anthropisation

quelle objectivité ?

De l’objectivité dans les manuels de SES

Le rapport Guesnerie, audit des manuels et programmes de sciences économiques et sociales,  regrette que « les manuels présentent des extraits de presse et documents de grands auteurs sur le même plan ». Ce point de vue m’a fait penser immédiatement à l’analyse de Marcuse en 1964, in La tolérance répressive. Il est vrai que n’importe quelle parole n’est pas équivalente à n’importe quelle parole, encore faudrait-il se rendre compte  en préalable que l’idéologie dominante ne voudrait rencontrer dans les manuels, dans les esprits et dans les comportements que le reflet de l’idéologie dominante. Voici quelques extraits de Marcuse :

 

« A l’intérieur de la démocratie d’abondance, on peut entendre tous les points de vue : le point de vue communiste et le fasciste, celui de la gauche et celui de la droite, celui du Blanc et celui du Noir, celui de ceux qui militent pour l’armement et celui de ceux qui militent contre. En outre dans les médias, l’opinion stupide est traitée avec le même respect que l’opinion intelligente, celui qui est mal informé peut parler aussi longtemps que celui qui est bien informé et la propagande y est mise dans le même sac que l’éducation. Cette tolérance du sens et du non-sens est justifiée par l’argument démocratique selon lequel personne, aucun groupe ni aucun individu, n’est en possession de la vérité et capable de définir ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est bon et ce qui est mauvais. Toutes les opinions contestataires doivent être soumises au « peuple » pour qu’il puisse délibérer et choisir. Le caractère non discriminant de la tolérance libérale était, du moins en théorie, basé sur la proposition selon laquelle les homme étaient (en puissance) des individus qui pouvaient apprendre à écouter, voir et sentir par eux-mêmes et ainsi comprendre quels étaient leurs véritables intérêts. L’argument démocratique implique une condition nécessaire, à savoir que les gens doivent avoir accès à l’information authentique et que leurs délibérations doit être le  résultat d’une pensé autonome se fondant sur cette information authentique.

 

Mais la tolérance universelle devient problématique lorsqu’elle est appliquée à des individus manipulés et endoctrinés qui répètent comme des perroquets, comme si cela venait d’eux, l’opinion de leurs maîtres pour lesquels l’hétéronomie est devenue autonomie. Avec la concentration des pouvoirs économique et politique et avec l’intégration d’opinions opposées dans une société qui utilise la technologie comme un instrument de domination, la contestation réelle reste bloquée. Dans une démocratie organisée sur un mode totalitaire, l’objectivité entretient une attitude mentale tendant à oblitérer la différence entre ce qui est juste et ce qui est erroné. En fait le choix entre des opinions opposées a été fait avant que ne commence la discussion. Il n’a pas été fait par une conspiration, mais juste par « le cours normal des événement », qui n’est que le cours des évènements administrés.

 Comment briser la tyrannie de l’opinion publique et de ceux qui la construisent dans une société close ? Pour rendre les individus capables de devenir autonomes, de trouver par eux-mêmes ce qui est vrai, il faudrait les libérer de l’endoctrinement dominant qu’ils ne reconnaissent même plus comme endoctrinement. La vérité, « toute la vérité », requiert la rupture avec l’apparence des faits. Une partie essentielle de la vérité est de reconnaître dans quelle effrayante mesure l’histoire a été faite par et pour les vainqueurs, c’est-à-dire de reconnaître dans quelle mesure elle est le développement de l’oppression. »

peuples premiers, sagesse vernaculaire

D’un côté il y a une tribu perdue au fin fond de l’Amazonie qui obtient le droit  d’être protégée de la civilisation occidentalisée, ainsi que des Aïnous dont le Parlement japonais reconnaît le caractère indigène au Japon. De l’autre il y aura bientôt l’élection de miss Univers prévue au Japon qui captivera un milliard de téléspectateurs (LeMonde du 10.06.2008). D’un côté les derniers résidus de ceux qui vivaient en symbiose avec la nature de la chasse et de la cueillette, de l’autre la mondialisation triomphante qui décime les peuples autochtones, les dépossède de leurs territoires, les sédentarise de force, les empêche de parler leur langue et de porter leurs noms. D’un côté l’ère pré-néolithique, de l’autre l’anthropocène.

Mais l’expansionnisme géographique des peuples occidentalisés ne correspond pas à une plus grande recherche de bonheur. Cette évolution économique étouffe les sociétés vernaculaires, basées sur les relations de proximité, en équilibre avec le milieu naturel. Ivan Illich écrivait que le fait de passer d’une économie de subsistance à la monétarisation des échanges élimine les activités vernaculaires au profit du travail industriel, ce qui dépossède les personnes de la maîtrise personnelle de leur existence. Nous savons maintenant que les écosystèmes de la Biosphère sont eux-aussi perturbés, pour le malheur durable de tous.

 Nous ferions mieux de revenir à l’attitude mentale des peuples premiers qui vivaient tranquilles depuis des millénaires sur un mode ancestral. Ces peuples avaient mobilisé toute leur énergie pour laisser le monde dans l’état où il était, ils avaient trouvé un équilibre durable avec la Biosphère. Par contre les Blancs changent sans arrêt le monde pour l’adapter à la vision fluctuante qu’ils ont de leur présent. Il y a un avenir pour le mode de pensée des peuples premiers, il n’y a rien de durable dans le niveau de vie des Blancs.

pub immorale

Dans LeMonde du 29.05.2008, une pleine page de publicité sur les biocarburants. La société Abengoa Bioenergy, premier producteur européen de bioéthanol, nous présente « l’information manipulée » : « Le bioéthanol est le principal responsable de la hausse des produits alimentaires. Puis sa « vérité » : « Les principales causes des prix exorbitants des produits alimentaires sont l’évolution des habitudes alimentaires en Asie, se traduisant par une demande élevée de céréales, et le prix actuel du pétrole, qui a presque doublé depuis trois ans. De fait, il est estimé que l’impact à long terme des biocarburants sur les prix des céréales ne dépasser pas 3 % à 6 % par rapport aux prix de 2006. »

 

Dans LeMonde du 4.06.2008, même pas une semaine plus tard, une autre demi-page de publicité sur les biocarburants de la même société Abengoa Bioenergy, qui nous présente à nouveau « l’information manipulée » : « Les cultures dédiées à la production de bioéthanol se substituent aux cultures alimentaires. Puis sa « vérité » : « Ni les cultures dédiées au bioéthanol ni les cultures alimentaires ne connaîtront de pénurie de terres arables… »

 

Je ne relèverai pas toutes les manipulations de la vérité exprimées par ce discours publicitaire. Je me contente de remarquer que ce genre de pub est en totale contradiction avec le grand titre du Monde ce jour, 4.06.2008 : « L’ONU en quête d’un plan pour nourrir la planète ». Donc on ne sait pas encore comment nourrir une population en forte expansion, et pourtant une société agro-industrielle se permet de payer des pages de pub pour inciter à dédier des surfaces agricoles au bioéthanol : c’est immoral, arrêtons de faire de la pub pour les ennemis de la Biosphère.

 Encore une fois, nous voyons que même un grand quotidien de référence est l’obligé du système qui finance une bonne partie de son budget !

Sarko n’a rien compris… à mai 68

Sous sa rubrique écrans, LeMonde du 29.05.2008 rappelle les propos de Sarkozy lors du dernier meeting de la campagne présidentielle : « Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral, il nous avait imposé que tout se valait, le bien et le mal, le vrai et le faux, le beau et le laid… Il est  urgent d’en finir. » Donc, il n’y aurait plus aucune valeurs, ces constructions sociales qui nous permettent de classer en noir et blanc notre environnement ? La libération des mœurs issue de 1968 et la lutte contre l’autoritarisme seraient des valeurs à occire définitivement ? Vive le caporal-chef Sarko ?

En fait les maîtres à penser de Sarko (ceux qui écrivent ses discours) font l’amalgame classique entre le fait de relativiser et le relativisme. En ethnologie, le relativisme (ou relativisation) est une méthode de distanciation par rapport à ses préjugés. Un observateur plongé dans un milieu très différent de celui dans lequel il a été socialisé doit s’interdire de prendre comme modèle les valeurs et les institutions de la société dont il est issu. Lévi-Strauss nous appelle à acquérir à la manière d’un ethnologue ce « regard éloigné » qui nous permet de distinguer de manière plus lucide les aspects positifs et négatifs de notre propre culture. L’effet de décentrement dont l’ethnologie procède aboutit à considérer que la société thermo-industrielle n’est pas la norme absolue, mais une manière parmi d’autres de percevoir le monde ou de rentrer en relation avec lui. Mai 68 nous a permis d’imaginer un autre monde possible. Il y a une nette différence entre ce relativisme de méthode et le relativisme normatif, celui qui consiste à dire « tout se vaut ».

 Lévi-Strauss a travaillé sans relâche à décentrer l’homme : notre esprit est dans la nature, non à côté. Il y a continuité entre l’homme observant et le monde analysé. Nous ne sommes ni des témoins, ni des dieux, nous sommes simplement embarqués, objets et sujets d’une sorte d’immense histoire du temps et de l’espace. Cela ne donne pas blanc seing pour dire n’importe quoi.  Et pourquoi pas un homme dominé par ses gènes, tant qu’on y ait ; je parie que c’est dans la lignée de la pensée de Sarko 1er !

des Séminoles blanchis

Les Séminoles sont issus au XVIIIème siècle de membres de la confédération Creek ; ils attaquèrent la Floride et finirent par s’y installer alors qu’elle était territoire espagnol. Les Séminoles furent donc des « pionniers », bientôt attaqués par d’autres « pionniers ». En effet, après que les États-Unis eurent acquis la Floride en 1819, le gouverneur territorial (et futur président des États-Unis) Andrew Jackson lança une politique énergique de transfert des Amérindiens pour ouvrir le territoire aux colons américains d’origine européenne. La résistance Séminole fut farouche, et les guerres Séminoles furent parmi les plus coûteuses de toutes celles menées contre les Indiens. Après la fin de la troisième guerre Séminole, les survivants signèrent en 1935 un traité de paix avec les États-Unis. L’élevage, introduit entre 1700 et 1900, a joué un rôle important pour la formation d’une élite économique. Aujourd’hui, ils exploitent les Blancs !

En effet les Séminoles, reconverti dans l’industrie du jeu en 1979, ont pu acheter en 2007 le groupe Hard Rock International, qui regroupe hôtels, casinos, restaurants et salles de concerts dans 48 pays. Ils croient qu’ils vont durablement financer leurs écoles et développer leur nation à partir des profits engrangés à l’étranger. Parqués ou éliminés par les Blancs, c’est comme une revanche, un juste retour de l’histoire, avec des projets rutilants pour Londres, Paris et Madrid ; ils ne prévoient pas de retour à l’élevage (LeMonde du 24.05.2008).

Il me semble que les Séminoles ont oublié la sagesse de leurs anciens : « L’homme blanc est étrange. Il ne prend pas le temps de rêver, de méditer, de célébrer la beauté de la terre, la naissance de l’aube, la douceur de la rivière. Il ne regarde pas les étoiles, il lui faut de l’argent, toujours de l’argent. Il lui faut même payer l’eau dont il se désaltère. Il court jusqu’à sa mort et sa vie lui passe sous le nez. Il survit dans un monde qui est pour nous incompréhensible. Dans les villes il y a trop de voitures, trop de gens, on ne peut pas respirer. Il me semble que l’homme blanc ne sait pas qui il est. »

Claude Lévi-Strauss

Le Monde des livres (supplément du vendredi) est assez désespérant, comme d’habitude. Centré sur des romans et des vieux trucs, il n’y a pratiquement rien comme analyse économique ou sociologique, uniquement de la culture au sens classique de « cultivé », c’est-à-dire sachant beaucoup de choses qui n’ont aucune importance. D’ailleurs il n’est pas utile de chercher des écrits en faveur de la Nature, ils sont carrément absents de ce mausolée à la gloire de l’anthropocentrisme satisfait. Cependant, on en trouve parfois (9.05.2008) quelques traces.

Il faut par exemple que Claude Lévi-Strauss entre avec 2000 pages dans la Bibliothèque de la Pléiade » pour pouvoir lire dans Le Monde des livres ces quelques lignes sur la nudité des Bororos : « La nudité des habitants semble protégée par le velours herbu des parois et la frange des palmes » Bien que Lévi-Strauss semble ici regretter cette nudité qui ne lui semble qu’apparente, le célèbre ethnologue a retenu de Jean Jacques Rousseau la fraternité de la nature perdue. Voici quand même deux éléments pour mieux connaître Lévi-Strauss, né le 28 novembre 1908 et toujours vivant :

– L’association « Les Amis de la Terre » déposèrent leurs statuts à la préfecture de Paris le 11 juillet 1970. Le Comité de parrainage comprenait Claude Lévi-Strauss, Jean Dorst, Pierre Gascar, Théodore Monod et Jean Rostand ; il ne s’agissait donc pas d’un club de tourisme ! Cette association prend pour thème les destructions perpétuées par l’homme au détriment de la vie sur la petite planète Terre. On aborde son corollaire, le désordre démographique de l’espèce humaine.

 – A la question « Que diriez-vous de l’avenir ?, Claude Lévi-Strauss répondit à 96 ans : « Ne me demandez rien de ce genre. Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai aimé avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d’humains. Ce n’est plus le mien. Et celui de demain, peuplé de 9 milliards d’hommes et de femmes, même s’il s’agit d’un pic de population, comme on nous l’assure pour nous consoler, m’interdit toute prédiction ».

catastrophisme ou catastrophe ?

D’un côté il y a les 35 habitants de Mimina Place, au cœur de la mégalopole de Los Angeles. Vélo et sobriété énergétique pour 35 personnes sur une ville de 20 millions d’habitants. Ce sont des purs écolos par rapport au mode de vie de l’Américain moyen, surtout à Los Angeles où il n’y a pas de transports en commun et des autoroutes larges comme des pistes d’aéroport.. Un américain moyen consomme 20 tonnes de CO2 par an, avec grande maison, deux voitures, deux chiens, une vie centrée sur les biens matériels avec longues distances à parcourir dans les embouteillages, de vastes pièces à climatiser et une pelouse à arroser. Tu es coincé dans ta banlieue, puis coincé dans ta voiture, puis coincé dans ton bureau. LeMonde du 26.04.2008 nous présente donc un écovillage, un des seuls lieux qui se veut écologique au beau milieu d’une ville tentaculaire.

D’un autre côté, dans le même numéro de mon quotidien préféré, il y a une dizaine d’adolescents qui enfilent des cagoules ou se dissimulent sous leurs capuches, se munissent de pierres et de cocktails Molotov et se lancent à l’assaut des policiers en patrouille. C’est en France, dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny, un des quartiers les plus difficiles d’Ile-de-France. A l’origine, on avait créé une cité des enfants, des immeubles pas très élevés, des ruelles piétonnes, des places où les anciens prenaient le soleil et où les enfants pouvaient jouer. Cette utopie s’est transformée en cauchemar sécuritaire, des médecins refusent les visites à domicile, des enseignants font grève après plusieurs agressions. Abandonnée de la société marchande, la zone est en effet devenue une plaque tournante du trafic de stupéfiants, au bord de l’autoroute qui apporte le cannabis.

 Aucun avenir de part et d’autres, aucun avenir pour des américains intégrés mais énergivoraces qui vont affronter la crise ultime de la forte progression du prix de l’énergie fossile, aucun avenir pour les jeunes exclus du système de l’intégration thermo-industrielle. Seuls 35 personnes et quelques autres poussières humaines montrent la voie de la simplicité volontaire. Ce n’est pas assez pour que la planète ne connaissent pas les convulsions humaines qui vont s’amplifier un peu partout, des révoltes incessantes, une police omniprésente et de plus en plus débordée… Il ne faut pas voir dans ce constat du catastrophisme, mais la simple description de la catastrophe en marche

le cycle de la vie et de la mort

Tout panégyrique de la croissance me fait bondir, surtout quand c’est la Société générale qui titre dans LeMonde du 28.02.2009 : « Participez à la croissance ». Toute la population française rigole.

Mais la critique doit être plus subtile quand LeMonde insère un huit pages «  Les cahiers de la compétitivité : La France agricole trace les sillons de la croissance ». Quelle croissance ? En page I, des petites phrases ici ou là nous mettent déjà la puce à l’oreille : « Produire mieux tout en faisant face aux défis énergétiques », « L’engouement pour les biocarburants ne peut qu’accroître l’optimisme ambiant », « Il faut faire face à des changements climatiques, les plantes devront se substituer aux matières fossiles dans l’énergie ». Puis en page II, il y a un article sur la mise au point des biocarburants comme le Diester. Il n’est donc pas étonnant de trouver en page III une page tout en couleur : « Agir pour une croissance verte ». Enfin on a compris de quelle croissance il s’agit, celle des profits de certains agriculteurs qui, loin de nourrir la planète comme il est dit aussi ici et là, vont l’affamer en faisant pression sur les prix alimentaires en cultivant des nécrocarburants.. Je ne passerais pas sous silence le fait que les sols de la biosphère vont être gravement endommagés par ces nouvelles perspectives d’extension de la culture intensive. (cf. texte en annexe)

 La rédaction du Monde prend soin de préciser qu’elle n’a pas participé à la rédaction de ce supplément. Il n’empêche que cet encart de la FNSEA existe bel et bien dans mon journal de référence. Mais le Monde a trop besoin de la publicité pour survivre. Le monde est vraiment mal fait. 

Annexe : Les agrocarburants viennent en concurrence avec les productions alimentaires. Les plus touchés par la hausse de prix qui en résulte sont les pauvres qui consacrent une grosse part de leur budget à l’alimentation. Le prix de la tortillas au Mexique a vu son prix doubler en 2006, précarisant encore plus les populations fragiles. D’autre part, sur une Terre aux dimensions limitées, toute extension des surfaces  cultivées se fait au détriment des forêts et de la biodiversité ; s’il y a  culture intensive, il y a pollutions accrues (engrais, pesticides, gaspillage de l’eau…).  On ne peut demander à notre planète plus que ce qu’elle peut nous donner. Enfin les agrocarburants accentuent le détournement de la matière organique des sols. L’humus est ce mélange complexe provenant de la dégradation micro-biologique de la matière organique morte des sols. Cet humus confère aux terres leur fertilité. Ce qui sort de la terre doit retourner à la terre, ce qui ne se fait pas si leur production est brûlée sous forme de carburants. Le cycle de la vie et de la mort disparaît sous forme d’énergie dégradée, donc irrécupérable (mécanisme d’entropie).

plus d’arbres , moins de bûcherons !

La population humaine augmente actuellement de 1,2 % en moyenne, soit un doublement en moins de 60 ans. Si 30 % des terres sont encore couvertes par des forêts, cette surface diminue au rythme moyen de 0,3 % par an. Quand les capacités de nos écosystèmes vont-ils devenir insuffisants, sachant qu’il faudrait planter beaucoup d’arbres pour servir de puits de carbone ? Faites le calcul !

 

L’explication, c’est que ceux qui plantent les arbres ne sont pas les mêmes que ceux qui usent et abusent de leur tronçonneuse. C’est cela le problème de la spécialisation des tâches, plus personne ne maîtrise les cycles vitaux. En Ethiopie, le couvert forestier est passé de 40 % du territoire dans les années 1950 à moins de 3 %. Dans le cadre de la campagne de l’ONU « Plantons pour la planète », l’Ethiopie a fait un effort exceptionnel en tant que gouvernement avec 700 millions de plants, loin devant le Mexique (217 millions). Mais planter 700 millions d’arbres sur un territoire grand comme cinq fois la France représente une cacahuète, rien du tout, alors que bien d’autres pays continuent leur déforestation massive. En Indonésie, la forêt primaire a été réduite de 13 % entre 2000 et 2005, au Mexique elle a aussi diminué de 6 %. D’ailleurs rien ne garantit la pérennité des arbres plantés en Ethiopie ou ailleurs. Alors on envisage de donner une prime si au bout de deux ans l’arbre est toujours debout. Qui va payer la prime, qui va contrôler, à quoi correspond un arbre de deux ans seulement ?

Tant qu’il y aura une extension des zones agricoles au détriment des forêts, tant que la population humaine grimpera plus vite que la capacité des forêts à assurer le bois d’œuvre, le bois de chauffe et le maintien de la biodiversité, la situation restera compromise, on pourrait même dire catastrophique.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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humanisme et anthropocentrisme

L’écologie profonde est un renversement copernicien. Dans nos civilisations occidentales saturées de sentences bibliques  (« Remplissez la terre et l’assujettissez  » ordonne la Bible dans la Genèse), le changement de perspectives se heurte à des verrous rouillés au fil des siècles. Pourtant les recherches et découvertes scientifiques  montrent l’unité du monde vivant. Alors, dans un premier temps, ne retenons de l’écologie profonde, que l’exercice de décentrement. Nous plaçons l’homme au centre, voyons ce que cela donnerait de ne pas l’y mettre, de le remplacer par le phénomène de la vie. Supposons-nous gestionnaire de forêt. Pour bien des sylviculteurs, une forêt n’est une usine à bois. Voici que nous croisons, rencontre toujours émouvante, un chevreuil. Et voici que nous nous demandons : après tout, à qui appartient cette forêt ? A l’homme seul ou aussi au chevreuil, à la fourmi, au perce-neige ? N’y a-t-il pas des titres de propriété à partager ? Ce sentiment ou cette réaction induirait un type d’aménagement  auquel nous ne pensions pas, une plus forte sensibilité à la préservation de la faune et de la flore, une démarche pour ce qui deviendrait un véritable humanisme. En somme, prenons l’écologie profonde pour ce qu’elle est une méthode pédagogique qui vaut le détour.

En effet, devons-nous absolument choisir : l’homme OU la nature ?  Sommes nous condamnés à humanisme = anthropocentrisme ?  L’homme ET la nature est-ce vraiment la catastrophe ? Un humanisme  incluant le respect des formes de vie non pour leur utilité immédiate mais parce qu’elles existent et que nous sommes tous, humains et non humains, dans la même galère de l’Evolution,  est-il impossible par essence ? 

Relisons Claude Levi-Strauss pour qui notre  humanisme est « dévergondé » : « …Que règne, enfin, l’idée que les hommes, les animaux et les plantes disposent d’un capital commun de vie, de sorte que tout abus commis aux dépens d’une espèce se traduit nécessairement, dans la philosophie indigène, par une diminution de l’espérance de vie des hommes eux-mêmes, ce sont là autant de témoignages peut-être naïfs, mais combien efficaces d’un humanisme sagement conçu qui ne commence pas par soi-même mais fait à l’homme une place raisonnable dans la nature au lieu qu’il s’en institue le maître et la saccage sans même avoir égard aux besoins et aux intérêts les plus évidents de ceux qui viendront après lui. » (« Le regard éloigné » Plon, 1983)

anthropocène

L’anthropisation de la planète est un mal.

 

En 1885, le congrès international de géologie avait adopté le terme holocène (ère entièrement nouvelle) pour qualifier  le cycle à peu près stable de 10 000 ans commencé après la dernière glaciation. Mais c’est oublier les gigantesques bouleversements terrestres d’origine humaine survenus ces deux derniers siècles. C’est pourquoi Paul Joseph Crutzen, Prix Nobel de chimie 1995 reconnu pour se travaux sur l’altération de la couche d’ozone, préfère parler depuis l’année 2000 d’anthropocène, modification de la Biosphère par l’espèce homo sapiens. Cette engeance qui est la notre utilise en effet 50 % des ressources mondiales en eau douce, respire 15 % de l’oxygène de photosynthèse, émet 30 % du dioxyde de carbone, passera de 3,2 milliards d’urbains en 2006 à 9 milliards en 2050. Par son activisme, le climat est bouleversé, la biodiversité est en péril et les ressources s’épuisent.

 

La bonne option, que Crutzen appelle « mitigation », vise à atténuer considérablement l’influence humaine sur la Biosphère, y compris par un contrôle des populations humaines. Mais Crutzen envisage le pire, une société qui ne change pas ses habitudes (business as usual). Alors il faudrait aller jusqu’au bout des sauts technologiques, mettre en place de la géo-ingénierie pour transformer l’atmosphère et nous protéger du réchauffement climatique. Il faudrait imiter les volcans et envoyer chaque année par fusée des millions de tonnes de soufre dans la stratosphère pour réduire l’entrée des rayons solaires ! D’autres proposent le blanchiment des nuages, la fertilisation du plancton, la capture du gaz carbonique, d’immenses miroirs solaires…en minimisant la complexité de la Biosphère.

 

 Les apprentis sorciers ont encore frappé, ils cherchent avant tout à préserver l’illusion d’une humanité maîtresse des éléments…

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mitage routier

Ce n’est pas un moratoire sur la construction des autoroutes qu’il faudrait mettre en place si on voulait respecter la Biosphère, mais la programmation d’une déconstruction des chaussées.

La France est déjà traversée par 1 079 072 km de routes contre 32 888 km de voies ferrées. L’approche du type cycle de vie appliquée aux infrastructures routières permet d’identifier les principales pressions exercées directement ou indirectement sur l’environnement. Une route nécessite des matériaux pour sa construction puis son entretien : remblais pour les sous-couches, granulats, bitume dérivé du pétrole et ciment comme liant hydraulique pour la couche roulante, etc. En moyenne, cela représente par Français 3t/an de granulats. Leur production, leur acheminement et leur manipulation sont sources d’émissions de polluants dans l’air, les eaux et les sols. Environ un million de tonnes de déchets routiers constitue un caractère dangereux. De plus l’utilisation de la route par les véhicules est responsable de 36,6 % des émissions nationales de CO2.

La route est aussi un espace qui couvre 1,2 % du territoire métropolitain, ce qui induit une rupture dans la continuité territoriale. Les grandes routes découpent les surfaces d’un seul tenant qui arrive actuellement à seulement 814 hectares en moyenne. Le principal impact réside dans cette coupure des milieux naturels qui gêne la circulation des espèces, morcelle leur territoire et réduit les échanges entre les écosystèmes. Des mesures compensatoires sont exigées pour protéger l’environnement, par exemple l’édification de passages pour la faune. Mais les dispositifs antibruit ou la minimisation de la dégradation paysagère, tournés vers l’homme, restent les principales dépenses entreprises. (cf. le 4 pages/Ifen, octobre 2006)

dégradation des sols

La moitié des sols cultivables est dégradée, c’est-à-dire qu’il a perdu une partie de ses fonctions, comme celle de nourrir les plantes, celle de filtrer les eaux ou encore celle d’abriter une importante biodiversité. C’est principalement l’action de l’homme qui provoque aujourd’hui ces dégradations. La mise en culture des terres entraîne leur assèchement, la diminution de la vie biologique ou encore la disparition du couvert végétal, tous facteurs qui empêchaient une pénétration optimale de l’eau dans le sol (érosion hydrique). Un sol labouré va se détacher plus facilement, d’où l’érosion éolienne. L’absorption des éléments minéraux présentes dans la terre cultivée entraîne une forte baisse de fertilité, l’acidification et la salinisation des sols s’ajoutent à ce phénomène, la pollution par nos eaux usées complète ce triste panorama. Fait aggravant, tous ces facteurs sont susceptibles de se cumuler, une terre cultivée va s’acidifier, s’appauvrir en sels minéraux, se tasser et favoriser le ruissellement. A cela s’ajoute la déforestation, une spirale de dégradation se met en place. (Synthèse d’un article de l’Atlas de l’environnement, hors-série Monde diplomatique).

Alors, la Biosphère est sûre que la Commission européenne va proposer une directive-cadre pour les sols, applicables dans 100 ou 1000 ans.
L’humanité ne se définit pas par ce qu’elle crée, mais par ce qu’elle choisit de ne pas détruire.

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intégriste de la croissance

Dans la page Débats (Lemonde du 21.12.2007), le PDG  de Suez tient un discours dans le vent : « Il y a urgence écologique pour la sauvegarde de notre planète et le futur de nos enfants. La croissance économique fondée sur l’utilisation massive de ressources n’est plus possible. »  Très bien, très bien, Gérard Mestrallet, tu as tout compris. Malheureusement ce PDG ajoute tout de suite : « Pourtant, renoncer à la croissance économique est impossible. »

 

Alors là, j’y comprends plus rien ! Comment concilier l’inconciliable ? Gérard croit donc au miracle, à la croissance durable, à la croissance écologique (ce sont ses propres expressions). La croissance est selon lui possible puisque « l’épuisement des ressources naturelle n’est pas une fatalité, c’est un catalyseur d’innovations ». D’ailleurs « le nucléaire doit retrouver toute sa place ».

 

Si on connaît bien Suez, on sait déjà d’où vient ces certitudes. En juin 2005, on trouvait dans Lemonde ce titre : « La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire ». C’était un point de vue exprimé par le PDG de la banque d’investissement Suez. Notons que la filiale électrique de Suez (Electrabel) est un partenaire d’EDF de longue date, que Suez a des participations croisées dans des centrales nucléaires en France et en Belgique, que Suez souhaitait aussi participer au programme de réacteur nucléaire EPR dont la construction était prévue en France. En conclusion, derrière cet apitoiement de façade pour la planète et les générations futures, on ne trouve que des histoires de gros sous. Comme dit Gérard en dernière phrase de son article d’avant-hier, « C’est aussi l’intérêt de nos investisseurs ».

 

Gérard Mestrallet n’est donc qu’un intégriste de la croissance économique parce qu’il est un fervent partisan des intérêts capitalistes. Il n’y connaît rien à l’écologie et aux rythmes de la Biosphère, il nous prépare un avenir non durable… Et jamais ce Monsieur Mestrallet n’a démontré que « renoncer à la croissance économique est impossible ».

viol de la Terre

L’un des problèmes fondamentaux posés par toutes les traditions culturelles concerne la relation entre les hommes et la nature. Les hommes font-ils partie intégrante de la nature ou bien constitue-t-ils une espèce à part et d’une certaine façon supérieure ? La réponse à cette question est cruciale pour déterminer comment les différentes religions ou éthiques décident de la légitimité des actions humaines dans la Biosphère. Nos connaissances sur l’attitude des groupes de chasseurs-cueilleurs montrent une variété de croyances tournant autour de l’interdépendance des hommes, des plantes et des animaux ; ce qui n’a rien d’étonnant étant donné leur étroite relation avec la nature dans leur quête de nourriture. Contrairement aux sociétés modernes, ils ne font pas de distinction entre la nature et la société.

 

On trouve déjà dans la Politique d’Aristote une expression précoce d’une conception profondément anthropocentriste du monde. Partant du principe que les plantes sont faites pour les animaux, il en conclut que, « si la nature ne fait rien d’incomplet et rien en vain, il faut en déduire qu’elle a créé tous les animaux dans l’intérêt de l’homme ». On accorde aussi à l’homme la suprématie sur le reste de la création avec cette bénédiction divine contenue dans la bible : « Croissez et multipliez-vous, remplissez la Terre et vous l’assujettissez, dominez sur le poisson de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui se meuvent sur la Terre… » (Genèse, chap. I). Ces opinions dominatrices réapparaissent sous un aspect à peine différent chez nombre de penseurs modernes. Ainsi John Stuart Mill, dans Trois Essais sur la religion, écrivait de la nature : « Ses pouvoirs s’en prennent souvent de façon hostile à l’homme qui doit lui arracher par la force et par l’ingéniosité le peu qu’il parvient à lui soutirer pour son propre usage. » Parallèlement à cette continuité de la pensée européenne sur la relation homme/nature est né un concept nouveau et puissant : l’idée de progrès. Le monde antique ne connaissait guère ce concept. Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle pour que le développement constant des connaissances scientifiques et les progrès réguliers de la technologie commencent à convaincre les penseurs que l’Histoire pourrait bien être la chronique d’un progrès plutôt que celle d’une décadence. Cette conception du monde a contribué à fournir aux Européens une autojustification intellectuelle aux dégâts qu’ils ont causés à l’environnement, à la façon dont ils ont remodelé à leur gré d’autres sociétés et dont ils ont exploité les ressources naturelles du monde.

 

La notion de l’homme responsable de la préservation de la nature est donc depuis longtemps minoritaire. La Biosphère te demande de tout faire pour qu’une nouvelle éthique de la Terre progresse dans les consciences. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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Baranski et Robin

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre de Baranski et Robin, L’urgence de la métamorphose (éditions Des idées et des hommes) :

 

Pour savoir si tu veux lire ce livre, quelques citations :

– L’homme ravage la planète au point qu’elle se révolte avec le vent, les inondations, le feu. Si l’humanité ne s’achève pas dans toutes ses guerres, la nature finira le boulot.

 

– Des milliards de gens vont mourir du fait du changement climatique ? – Oui. Avec le réchauffement, la plus grande partie de la surface du globe va se transformer en désert. Les survivants se regrouperont autour de l’Arctique. Mais la place manquera pour tout le monde. Alors il y aura des guerres, des populaces déchaînées, des seigneurs de la guerre. Ce n’est pas la Terre qui est menacée, mais notre civilisation.

 

– Notre civilisation occidentale est à bout de souffle. Elle produit plus de maux que de bienfaits. La dégradation de la qualité par rapport à la quantité est la marque de notre crise de civilisation. Or, malheureusement, ni l’amour, ni la souffrance, ni le plaisir , ni l’enthousiasme, ni la poésie n’entrent dans la quantification.

 

– Il est des biens communs de l’humanité – l’air, l’eau, le patrimoine génétique des espèces… – dont les problèmes dépassent les logiques des nations et celles du marché.

 

– Quoi qu’il puisse y avoir à l’extérieur, c’est bien ici que se décide notre destin. Tout ce qui se trouve lié à ce lieu arrive entre nos mains et peut être traité ou trahi par nous. Ayons-en le souci comme si nous étions effectivement seuls dans l’univers.

– Bouddha avait mis en garde les humains en disant : « Ne crois rien que tu n’aies vérifié par toi-même, pas même ce qui dit Bouddha. »

Alan Weisman

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre Homo disparitus d’Alan Weisman :

 

Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtraient du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

 

La lecture du livre d’Alan Weisman incite parfois à penser que le pire aurait, pour la Biosphère, la couleur du meilleur… D’autant plus qu’Alan se situe clairement du côté de l’écologie profonde, les bons sont ceux qui viennent restaurer l’harmonie et hâter la régénération de la nature : «  Nous tous, humains, sommes redevables à d’innombrables espèces. Sans elles, nous n’existerions pas. C’est aussi simple que cela, et nous ne pouvons pas plus nous permettre de les ignorer que je ne peux me permettre de négliger ma précieuse femme – ou notre mère la Terre qui nous enfante et nous garde tous. Sans nous la Terre continuera malgré tout d’exister ; sans elle, nous, nous n’existerions même pas » (p.361)

 

David Korten

Un résumé de la pensée de David Korten, auteur de Quand les multinationales mènent le monde :

 

« Ceux qui dirigent des entreprises occupent souvent les avant-postes de la destruction de l’environnement. Mais les primes et la structure juridique des entreprises leur laisse peu de place pour appliquer des critères éthiques dans leur prise de décision.. Les patrons de sociétés sont pris au piège du marché qui les oblige, s’ils veulent récolter des fonds d’investissement suffisants, à assurer aux investisseurs des profits aussi importants que ceux engendrés par la spéculation boursière. En effet la valeur des titres dépend de l’évolution du cours de l’action, ce qui incite puissamment le président de l’entreprise à faire porter exclusivement ses efforts sur la maximisation à court terme des dividendes servis à ses actionnaires. Ceux qui occupent les sommets du système exploitent ce dernier à leur avantage. Et pourtant, à bien des égards, on peut aussi les considérer comme de simples employés, certes bien rémunérés, d’un système qui sert ses objectifs propres sans aucun égard pour les intérêts des êtres humains. Prenons un exemple. Pendant des années, la Pacific Lumber Company a fait office de pionnière en s’engageant, sur ses exploitations de vieux séquoias en Californie, dans le développement de pratiques d’abattage des arbres viables et durables. Mais elle est aussi devenue une cible de choix, car le système financier, qui privilégie les profits à court terme, a surtout estimé qu’il fallait mettre un terme à cette politique jugée inefficace. Le raider Charles Gurwitz en a pris le contrôle et a immédiatement doublé le taux d’abattage d’arbres millénaires, creusant en plein milieu de la forêt un corridor large de deux mille cinq cents mètres qu’il a cyniquement baptisé « piste d’études de la faune et de la flore ». Je nourris assez peu d’espoir sur l’avenir, les forces motrices du changement ne se trouveront pas dans les rangs de ceux qui détiennent le pouvoir au sein du système actuel. Le changement naîtra parmi les individus qui possèdent la liberté et la distance nécessaire pour réfléchir. »

 

La Biosphère en déduit que l’action des humains responsables ne sera efficace que si elle est sauvage, durable, menée avec l’énergie du désespoir, comme un combat où on sait qu’on perdra à court terme, mais dans lequel on est sûr que l’avenir nous donnera raison.

 

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au secours !

Jusque-là, toutes les civilisations avaient mis en pratique une manière d’autolimitation. Nos sociétés modernes récusent, elles, toute limitation. Leur caractéristique principale est d’être en quête d’une puissance sans limite, en particulier dans les domaines énergétiques et techniques.

L’Indien Shuar perçoit sa place sur Terre comme un échangeur de Nature : tout ce qu’il reçoit, il ne fait que l’emprunter et il le restituera. Si la dette devenait trop importante, la nature réagirait. La réciprocité représente un élément majeur de la perception traditionnelle. De même les aborigènes pensent que, tel un boomerang, toute blessure que vous infligez à l’environnement vous reviendra tôt ou tard : « Quand vous  détruisez un site, vous créez une ride qui va sillonner dans le cosmos comme la jarre de billes. Cela détruit l’équilibre et ce déséquilibre entraîne le chaos, la maladie et la mort des gens et de la nature ». Les Touareg partagent la même conception en boomerang : toute agression à la terre mère provoque sa révolte. Ainsi on peut utiliser ses sécrétions (animaux, végétaux…), mais pas ses organes vitaux (ressources du sous-sol, cycles atmosphériques…). De plus, ces sociétés ont souvent une conception cyclique du temps. Dans cette conception, tout ce que nous infligeons à l’environnement aura des conséquences que nous subirons plus tard, puisque nous ferons en quelque sorte partie des générations futures.

 

En revanche les sociétés modernes ont plutôt une conception linéaire du temps. Ce que nous faisons à présent aura certes des conséquences dans le futur, mais nous n’y serons plus. Ce principe a soutenu la croyance au « développement »  et au « progrès ». On n’imagine pas plus de limites à l’industrialisation qu’on n’en perçoit dans la capacité de l’environnement à absorber toutes les pollutions d’origine humaine .Les peuples modernes s’accommodent d’un environnement dégradé, bruit, pollution de l’air et de l’eau, disparition des espèces, modification du climat, etc. En effet, vivant dans un environnement artificiel, hors de la nature, ils ne subissent qu’indirectement les effets de cette dégradation. Ils disposent en outre de la possibilité d’exploiter des ressources extérieures à leur environnement proche et se débarrasser d’une partie de leur pollution en la dispersant ailleurs. Aujourd’hui les peuples modernes, se préoccupent essentiellement de leur bien-être personnel. Les problèmes d’environnement qui ne menacent pas directement ce dernier leur sont indifférents.

En conséquence, l’homme moderne pourra accomplir une tâche socialement écologiquement nuisible si elle lui procure le salaire dont il dépend pour vivre. Un homme traditionnel n’aurait rien à y gagner en terme d’autonomie ; il reste pleinement conscient de sa dépendance envers la nature et de l’importance de l’entraide sociale. Mais l’influence du monde moderne sur les sociétés traditionnelles a été et continue d’être une source de rupture à sens unique, des modernes vers les indigènes. Cette influence peut être résumée par la logique des trois « C » de Maurice Godelier : colonialisme, christianisme, capitalisme.

 

Au fur et à mesure de l’accroissement de la pression sur leurs terres et de la confrontation à l’économie de marché, les peuples indigènes se sont de plus en plus assimilés la culture moderne. Cette dernière barrière franchie, plus rien ne les empêchera de succomber aux objectifs économiques à court terme, ultime étape vers laquelle la colonisation aspirait à les précipiter. Au Sahara par exemple, les nouvelles politiques ont quasiment fait disparaître la gestion traditionnelle de leur territoire par les Touareg, favorisant les forages profonds à haut débit, les pâturages intensifs liés à la disparition du nomadisme, et donc l’absence de contrôle du nombre de points d’eau ; tout cela conduit à l’épuisement des ressources. Comme le résume un Australien d’origine aborigène : « La difficulté, c’est qu’après cinquante ou soixante ans de sucre et de corned-beef, nous sommes devenus dépendants d’un certain style de vie ».

 

Seule une mutation profonde du système de pensée occidental pourra permettre une réelle évolution.

 

Extraits de Les sociétés traditionnelles au secours des sociétés modernes de Sabine Rabourdin (Delachaux et Niestlé, 2005)

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écoguerrier = terroriste ?

Certains soutiennent l’action des laboratoires britanniques qui pratiquent chaque année près de 3 millions de procédures expérimentales sur les animaux, une cinquantaine étant susceptible de leur infliger des souffrances. Mais l’animal peut-il être un cobaye ? La toute première association au monde dévouée à la cause animale a été fondée en 1824 au royaume des amis des bêtes, la Grande-Bretagne. Aujourd’hui le Front de libération animale (ALF), fondé en 1976 en Angleterre, libère des animaux de laboratoire et pratique le vandalisme. Le plus acharné des militants contre la vivisection est mort en prison en 2001, la police a même classé l’ALF sur la liste des groupes « terroristes ». Certains auteurs bien intentionnés envers le pouvoir en place pensent que ces apprentis terroristes sont inspirés du philosophe norvégien Arne Naess, donc de l’écologie profonde (deep ecology). Il est vrai que l’écologie profonde incite à réagir contre la violence de l’activisme humain qui détériore la planète.

 

Ne faudrait-il pas devenir des éco-guerriers en prenant comme cible tous les signes exacerbés du « progrès » technique ? Jean-Luc Marret (Techniques du terrorisme, Puf) relève que des militants écologistes, opposés à la gestion de la forêt de Fontainebleau, ont planté des tiges métalliques dans les troncs des arbres pour endommager les tronçonneuses. Mais où commence la violence, quand la FAO constate que le Cambodge a perdu 30 % de sa forêt primaire entre 2000 et 2005 ? Où commence la violence quand on se trouve en présence d’une sixième extinction massive des espèces, cette fois provoquée par l’espèce humaine ? Qui provoque le terrorisme ? Qui défendra la Biosphère, si ce n’est l’homme lui-même ?