Bienvenue dans le monde « offline »

Nous sommes passés du règne du divertissement au règne de la distraction. Une distraction perpétuelle, délétère, notamment pour les enfants et les adolescents. Ce tsunami d’images et de vidéos dans lequel nous vivons peut provoquer une forme d’écœurement, de vacuité émotionnelle. Anxiété, troubles du sommeil, isolement, attention en miettes, dépression… Les symptômes de notre addiction collective aux réseaux sociaux sont largement documentés. Et si on débranchait tout ? Clubs de marche, de lecture et expériences d’ascèse low-tech se multiplient pour socialiser dans la « vraie vie ». .

Séverine Pierron : Les smartphones sont des machines de distraction massive. Si tout le monde semble être vampirisé online, ce sont la « gen Z » et les millennials qui font preuve de la plus grande lucidité face au phénomène. Les expériences pour kiffer la vie offline et socialiser « IRL » (pour in real life, « dans la vraie vie ») se multiplient dans les grandes villes. Pour éviter tout scrolling intempestif, il est même possible de glisser son smartphone dans une boîte fermée à clé, à l’entrée de l’événement. Lors d’une reading party, on était venue lire son bouquin en silence ; l’invité spécial de cette après-midi studieuse était Carl Honoré, l’auteur d’Eloge de la lenteur, un best-seller en 2004 qui prône la « slow life ».

A rebours des sites de streaming qui proposent des millions de morceaux, les bons vieux baladeurs MP3 ne contiennent qu’une sélection réduite de titres – et surtout, avec eux, zéro notification ou boucle de messages pour nous déranger. Les ventes d’iPod ont grimpé de 30 % ces deux dernières années – pas mal pour un objet sorti en… 2001. L’« analog bag » est un sac fourre-tout rempli de trucs révolutionnaires pour ne pas s’ennuyer sans son écran, comme des carnets à dessins, une boîte de puzzle, des sudokus, un nécessaire de tricot… Pour réduire son screen time (« temps d’écran »), il existe des applis (Opal ou Jomo, par exemple) qui brident le temps passé sur les réseaux. Mais le Graal de nos apprentis néoluddites reste le dumbphone, soit l’inverse du smartphone (dumb signifie « idiot », en anglais) – un téléphone réduit à ses plus simples fonctionnalités, sans accès au Web.

Dans notre monde tyrannisé par les algorithmes, savoir se déconnecter est désormais valorisé et désirable.

Le point de vue des écologistes débranchés

– C’est bien, mais c’est comme l’écologie individuelle, ça ne remet hélas pas en cause le système global qui lui continuera à vendre ses smartphones comme il continue à polluer. Il faut que les luttes soient aussi et surtout politiques.

Les luttes ne deviennent politiques que s’il y a des individus pour porter le truc : l’État n’est jamais en avance, il ne fait que s’adapter avec retard aux changements individuels.

– « offline » ça signifierait simplement pas de compte Instagram, Facebook, Tik-Tok, pas d’achats en ligne, pas de réservation de billets ou de spectacle via Internet, voire même pas d’Internet du tout.

En tout cas la photo argentique m’incitait autrefois à être plus réfléchi. Maintenant j’empile des milliers de photos que je n’aurai même pas le temps de regarder.

– Et le livre ? Cet objet qu’on peut amener partout… et même chez soi !!!

Débranché, club de marche, club de lecture. On les a ces foutus mots ! Tjrs obligé de le dire en anglais alors qu’on est pas fichu d’aligner 2 phrases correctes.

– Allez, une solution simple….déconnectez vous des réseaux non pas 28 jours (off friday), mais 365. Et restez calmes, ça va bien se passer.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

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6 réflexions sur “Bienvenue dans le monde « offline »”

  1. -« C’est bien, mais c’est comme l’écologie individuelle, ça ne remet hélas pas en cause le système global qui lui continuera à vendre ses smartphones comme il continue à polluer.
    Il faut que les luttes soient aussi et surtout politiques. » (un écolo débranché)

    Je suis content de voir qu’il en reste encore quelques uns qui réfléchissent encore.
    Comme quoi, même si le monde est foutu, et que Machin avait raison… il ne faut jamais désespérer. 😉

    1. – « le Graal de nos apprentis néoluddites reste le dumbphone, soit l’inverse du smartphone (dumb signifie « idiot », en anglais) – un téléphone réduit à ses plus simples fonctionnalités, sans accès au Web. »

      Tiens, voilà que je découvre que c’est grâce à mon dumphgone que je suis moins con que la moyenne.

  2. esprit critique

    Divertissement, distraction, détente, amusement… moi je ne suis pas contre.
    Et si tout ça pouvait nous permettre de nous cultiver… Et pourquoi pas !
    Mais vu que les mots n’ont pas le même sens pour tout le monde (ex. gauche, droite, vessie, lanterne etc.) je pense qu’il convient d’abord d’éclaircir les choses.

    – « Retour sur l’étymologie des mots
    Le mot divertir vient du latin divertere, détourner. Le premier usage de ce mot fut « détourner, soustraire à son profit » puis plus largement, « détourner quelqu’un de quelque chose ; faire que ses pensées se tournent ailleurs ; éloigner en écartant ». Ce premier sens explique la défiance de Pascal ou de Malraux. Le divertissement est un détournement intentionnel. […]
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que divertir devient synonyme d’amuser, sens dominant aujourd’hui. Au détour intentionnel d’attention à des fins intéressées se substitue une vision plus neutre du divertissement qui a pour fonction de détendre, distraire, comme une fin en soi. Rien n’interdit alors à ce que cet amusement permette de se cultiver. [etc.] »
      (Culture et divertissement, faut-il s’en distraire ? dominiquesagotduvauroux.wordpress.com)

      L’article du MONDE parle de cette nouvelle mode, l’ « offline ».
      Je parierais qu’elle nous vient des States… En tous cas j’adooore les anglicismes !
      Si ON fait partie des gens branchés, ON dit offline. Les ploucs et les ringards eux, ils sont tout connement et tout naturellement débranchés. La nouvelle mode chez les branchés, ce sont donc ces nouvelles «thérapies», de groupe, pour se désintoxiquer de ce put. de Smartphone. (à suivre)

      1. Parti d'en rire

        (suite) Le traitement consiste à se retrouver à quelques un(e)s, sur le bord de la Seine où n’importe où, et là ON se débranche. Et puis ON marche et ON papote, et plus si affinités, pendant une heure ou deux. Et le tour est joué, l’affaire réglée.

        Le Walking Club (Le premier Club de Marche de Paris) est donc très à la mode.
        Avec le T-shirt qui va bien et la casquette assortie (voir leur site) vous ferez de suite partie du club. Le club des branché(e)s débranché(e)s.

        -« Tu viens danser mon gros minet ? C’est pas beau ça, hein ? Moi le paysan, je me fais plein de parisiennes. […] C’est chouette les clubes. C’est chouette les clubes […]
        Tu viens Léon allez viens. Attends que je finisse mon whisky et tout. [etc.] »
        ( C’est chouette les clubes – Ticky Holgado 1974 )

        1. Culture et misère

          Ticky Holgado…. ah ça oui c’était du divertissement. Et même de la grande culture !
          Mais quand même pas au niveau de celle d’aujourd’hui. Et là je ne sais pas pourquoi je pense à cet amuseur public, celui qui s’est fait viré de France 2 il y a quelques années, et qui dernièrement règle ses comptes avec cette chanson digne de remporter l’Eurovision… Delphine. Voilà donc ce qu’est la culture.
          Et pour dire à quel point ON racle le fond, l’ «artiste» ose même se présenter comme le «porte-voix» des Français oubliés . Misère misère !
          – Patrick Sébastien révèle son candidat favori à la présidentielle de 2027 : « Une alternative intéressante » (ladepeche.fr/2026/05/01)

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