Barbara Pompili fera-t-elle mieux que Hulot ?

Le 6 juillet 2020, Barbara Pompili est nommée ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Jean Castex. Elle avait adhéré aux Verts en 2000, elle était chargée des relations avec la presse pendant la campagne présidentielle de 2002 de Noël Mamère, candidat de écologie politique. Barbara a une vertu première, elle a été longtemps proche du plus radical de nos institutionnels écolos, Yves Cochet. Durant cinq années, elle travaille avec lui en tant qu’assistante parlementaire, fonction qu’elle définit comme son métier. Elle le soutient lors de la primaire présidentielle écologiste française de 2006 et le présente comme son « père politique ». Voici ce que nous avons déjà dit de Barbara Pompili sur notre blog biosphere :

– La députée Barbara Pompili avait posé en 2012 une question écrite au ministre de l’Éducation nationale sur la pratique de l’espéranto : « L’usage de cette langue est reconnu pour son intérêt dans les échanges entre les peuples et son action en faveur de l’amitié transnationale. L’apprentissage de l’espéranto est également considéré comme relativement aisé, notamment pour les jeunes. C’est pourquoi je demande s’il est envisagé que l’espéranto puisse devenir une option facultative au baccalauréat. » Le ridicule de la réponse officielle qui laisse penser à une infériorité de l’espéranto sur le bambara laisse pantois. Notre mère la Terre a pourtant besoin de l’élaboration d’un langage commun aux humains.

– Le jeudi 23 janvier 2014 les débats de l’assemblée nationale sont consacrés à la « niche » des écolodéputés, seul jour dans l’année où le groupe peut présenter ses propres propositions de loi en séance. Barbara Pompili, avec Eva Sas et François de Rugy soutienent la modification de la loi organique relative à la programmation et à la gouvernance des finances publiques visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse

– Yannick Jadot ne digère pas que Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse quittent EELV le 11 février 2016 pour devenir ministres, les accusant d’« instrumentaliser l’écologie politique à des fins d’ambition personnelle ». François Hollande suit le préceptes de son mentor François Mitterrand en son temps, diviser les écologistes pour mieux régner. Sont nommés les transfuges suivant, ceux qui passent à l’ennemi, ceux qui rejoignent un gouvernement socialiste qui a amplement démontré depuis quatre années son penchant anti-écolo : Ministre du Logement et de l’Habitat durable : Emmanuelle Cosse, ex-patronne d’EELV ! Secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification : Jean-Vincent Placé, ex-président du groupe EELV au Sénat. Secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité : Barbara Pompili, ex-porte parole d’EELV à l’Assemblée nationale

Début 2016 la toute nouvelle secrétaire d’Etat à la biodiversité, l’ex EELV Barbara Pompili, s’est crue obligée de défendre un amendement gouvernemental mettant en pièces le principe du pollueur-payeur. A lire l’exposé des motifs de l’amendement, le but de l’exécutif était clair : éviter, est-il écrit, « un risque juridique excessif » pour les milieux économiques. Un quasi copié-collé de la position du Medef, qui lors de l’examen au Sénat disait craindre « des risques juridiques pour les entreprises ». Tout est dit, le gouvernement socialiste de François Hollande est à la botte de l’appareil productif.

– 16 mai 2017, lendemains de la présidentielle. Pendant les cinq années à venir, l’enjeu est de pouvoir coopérer avec le nouveau président de la République . Macron a été déjà rejoint par beaucoup d’écologistes, de gauche, de droite ou du centre, Jean-Paul Besset, Barbara Pompili, Corinne Lepage, Serge Lepeltier, etc. Leur raisonnement est de faire avancer la cause écologiste à l’intérieur du parti dominant. Ce point de vue est respectable, surtout à l’heure où l’écologie diffuse dans tous les partis. L’ensemble des citoyens de ce monde est censé être ou devenir écologiste puisqu’il s’agit d’envisager les moyens de vivre en équilibre durable avec les possibilités de la biosphère.

₋ législatives de juin 2017, EELV paie ses divisions et est balayé un seul de leur candidat est en passe d’être élu … il n’avait pas à affronter un candidat d’En marche ! Le symbole de cette hécatombe est la défaite de Cécile Duflot dans la sixième circonscription de Paris, arrivée en troisième position. Seuls surnagent les écologistes qui ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron. François de Rugy a obtenu 45,34 % des voix et Barbara Pompili arrive aussi en tête avec 40,70 % des voix.

– juillet 2019. Sous le poids des affaires, François de Rugy vient de démissionner de son poste de ministre de la social-écologie. Barbara Pompili, l’une des parlementaires LREM les plus proches de François de Rugy, avec qui elle avait été élue sous les couleurs d’Europe Ecologie-Les Verts en 2012 : « Je ne peux pas comprendre cette légèreté dans la gestion des moyens publics destinés à l’exercice du mandat parlementaire ».

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7 réflexions sur “Barbara Pompili fera-t-elle mieux que Hulot ?”

  1. Quand remaniement rime avec reniement… Les débats parlementaires sur le troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR 3), suspendus suite à la démission du gouvernement, vont reprendre prochainement. Alors que Barbara Pompili portait un amendement ambitieux sur les éco-conditionnalités, elle a finalement fait le choix de rétro-pédaler pour cosigner un amendement au ras des pâquerettes, vide de toute ambition écologique, quand les rumeurs de remaniement sont devenues concrètes !

    23 milliards d’euros sont en jeu et pourraient être alloués aux secteurs automobile et aérien, sans qu’aucune contrepartie ne leur soit demandée.

  2. Lors de la passation des pouvoirs le 7 juillet, la ministre de la transition écologique s’est engagée à œuvrer pour que l’écologie devienne « l’affaire de tous les membres du gouvernement ». Or on sait déjà que très peu de motivation écologique agite tous ces ministres.
    D’ailleurs le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son deuxième rapport annuel le 8 juillet observe que la France n’est toujours pas sur la bonne trajectoire pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, jugeant que « les actions climatiques de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux ni de ses objectifs ». Depuis le premier rapport du HCC publié en juin 2019, chaque ministère devait publier sa feuille de route climat − cet engagement pas encore mis en œuvre !
    On ne peut rien attendre d’un gouvernement « business as usual » à l’image de Macron, plus intéressé par faire plaisir aux chasseurs ou aux avionneurs qu’à l’urgence climatique.

  3. – «Macron a été déjà rejoint par beaucoup d’écologistes, de gauche, de droite ou du centre […]. Leur raisonnement est de faire avancer la cause écologiste à l’intérieur du parti dominant. Ce point de vue est respectable, surtout à l’heure où l’écologie diffuse dans tous les partis.»

    Quelle cause écologiste ? Qu’elle est cette écologie qui diffuse dans tous les partis ? Quelle est cette écologie qui anime Barbara Pompili ? Il faudrait peut-être arrêter l’hypocrisie, la question écologique est d’abord une question économique. L’écologie qui intéresse la plupart des partis et des personnages politiques est avant tout électorale et «de marché» (free-écology).

    – «C’est tout de même compliqué d’être conservateur, néolibéral, productiviste… et écologiste. On le voit avec l’évolution de Nicolas Sarkozy sur le sujet, ou la négligence absolue de François Fillon.» (Simon Persico, interview pour Mediapart)

  4. Pourquoi ne ferait-elle pas mieux que Hulot ? On fera le bilan dans peu de temps. En attendant, puisque on veut comparer regardons le bilan du ministre Hulot.
    NDL, est-ce vraiment lui ? Et le glyphosate, la biodiversité, le nucléaire, etc. Toutefois nous pouvons le remercier pour les leçons que nous devons tirer de sa collaboration. Une fois de plus on a vu les limites d’un ministre de l’écologie dans un gouvernement qui promeut le libéralisme. Hulot nous a montré ses réelles capacités à changer les choses, son véritable pouvoir. Avec ses joies et ses larmes il nous a surtout révélé que le ministre de l’écologie n’est avant tout qu’un comédien. Un comédien ou un clown peu importe dont le rôle est de distraire les écolos de tous bords. Dans ce Show, un(e) bon(ne) ministre de l’écologie se reconnait à sa capacité de distraire, amuser, abuser etc. d’une façon naturelle. Quand c’est à l’insu de son plein gré, là c’est le top.

    1. Justement, pour ce qui est de nous amuser, ressortons déjà cette photo qui avait amusé le Net en 2014. Alors que les députés devaient trancher sur le projet de loi sur la transition énergétique, Barbara Pompili et Cécile Duflot roupillaient à l’Assemblée. Oh pardon, elles faisaient une «micro-sieste», qu’elle a dit, Barbie.
      Ben rien que ça, moi ça me plait ! Démocratiser la sieste, à l’Assemblée et partout, pour moi l’écologie commence là. 🙂

  5. Barbara Pompili a porté une loi pour la reconquête de la biodiversité promulguée le 8 août 2016, qui a notamment introduit la notion de préjudice écologique dans le code civil. Depuis juin 2017, comme présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale, elle a pu aussi se familiariser avec les protagonistes de nombre de dossiers. Elle doit maintenant transcrire dans la loi et la politique gouvernementale les propositions de la convention citoyenne pour le climat. Elle devient numéro 3 du gouvernement Castex et hérite d’un vaste périmètre intégrant la thématique du logement, cruciale pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
    J’espère que Barbara Pompili fera son job, dira ses 4 vérités sur l’urgence écologique et se fera virer, comme les deux premières ministres de l’écologie l’ont été sous le gouvernement Ayrault (PS).

    1. Barbara Pompili connaît les difficultés qui l’attendent. Elle dénonçait, dans une interview au Monde en mai 2016 l’influence des « lobbys » de la chasse et de l’agriculture intensive. Elle a signé le 22 juin dans Libération une tribune contre le développement des projets de mégacentres de tri du e-commerce. Barbara Pompili a derrière elle un parcours de militante antinucléaire. Lors de sa réélection en 2017, elle met sur pied une commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des centrales nucléaires. Elle affirmait n’être « pas d’accord » avec Emmanuel Macron sur le fait que le nucléaire est une énergie d’avenir. Or elle sera la ministre de tutelle des principaux groupes du secteur, EDF et Orano (ex-Areva). Elle s’est également opposée au projet Cigéo de stockage de déchets nucléaires de longue durée à Bure (Meuse). La filière nucléaire risque d’accueillir fraîchement la nouvelle ministre.

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