles de la planète qui ne peut nous fournir plus que ce que le soleil met à notre disposition (alimentation, réserves fossiles…). C’est l’écologie scientifique qui constate la perte de biodiversité, la désertification de sols, le pic pétrolier, le réchauffement  climatique. C’est l’écologie politique qui devrait nous permettre de mieux choisir le social et l’environnemental contre l’économique. Mais politiser les écologistes n’est pas gagné d’avance, écologiser les politiques est encore plus ardu.

 Alors pour le moment l’économie continue de nous manipuler et d’épuiser la planète. Notre réveil sera brutal !

le manifeste de l’EP

En 1984, lors d’une randonnée dans la Vallée de la Mort en Californie, le philosophe Arne Naess a proposé avec George Sessions  un manifeste de l’écologie profonde en huit points clés. Voici ce texte qui met clairement en évidence la nécessité d’adopter une éthique de la Terre, que ce soit vis-à-vis des abeilles en déclin ou tout le reste du monde vivant, humains compris bien sûr :

1) le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains.

2) la richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l’accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes.

3) sauf pour la satisfaction de leurs besoins vitaux, les hommes n’ont pas le droit de réduire cette richesse et cette diversité.

4) l’interférence actuelle des hommes avec le monde non-humain est excessive et la situation s’aggrave rapidement.

5) l’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution.

6) les politiques doivent changer, elles doivent affecter les structures économiques, techniques et idéologiques. La situation qui résultera du changement sera profondément différente de la situation actuelle.

7) le principal changement idéologique consistera en la valorisation de la qualité de la vie plutôt que de toujours promouvoir un niveau de vie supérieur.

8) ceux qui adhèrent aux points précités ont obligation de tenter de mettre en place directement ou indirectement ces changements nécessaires.

 Personnellement, je pense que nous ne pouvons qu’adhérer à un tel programme, à la fois philosophique et militant, qui nous permet de croire à ce qui nous entoure et nous ouvre un avenir durable…

le tueur, c’est nous

 

LeMonde du 20.09.2008 nous informe longuement du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Il s’agit d’un phénomène caractérisé par la disparition brutale, en quelques jours ou quelques semaines, de la quasi-totalité d’une colonie. Ce qui m’étonne vraiment, c’est que la description scientifique de ce phénomène est très récente, l’automne 2006, alors que les conséquences néfastes sur les cultures humaines qui ont besoin des pollinisateurs sont déjà avérées. Nous paraissons aussi surpris par les atteintes à la biodiversité que par un krach financier. Nous agissons comme si nous ne connaissions pas nos fondamentaux. Le respect de l’équilibre entre l’espèce humaine avec les autres formes de vie est une loi naturelle ; le respect de l’équilibre entre la sphère marchande et son évaluation monétaire est une loi économique. Mais nous n’avons plus aucune morale, ni en affaires, ni à l’égard de la Nature.

 Comme 35 % du tonnage mondial d’aliments d’origine végétale proviennent de cultures pollinisées, l’activité des abeilles est sans doute un service inestimable. Cependant j’attache personnellement autant d’importance au fait que le  rôle des abeilles sur la flore sauvage est aussi inestimable. Les pollinisateurs assurent la survie de tout le cortège de vie sauvage qui lui est associée, nous devons prendre conscience que nous ne sommes qu’un élément de la chaîne alimentaire. Or nous avons trop grossi en population et en prélèvements sur les richesses de la Biosphère. Nous sommes coupables, nous devons reconnaître nos erreurs, morales et matérielles.

malus-malus

L’avenir de la planète se lira dans LeMonde à partir du 23 septembre (daté du 24). On nous donnera les clés pour percer les inconnues du monde qui se construit, cela nous permettra de penser chaque jour la planète autrement. Quel beau projet ! Mais ce n’est en l’état qu’une pub insérée dans LeMonde ce jour pour ces nouvelles page planète. Je rappelle aux concepteurs du Monde qu’ils n’innovent pas : une rubrique « l’avenir de la planète » était déjà inclus tous les samedis (daté dimanche-lundi). J’ai sous les yeux l’article du 6.12.2004 sur « des étés de plus en plus chaud en France et en Europe ». Cette rubrique n’a duré qu’un temps, l’avenir de la planète n’était pas à l’époque assez important aux yeux des concepteurs du Monde.

 

L’avenir du bonus-malus sera radieux. C’est ce que nous annonce Jean-Louis Borloo ce jour dans mon quotidien préféré. La tension monte au parlement, Borloo a déjà la réponse  toute prête : « On se calme ! ». Jean-Louis est sûr de lui, le président de la République a tranché en faveur de l’extension du bonus-malus à d’autres familles de produits. Je rappelle à Borloo que rien n’est jamais acquis en politique, surtout quand il s’agit de l’avenir de la planète. Un de ses prédécesseurs Serge Lepeltier avait annoncé publiquement la mise en place à partir du 1er janvier 2005 d’un système bonus-malus écologique destiné à limiter l’effet de serre ; inquiet de ce que le plan climat apparaisse trop étriqué, il voulait forcer la main du gouvernement. Le 29 juin 2004 devant les députés, Serge explique de façon passionnée l’intérêt du système bonus-malus, mais les députés UMP sont trop ulcérés d’avoir découvert les mesures de Serge à la télé. En face de lui, papotage et indifférence, pas un seul applaudissement à la fin de son discours. Par la suite le premier ministre Raffarin contredisait son ministre de l’écologie : « La décision n’est pas encore prise, c’est à l’étude ». Le bonus-malus à l’achat de voitures neuves était donc enterré, il n’y avait plus de mesures symbolique marquant l’opinion, le plan climat n’avait plus de visibilité.

 Nous aurons donc des étés de plus en plus chaud sans pouvoir nous payer un climatiseur. J’espère qu’on pourra toujours lire Le Monde…

ni racisme, ni spécisme

Belle image que celle des tee shirts arborés devant la commission européenne avec l’inscription « against ethnic profiling ». L’union européenne se préoccupe d’une stratégie globale d’intégration des Roms qui mettrait fin aux discriminations et stigmatisations dont ils sont l’objet. Mais en page 2, l’homme nu dessiné avec humour par Serguei se fait arrêter parce qu’il est suspect… de ne pas être sur Edvige (exploitation, documentaire et valorisation de l’information générale). Le France veut mettre en place un fichage ethnique. Contradiction, contradiction, tout n’est que contradiction.

Nous sommes une société composite qui a oublié les progrès de la connaissance. Alors que les théories raciales s’appuient sur les apparences anatomiques, la biologie et la génétique ont supprimé toute base objective à ces stéréotypes. Les premières études sur les groupes sanguins menées à partir de 1914 montrent que leur répartition en Europe n’obéit à aucune logique raciale. Depuis, les analyses effectuées un peu partout dans le monde démontrent que les caractères génétiques ainsi que les groupes sanguins, les mêmes groupes d’histocompatibilité comme les facteurs enzymatiques sont présents dans la totalité des populations. Blanc ou Noir, une proportion différente de mélanine, pas plus. La dispersion géographique de votre ancêtre commun homo sapiens n’a commencé qu’il y a 150 000 ou 200 000 ans, pas assez pour se diversifier biologiquement de manière significative. Les gènes n’ont pas de race, les humains sont tous semblables, et différenciés seulement par quelques apparences. En conséquence, dans le discours des racistes modernes, ce ne sont plus les races qui sont déclarées incompatibles ou inégales, mais les coutumes et les croyances. Pourtant toute l’humanité partage la même Terre et doit apprendre à vivre avec le reste de la Biosphère.

            Quel les humains apprennent qu’il n’y a pas d’étrangers, qu’ils sont tous de la même famille, alors ils pourront mieux se consacrer au respect des autres formes de vie.

je suis écœuré !

Je suis écœuré par la première page du Monde (17.09.2008) qui présente un veau sous formol adjugé aux enchères 13 millions d’euros alors qu’il est si agréable de fréquenter les veaux sous leurs mères. Je suis écœuré par la mise en évidence page 1 et 3 de la course au yacht de luxe. Je suis écœuré que l’émir de Dubaï ou l’oligarque russe Abramovitch rivalisent dans la taille et l’équipement de leurs bateaux de plaisance. Je suis écœuré par la dernière phrase de la journaliste Marie-Béatrice Baudet, « Rien ne sera jamais trop beau ». Comme si des yachts personnels de plus de 160 mètres étaient admissibles, comme si aménager un jardin avec des arbres adultes sur un bateau ne faisait pas problème, comme si le fait que « mon bateau est plus beau que le tien » (titre de l’article) allait de soi. Je suis écœuré par cet étalage d’obscénités valorisées par mon quotidien préféré.

Je préfère me replonger dans mes lectures sur la vanité humaine :  

       

« Pour s’attirer et conserver l’estime des hommes, il ne suffit pas de posséder simplement richesse ou pouvoir ; il faut encore les mettre en évidence. En mettant sa richesse bien en vue, non seulement on fait sentir son importance aux autres, mais encore on affermit les raisons d’être satisfait de soi. L’homme comme il faut consomme à volonté et du meilleur, en nourriture, boissons, narcotiques, parures, divertissements. Comme on signale sa richesse en consommant ces produits plus parfaits, on en tire grand honneur. On l’appelle ici gaspillage parce que cette dépense n’est utile ni à la vie ni au bien-être des hommes. Mais aux yeux d’un économiste, ce genre de dépense n’est ni plus ni moins légitime qu’un autre. S’il a choisi ce genre de dépenses, la question est en effet tranchée : c’est qu’il y trouve relativement plus d’utilité que dans des formes de consommation sans gaspillage.  Il ne nous vient pas toujours à l’esprit que l’impératif de prodigalité ostensible est présent dans nos critères du bon goût, mais il n’en est pas moins contraignant et sélectif ; il forme et entretient notre sentiment du beau (…)

 Mais pour recueillir une approbation sans réserve, un fait économique doit recevoir la sanction de l’utilité impersonnelle, de l’utilité du point de vue génériquement humain. La conscience économique ne se satisfait pas de voir un individu faire bonne figure en se comparant à un autre, en rivalisant avec lui ; elle ne peut donc approuver la concurrence dépensière. La règle du désœuvrement exige que l’on soit futile, rigoureusement et complètement ; l’instinct artisan veut que l’on soit utile et agissant ».

(Thorstein Veblen, théorie de la classe de loisir, 1899)

cataclysme financier

LeMonde du 16.09.2008 nous met enfin face aux réalités présentes: « Le système financier américain s’efforce d’éviter un cataclysme ». Après moult péripéties liées à la crise des subprimes, c’est maintenant la faillite de Lehman Brothers, née en 1850, qui constitue la plus importante de toute l’histoire financière américaine. Dans un contexte historiquement jamais connu de forte interconnexion à l’échelle internationale, cette banqueroute peut signifier le risque d’un effondrement général.

 

Le même numéro du Monde analyse justement le livre du jour, « La vérité sur la crise financière ». Son auteur, le spéculateur George Soros, estime que la  crise financière qui sévit depuis plus d’un an illustre la perversité des marchés boursiers : la vérité des prix n’existe pas, il n’y a que manipulation. Une bulle formée par des crédits de plus en plus gagés sur du vent ne peut connaître en bout de course qu’une explosion finale.

 Ce krach financier n’est pour moi que le début d’une longue succession de crises en chaîne. Il suffit de se rappeler LeMonde du 29.04.2008 (supplément économie) qui intitulait son dossier : « Le XXIe siècle face à un choc d’une nature exceptionnelle ». L’avalanche des mauvaises nouvelles traduit la simultanéité de crises de nature et d’origine différentes et leurs interactions. La crise globale possède des aspects à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques. On commence à se souvenir des pronostics du Club de Rome en 1972 sur les limites de la croissance. Ce qui était à l’époque mon livre de chevet va dorénavant nourrir les cauchemars de tous ces politiques qui ont laissé faire les financiers. Mais certains économistes enfermés dans leurs certitudes se rassurent encore : « Nous n’affrontons pas pour le moment de crise radicale ». Pour le moment…