Un article du MONDE qui montre à quel point l’engagement écologique réel est un véritable sacerdoce qui exige une mentalité d’acier… et un bon carnet d’adresses.
Marine Miller : Rien ne prédisposait ce diplômé de Sciences Po Paris à se retrouver sur un bateau de pêche. Arnaud Gilles a arpenté pendant cinq ans les salons des COP en tant que porte-parole de l’organisation non gouvernementale (ONG) WWF : Glasgow, Charm el-Cheikh, Montréal, Dubaï et Cali. Il y faisait ce qu’il nomme aujourd’hui de l’« écologie de salon ». « Les COP, raconte-t-il, c’était lunaire. Petits fours, costards, tu cales des rendez-vous, tu joues un rôle, tu parles aux journalistes. Moi, j’étais une courroie de transmission, j’essayais de porter les sujets qu’on défendait ».
En 2025, Arnaud quitte les cercles politiques parisiens pour se former au lycée maritime de Sète et passer son CAP de matelot. « J’étais arrivé au bout d’un cycle, je comprenais tout le décalage qu’il y avait entre cette écologie des élites et le quotidien des gens, en particulier des classes populaires ». Sur le chalutier Marie-Galante amarré à Port-en-Bessin-Huppain (Calvados), Arnaud, 31 ans, est matelot. Ses journées s’étirent, en fonction des marées, de 12 heures à 22 heures. Il se sent un peu cassé. Il jette un coup d’œil à ses mains. Abîmées, entaillées, rougies. Des mains de travailleurs. Ses genoux sont douloureux. Sans parler du dos, sur lequel il se colle des patchs antidouleur chauffants depuis trois semaines. Comme les autres marins, il carbure aussi au Nurofenflash. Toujours mieux que ceux qui tournent à l’héroïne. Son corps, explique-t-il, n’avait pas vraiment été préparé à ce travail intense et répétitif : « Je n’ai plus de temps ni d’espace pour réfléchir, je suis dans une sorte de grande machine à laver, où je pense surtout à l’économie de mes gestes. Ne pas me faire mal, ne pas perdre de temps. Je n’ai plus le temps d’intellectualiser ce que je fais. »
Cette bifurcation n’est pas sans rappeler celle que d’autres ont commencée avant lui. Des jeunes très diplômés, souvent ingénieurs, qui ont déserté les entreprises ou des « jobs destructeurs » pour inventer une nouvelle façon de vivre et de travailler. Mais en avril, Arnaud partira avec la Fondation Tara Océan dans les eaux du Pacifique, avec une équipe scientifique chargée d’étudier les coraux résistants au réchauffement climatique. La bifurcation « reste un geste inégalitaire »
La mesure phare d’Arnaud Gilles s’il était président de la République : « Des quotas de pêches prioritaires pour la pêche artisanale française, qui représente 60 % de l’emploi et 80 % des navires. Comment est-il possible qu’on se soit laissé bouffer par la pêche industrielle ? »
Le point de vue des écologistes idéologues
Ainsi va le monde, on en connaît un certain nombre qui ont été encartés à la GP ( Gauche Prolétarienne) et qui sont devenus Inspecteur Général de L’éducation Nationale… C’était l’époque juste après mai 68 de la montée du marxisme dont les plus chauds militants on été intégrés et bien digérés par le système thermo-industriel. L’abondance nourrit le « toujours plus ». Aujourd’hui se sont les jeunes engagés pour le climat qui vont bientôt structurer les instances économico-politiques pour gérer la pénurie et la montée des guerres pour les ressources. La période de confinement où on ne pouvait plus se déplacer librement et où on revenait aux achats de première nécessité nous a donné un avant-goût de ce que va être bientôt le vécu de nos générations futures : la sobriété dans tous les domaines.
Ce n’est pas la volonté des humains qui dictent nos comportement, mais l’état des ressources naturelles dont dépend notre genre de vie. Pour K.Marx, les forces motrices de l’histoire sont à chercher dans l’organisation « matérielle » des sociétés, c’est-à-dire pour lui dans la façon dont elles produisent leurs richesses. C’était une critique de l’idéaliste Hegel pour qui la dialectique (le changement social) est issu du mouvement des idées. Il faut attendre l’année 1971 qui marque un véritable tournant analytique. C’est Howard Odum (Environment, power, and society, 1971) qui fait observer que dans la combinaison « homme, esprit, énergie », c’est la source d’énergie et non l’inspiration humaine que, en dernière analyse, fixe les limites du progrès humain.
Mais c’est Malthus qui a posé clairement le problème de base posé à toute réflexion rationnelle : les ressources de la planète sont limitées, l’humanité ne peut donc croître indéfiniment en nombre. Ce prêtre anglican est donc un précurseur de l’écologie, terme qui n’a été créé qu’en 1866 par Ernst Haeckel.
Lire Thomas Robert MALTHUS, penseur de la finitude
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Infrastructure matérielle au sens marxiste… et écolo
extraits : K.Marx avait raison d’accorder aux conditions matérielles d’existence un statut explicatif de l’infrastructure idéologique et politique. Mais ce faisant il n’a considéré que le facteur travail et capital, oubliant le fondement strictement matériel qui sous-tend à son tour l’existence des sociétés humaines : l’état des ressources naturelles. C’est Bertrand de Jouvenel qui a le mieux explicité cette nouvelle perception dans son livre publié en 1968 « Arcadie, essai sur le mieux vivre » : « Nous faisons preuve de myopie lorsque nous négligeons de nous intéresser à l’entretien et à l’amélioration de notre infrastructure fondamentale : la Nature. Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. …
Planification de nos besoins, une nécessité
extraits : « Comment bifurquer » : un manuel de Cédric Durand et Razmig Keucheyan en 2024 pour planifier la transition écologique, une des premières tentatives de théoriser une planification. Contrairement à la planification indicative de la France des années 1960 ou la planification impérative de l’Union soviétique, elle n’aurait pas pour objectif de produire plus, mais plutôt de produire moins, en fonction des besoins, dans le respect des limites planétaires. ...

Puisqu’il ne mérite pas qu’ON lui accorde la moindre importance, c’est Monsieur Barthès qui de dit (11 mars 2026 à 22:45)… oublions Marx, et Hegel n’en parlons pas. Nous ne retiendrons donc que les idées et les enseignements de Malthus, le seul et le premier… à avoir vu juste, tout compris, précurseur de l’écologie, etc. etc.
Toutefois je pense qu’il est toujours bon de savoir qu’il n’était pas le seul ni le premier.
– Malthus avant Malthus. Concepts et comportements prémalthusiens dans la France d’Ancien Régime (Jacqueline Hecht – persee.fr 1994)
Et pas seulement en France. Nous avons aussi un prémalthusien italien :
– Un démographe prémalthusien au XVIIIe siècle : Giammaria Ortes (Hans Overbeek – persee.fr 1970)
Ainsi qu’un prémalthusien … chinois : Hong-Liang-Ki (1746-1809).
Ou Hong Liangji (voir Wikipédia). En 1793 il rédige son traité «Opinions».
Dans lequel un passage aurait pu être écrit par Malthus. Mais la suite je ne pense pas…
Extrait : « La population augmente plus vite que les moyens de subsistance. II n’y a personne qui n’aime être sujet en temps de paix, de paix durable surtout, et une paix de cent ans peut être considérée comme durable. Pendant cette époque, Ia population a quintuplé en trente ans, décuplé en soixante ans et a augmenté vingt fois en cent ans ou un peu plus [etc. etc.] »
(Un prémalthusien chinois : HONG-LIANG-KI (1746-1809) – jstor.org)
Reste à voir si ce n’est pas lui qui aurait, par hasard…. inspiré Mao et Deng Xiaoping. 🙂
C’est quand même incroyable que l’on continue à accorder à Marx une telle importance alors que tous les pays qui se sont inspirés de ses théories ont conduit leur peuple à la dictature.
A un moment il faut ouvrir les yeux et regarder les choses telles qu’elles sont. Il a écrit de gros livres très intellos mais finalement pour aller en impasse avec des conséquences terrifiantes.
Allons allons, un peu de sérieux Monsieur Barthès ! Je vous l’ai pourtant déjà dit, ce n’est pas comme ça que vous allez faire recette. Parce que le plus incroyable (invivable, ingérable etc.) dans cette affaire, c’est qu’ON puisse encore afficher un antimarxisme aussi primaire.
Alors que Marx a été l’objet d’innombrables études et analyses.
Dites nous Monsieur Barthès, qui donc a bien pu inspirer Mao pour la mise en place de la politique de l’enfant unique en Chine ? Marx peut-être …
Il n’est absolument pas primaire cet antimarxisme, il est tout à fait raisonné et Dieu sait pourtant comme on a voulu m’en faire avaler du Marx tout au long de mes études.
Ce qui a inspiré Mao pour la politique de l’enfant unique ? Oh très simple : la catastrophe qu’avait engendré la politique inverse (du même homme !) quelques décennies avant et qui conduisait la Chine vers une ingérable explosion démographique. Quant à ce qui lui a permis de le faire, tout simplement la dictature, une spécialité … des marxistes.
Oui bon, je vois très clairement qu’ON ne risque pas d’en sortir.
– « Karl Marx en faveur de la décroissance! L’affirmation surprend. Marx a toujours été associé à la primauté du développement des forces productives. Mais la relecture de l’œuvre de Marx par le japonais Kohei Saito l’amène à remettre cela en question dans son livre Moins! La décroissance est une philosophie, un succès de librairie publié dans 12 pays. »
( Vive la décroissance! (Karl Marx, revisité) – 2025/06/20 par Pierre Dubuc – lautjournal.info )
Extraits de l’article de Pierre Dubuc :
– « … en 1881, virage à 180 degrés. Dans une lettre à Véra Zassoulitch, Marx affirme clairement que l’analyse historique présentée dans Le Capital est strictement limitée à l’Europe occidentale. Il soutient qu’il n’est pas nécessaire de détruire les communes rurales restantes en Russie en poussant à la modernisation, qu’au contraire, en Russie, ces communes peuvent devenir des bases importantes de résistance contre un capitalisme qui ne cesse de s’étendre et tente de couvrir le monde entier. […]
Qu’est-ce qui a amené Marx à ce retournement? Selon Saito, c’est, au départ, l’étude de l’épuisement des sols causé par « l’agriculture spoliatrice » de son contemporain, le chimiste Justus von Liebig. […]
Pendant toute sa vie, l’être humain ne cesse de travailler la nature. Il produit. Il consomme. Il rejette. Cette interaction cyclique avec la nature est ce que Marx appelle le métabolisme matériel entre l’être humain et la nature. [etc.] »
Tolstoï, contemporain de Marx, a lui-aussi vivement critiqué le Capitalisme.
Et comme Marx, et bien d’autres, ses idées ont évoluée au fil du temps.
– « Son aspiration à montrer par son propre exemple la possibilité de se libérer du matérialisme, imposé par la société moderne, pousse l’auteur à modifier son mode de vie, et ainsi aller à l’encontre des valeurs de son milieu et de sa famille, pour finir sa vie en nomade, laissant derrière lui son domaine familial. »
( « Léon Tolstoï, précurseur de la décroissance » – Anna Lushenkova Foscolo –
vetagro-sup.hal.science )
– « Ils sont devenus une figure à part entière du monde du travail contemporain : ceux qu’on appelle les « déserteurs » ou encore les « bifurqueurs ». Il s’agit de jeunes diplômés des grandes écoles, vainqueurs de la compétition scolaire, qui tournent le dos à de futures carrières confortables. » (Le refus de la performance chez les jeunes diplômés, loin d’être une histoire de classes supérieures – Le MONDE 19 février 2025)
– « A l’aube d’une carrière professionnelle qui doit durer désormais plus de 40 ans, nombreux sont ces jeunes diplômés des grandes écoles, souvent issus de milieu favorisé, qui ne peuvent concevoir leur engagement professionnel comme une simple participation à ce capitalisme d’Europe occidentale, comme le décrit Bruno Amable (les cinq capitalisme, 2005) » (Les « bifurqueurs », ces diplômés qui changent de métier pour donner du sens à leur vie – tiradentes-geographie.com/2024/12/11)
Arnaud Gilles est un exemple, parmi tant d’autres, de ces jeunes promis à un «bel avenir» et qui plantent tout. Pour aller vivre simplement, à la campagne, faire pousser des chèvres et garder les choux. Ras le bol de cette vie de petit bourgeois !
Celui-ci a préféré la mer et la pêche, artisanale. Des goûts et des couleurs ON ne discute pas.
Et en même temps, Arnaud Gilles est un exemple, parmi tant d’autres, de ces militants fatigués, désillusionnés, dégoûtés. Trop c’est trop, il y a des limites à tout ! Ras le bol de cette « écologie de salon », plein le cul de toute cette hypocrisie ! C’est grave Docteur ?
Aujourd’hui bien connu, cet état s’appelle ça le burn-out militant. Il touche ceux qui ont trop donné, sans compter, trop ferraillé, trop fait semblant, trop avalé de couleuvres etc. Et tout ça juste pour y avoir trop cru, tout connement.
– Burn-out militant: comment repenser l’engagement sans s’épuiser au combat?
(mediascitoyens-diois.info/2025/09
Chez ceux-là s’observe également ce besoin de raconter. De le faire savoir, de le crier haut et fort. Ces gens là veulent être compris, tout simplement.
Écrire un livre peut être alors considéré comme une forme de psychothérapie.
En attendant, Arnaud se contente d’interviews. Et après tout, si ça peut lui faire du bien… Et puis comme il dit, c’est toujours mieux que ceux qui tournent à l’héroïne.