Campagne de désinvestissement des énergies polluantes

Que se passera-t-il quand les énergies fossiles seront épuisées ? L’effondrement de la société thermo-industrielle. Il n’y a pas d’autres réponses possibles. C’est pourquoi tout est fait pour éviter la sortie des énergies fossiles. Pourtant charbon, pétrole et gaz sont la première cause du réchauffement climatique et représentent 80 % des émissions mondiales de CO2 et 67 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour rester sous la barre de 2 0C de hausse de la température moyenne du globe d’ici à 2100 – l’objectif fixé par les Etats –, il faudrait renoncer à exploiter un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et 82 % de celles de charbon, soit au total 2800 gigatonnes de CO2 qui doivent rester sous terre. Une autre conception, plus scientifique, estime qu’au-delà d’une concentration atmosphérique de gaz carbonique la stabilité du climat terrestre n’est plus garantie. D’un niveau préindustriel de 350 ppm (parties par million) de CO2, il faudrait rester en dessous de 350 ppm. Nous sommes déjà parvenus à 400 ppm. Il faudrait donc immédiatement cesser toute extraction de combustibles fossiles. LE MONDE* donne deux pages à cette question, mais l’essentiel du dossier est consacré à une donnée marginale, le possible désinvestissement de l’argent placé dans les compagnies. C’est l’objectif principal de l’ONG 350.org tel qu’il est présenté. Mais ces campagnes mondialisées ne s’intéressent jamais à ce que l’on fait après avoir « désinvesti » : l’argent part ailleurs, dans une activité rentable, donc forcément éloignée des critères écolos.

Un autre article** donne la parole au Réseau pour la transition énergétique, ex Comité de liaison des énergies renouvelables (CLER). Le raisonnement de son délégué général Raphaël Claustre est irréfutable : « Le 100 % énergies renouvelables n’est pas seulement possible ; il s’imposera de toute façon un jour à la société. » Sans énergies fossiles, il faudra bien utiliser autre chose, y compris la force physique de chacun de nous. Mais éoliennes et centrales hydroélectriques ne suffiront jamais à nous fournir le niveau de confort que nous avons atteint. Alors les partisans des énergies fossiles jouent sur du velours. Ainsi Philippe Bordenave, directeur général délégué de BNP Paribas, assurant qu’une banque ne pouvait se retirer totalement du fossile : « Il faut encore que les gens se chauffent ! »

C’est là la clé du problème climatique, les besoins exprimés par nos concitoyens. S’ils allaient à pied ou en vélo à leur travail, s’ils faisaient uniquement du tourisme de proximité, s’ils ne chauffaient pas les chambres à coucher, alors nous pourrions passer en douceur à une société post-carbone. Mais ils veulent 4×4 et quads, tourisme dépaysant et climatisation généralisée. C’est pourquoi l’effondrement de la société thermo-industrielle ne se fera pas en douceur, à coup de « désinvestissement » et d’énergies renouvelables. Les partisans de la sobriété énergétique ne sont pas assez nombreux, ils sont d’ailleurs inexistants dans les colonnes du MONDE et dans les programmes politiques.

* LE MONDE du 19 mai 2015, Energies fossiles, stop ou encore
** LE MONDE du 19 mai 2015, « Le 100 % renouvelable en France est possible et s’imposera »

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5 réflexions sur “Campagne de désinvestissement des énergies polluantes”

  1. Monsieur Barthès,
    Les « frais de personnel monstrueux » qu’induiraient la multiplication des transports en commun pourraient largement être comblés sans qu’il n’y ait besoin d’augmenter ni le prix des tickets ni les impôts, si on piochait dans les portefeuilles des grands patrons milliardaires.
    Et concernant les éoliennes, des études montrent que si on remplissait le désert du Sahara de ces engins à vent, à la place de toutes ces bases militaires destinés à préparer des guerres inutiles, on pourrait démanteler toutes les centrales nucléaires tout en fournissant au monde entier une quantité d’électricité par habitant au moins égale à celle d’un pays comme les USA. Cela entrainerait une certaine hausse du coût de production, mais qui encore une fois pourrait être intégralement financée aux frais des actionnaires du CAC40.

  2. Je ne crois absolument pas à la capacité des transports en communs à se substituer aux automobiles, cela n’a pas la souplesse nécessaire et nécessite des frais de personnel absolument monstrueux. D’ailleurs aujourd’hui nous ne payons pas nos trains et nos bus avec les tickets mais bien avec nos impôts.
    Je ne vois absolument pas comment, dans ma vie, les transports en commun pourrait remplacer mon auto (je précise que je ne défend pas l’auto à tout crin, je fais tout ce que je peux à vélo)
    Il n’y aura pas d’autre solution que se transporter moins
    C’est comme pour l’énergie, on ne remplacera pas les centrales nucléaires par des éoliennes il faudra consommer moins, je crois que c’est mentir aux gens que de leur faire miroiter des solutions écolos qui seraient à confort égal. Nous devrons, de fait, changer de mode de vie.

  3. @ romulus837
    1/Vous écrivez : « vous oubliez qu’à une époque pas si lointaine cela se faisait ».
    Oui, cela se faisait. Résultat : Les gens vivaient moins longtemps et consacraient, même rapporté à l’espérance de vie, beaucoup moins de temps aux repos et aux loisirs.
    Retourner dans les années 1920, non merci!
    2/Si l’on remplaçait le transport en moteur par le vélo, le cheval ou les jambe, il faudrait pour que la hausse du temps de transports soit intégralement compensée par la baisse du temps passé au bureau, que le temps d’emploi soit réduit, non pas de seulement 30% ou 50%, mais de plus de 99,9%.
    Après, je reste d’accord au principe de réduction global des transports, mais en développant le télétravail et en baissant aussi le temps de travail, mais sans piège (que pour une heure de présence en moins à l’usine, ne s’ajoutent pas 2 heures de travail domestique), et donc sans perte de revenus par rapport au coût de la vie.
    3/la télé émet comme vous dîtes bien des conneries. C’est une tribune utilisées à outrance par les politicien idolâtrant le capitalisme.
    Mais elle transmet aussi des documentaires scientifiques et culturelles. Elle permet aussi de faciliter l’accès à l’information.
    Rapporté à l’échelle de communication, la propagande du système n’est pas un sujet plus abordé par la boîte à image que par les journaux papiers et les meetings de proximité.
    4/Concernant vos 2 dernières phrases,
    je n’ai pas bien pigé dans quel sens il fallait prendre vos propos, mais je signale que bien des progrès techniques comme l’Internet, la médecine, ou les machines automatiques permettant aux humains de moins trimer sont parfaitement compatibles avec le respect de la décroissance globale qui s’imposent.
    Il ne faut pas oublier que ceux qui consomment trop, ce ne sont pas les pauvres, ni même les classes moyennes occidentales, mais les grands patrons milliardaires. Sachant qu’un être humain sur 20 millions concentre la moitié des richesses, on peut en déduire pouvoir réduire considérablement la destruction de ressources sans s’en prendre au train de vie de l’ensemble de la population mondiale.

  4. Invite2018, vous oubliez qu’à une époque pas si lointaine cela se faisait. Cependant, sans jouer les anciens combattants, oui une période de transition pourrait passer par les transports en commun et je crois que ceci est actuellement en route. Néanmoins, les dirigeants actuels croient avoir résolu le problème par notamment ce biais. Ils se trompent lourdement car l’on sera obligé de sortir du productivisme. Il faudra donc tendre à ne travailler(dans le sens actuel) que 6H par jour ou même moins(avec un maximum de production locale), se dépenser par le déplacement et compléter sa vie par le jardinage, l’art, l’aide à autrui,…; ce qui diminuera le temps à gober la propagande, avachi devant la télé et permettra vraisemblablement de meilleures relations sociales. Vous savez, par exemple pour le transport on s’en fait une montagne….Le plus dur sera de détruire le dogme de la société techno-financière qui permet tout et n’importe quoi notamment l’innovation non contrôlée drastiquement (voir la propagande actuelle). Et on a une sacrée avance intellectuelle par rapport au sortir de la dernière guerre, quoi qu’à bien y réfléchir je ne sais pas si c’est un atout.

  5. Quand on bosse 8 heures dans la journée, et qu’on habite à 10 km de son lieu de travail, on peut difficilement envisager le trajet à vélo, encore moins à pied.
    La voiture individuelle ne pourra être remplacée que par le développement des transports en commun. C’est justement le manque cruelle de ces derniers qui contraint les gens à réclamer de rouler en 4×4.
    Il n’est pas nécessaire de priver les gens de tourisme inter-continental, étant donné que la très grande majorité des distances parcourus par les véhicules de transports de particulier se concentre de toute façon au sein même des aires urbaines.

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