biosphere

illusions technologiques

Trop tard ? G.Bush a eu une révélation pour son peuple, celle d’être « les gérants responsables de la Terre que le Tout-Puissant nous a confiée ». Dans son allocution du 28 septembre 2007, G.Bush affirmait donc la nécessité de « produire moins d’émissions de gaz à effet de serre ». Attention, certainement pas en réduisant la consommation d’énergie : « Dans ce nouveau siècle, le besoin d’énergie ne fera que croître ». Car Bush croit au miracle : « En développant de nouvelles technologies à basses émissions, nous pouvons satisfaire la demande croissante d’énergie et, en même temps, réduire la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre. »
M. Bush cite une série de techniques présentant deux caractéristiques : elles ne sont pas opérationnelles et leur succès n’est pas garanti. La première citée par M. Bush est la « technologie avancée du charbon propre » qui vise à enfouir en sous-sol le gaz carbonique produit par la combustion du charbon. Mais, d’une part, son efficacité reste à prouver, et d’autre part, en cas de succès, les premières centrales thermiques adaptées ne viendraient sur le marché qu’après 2020, si bien que toutes les centrales construites d’ici à cette date rejetteront leurs gaz dans l’atmosphère. Deuxième solution proposée : « La puissance nucléaire sûre ». George Bush se réfère à ce que les spécialistes appellent la quatrième génération des réacteurs nucléaires, présentant un risque minime d’accident, une faible production de déchets radioactifs et une conception empêchant de leur trouver une application militaire. Mais cette quatrième génération n’aboutirait, d’après les prévisions les plus optimistes, que vers 2040.
Les autres technologies citées – agrocarburants de deuxième génération, véhicules à hydrogène – souffrent du même défaut majeur : elles ne présentent pas, dans leur état de développement actuel, des performances suffisantes pour répondre aux problèmes d’aujourd’hui et des années à venir. On ne peut exclure totalement qu’elles y parviennent, mais pas avant 2040. Le problème de l’échéance est pourtant fondamental. Pourquoi ? Parce que le même rapport du GIEC évoqué par M. Bush conclut que ce n’est pas en 2040 ou en 2050 qu’il faudrait commencer à réduire nos émissions, mais dès maintenant.
Les climatologues redoutent que, si la concentration de gaz à effet de serre continue à augmenter, le réchauffement dépasse 2 degrés, seuil au-delà duquel un dérèglement incontrôlable du système climatique est envisageable. Dans une Biosphère en folie, les humains se rendront compte (trop tard ?) que leurs technologies n’étaient pas à l’égal du « dieu tout-puissant ».

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sciences citoyennes

Dans l’hypothèse où la barbarie ne l’emporterait pas, notre monde devra survivre à la réduction de sa consommation en développant la frugalité, mais aussi des relations de coopération et de solidarité qui, seules, peuvent rendre la décroissance supportable. Dans ce paysage où nous vivrons bientôt, la recherche scientifique ne pourra pas poursuivre sa fonction actuelle, qui est essentiellement de rendre possible la consommation de nouveaux produits ou services pour le bénéfice principal de puissances financières. Cela ne veut pas dire que la recherche deviendrait interdite ou seulement superflue. Imaginer cette issue serait admettre que l’humanité dispose d’ores et déjà de toutes les technologies nécessaires à sa survie (…)

Mais ce qui paraît certain, c’est que le rôle et les orientations de la recherche, comme la gestion des innovations, devront de plus en plus être soumis aux attentes véritables de la société. Ouvrir la recherche pour mettre la science en démocratie, ces vœux qui justifient les combats de la fondation sciences citoyennes devraient devenir des évidences collectives et imposer une nouvelle gouvernance de la recherche scientifique, pour le refus des gaspillages, pour la veille vigilante sur un monde fragilisé. Pour élaborer ces règles de vie commune, on devra d’abord s’accorder sur le mode d’emploi de la démocratie : faut-il faire confiance aux spécialistes, ou glaner les avis bruts de la population, les deux solutions le plus souvent pratiquées pour décider du « progrès » ?

Mon opinion est qu’il faut, et qu’il faudra toujours, organiser des procédures combinant l’acquisition de savoirs avec la valorisation du « bon sens », c’est ce que peuvent et pourront faire, par exemple, les conférences de citoyens. Jean Rostand indiquait déjà que son inquiétude ne découlait pas de l’irruption de quelques savants fous, mais de la tranquille assurance de tous les autres pour fabriquer un avenir jamais évalué. Il restera plus aisé de surveiller en amont l’élaboration des possibles dans les laboratoires que de lâcher la police sur des contre-venants.

Entropia (revue d’étude théorique et politique de la décroissance) n°3, automne 2007 : Décroissance & technique

Résumé de l’article de Jacques Testard, Fabrique du vivant et décroissance p.130

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pensée amérindienne

Il s’en faut de beaucoup que les peuples amérindiens aient été éblouis par les techniques de leurs envahisseurs : « Ma flèche ne tuerait-elle pas ? Qu’ai-je besoin de vos pistolets ? », déclarait un chef pawnee lors d’une des premières rencontres de son peuple avec les Européens. Quant à cette science et à l’enseignement qui sert à la transmettre, ils eurent tôt fait de s’en défier aussi. Dès le XVIIIe siècle, l’Assemblée des six nations indiennes refusait d’envoyer leurs enfants dans les écoles des envahisseurs : « Plusieurs de nos jeunes gens ont été jadis élevés dans vos collèges. Ils furent instruits de toutes vos sciences mais, quand ils nous revinrent, ils n’étaient absolument bons à rien. » D’autres particularités, plus inquiétantes encore, semblaient caractériser les nouveaux venus. Leur avidité insatiable a d’abord étonné les peuples qui ignoraient l’usage de la monnaie. En outre leur propension au mensonge, leurs tromperies et leurs trahisons répétées témoignaient de leur extraordinaire indignité. De même leur cruauté gratuite, les Blancs tuent parfois « simplement pour le plaisir de tuer ». Les peuples amérindiens furent tout aussi étonnés d’observer l’acharnement au travail de leurs envahisseurs, leur fébrilité industrieuse d’insectes. Telles apparurent dont les dispositions de ce peuple étrange : Une ingéniosité technique tout à fait remarquable, mais pour le moins inutile, et souvent nuisible ; une folie bien particulière associant délire d’enrichissement et d’accumulation, cruauté sadique et propension habituelle au mensonge ; enfin une organisation sociale extravagante fondée sur le travail, scandaleusement inégalitaire, et si foncièrement ennemie de la liberté que chacun y était serviteur d’un maître, lui-même esclave. (La folle histoire du monde de Michel BOUNAN).

Tous ces anciens peuples ont été vaincus et, dans leur grande majorité, exterminés. Les armes et les techniques modernes ont eu raison de ces civilisations. Le monde est devenu une immense colonie européenne, la simplicité volontaire a été rayée de la surface du globe, la Biosphère commence à souffrir intensément.

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ACV Coca Cola !

 L’analyse du cycle de vie ou ACV est une notion apparue aux Etats-Unis en 1969. Il ne s’agissait pas d’une découverte de théoriciens de l’écologie, mais d’une problématique stratégique initiée par l’entreprise Coca-cola : faut-il mettre la boisson dans une bouteille de verre ou lui préférer le plastique ? On avait pour la première fois comparé non seulement les coûts de fabrication respectifs, mais aussi l’énergie utilisée, la disponibilité des matières premières et la possibilité de recyclage après usage. La comptabilité environnementale s’est alors développée, elle permet désormais de comparer, pour chaque produit fabriqué, les gaz à effet de serre qu’il génère tout au long de sa vie, la pollution de l’air et de l’eau, le décompte des ressources naturelles utilisées, l’impact sur la biodiversité, le coût du traitement ou de la mise en décharge du déchet qu’il devient. Mais l’ACV ne mesure ni la toxicité pour l’homme, ni l’impact sur les paysages, ni le bruit et les odeurs émises, ni surtout l’utilité réelle du produit.

Coca-Cola avait donc découvert en 1969 que les contenants en plastique sont plus respectueux de la Biosphère une fois pris en compte l’essence utilisée pour rapatrier jusqu’aux lignes d’embouteillage le verre consigné. Depuis, les bouteilles plastiques ont conquis le monde entier et le pétrole qui sert à les fabriquer s’épuise. Alors la solution est simple, ajoutez toujours au calcul de l’ACV la démesure de nos besoins actuels, buvez de l’eau et non du coca cola, et vous économiserez la Biosphère.

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de la Boétie

Les textes anciens et inoubliables sont rares. Le texte d’Etienne de La Boétie (éditons arléa, 2007), publié pour la première fois en 1576 est un joyau rare. Extraits :

 

« Comment il peut se faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a de pouvoir de leur nuire sinon tant qu’ils ont vouloir de l’endurer, qui ne saurait leur faire mal aucun sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que le contredire (…) Plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur donne, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient  et deviennent toujours plus forts. Si on ne leur donne rien, si on ne leur obéit point, ils demeurent nus et défaits, et ne sont rien, sinon que, comme la racine n’ayant plus d’aliment, la branche devient sèche et morte (…) Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps, sinon qu’il a plus que vous tous : c’est l’avantage que vous lui faites pour vous détruire. D’où a-t-il pris tant d’yeux dont il vous épie si vous ne lui donniez ? Combien a-t-il tant de mains pour vous frapper s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, d’où les a-t-il s’ils ne sont les vôtres ? (…) »

 

Même le régime démocratique a pour La Boétie ses insuffisances : « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns ont le royaume par élection du peuple ; les autres par la force des armes ; les autres par succession de leur famille. Pour dire la vérité, je vois bien qu’il y a entre eux quelques différences, mais de choix, je n’y en vois point, la façon de régner est toujours quasi-semblable. Celui à qui le peuple a donné l’Etat devrait être, ce me semble, plus supportable, et le serait n’était que, dès lors qu’il se voit élevé au-dessus des autres, il délibère de n’en bouger point (…) La nature de l’homme est bien d’être libre et de le vouloir être, mais sa nature est telle que naturellement, il tient le pli que l’éducation lui donne. Disons qu’à l’homme toutes choses lui sont comme naturelles, à quoi il se nourrit et s’accoutume. Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ; on ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu. »

 

Les textes nouveaux sont oubliables à 99,9 % et plus. Relisons les textes anciens inoubliables, ceux qui propagent un humanisme ouvert et nous offrent des armes pour défendre la Biosphère contre ceux qui l’agressent.

  

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humanisme et anthropocentrisme

L’écologie profonde est un renversement copernicien. Dans nos civilisations occidentales saturées de sentences bibliques  (« Remplissez la terre et l’assujettissez  » ordonne la Bible dans la Genèse), le changement de perspectives se heurte à des verrous rouillés au fil des siècles. Pourtant les recherches et découvertes scientifiques  montrent l’unité du monde vivant. Alors, dans un premier temps, ne retenons de l’écologie profonde, que l’exercice de décentrement. Nous plaçons l’homme au centre, voyons ce que cela donnerait de ne pas l’y mettre, de le remplacer par le phénomène de la vie. Supposons-nous gestionnaire de forêt. Pour bien des sylviculteurs, une forêt n’est une usine à bois. Voici que nous croisons, rencontre toujours émouvante, un chevreuil. Et voici que nous nous demandons : après tout, à qui appartient cette forêt ? A l’homme seul ou aussi au chevreuil, à la fourmi, au perce-neige ? N’y a-t-il pas des titres de propriété à partager ? Ce sentiment ou cette réaction induirait un type d’aménagement  auquel nous ne pensions pas, une plus forte sensibilité à la préservation de la faune et de la flore, une démarche pour ce qui deviendrait un véritable humanisme. En somme, prenons l’écologie profonde pour ce qu’elle est une méthode pédagogique qui vaut le détour.

En effet, devons-nous absolument choisir : l’homme OU la nature ?  Sommes nous condamnés à humanisme = anthropocentrisme ?  L’homme ET la nature est-ce vraiment la catastrophe ? Un humanisme  incluant le respect des formes de vie non pour leur utilité immédiate mais parce qu’elles existent et que nous sommes tous, humains et non humains, dans la même galère de l’Evolution,  est-il impossible par essence ? 

Relisons Claude Levi-Strauss pour qui notre  humanisme est « dévergondé » : « …Que règne, enfin, l’idée que les hommes, les animaux et les plantes disposent d’un capital commun de vie, de sorte que tout abus commis aux dépens d’une espèce se traduit nécessairement, dans la philosophie indigène, par une diminution de l’espérance de vie des hommes eux-mêmes, ce sont là autant de témoignages peut-être naïfs, mais combien efficaces d’un humanisme sagement conçu qui ne commence pas par soi-même mais fait à l’homme une place raisonnable dans la nature au lieu qu’il s’en institue le maître et la saccage sans même avoir égard aux besoins et aux intérêts les plus évidents de ceux qui viendront après lui. » (« Le regard éloigné » Plon, 1983)

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l’IDD de l’UE

Une tentative d’indicateur de développement durable :

 

Quelques 300 participants étaient attendus à la conférence « Beyond GDP » (au-delà du PIB, mesurer le progrès, la richesse et le bien-être véritable des nations). Cette conférence, organisée par la Commission européenne, en collaboration avec le Parlement européen, le Club de Rome, le WWF et l’OCDE, devait  avoir lieu du 19 au 20 novembre 2007. Un atelier d’experts organisé avant la conférence devait se pencher sur les difficultés communes présentées par l’identification d’indicateurs en complément du PIB. Il en existe plus de 600 au total. L’objectif était d’aboutir à une série d’indicateurs de prospérité économique et de santé environnementale qui soient aussi clairs et attirants que le PIB, à la fois pour le public et les décideurs. » [Source : L’environnement pour les Européens, n° 28 (septembre 2007) édité par l’Union européenne]

 La Biosphère attend toujours la médiatisation des résultats. Entre-temps, Sarko peut discourir ! 

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d’accord avec Sarko ?

Extrait de la conférence de Sarkozy (8.01.2008) : Croissance, changer notre instrument de mesure.

« C’est avec la même volonté de mettre en oeuvre une politique de civilisation que je souhaite engager une réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives. Car, si nous restons prisonniers de la vision restrictive du PNB (Produit national brut), nous ne pouvons pas espérer changer nos comportements et nos façons de penser. Si les critères, les indicateurs de la richesse restent les mêmes, comment allons nous changer notre façon de produire et de réfléchir ? (…) Si nous voulons favoriser un autre type de croissance, il faut changer notre instrument de mesure de la croissance.

 

« Là encore, la France veut donner l’exemple en prenant l’initiative de réunir un groupe d’experts internationaux de haut niveau pour réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale et du PNB et à la meilleure manière de les surmonter pour que la mesure du progrès économique soit plus complète. Pour qu’elle prenne mieux en compte les conditions réelles et la qualité de vie des Français qui n’en peuvent plus de l’écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu et des difficultés croissantes qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne. Deux prix Nobel d’économie qui ont beaucoup travaillé sur ces questions ont accepté de conduire cette réflexion. Amartya Sen a accepté de m’apporter ses conseils et Joseph Stiglitz de présider le comité d’experts. »

 

Dans la même conférence, Sarkozy estime qu’il faut « un changement profond dans notre civilisation, dans son rapport à la nature, dans l’idée qu’elle se fait de sa responsabilité vis-à-vis de la planète ». La Biosphère aurait donc un nouvel adepte, un élu-philosophe qui prône l’écologie profonde et qui est au sommet d’un Etat !!! Mais c’est un leurre, Sarko n’est pas écolo.

 

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urgence planète terre

Comme le problème du réchauffement climatique est de ceux dont la solution impliquerait plus d’efforts et de sacrifices que nous ne pouvons en imaginer, comme il apparaît que l’effort maximal de chacun serait impuissant à prévenir la tragédie, nous sommes tentés de couper le lien entre l’information et notre réaction. Nous regardons, mais nous ne voyons pas. Nous écoutons, mais nous n’entendons plus.

 

Dans son essence, la dénégation procède de la nécessité, pour les gens dépendants, de s’interdire de discerner un lien entre leur comportement de dépendance (fumeurs, alcooliques…) et ses conséquences destructrices. Or nous sommes devenus dépendants de la conquête de la planète, c’est pourquoi nous refusons de voir qu’elle est destructrice, c’est pourquoi nous trouvons à nos actions des justifications raffinées, c’est pourquoi nous accueillons avec hostilité ceux qui nous avertissent des conséquences de nos actes, c’est pourquoi nous les soupçonner d’intentions subversives. Quand les destructions deviennent quand même évidentes à nos yeux, la résignation s’installe. Mais ce rempart du refus n’est pas impénétrable, dans une démocratie la volonté politique est une ressource renouvelable.

 

Ainsi parle Al Gore dans son livre Urgence planète Terre. Il conserve la conviction qu’il faut faire de la sauvegarde de l’environnement l’épine dorsale de notre civilisation. Cela signifie « s’engager dans un effort pour que chaque décision et chaque traité, chaque loi et chaque institution, chaque tactique et chaque stratégie, en un mot tous les moyens soient employés pour sauvegarder et préserver notre système écologique ». La Biosphère applaudit de ses mains innombrables. Le problème, c’est que les êtres humains sont leurs propres ennemis, et en même temps leurs seuls alliés.

 

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charbon de terre

Les centrales thermiques au charbon se multiplient en Chine. Les générations futures s’affolent : « Au secours ! ». La Biosphère en larmes : « Dieu ne viendra pas à votre secours ».

 

Le charbon de terre a été utilisé très tôt en Angleterre en remplacement du charbon de bois. Dès le XVIe siècle se crée à Londres un « Coal Exchange » géré par les marchands de charbon. En 1800, le monde produit 10 à 15 millions de tonne. Puis l’extraction s’amplifie à partir de la fin du XVIIIe siècle avec la machine à vapeur et les besoins de coke pour les hauts fourneaux. En 1865, la production britannique est déjà de 100 millions de tonnes. A la veille de la seconde guerre mondiale, le charbon s’est généralisée et on en extrait de l’ordre du milliard de tonnes. Le cap des 5 milliards de tonnes est dépassé en 2003 malgré une consommation de pétrole qui dépasse celle du charbon depuis 1967. La consommation des pays émergents, en particulier la Chine, pousse la production à 5,8 milliards de tonnes en 2005. Mais le monde ne dispose plus que de quelques deux siècles de réserve et la combustion de charbon entretient fortement l’émission de gaz à effet de serre et bien d’autres pollutions.

 

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Soif d’eau !

Les humains devront vivre avec des pénuries d’eau, et pourtant ils ne sont pas les seuls à avoir besoin d’eau. Quand on pense aux autres espèces animales et végétales, notre boulimie en eau devient un sacrilège.

 

Pour l’humanité il y a déjà deux mondes. Le nôtre, les pays riches dans lequel le manque d’eau réduit la qualité de la vie et entame la compétitivité économique ; et le monde en développement où, quand les pluies cessent, les populations meurent de faim. C’est ainsi que le directeur de l’eau au ministère espagnol de l’environnement résumait le premier Forum international sur la sécheresse qui s’est achevé le 20 juin 2007 à Séville. On sait en effet que l’humanité sera bientôt confrontée à des sécheresses plus fréquentes, plus longues, plus sévères. Les gouvernements n’y sont pas préparés, les populations encore moins. Il est vrai que nous avons cru pouvoir toujours prélever de l’eau sans limites, mais il n’y a jamais de toujours et il y a des limites. L’espèce homo sapiens entre dans une zone d’incertitudes où les solutions du passé ne fonctionnent plus. Il faudra arbitrer les priorités entre usagers, redéfinir les droits d’accès à l’eau entre urbains, industriels, agriculteurs (qui consomment à eux seuls 70 % de l’eau douce). Pour inciter aux économies, il faudra augmenter le prix de l’eau pour qu’il reflète la rareté croissance, cesser de subventionner les cultures dispendieuses en eau… En fait la difficulté consiste maintenant pour les humains à mettre au moins autant d’ingéniosité à apprendre à vivre de façon équilibrée avec des ressources limitées en eau qu’ils en ont mis à la maîtriser pour la gaspiller.

 

Bien entendu le dessalement de l’eau de mer n’est pas une solution !

 

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Cyclope n’y voit qu’à moitié

« Cyclope », la société d’études et de conseils spécialisés sur les marchés internationaux de matières premières, fait référence. Le rapport 2007 affirmait que la rareté sera le moteur de la hausse qui a propulsé le baril de pétrole pas très loin de 80 dollars en 2006, à 100 dollars fin 2007. La tonne de nickel à 50 000 dollars et le boisseau de maïs à 4 dollars.  Tous les produits se sont appréciés récemment, à l’exception des produits tropicaux puisque la Chine n’est pas intéressé par le café et le cacao. C’est en effet la croissance échevelée ded pays émergents, la Chine en tête, qui aspire goulûment le cuivre de Zambie, le charbon d’Australie, le coton du Burkina Faso, les emballages et les vieux papiers à recycler de l’Europe, le pétrole d’Angola, etc. Les Australiens n’ont pas assez investi dans leurs ports pour répondre à la demande chinoise en matières de minerais ? Les cours du fret maritime explosent. Les projets de mines en Nouvelle-Calédonie se heurtent à des oppositions environnementales ? Le cuivre atteint des sommets. Le réchauffement climatique et la mode des biocarburants raréfient les céréales ? Le prix du maïs fait le bonheur du Midwest et la détresse des consommateurs mexicains d’une tortilla en hausse de 80 %.

 

Philippe Chalmin, fondateur de Cyclope s’alarme : « Je me fais du souci pour le défi alimentaire qui nous attend, car l’homme aura encore besoin de 1 700 calories pour survivre. » Mais Cyclope préfère clore sont rapport sur le marché de l’art, bon critère paraît-il des perspectives d’avenir. Le portrait d’Adèle Bloch par Klimt adjugé pour 135 millions de dollars, foutaises ! L’art est un très mauvais indicateur des véritables richesses. Il n’existe aucun critère objectif de la vulgarité ou de la distinction, il n’y a aucun sens à donner à une œuvre artistique, il n’y a ni passé ni avenir dans le domaine de l’art pour l’art. Par contre un baril de pétrole à 400 euros bientôt, et la face de la Biosphère en sera changé.

 

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faim de plomb

Même quand le recyclage est possible, la Biosphère ne peut fournir plus que ce qu’elle possède ; elle a été pillée par les générations présentes, les générations futures s’en souviendront amèrement…

 

Dans la course à la hausse du prix des matières premières, le plomb a sans contexte le maillot jaune : entre janvier et juillet 2007 le prix du métal mou a doublé. Alors qu’il se traînait à 500 dollars la tonne jusqu’en 2003, il a atteint 3505 dollars le 20 juillet. Il est pourtant handicapé par ses inconvénients sanitaires, on ne peut en effet sous-estimer les dangers de saturnisme et de cancer. La directive européenne entrée en vigueur le 1er juillet 2006 limite son emploi dans les produits électriques et électroniques. Mais la demande continue de croître de 2 % chaque année depuis 2003, tirée par les batteries et les piles qui représentent 71 % de la production (12 % pour les pigments, 6 % pour les munitions…). La fringale des pays émergents pour l’automobile et l’électricité, et donc pour les batteries ne va rien faire pour atténuer cette évolution.

 

Plus généralement les matières premières sont entrées dans une spirale inflationniste qui ne pourra que s’accroître au fil des années avec la raréfaction de la ressource. Vu la consommation actuelle, les réserves de plomb sont estimées selon les sources entre 44 et 47 années, pas beaucoup plus que les réserves de pétrole ! Les plus grands gisements se trouvent aux États-Unis, en Australie, en Russie et au Canada. Affectée par la considération des effets toxiques du plomb, la production minière a légèrement baissé depuis 2003.

 

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anchois et thonailles

Pour trancher entre les amis de pêcheurs et les amis des poissons, Bruxelles s’appuie sur la loi de la nature que dévoile l’analyse scientifique. Contre cette loi, les intérêts particuliers ne peuvent s’exprimer, sauf à remettre en question l’intérêt des générations futures. La Biosphère a toujours raison, même quand c’est le président Sarkozy qui promet un assouplissement des quotas de pêche en disant ce genre de connerie : « On ne peut plus avoir d’un côté les scientifiques, de l’autre les pêcheurs. La pêche est globale et les premiers à défendre la ressource sont les pêcheurs »..

 

Revenons sur le passé. Comme en 2005 et 2006, la Commission européenne avait décidé la fermeture de la pêche à l’anchois dans le golfe de Gascogne le 29 juin 2007. Le 1er juillet, les marins pêcheurs bloquaient des ports en Loire-Atlantique et en Vendée. Dans le même temps à Marseille, des thoniers manifestaient pour protester contre les règles plus strictes de capture du thon rouge qui interdisent la thonaille, filet maillant dérivant haut de 7 à 8 mètres et d’une longueur comprise entre 3700 m et 9260 m. Sur la pêche à l’anchois, l’avis du Comité scientifique de la pêche (CSTEP) était pourtant clair : « La quantité de poissons adultes reste très basse. Le stock d’anchois est bien en dessous des niveaux de sécurité biologique puisque le volume des captures a été très bas cette année ; il s’agit d’ailleurs principalement de poissons âgés qu’il importe de protéger, chacun d’entre eux revêtant une grande importance pour le renouvellement du stock, ces adultes étant la seule chance de reproduction l’année suivante ». Pour le Comité des pêches de La Turballe, comme les anchois ne vivent que trois ans, on pourrait « pécher les plus vieux qui de toute façon vont bientôt mourir. » Admirez la contradiction des deux discours !

 

La sur-pêche met en péril la ressource, et l’avis des mécontents ne pourra faire changer les données objectives  de raréfaction de la ressource halieutique. Les amis des poissons sont les amis des pêcheurs, le contraire n’est malheureusement pas vrai.

 

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irréversibilité ?

Les scientifiques préconisent une approche écosystémique de la pêche, c’est-à-dire une considération du stock et de tous les autres éléments de son écosystème, nourriture disponible, prédateurs, interaction avec l’intensité de la pêche… Mais pour que les humains participe à la gouvernance en cogestion avec la Biosphère, il faudra bien que leur pression actuelle sur  les écosystèmes diminue de façon plus que proportionnelle à la diminution des ressources.

 

Le rapport de la FAO sur la situation mondiale des pêches a été publié en mars 2007. L’exploitation des poissons libres continue son déclin, 95 millions de tonnes en 2004 et 93,8 millions en 2005. La moitié des stocks marins est à la limite de la surexploitation, un quart est surexploité, un quart seulement présente encore un potentiel de progression. Des groupes d’espèces voient leur survie menacée, en particulier les poissons des grandes profondeurs, ainsi que certaines familles de requins et de grands poissons migrateurs. Une étude publiée dans Science (novembre 2006) suggère que si rien ne change, la quasi-totalité des espèces péchées verraient leurs effectifs diminuer dramatiquement d’ici 2048. En effet, quand un stock est gravement atteint, la situation devient souvent irréversible. C’est ainsi le cas de la morue (cabillaud) de Terre-Neuve, dont la population s’est effondrée en 1992 et qui ne se reconstitue pas malgré un moratoire.

 

L’aquaculture de son côté progresse, avec 45,5 millions de tonnes en 2004 et 47,8 millions de tonnes en 2005. Ce secteur augmente en moyenne de 8,8 % depuis 1970, un rythme soutenu.  Mais là aussi le taux maximum de croissance semble avoir été atteint : saturation des lieux d’exploitation possible et dépendance d’une grande partie de l’aquaculture à l’égard des petits poissons péchés en mer pour nourrir des carnivores.

 

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Es-tu piquiste ?

Si nous ne devons pas tous piquistes, l’espèce humaine obtiendra ce qu’elle mérite … Les humains ont dépassé le pic pétrolier et bien d’autres pics de matières premières indispensables à notre vie dans la Biosphère. La VIe conférence de l’ASPO (Association pour l’étude du pic pétrolier) a eu lieu à Cork les 18 et  19 septembre 2007. James Schlesinger, secrétaire d’Etat américain à l’énergie du gouvernement Carter, avait donné le ton : « Nous sommes tous piquistes maintenant. Conceptuellement, la bataille est terminée, les piquistes ont gagné, vous avez mis tout le monde d’accord ».

 

Le pic de production est le moment où le débit de l’extraction de pétrole atteint un maximum. Il se produit à peu près quand la moitié des réserves a été exploitée. Il peut être repoussé jusqu’à ce que 60 % des réserves aient été extraites, rarement plus sur un gisement donné. Le processus est le même sur l’ensemble des gisements. L’Aspo estime que le pic pétrolier est atteint en ce moment, il le sera de toute façon avant l’an 2010. Alors la rareté dont on aura conscience va faire bondir les prix. Mais le pétrole est indispensable pour notre alimentation (engrais, pesticides, gaz oil…), pour notre chauffage, pour nos déplacements. Sa pénurie va donc entraîner des désagréments en chaîne : récession économique, inflation, déficits commerciaux, chômage, déficits budgétaires, asphyxie des villes, explosion des inégalités, famines ici et là. D’ailleurs James Schlesinger pense, côté changement climatique, qu’il n’y a plus qu’à prier parce que les Chinois construisent deux centrales à charbon par semaine et qu’ils n’ont pas vraiment l’intention de s’arrêter.

 

De plus il n’y a pas d’alternatives au moteur à combustion interne qui équipe plus d’un milliard de véhicules sur le globe. Les carburants liquides CTL (Coal to liquid) ou le GTL (Gas to liquid) offrent des perspectives limitées en raison de leur très mauvaise efficacité énergétique et de la menace qu’ils font peser sur le  climat ; les agrocarburants font concurrence avec la production alimentaire ; l’électrification reporte le problème sur la production d’électricité sans parler du problème des batteries. Pourtant le Los Angeles Times n’a jamais cité depuis un an le terme « peak oil » ! (pour en savoir plus, les excellents articles d’Emmanuel Broto dans le n° 44 du mensuel La décroissance)

 

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compensation carbone ?

Le greenwashing n’a plus de limites dans la société actuelle, ce n’est pas ainsi que la Biosphère va être sauvée.

 

Pour s’installer au volant d’un véhicule de plus de 9 CV, il suffirait de débourser 70 euros en achetant auprès des magasins Nature & Découvertes une carte de compensation carbone (Lemonde du 4.01.2008). On nous explique que l’association Climat Mundi, dont l’activité s’exerce au sein du processus défini par le protocole de Kyoto, va participer avec l’argent récolté au financement d’un projet hydroélectrique en Chine. Même si ce principe est reconnu par l’ONU, il ne reste que très « théorique » et ne permet pas de transformer un véhicule brûlant une ressource fossile en véhicule neutre en CO2. En effet, une centrale productrice d’électricité ne fait qu’ajouter une autre source d’énergie pour l’activité humaine, elle ne peut séquestrer les gaz à effet de serre émis non seulement par le véhicule, mais aussi toutes les émissions générées par ce surcroît d’énergie. De plus on sait qu’un barrage est une source de détérioration du milieu et de perturbation de la biodiversité. Je sais bien que l’économie, en additionnant un mal plus un autre mal dans le PIB mondial, voudrait nous faire croire que c’est en définitive un bien qui contribue à la croissance.

 

Mais une pollution reste une pollution, il est dangereux pour la planète de faire croire au conducteur d’une automobile qu’il possède un véhicule propre.

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Comment agir ? Sur l’offre !

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mieux vaudrait que le carbone reste sous terre. Mais à Bali (13ème conférence de l’ONU sur les changements climatiques), la rencontre est venue confirmer l’inconséquence des décideurs et des parties prenantes. Il est sidérant de constater que les acteurs politiques et les représentants du monde associatif présents à Bali ont la même vision réductrice de l’état d’urgence engendré par les gaz à effets de serre. Dans le dernier rapport du GIEC de novembre 2007, il est préconisé que les pays industrialisés divisent par 20 leurs émissions de gaz à effet de serre. Or, cela fait plus de cinq ans que les stratèges du climat préconisent une simple réduction par quatre pour ces pays-là. Comment expliquer ce négationnisme de l’urgence ? Déni, aveuglement, lâcheté ? Aux sommets de La Haye en 1998, à Marrakech en 2001, à Johannesburg en 2002, les mêmes mots sont ressassés : « pas décisif », « grande avancée », « processus volontariste ». Mais les ravages des dérèglements climatiques s’amplifient.

 

Une meilleure façon de concevoir un plan climat serait de s’intéresser aux extracteurs d’énergies fossiles et aux sources de l’offre énergétique, plutôt qu’aux émetteurs et à la demande. Kyoto avait cette ambition folle de contenir les émissions de milliards de personnes, de tous les conducteurs individuels d’automobiles, de toutes les industries mondiales. Par contre dans les pays producteurs, le pétrole est généralement nationalisé, cela reviendrait à ne devoir négocier qu’avec les gouvernements. Nous réduirions ainsi le nombre d’interlocuteurs à convaincre de plusieurs milliards à une douzaine. En se maintenant dans le paradigme de réduction des émissions de gaz à effets de serre par la limitation de la demande, les négociations sont passées à côté du paradigme décisif de la décroissance de l’extraction des ressources fossiles.

 

Prenons l’exemple d’une personne en partance pour un long voyage, en plein dilemme, seule face à sa conscience d’écocitoyen. Cet individu doit partir en Amérique Latine : prend-t-il ou ne prend-t-il pas l’avion ? Du côté de la demande, il y a deux manières de croire que l’on est vertueux : on peut ne pas prendre l’avion, mais il décollera certainement quand même. On peut aussi s’acheter une indulgence : compenser son émission excessive de gaz à effet de serre en payant quelques arbres, en contribuant à la reforestation de pays dévastés. Ce genre de « compensation carbone » est un luxe que seuls les très riches peuvent se permettre et cela n’a pas d’impact immédiat, ni même réellement efficace sur l’absorption de CO2.

 En revanche une mesure réellement effective serait envisageable du côté de l’offre, en réussissant à convaincre un pays producteur comme l’Arabie Saoudite de modérer sa vente. Si elle consentait à ne plus produire que 9 millions de barils par jour, au lieu des 10 habituels, cela constituerait une réduction équivalente d’émissions de gaz à effet de serre. L’offre de pétrole diminuerait, par conséquent, les prix augmenteraient ce qui garantirait un revenu en pétrodollars à peu près équivalent pour l’Arabie Saoudite. Cette mesure alternative aurait prise sur le réel, et c’est ce qui a cruellement manqué à Bali.

Yves COCHET (Mathématicien, ancien Ministre de l’Environnement, Député de la 11e circonscription de Paris)

 

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délices de Capoue

La production d’un litre d’agrocarburant  peut contribuer à l’effet de serre jusqu’à deux fois plus que la combustion de la même quantité de combustible fossile. C’est ce que démontre Paul Crutzen, prix Nobel de chimie 1995 pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone (revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions). Aux grands naïfs que nous sommes, on nous faisait valoir qu’un agrocarburant était neutre pour le climat, on ne relâchait dans l’atmosphère que le carbone préalablement absorbé par la plante. Cette présentation occulte les émissions de protoxyde d’azote (N2O) dues à l’agriculture intensive. Ce gaz issu de la dégradation des engrais contribue 296 fois plus à l’effet de serre que le CO2. Le GIEC estimait le taux de conversion de l’azote des fertilisants en N2O à environ 1 %, aujourd’hui P.Crutzen le situe entre 3 et 5 %. Ainsi la combustion de diesel issu de colza contribue de une à 1,7 fois plus au réchauffement que l’utilisation d’une énergie fossile. La seule  culture qui aurait un bilan acceptable est la canne à sucre, mais seulement si on ne prend pas en compte la déforestation qui, de son côté, contribue aussi à l’augmentation de l’effet de serre.

 

Rappelons que sur cette planète, certains brûlent encore des bouses de vache pour faire la cuisine. L’énergie n’est pas gratuite, elle se vole dans les poches de plus en plus vides de la Biosphère. Les délices de Capoue ont toujours une fin…

 

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cauchemar automobile

D’un coté les humains veulent bien mettre en œuvre le plus lentement possible le protocole de Kyoto, de l’autre ils accélèrent tout ce qui peut nuire au climat. La Tano, la voiture la moins chère du monde, a été présentée devant plus de 1200 journalistes, un nombre plus important que les simples lecteurs du site biosphere en dix jours. Mais quand les journalistes s’intéresseront enfin à la Biosphère, la face du monde en sera changé !

 

Après la Logan, la Tata Nano. L’Inde fait de la surenchère par rapport à Renault, le constructeur Tata veut commercialiser une voiture à 1700 euros dès septembre 2008. Produite dès 2005 en Roumanie (capacité de 150 000 véhicules) et commercialisée dans huit pays d’Europe de l’Est, la Logan à 5000 euros de Renault fut un succès avec 40 000 commandes en trois mois, le double des prévisions. Les classes moyenne émergentes, c’était un marché si prometteur ! L’Inde ne possède que 8 véhicules pour 1000 habitants. A quand le même taux d’équipement qu’en Allemagne, 450 pour 1000 habitants ? Le constructeur indien table aujourd’hui sur 250 000 ventes les premières années pour atteindre ensuite l’objectif annuel d’un million de véhicule. Le quotidien Lemonde (12.01.2008) envisage déjà les risques pour l’environnement. La vitesse moyenne d’un véhicule à New Delhi est passée de 27 km/h en 1997 à 15 km/h en 2002. Les embouteillages vont devenir un vrai casse-tête et les émissions de gaz à effet de serre vont exploser.

 

 L’Indien Rajendra Pachauri, président du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) a même déclaré que la Tata Nano allait devenir un « cauchemar pour l’environnement ». Pourtant le succès du salon automobile de New Delhi, où a été présenté la Tano, confirme l’émergence de l’Inde comme constructeur automobile. C’est le  commencement de la fin…

 

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