biocides : la revanche du vivant

L’espèce humaine attaque le vivant, les autres formes de vie  se défendent. Deux articles du MONDE en témoignent. Non seulement les agents pathogènes résistent aux antibiotiques (tueurs de bactéries)*, mais les adventices (« mauvaises herbes ») résistent aussi aux  herbicides**. Dès 1962, Rachel Carson*** nous avait avertis à propos du DDT : « Vouloir “contrôler la nature” est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal (…) Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue (…) La démarche de pulvérisation (de DDT) semble nous entraîner dans une spirale sans fin. Les insectes, en effet, dans une splendide confirmation de la théorie darwinienne de la “survie du plus adapté”, ont évolué vers des super-races immunisées contre l’insecticide utilisé ; il faut donc toujours en trouver un nouveau, encore plus meurtrier. » Rachel Carson n’a pas été écoutée. Pourquoi ? Rachel Carson donnait déjà la bonne explication il y a cinquante ans :

« Les grandes sociétés de produits chimiques subventionnent abondamment les recherches sur les insecticides dans les universités ; il en résulte des bourses agréables pour les étudiants, et des postes intéressants dans les laboratoires. Personne, au contraire, ne fournit d’argent pour améliorer des méthodes biologiques qui n’offrent pas les fortunes promises par l’industrie chimique. Ceci explique pourquoi, contre toute attente, certains entomologistes se font les avocats des méthodes chimiques ; une rapide enquête permet en général de constater que la poursuite de leurs recherches dépend de la générosité des sociétés de produits chimiques. Nous ne pouvons espérer les voir mordre la main qui les nourrit. » Ce raisonnement vaut autant pour les entomologistes que pour les bioingénieurs qui défendent les OGM ou même les syndicats dans le nucléaire qui défendent leur réacteur dernière génération. Nous sommes victimes de l’impérialisme de la technoscience qui manipule depuis des années les travailleurs et les politiques. Le système actuel est un pari faustien, nous sommes gagnants à court terme, au prix d’une tragédie à long terme.

En 2010, les infections d’origine alimentaire ont touché 48 millions d’Américains, entraînant 128 hospitalisations et quelque 3000 décès. La grande herbe à poux s’est cuirassée à l’action du Roundup et environ 200 adventices ont développé ces dernières années des résistances  à toutes sorte d’herbicides. Concluons avec Rachel Carson, la pionnière de l’écologie scientifique et politique : « Nous voici maintenant à la croisée des chemins. Deux routes s’offrent à nous, mais elles ne sont pas également belles. Celle qui prolonge la voie que nous avons déjà trop longtemps suivie est facile, c’est une autoroute, où toutes les vitesses sont permises, mais qui mène droit au désastre. L’autre, le chemin le moins battu, nous offre notre unique chance d’atteindre une destination qui garantit la préservation de notre terre. »

* LE MONDE du 18 novembre 2011, Les animaux d’élevage malades des antibiotiques.

** LE MONDE du 18 novembre 2011, Les avantages lié aux végétaux tolérants aux herbicides ne sont pas pérennes.

*** Le Printemps silencieux de Rachel Carson (Wildproject, édition française 2009)

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