BIOSPHERE-INFO : spécial « éducation à l’écologie »

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L’éducation à l’écologie

En France, l’éducation à l’environnement a fait son entrée officielle dans le système scolaire grâce à une circulaire du ministre de l’Education nationale le 29 août 1977.

La charte de l’environnement de 2005 a été inclus dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte. »

En 2006, le pacte écologique de Nicolas Hulot est signé par la plupart des candidats pour la présidentielle 2007 : « L’ensemble des programmes et activités scolaires du primaire aux cursus supérieurs, devront être progressivement réformés dans leur contenu afin qu’y soit intégré l’enseignement des connaissances permettant de comprendre pourquoi ce qui a fonctionné jusqu’à présent cesse d’être valide, ainsi que des notions de base sur le fonctionnement de la nature. »

En 2017, le futur président de la République devrait lancer, dès la nomination de son gouvernement, un grand chantier d’éducation pour comprendre la crise écologique, l’évaluer, l’anticiper et la gérer. C’est aussi important pour notre avenir que l’éducation aux principes de la démocratie, aux mécanismes économiques ou aux règles de bonnes conduites les uns avec les autres.

Voici quelques indications complémentaires envoyées par un de nos correspondants, Alain Armagnac.

introduction

Les observations et les recherches à but éducatif sur nos relations avec la nature et la planète ne sortent pas du néant. Elles ont de grands précurseurs comme Aristote qui, dans son lycée d’Athènes, « enseignait en se promenant » pour montrer à ses élèves combien le système naturel semble destiné à élever les humains vers la pensée et l’intelligence ; Epicure qui les exhortait à ne satisfaire que les désirs naturels dans une vie frugale et sans excès ; La Boétie pour qui la nature « nous a donné à tous la Terre comme demeure » et que de ne pas la respecter risque de nous « dénaturer » ; Descartes qui faisait du monde « une horlogerie de haute précision » à ne pas dérégler ; Jean Jacques Rousseau qui préconisait « une éducation selon la nature » et, plus prés de nous, Fernand Braudel qui démontre que nous sommes tous et depuis toujours, dans «le  dialogue sans fin de l’homme avec son milieu ».

L’étude du milieu

Après la Seconde Guerre mondiale, des enseignants et animateurs de l’éducation populaire s’adonnèrent, dans les écoles laïques, les centres aérés et, plus tard, dans les classes de découvertes, à des études du milieu avec les jardins scolaires, les stations météo, les petits élevages, les herbiers, les collections de roches et d’insectes, la taxidermie pédagogique, l’observation des mares, des ruisseaux et des bords de mer, la construction de cabanes et d’objets, les jeux de pleine nature.

Ainsi, petit à petit, les enfants découvrent que, comme l’abeille, l’homme vit en société, que cette société est, en fait, un système complexe de relations qui constitue une véritable chaîne écologique, celle de l’humanité, tant il est vrai que l’écologie est l’étude des relations existant entre les différents êtres vivant sur la Terre et des équilibres qui en découlent et que, l’école, au point de convergence des générations passées, présentes et futures, est un maillon important de cet écosystème social.

L’initiation à l’environnement

Cette prise de conscience par de nombreux enseignants poussera le ministère de l’éducation nationale à créer des classes de nature à la montagne, à la mer et à la campagne pour pratiquer des actions éducatives d’initiation à l’environnement dans des classes transplantées où les enseignants et leurs élèves trouvent l’encadrement adapté aux dominantes pédagogiques des lieux de vie choisis pour leur caractère remarquable et où se trouve, le plus souvent, un enseignant détaché, chargé des mises en relations avec le milieu et de la coordination des activités.

Avec la création du ministère de l’environnement dans les années 70, des actions interministérielles prises sur son initiative, avec les services de l’éducation nationale, de l’agriculture, de la jeunesse et des sports, permettront de voir fleurir des centres permanents d’initiation à l’environnement (CPIE) dans les parcs naturels régionaux déjà créés ou en projets dans les terroirs les plus exceptionnels.

Ils seront dotés d’enseignants et d’animateurs de chaque ministère, aptes à la pratique de la pluridisciplinarité et prêts à accueillir ensemble des scolaires, des groupes associatifs et professionnels venant s’initier à l’environnement et prendre conscience des relations qui existent entre les éléments physiques, biologiques et sociaux d’un territoire, entre les savoirs pratiques de la population locale et les savoirs théoriques, entre la recherche des connaissances dans la documentation et la rencontre avec les spécialistes pour que la pensée se structure et progresse et que s’intègrent les disciplines.

La citoyenneté écologique

C’est le « défi éducatif » (art.209) que lance le pape actuel dans une encyclique de 246 articles, consacrée à l’écologie, rendue publique le 24 mai 2015 (*). Il parle de « respect de l’environnement » (art.6), de « chemin éducatif » (art.15) de « citoyenneté écologique » et «  d’éducation à la responsabilité environnementale » (art.211). Il soutient les éducateurs capables de « repenser les itinéraires pédagogiques de manière à faire grandir dans la solidarité, la responsabilité et la protection » (art.210), pour qu’ « une bonne éducation scolaire dés le plus jeune âge sème des graines qui produisent des effets tout au long de la vie (art. 213). Il considère aussi que « l’éducation sera inefficace si elle n’essaie pas de répondre au nouveau paradigme concernant l’être humain, la vie, la société et la relation avec la nature » (art. 215).

Il évoque « la conversion écologique » (art.219), « la gratitude et la gratuité » (art.220), « la sobriété libératrice »(art.223), « la préservation de l’écologie et du bien commun »(art.225) et le chemin pour « surmonter l’anxiété maladive qui nous rend superficiels, agressifs et consommateurs effrénés » (art.226). Pour lui, « la préservation de la nature fait partie d’un style de vie qui implique une capacité de cohabitation » (art.228), « la conscience que nous avons besoin les uns des autres et que cela vaut la peine d’être bons et honnêtes » (art.229) et il conclut : « Soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs » (art.246).

(*) « Laudato Si » Ed. Salvador, 103 rue Notre Dame des champs 75006 Paris – 3,90 euros

L’écologie à l’école

C’est véritablement dans les CPIE que vont se développer les approches écologiques du comportement humain car cette méthode pédagogique de l’étonnement, de la surprise, du questionnement et de l’éveil trouve son assise dans la vie du terroir par la relation directe et sensible de chaque stagiaire, le conduisant vers des activités esthétiques, poétiques, artistiques mais aussi vers les valeurs et les servitudes des réalités du milieu qu’il observe, explore et étudie, en se situant de manière lucide et responsable par rapport à son environnement habituel qu’il dégrade le plus souvent.

Les élèves pratiquent les techniques de l’observation, de l’oral, de l’ écrit et du numérique, les activités sportives de pleine nature et les disciplines scolaires mises au service de projets communs à partir de cette pédagogie de l’interrogation si motivante pour tous, prise dans une spirale formatrice qui peut pousser les élèves à acquérir des connaissances bien au-delà de leur classe d’âge.

Les enseignants qui fréquentent les CPIE et tous les lieux qui pratiquent cette pédagogie de la coopération écologique comme dimension de la citoyenneté active, préparent leurs élèves à « la découverte joyeuse et contagieuse des bonheurs partagés de la solidarité » et à « se reconnaître, en partie et progressivement, responsable du milieu dans lequel ils vivent » pour que les humains cessent d’épuiser les ressources naturelles, de créer des désordres, des dérèglements climatiques et autres, de s’imaginer se sauver alors que les choix individuels et collectifs pèsent sur la santé et l’avenir de tous quand on sait que «  la Terre est notre seul Bien commun » (*) Ainsi l’écologie devient la recherche de pratiques harmonieuses des relations sociales et avec le milieu naturel, « le minéral, le végétal, le soleil, l’air et le vent » ; l’éducation à la lecture de l’environnement et au décloisonnement des disciplines scolaires pour montrer aux élèves qu’elles servent à comprendre et à expliquer la réalité qui les entoure et à saisir toutes les dimensions de l’écologie de façon intelligente et constructive.

(*) « L’écologie à l’école » Ed. Le Scribe, 9 rue Montaigne 24200 Sarlat -10 euros-fdpc

L’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD)

Après avoir perdu, depuis le début de ce siècle, le rôle pionnier qui était le sien dans ce domaine, le ministère de l’éducation nationale vient d’introduire l’EEDD dans le Code de l’éducation (article L.302-19) comme mission de l’école et, dans une circulaire du 4 février 2015, la mise en place d’actions concrètes « permettant d’amplifier cette dynamique de manière concomitante dans l’ensemble des académies » : semaine du climat, du vélo, concours thématiques et récompenses , élections d’éco-délégués, mise à disposition d’outils pédagogiques « coin nature », attribution de labels en démarche de développement durable (E3D), formation des enseignants et des personnels d’encadrement, signature d’une convention avec la fédération des parcs naturels régionaux, partenariat avec le monde associatif, renforcement des relations avec les grandes organisations de protection de la nature et le ministère de l’écologie qui pourrait finir par se doter d’un service éducatif tant son rôle interministériel et interactif se développe et ses relations internationales s’étendent.

L’objectif auprès des 12 millions d’élèves est de faire vivre de manière concrète « les notions de solidarité, responsabilité, respect, de montrer aux jeunes qu’ils sont capables de s’engager ensemble dans des projets au-delà de leurs différences et de réussir le pari de la transition énergétique », l’éducation étant, chacun le sait, « un levier majeur pour faire évoluer les comportements et former à une citoyenneté respectueuse de l’environnement ».

Tout le système éducatif devra progressivement s’approprier  les enjeux du développement durable car « il mobilise des valeurs similaires à celles de la République, donne les moyens aux enfants et aux adultes autour d’eux d’apprendre à se respecter eux-mêmes et à respecter les autres ».