bio, agro ou nécrocarburants ?

Pierre Le Hir, après des études de Lettres classiques, est devenu un journaliste scientifique du MONDE. Après un bourrage de crâne en janvier dernier sur le biofuel, Le Hir se rend compte aujourd’hui* que les agrocarburants (expression préférable à « bio »carburants) sont nocifs pour l’environnement. Il faut en effet corriger les performances annoncées par « le changement indirect d’affectations des sols ». Les cultures énergétiques, lorsqu’elles accaparent des terres agricoles, obligent en effet à déplacer les cultures alimentaires vers d’autres régions de la planète, ce qui entraîne une déforestation qui relâche du CO2 dans l’atmosphère. Au final, les agrocarburants génèrent de 81 à 167 % de gaz à effet de serre de plus que les carburants solides ! Mais Le Hir laisse croire encore à des « systèmes volontaires pour la certification de la durabilité des biocarburants ».

Non seulement on sait que toute recherche de profit empêche le volontarisme d’une gestion responsable (seul le pouvoir arrête le pouvoir), mais cette certification ne prend pas en compte le biais dénoncé plus haut. Le Hir termine par les hypothétiques carburants de seconde génération, « filières encore loin d’être opérationnelles ». La magie de la technique qui sauve est une constante de la société contemporaine et des journalistes qui la servent.

Le Hir ferait mieux de dire la vérité, la voiture individuelle est condamnée par la pénurie prévisible des carburants issus des énergies fossiles. Manger ou conduire, il faut savoir choisir. Il manque au MONDE ce petit brin d’esprit d’analyse approfondie, de synthèse ou tout simplement d’esprit critique, qui ferait que ce journal de référence soit bien au-dessus des canards que l’on distribue gratuitement.

* LeMonde du 20 juillet 2011, Le bilan environnemental global des cultures énergétiques n’est pas bon. Bruxelles s’interroge sur leur avenir.

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3 réflexions sur “bio, agro ou nécrocarburants ?”

  1. Communiqué de presse FNE
    Bruxelles vient de valider sept mécanismes volontaires pour certifier des agrocarburants vertueux. Une décision totalement prématurée selon FNE. le problème du changement indirect d’affectation des sols (CASI) n’ayant pas été résolu.
    Des critères de durabilité incomplets
    La Directive européenne sur les énergies renouvelables prévoit d’incorporer 10% d’énergies renouvelables – agrocarburants principalement – dans les transports d’ici à 2020.
    Pour s’assurer que ces agrocarburants apportent vraiment un bénéfice à l’environnement, des critères de durabilité ont été mis en place : les économies de gaz à effet de serre doivent être d’au moins 35% et ces agrocarburants ne doivent pas se mettre en place sur des surfaces actuellement en forêts ou tourbières. C’est sur cette base que la Commission européenne vient de valider les mécanismes de certification des agrocarburants « durables ».
    Mais ces critères passent sous silence un problème majeur : le changement d’affectation des sols indirect (CASI). En effet, si les agrocarburants remplacent des cultures alimentaires, rien n’empêche que ces dernières se déplacent sur des surfaces actuellement en forêt, induisant déforestation et émissions de CO2. Selon une étude de l’Institute for European Environmental Policy (IEEP), la politique européenne des agrocarburants mobiliserait dans le monde une superficie équivalente à deux fois la Belgique… au détriment des forêts et écosystèmes naturels, avec des conséquences désastreuses en matière de changements climatiques et de sécurité alimentaire.
    Une décision prématurée
    La Commission européenne devait justement se prononcer ce mois de juillet sur la prise en compte de ce CASI. Elle vient de changer de braquet, en reportant cette décision à septembre et en faisant un pas de plus pour encourager des agrocarburants… dont rien ne prouve qu’ils sont verts.
    Pour Jean-Claude Bévillard, Vice-Président de FNE en charge des questions agricoles : « Comment peut-on certifier des filières d’agrocarburants durables, alors que les règles du jeu ne sont pas encore stabilisées ? Une fois de plus, on met la charrue avant les bœufs et on fonce tête baissée sans se préoccuper des conséquences alimentaires, environnementales et sanitaires des agrocarburants ! »
    Découvrez un clip d’animation pédagogique pour comprendre le changement indirect d’affectation des sols (CASI)
    En savoir plus sur le rapport de l’IEEP (en anglais)

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