Le message malthusien nous paraît imparable : l’infinie multiplication des hommes, face à des ressources de plus en plus réduites, mène obligatoirement au désastre. Il nous faut collectivement comprendre que celui qui croit qu’une croissance exponentielle est possible dans un monde fini ne peut qu’être un démographe, un économiste… ou un fou !
Mais soyons clair. La course à l’abîme que mène aujourd’hui les natalistes et les croissancistes, tous ceux qui pensent que « plus, c’est mieux », mènent la danse. Les militants de la décroissance ne vont pas par miracle se compter par centaines de milliers en France. « Moins nombreux, plus heureux » ne va pas devenir un slogan scandé par des millions de manifestants au niveau mondial. Dans un contexte très complexe qu’on s’acharne à compliquer davantage, envisager l’avenir n’est jamais facile. Pourtant les chiffres parlent. Avec une population mondiale qui s’accroît encore de 1 % chaque année, c’est un doublement tous les 70 ans qui porte maintenant sur des milliards de personnes. Le pullulement humain et la dégradation de la Terre sont terrifiants, rendent esclaves les humains, épuise la planète, réduit la biodiversité, pollue les sols et le climat… Comment est-il possible de nier l’évidence. La planète ne continuera pas à fournir à la pullulation humaine du pétrole en abondance, des forêts à perte de vue, des sols vivants, un climat tempéré et des océans recyclant la totalité de nos émissions de gaz à effet de serre. La planète ne négocie pas, peu lui importe les délires nationalistes et anti-écolos de Xi Jinping, Erdogan, Poutine, Trump, et tant d’autres présidents.
La question démographique ne peut être traitée qu’en lien avec toutes les autres problématiques, les aberrations des systèmes politiques, la question sociale, les impératifs économiques, la bidonvillisation à outrance, la raréfaction des ressources, les pollutions diverses, l’hubris technologique, etc. La fécondité humaine n’est qu’un facteur parmi d’autres, en lien étroit avec l’état de l’agriculture comme l’avait fait remarquer Malthus, avec les soubresauts de l’activité industrielle. Elle n’a donc de réelle chance d’être pris en considération qu’au terme d’une transformation profonde de notre rapport à la science, à la technique, au vivant, bref, de notre rapport au monde.
La pédagogie de la catastrophe a échoué et la catastrophe n’a pas servi de pédagogie. Les inerties économiques et politiques ainsi que les résistance psychosociologiques sont trop généralisées. La surpopulation ne gêne aujourd’hui que quelques personnes conscientisées. C’est la planète qui nous dictera notre comportement à venir, quand elle fermera tous les robinets de ressources naturelles qu’on croyait inépuisables. L’épuisement des ressources fossiles va nous mener assez rapidement au choc pétrolier ultime, une augmentation vertigineuse du prix du baril qui rendra impossible le fait d’aller au travail en voiture, de conduire des camions avec un gazole hors de prix, de prendre l’avion cloué au sol par le coût du kérosène et de faire vivre des familles nombreuses. Après avoir bataillé chacun dans son coin au nom de « sa » nation pour s’accaparer les dernières gouttes de carburant et sauvegarder son niveau de vie, il faudra bien que nos peuples s’aperçoivent de la fin inéluctable de la corne d’abondance nourrie par le charbon, le pétrole et le gaz. Il faut espérer que les dirigeants des grandes puissance, acculés par l’appauvrissement biophysiques de la Terre et les révoltes des masses, se réuniront autour d’une table pour déclarer l’état d’urgence écologique et la sobriété partagée, pour institutionnaliser la norme d’un seul enfant par femme, pour établir un système de rationnement avec une carte carbone, et pour expliquer qu’on ne peut pas faire autrement. Le plus tôt sera le mieux.
Il ne faut pas être pessimiste, nous allons tous mourir un jour et pourtant cela ne nous empêche pas de vivre. Il n’est pas besoin de réussir dans son militantisme pour persévérer. L’essentiel pour moi est de pratiquer l’acte juste, et si ce blog biosphere permet l’éveil d’une intelligence collective, j’en serais heureux. Faire ressentir que toute naissance supplémentaire va peser sur les conditions de vie de nos générations futures, sur l’état de la biodiversité, sur le déséquilibre des forces géopolitiques me paraît un discours à partager. Nous savons de plus en plus aujourd’hui, et les médias en causent, qu’il est nécessaire et urgent de résoudre collectivement la crise climatique, la crise pétrolière, la crise agricole, la crise des métaux, la crise de la biodiversité, la crise de la déforestation, la crise des inondations, la crise des sécheresses, la crise de l’urbanisation, la crise de l’automobile, la crise de l’emploi, les crises sociales, les crises de la dette, les chocs financiers, les émeutes de la faim et la pandémie… Réagir est plus que nécessaire, réfléchir sur l’avenir de nos enfants est indispensable. Comme l’exprimait Malthus à la fin de son Essai sur la population, « tout lecteur équitable doit, je pense, reconnaître que l’objet pratique que l’auteur a eu en vue par dessus tout, est d’améliorer le sort et d’augmenter le bonheur des classes inférieures de la société ». Le rapport du nombre d’humains aux ressources alimentaires, élément essentiel du message malthusien, devient en langage moderne « vivre des fruits de la Terre sans porter atteinte au capital naturel ». Nous avons besoin d’un nouvel imaginaire, peuplé de moins d’enfants et de beaucoup plus de nature.
Bien chers lecteurs et lectrices de ce blog, à toi maintenant d’écrire la suite des évènements dans ta vie et par tes engagements… Il y a tant et tant de manière de se mobiliser pour éviter l’inévitable. Un nouvel imaginaire est possible, sois le changement que tu veux voir pour le monde.
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Entre imaginaires contradictoires, que choisir ? (2024)
extraits : Ce qui change à travers les âges, c’est l’objet qui excite l’imagination : un jour un dieu, le lendemain un empereur, le surlendemain une idéologie… Aujourd’hui c’est la planète dont il conviendrait de restaurer le règne injustement interrompu. Tout indique pourtant que la fin du monde n’est pas pour demain. Force est de constater les prodiges accomplis par les penseurs du progrès comme Condorcet et les inventeurs de la filière nucléaire. Nous n’avons plus jamais froid, nous n’avons plus jamais faim, nous nous éclairons à volonté, nous communiquons avec nos proches à tout moment, on craignait l’arracheur de dents, personne n’a peur de son dentiste. Alors que la transformation écologique en Europe nourrit le doute et la montée des contestations, il n’a jamais été aussi utile d’avoir les idées claires sur le chemin à emprunter pour surmonter les défis climatique, énergétique, etc…
Notre imaginaire sur nos besoins se modifie (2023)
extraits : Dans un monde où six des neuf limites planétaires ont déjà été dépassées, nous devons reconsidérer nos priorités. Comment ignorer aussi que l’approvisionnement de l’Europe en pétrole risque de devenir problématique tant certains pays producteurs s’approchent de leur pic de production, voire l’ont dépassé ? Il est urgent de se questionner sur les besoins que nous définirons comme essentiels. Quelle place souhaitons-nous accorder à la 5G, à la 6G, à l’ordinateur quantique ? Doivent-elles être considérées comme nos priorités ?….
Vers un imaginaire partagé décroissanciste (2022)
extraits : Un changement culturel d’ampleur ne peut arriver en un jour, il se forge par étapes successives contre le règne des SUR : surcroissance, surconsommation, suremballage, surabondance, suractivité, surpâturage, surpêche, sur-communications, surendettement, surmondialisation, sur-mobilités, sur-tourisme, suréquipement, surmédicalisation, surpuissance technologique, etc. Le résultat final se conjugue en DÉ : décroissance, démondialisation, désurbanisation, dévoiturage, dépopulation, dé-technicisation, démilitarisation, décentralisation, etc. Bien sûr un tel récit collectif est inaudible actuellement… pourtant quand nous n’aurons plus de pétrole mais le réchauffement climatique en prime, nécessité fera loi.
L’imaginaire technologique de nos présidents (2021)
extraits : Nos présidents se font un point d’honneur de glorifier la technique dite « de pointe ». De Gaulle inaugure le sous-marin Le Redoutable (1967), Pompidou vole en Concorde de Paris à Toulouse (1971), Giscard visite la centrale nucléaire de Gravelines (1980), Mitterrand inaugure le TGV (1981), Emmanuel Macron adoore « le TGV, Ariane, le Concorde et le nucléaire. »….
L’utopie écologique, un imaginaire à vivre (2019)
extraits : L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyper-individualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique » dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale….
Perdre l’imaginaire de la nature nécessite de le retrouver (2014)
extraits : Dans notre imaginaire, le monde naturel bat en retraite. Il s’amenuise et s’appauvrit. Dans l’univers merveilleux de Disney, les décors naturels sont moins présents : ils occupaient en moyenne 80 % du temps dans les films produits dans les années 1940, contre environ 50 % dans les années 2010. De plus, lorsque des environnements naturels sont représentés, il s’agit de plus en plus de paysages anthropisés (zones agricoles, jardins, etc.). Surtout, le nombre d’espèces animales apparaissant dans chaque film baisse continuellement avec les années. Les enfants jouent moins dans la nature et, lorsqu’ils deviennent scénaristes, tendent à moins la représenter dans les histoires qu’ils écrivent… contribuant à leur tour à forger chez les enfants un imaginaire toujours plus éloigné des beautés du vivant….
contre les frontistes, l’imaginaire collectif écolo ! (2013)
extraits : Tout mouvement existe avant toute action comme discours, mais les différences conceptuelles entre partis traditionnels s’effritent. La gauche se dit « sociale », mais la droite libérale se veut « populaire ». Pour le reste, la vulgate reste identique, marché, concurrence, compétitivité internationale, progrès technologique, croissance économique sans freins. Face à ce duopole, le Front national véhicule depuis sa création en 1972 une conception du monde qui se veut particulière : décadence, nostalgie d’un âge d’or révolu, théorie du complot et appel au chef messianique….