L’institut Varieties of Democracy publie chaque année un rapport sur l’état global de la démocratie et analyse les tendances actuelles. Paru en mars 2026, il établit que seulement 7 % de la population mondiale vivait dans une démocratie libérale au 31 décembre 2025, contre 17 % en 2005.
Staffan Ingemar Lindberg : Nous assistons à l’effondrement de l’ordre international, désormais, des autocrates agissent à leur guise, sans même chercher à sauver les apparences. Depuis 2000, 85 pays ont connu au moins un épisode d’autocratisation, soit près de la moitié des États du monde. Ce recul, inédit, touche des pays très différents, pas même la France, où le Rassemblement national pourrait remporter la prochaine élection présidentielle. Ce parti appartient à la famille des formations d’extrême droite, nationalistes, réactionnaires et illibérales qui, une fois au pouvoir, sapent les institutions démocratiques.
Les autocrates s’inspirent du système mis en place par Vladimir Poutine. Tout commence par les médias : les journalistes sont menacés, intimidés, voire assassinés. Les groupes de presse sont repris en main par le pouvoir, ou confié à des oligarques qui refaçonnent le paysage médiatique. Parallèlement, la liberté académique est attaquée. L’objectif est de saper la notion même de vérité, la désinformation jouant ici un rôle central.
Dans un second temps, la société civile est réprimée. La priorité devient la prise de contrôle du système judiciaire et de l’appareil d’État. Dans ce cadre, les tribunaux, comme les cours suprêmes et cours constitutionnelles, jouent un rôle décisif. Le scénario idéal pour un dictateur consiste à organiser des élections formellement libres et équitables, dans lesquelles tout le monde – du moins une majorité – vote pour lui, soit parce que les électeurs ont été bernés par la désinformation, soit sous l’effet de l’intimidation. Les dirigeants qui recourent à la torture se sentent désormais moins contraints par les conventions internationales.
Trump a pu s’appuyer sur le Projet 2025 [un plan d’action ultraconservateur élaboré par la Heritage Foundation], dont la moitié des propositions a été mise en œuvre dès la première année. Les conséquences sont majeures. Les Etats-Unis représentaient plus de la moitié du financement mondial consacré aux droits de l’homme et à la démocratie. L’une des premières mesures de l’administration Trump a été de mettre fin à l’Usaid, l’agence américaine pour le développement international. Puis il s’en est pris à la National Endowment for Democracy [NED, Fondation nationale pour la démocratie]…
Le point de vue des écologistes politistes
Qu’est-ce qui est le plus démocratique quand on peut mettre la démocratie à toutes les sauces : LFI et le RN disent tous deux représenter le peuple. Arrivés au pouvoir, ils diront que c’est eux le peuple ! En fait une démocratie véritable repose sur la capacité des citoyens d’être éclairés, de voter en toutes connaissance de cause des conséquences, et de savoir résister à toute action qui nie les fondements de la démocratie, à savoir l’État de droit, la liberté d’expression, l’action des associations, l’indépendance de la justice, la non-corruption des élus, etc.
La démocratie n’est jamais une donnée stable, c’est un combat.
En savoir plus grâce à notre blog biosphere
Bilan 2024. L’autocratisation de la démocratie
extraits : En 2023, 42 pays se trouvaient dans un processus d’autocratisation, soit 35 % de la population mondiale ; au 31 décembre 2023, 71 % de la population mondiale (contre 48 % il y a dix ans) vivait dans une autocratie ; Sur les 60 pays qui ont organisé des scrutins nationaux, 31 sont des autocraties ;des dirigeants autoritaires ont été renforcés par les élections, comme en Russie ; En France, l’extrême droite a pris de l’ampleur, en Allemagne l’AfD progresse ; La cerise sur le gâteau, c’est évidemment la réélection de Donald Trump aux Etats-Unis ; La situation est pire que celle que nous avons connue dans les années 1930 ; Des dirigeants qui arrivent aujourd’hui au pouvoir à l’issue d’élections relativement démocratiques mettent en œuvre un programme antipluraliste… ils sapent les médias, les journalistes, les organisations de la société civile…Quelques grandes entreprises technologiques dominent le marché et modifient les algorithmes pour générer le plus de profits possible. Il y a donc une incitation structurelle à cultiver et à diffuser davantage de désinformation, de fausses nouvelles et de théories du complot, plutôt que la vérité et une discussion honnête et respectueuse ; Ils propagent beaucoup la désinformation ; Si vous vous rendez aux urnes et que vous votez sur un mensonge, plus personne n’a de compte à rendre et il n’y a plus de mécanisme démocratique…. La vague d’autocratisation dans les années 1930 a débouché sur la seconde guerre mondiale !!!
Démocratie, guerre et/ou paix, le débat
Arne Naess :« En 1948, j’ai été invité par l’UNESCO à diriger un projet scientifique sur la controverse entre l’Est et l’Ouest à propos de la définition de la démocratie. C’était au début de la guerre froide. Les Soviétiques disaient « Nous sommes démocrates » parce que, en vertu de l’usage établi par la Révolution française, la démocratie signifiait la prise du pouvoir par les défavorisés et les opprimés. Et l’Ouest disait : « Non, cela n’a rien à voir avec la démocratie. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, dans lequel tous sont équitablement représentés. » Je suis donc allé à Paris….( extraits )
Démocratie et guerre, idéalisme et pragmatisme
extraits : La « démocratie » est un mot valise où on peut mettre ce qu’on veut. Même la pire des dictatures peut se présenter sous les oripeaux d’un vote démocratique. La démocratie est formelle dans un pays capitaliste soumis aux puissances d’argent. La démocratie n’est pas réelle dans un système marxiste où domine la dictature du prolétariat. l n’y a pas de différence ontologique qui sépare le projet démocratique des régimes autoritaires. On peut passer très facilement du populisme à la dictature, les exemples contemporains sont nombreux. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump par les urnes montre que la démocratie peut se fourvoyer. Et ce n’est pas un cas isolé…

– « Le rapport V-Dem 2026 révèle un recul démocratique mondial inédit […]
Staffan Ingemar Lindberg n’utilise pas le mot « inédit » à la légère. Dans son entretien au Monde de juin 2026, il insiste sur la rapidité du recul comme facteur le plus inquiétant. Jamais, dans l’histoire moderne, autant de démocraties ne se sont dégradées aussi vite et de manière aussi coordonnée. » (Staffan Ingemar Lindberg, politologue : « Le recul démocratique qui s’observe au niveau mondial est inédit » – france-jeunes.net 7 juin 2026)
La mutation climatique soumet nos démocraties à une épreuve historique. Le changement climatique n’est pas un problème isolé, mais un élément moteur dans une multi-crise. Nous sommes entrés dans une zone de fortes turbulences, où chaque crise nourrit les autres. La combustion massive des énergies fossiles a servi, et sert encore, à amortir les conflits sociaux dans les démocraties industrielles ou à stabiliser des régimes autoritaires rentiers.
En démocratie, la transformation ne se décrète pas d’en haut. Le climat implique la rupture, au travail, dans les quartiers, les syndicats, les associations, les collectivités : l’organisation collective autour de projets concrets et pas simplement les petits gestes quotidiens.
Le cercle vicieux, celui de realpolitik, et donc de la politique des petits gestes (surtout ne changeons rien !), le manque de projets concrets (projet de société, utopie), le manque d’organisation collective (chacun pour soi, grosse débandade), la nécessité d’une profonde rupture (décolonisation des imaginaires) … oui bien sûr, je suis d’accord avec tout ça.
Mais en attendant… qu’est-ce qu’ON fait, concrètement ?
– « En 2023, 42 pays se trouvaient dans un processus d’autocratisation, soit 35 % de la population mondiale ; au 31 décembre 2023, 71 % de la population mondiale (contre 48 % il y a dix ans) vivait dans une autocratie » (Biosphère – “ Bilan 2024 … “)
– « 7 % de la population mondiale vivait dans une démocratie libérale au 31 décembre 2025, contre 17 % en 2005. » (Biosphère – “ Bilan 2026 … “)
Que ce soit sur l’état de santé de nos démocraties … comme sur celui des dits citoyens (hausse de l’anxiété et de la peur, recul de la réflexion, montée de l’individualisme, effondrement de la confiance, etc. etc.) … comme sur le Climat, la Pollution, les inégalités, la corruption, les conflits mondiaux, les risques majeurs etc. etc. etc. les rapports se suivent et se ressemblent.
Bilan : Tout fout le camp !