écologie appliquée

RAP@Toile N°163 sur l’agression publicitaire

1- Rapport : Le sexisme dans la publicité française. Ce rapport met en lumière le publisexisme actuel : les stéréotypes et injonctions de genre quotidiennement véhiculés par les publicités. A l’heure du « Metoo » du monde de la publicité et du récent retentissement du compte « Balance ton agency », R.A.P. montre l’inefficacité de l’autorégulation professionnelle de ce secteur et propose des pistes pour un véritable encadrement de la publicité. Lire la suite

2- En 2021, la politique des petits pas toujours en marche. Depuis ce 1er janvier 2021, de nouvelles règles s’appliquent à la publicité non adressée dans les boîtes aux lettres et les prospectus publicitaires commerciaux déposés sur les véhicules. Ces nouvelles règles, issues de la loi relative à l’économie circulaire et la lutte contre le gaspillage, si elles constituent des avancées, sont néanmoins timides au regard des enjeux et des débats actuels sur ce secteur. Lire la suite

3-  Bloquons le virus publicitaire sur internet ! À l’occasion de la journée européenne de protection des données ce jeudi 28 janvier 2021, Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) a rappelé l’importance de l’opération « Bloque la pub sur Internet » en invitant à aller suivre le guide du site web bloquelapub.net. Lire la suite

4 – Ni en 2024, Ni jamais : NON au Big Brother Olympique. Des collectifs s’organisent contre les JO, la surveillance et le contrôle policier généralisés, dont RAP qui a cosigné cette tribune. Lire la tribune

5 – Projet de loi climat : le gouvernement confirme ses renoncements en faisant diversion. Le projet de loi présenté par le gouvernement confirme son manque d’ambition pour la régulation de la publicité. Loin du “sans filtre” initialement promis par Emmanuel Macron, la plupart des mesures ont effectivement disparu, d’autres ont été réécrites pour faire diversion. Lire l’article

NB : Toutes les informations que vous venez de lire sont publiques, nous vous invitons à les transmettre à toute personne susceptible d’être intéressée

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L’essentiel de la semaine du 1er au 7 février

Vivre longtemps avec la Covid : « On ne peut pas choisir de confiner à chaque alerte, le virus et ses variants sont installés pour longtemps, et il va falloir vivre avec. Nous allons devoir nous habituer à cette incertitude permanente, y compris pendant la campagne présidentielle. Confiner à un coû éducatif, économique, social et moral. Donc si on peut l’éivter, il faut l’éviter. Mais soyons clair, je ne mettrai jamais notre système de santé en état de trier les malades. Si la situation s’emballe, il faudra confiner. » (Emmanuel Macron, Le Canard Enchaîné du 3 février)

New Delhi se dirige vers une immunité collective. Le ministère de la santé du gouvernement régional de Delhi a publié le2 février une vaste enquête sérologique. Vingt-huit mille six cent quarante échantillons de sang ont été prélevés sur l’ensemble des districts de la capitale, qui compte plus de 20 millions d’habitants. Selon les résultats, 56,13 % des échantillons présentaient des anticorps. Cette amélioration intervient alors que dans la plupart des régions, les restrictions imposées au début de l’épidémie ont été levées progressivement dès l’été pour tenter de relancer l’activité économique. (Sophie Landrin)

Biodiversité : « L’effondrement de la biodiversité correspond à des pertes d’informations qui ont été acquises par les processus d’évolution biologique au sein des génomes des espèces pendant des centaines de milliers et de millions d’années. Ces pertes d’informations nous privent, et priveront encore d’avantage les générations futures, d’un large éventail de capacités d’adaptation aux changements globaux, notamment climatiques, qui affectent actuellement la planète. En particulier, en lien avec les crises sanitaires qui bouleversent actuellement les sociétés humaines, il est bien établi qu’une diversité génétique et spécifique préservée de l’ensemble du monde vivant constitue une barrière efficace contre la généralisation et le développement des pandémies. La biomasse des mammifères et des oiseaux sauvages ne représente plus qu’une infime part (5,6 %) de la biomasse des humains et des animaux d’élevage sur notre planète. Il en résulte que, lorsque le cycle de développement d’un virus nécessite de passer d’un hôte à un autre, il a statistiquement beaucoup plus de chances de rencontrer un humain ou un animal d’élevage qu’une espèce sauvage. Fait aggravant, la simplification génétique des productions agricoles intensives, végétales et animales, facilite naturellement la propagation et la généralisation des pandémies. Pour l’ensemble de ces raisons, le dérèglement climatique ne doit pas masquer l’effondrement de la biodiversité sur terre et, surtout, ne doit pas dédouaner les autres causes de destruction du vivant. » (Christian Amblard)

Fin de la civilisation : Ils disent que pour éviter la prochaine pandémie, nous devons tout faire différemment : manger, se chauffer ou se déplacer… Mère Ubu : « Quoi ! Arrêter de trimballer des milliards de passagers, animaux et marchandises d’un bout à l’autre de la planète ? Sacrifier les élevages industriels et la bonne bidoche pas cher ? Renoncer au monde civilisé ? Au secours ! « (Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné du 3 février)

2022. Hidalgo, la Jaurès de l’écologie ?

Si on veut faire avancer le plus vite possible la cause de l’écologie, il faut arrêter avec les candidatures écolos de simple témoignage lors de la présidentielle ; en effet les politiciens de tous bords aujourd’hui se disent écolo, il n’y a plus de créneau. Pour être au second tour de la présidentielle et a fortiori pour gagner, il y a clairement des candidats de trop dans l’arène médiatique : pour la social-écologie, Mélenchon, celui ou celle issu(e) d’une primaire de l’écologie et Anne Hidalgo. Cela fait beaucoup quand on a 25 à 30 % du corps électoral à se partager sur cette ligne. C’est pourquoi il faudrait qu’EELV abandonne sa course mortifère à la présidentielle pour mieux se consacrer aux législatives. De toute façon, ce sont les médias qui vont faire ou non la notoriété d’un candidat. Emmanuel Macron, sans aucun parti ni programme, a été porté par les médias. Pour 2022, l’étoile montante que désignent déjà les médias, c’est Anne Hidalgo. Illustration par la lecture du MONDE :

18 septembre 2020, Anne Hidalgo n’exclut plus totalement une candidature à l’Elysée. Dans un entretien au Point publié jeudi 17 septembre, les journalistes interrogent une fois de plus la maire de Paris sur son hypothétique candidature en 2022. Elle ouvre le jeu avec précaution : « Il ne faut pas brûler les étapes. Définissons d’abord le projet que les sociaux-démocrates et les écologistes doivent bâtir… Devant l’émiettement à gauche, je ne crois pas que les échéances de 2021 et 2022 se feront à partir des partis. Cela se jouera dans quelque chose de plus large, comme nous l’avons construit avec Paris en commun.. .»

27 novembre 2020, Anne Hidalgo, une offre politique crédible ». La journaliste du MONDE analyse : « Pour l’heure, deux énormes obstacles restent en vue. D’abord, l’élue socialiste aura du mal à empêcher La France insoumise et Europe Ecologie-Les Verts d’avancer leurs propres candidats. Une concurrence qui risque d’être mortifère, en particulier si Yannick Jadot est choisi par les Verts : son offre, à la fois sociale et écologique, paraît très proche de celle de la maire de Paris… »

8 décembre 2020, Anne Hidalgo, la candidate désirée des socialistes pour la présidentielle de 2022 : « Anne Hidalgo a fait le pari que, dans sa stratégie, Les Verts vont être gênants car elle estime que ce sont des partenaires peu stables. Les amoindrir, saper un peu leurs prétentions, ne peut lui nuire car elle pense que l’écologie, au regard des électeurs, c’est autant elle qu’EELV », relate un élu socialiste parisien.

21 janvier 2021, Présidentielle 2022 : la machine Hidalgo se met en route. Anne Hidalgo passe déjà du futur au présent quand elle déclare : « Je prends ma part » au débat actuel. Elle veut proposer un « projet ouvert qui parle d’écologie et du social ». Son plan est conçue pour rendre possible une candidature. Il peut se résumer en quatre points : sortir de Paris, faire entendre sa différence, structurer ses réseaux, préparer des accords politiques.Dans la dernière enquête Kantar pour Le Figaro Magazine, réalisée du 7 au 11 janvier, 27 % des personnes sondées souhaitent lui voir jouer un rôle important à l’avenir, ce qui la place au premier rang des personnalités de gauche, ex aequo avec la maire de Lille, Martine Aubry.

29 janvier 2021, Anne Hidalgo ou la naissance d’une ambition : En 1997, Anne Hidalgo, jeune inspectrice du travail de 38 ans, intègre le tentaculaire ministère de l’emploi et de la solidarité du gouvernement Jospin. C’est en spécialiste des accords d’entreprise et de la formation professionnelle qu’elle arrive au ministère du travail après un passage comme chargée de mission DRH à la Générale des eaux et au Bureau international du travail. Sous le rude patronage de Martine Aubry, elle s’éveille à la politique et amorce un parcours qui la conduira à la Mairie de Paris et désormais au rang de possible candidate à la présidentielle.

Commentaire de biosphere : Depuis 1972 (rapport sur les limite de la croissance) et 1974 (René Dumont, « l’écologie ou la mort »), nous devrions savoir que la situation planétaire nécessite une écologie de rupture. Mais pour faire progresser l’écologie le plus rapidement possible au niveau électoral, il faut faire preuve de pragmatisme après analyse de la situation concrète : les Verts n’ont jamais fait plus de 5 % à la présidentielle, sauf Noël Mamère un petit peu plus (5,24%) grâce à sa notoriété médiatique antérieure. En 2017, EELV a fait le choix de l’incohérence, une primaire a désigné Yannick Jadot comme présidentiable, mais celui-ci s’est rallié à la candidature de Benoît Hamon. Résultat, 6,35 % seulement au premier tour pour l’alliance PS-EELV ! Mais aujourd’hui présenter aux électeurs une alternative par la création d’un mouvement social-écologique trans-partisan et ouvert vers le centre serait la meilleure option pour faire échec à une finale [droite / extrême droite] en 2022.

Recensions de lectures écolos

La folle histoire des virus – Tania Louis – >> lire

Les parasites manipulateurs – sommes-nous sous influences ? – Clément Lagrue – lire

Comment pensent les animaux – Loïc Bollache – Postface Étienne Klein – >> lire

Fourmis. Vie et intelligence collective d’une colonie – Armin Schieb – >> lire

Combattre, sauver, soigner : une histoire de fourmis – Erik T. Frank avec la collaboration de Camille Lavoix – >> lire

La Gélinotte des bois – Bruno Mathieu, Marc Montadert et Jean-Jacques Pfeffer – >> lire

Faune et flore de La Réunion – Dominique Martiré – >> lire

Le grand livre des arbres et de la forêt – des Membres de l’Académie d’agriculture de France – >> lire

Quelle est cette plante ? Fleurs sauvages, graminées, arbres et arbustes – les reconnaître par la couleur – Marianne Golte-Bechtle et Margot et Roland Spohn – Éditions Ulmer. >> lire

Sauvons la biodiversité ! Comprendre pour mieux agir – Catherine Levesque (JNE) – Illustrations Red – >> lire

L’éco-anxiété ne passera pas par moi – conseils pratiques pour une écologie sereine – Élise Rousseau (JNE) – >> lire

Géomimétisme – réguler le changement climatique grâce à la nature – Pierre Gilbert. >> lire

Flora Vegetativa – Stefan Eggenberg et Adrian Möhl – >> lire

L’Écologiste n° 57 – Retrouver le contact – décembre 2020 – février 2021 >> lire

Plan de relance de la filière bois : la forêt ça se cultive !.par Jean-Claude Génot >> lire

L’essentiel du mois de janvier 2021

A l’écoute du monde tel qu’il va, et c’est pas triste, nous avons sélectionné deux des thématiques traitées en janvier sur notre blog biosphere.

1) En 2017, LE MONDE a utilisé pour la première fois le terme déconsommation. Cette fois il ajoute l’expression « démobilité » au catalogue des Dé ( Démondialisation, Désurbanisation, etc.)… Pour en savoir plus :

Transports : 2020, année de la « démobilité » (25 janvier 2021)

2) Il semblerait aujourd’hui plus judicieux d’utiliser le mot « contre-violence » plutôt que le terme « non-violence». Comme le système socio-économique nous mène au désastre., on pourrait en effet se demander si la destruction de biens nuisibles à la planète et donc à l’humanité n’est pas devenue légitime… Pour en savoir plus :

 Faut-il incendier les émetteurs radio/télé ? (14 janvier 2021)

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Même adresse pour nous envoyer une contribution, pas plus de 4000 caractères svp.

Faites-nous connaître si vous le jugez utile, merci.

Lire L’ECOLOGISTE pour y voir plus clair

Quelques extraits de L’ECOLOGISTE n° 57, décembre 2020 – février 2021 :

Thierry Jaccaud, rédacteur en chef : « Le vaccin contre la variole, fléau historique responsable de véritables hécatombes, a joué un rôle certain dans l’élimination ee la maladie sur notre planète annoncée en 1980. Le vaccin avait des effets secondaires graves et connus. Mais la variole elle-même tuait beaucoup plus. »

Martin Kohr a popularisé le terme d’« émissions négatives » de gaz à effet de serre. Lors de la Conférence des parties en 2007 à Bali, les pays en voie de développement étaient sur le point d’accepter l’engagement des pays développés à réduire leurs émission de seulement 80 %. Martin Kohr a expliqué alors que ce n’était pas suffisant si l’on prenait en considération les émissions passées. C’est pourquoi le Nord doit produire des émissions négatives, ce qui est une pensée douloureuse pour beaucoup de gens.

Recension du livre « Les limites planétaires » : Aujourd’hui, l’extraction annuelle de matières premières atteint le chiffre astronomique de 70 milliards de tonnes au niveau planétaire, soit environ 10 tonnes par personne. 20 milliards de tonnes sont issues de la biomasse (alimentation, bois, textiles…) et 50 milliards sont extraits de la lithosphère : 28 de minerais non métalliques essentiellement destinés à la construction d’infrastructures ou de bâtiments, 13 pour les énergies fossiles et 7 pour les minerais métalliques.

Satish Kumar : « Si la technologie est à notre service en étant utilisée avec discernement pour développer les relations humaines, sans polluer l’environnement et sans gaspiller les ressources naturelles, alors elle peut être bonne. Ce n’est pas le cas des écrans. Nos enfants ont besoin d’apprendre des choses sur la nature, mais aussi de la nature, du jardinage, de la vie marine et de la vie sauvage. Une telle connaissance ne s’acquiert pas en fixant des écrans. Un ordinateur est une boîte, il vous apprend à penser dans une boîte. »

Résistons à l’agression publicitaire

Des nouvelles de RAP, Résistance à l’Agression Publicitaire : 2020, est l’année où l’association a amélioré son activité de mobilisation et de plaidoyer. Notre action pour la sobriété publicitaire a connu plus de résonance dans la société. Nous avons été auditionné·es par des parlementaires et la convention citoyenne pour le climat ; coécrit 2 rapports majeurs fortement médiatisés et des tribunes pour demander la réglementation de la publicité ; – réussi à faire entendre nos demandes aux municipales ou 527 candidat·es se sont engagé·es à limiter l’affichage publicitaire. Pour 2021, nous mènerons plusieurs combats avec forces et motivation. Nous prévoyons de publier un rapport sur le sexisme dans la publicité ; mobiliser en faveur des propositions de la convention citoyenne pour le climat ; co-réaliser un prix Pinocchio sur la pub ; travailler pour restreindre la place de la publicité dans nos villes ; poursuivre des action contre les écrans numériques et pour une « Loi Évin Climat »…
Pour en savoir plus,

  1. Le lobby publicitaire à l’assaut des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat
  2. Contre les avancées écologistes, l’industrie publicitaire se mobilise
  3. Publicité : le « cent filtres » de Macron
  4. Tribune : L’ARPP, gardien du monde d’avant
  5. RAP Troyes: « Ne participons pas au Black Friday !
  6. [Strasbourg] Publicité lumineuse, activisme VS infractions
  7. Actualités publicitaires

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RAP@Toile N°162 – décembre 2020

Tout savoir sur une agriculture durable

Des paysans, pas des agro-industriels ! C’est ce qu’exprime l’agronome Marc Dufumier.

Marc Dufumier en 2012 : «  Contrairement à des idées préconçues, l’agriculture biologique n’est pas extensive. C’est une agriculture qui fait un usage intensif de l’énergie solaire pour la convertir en énergie alimentaire par le biais de la photosynthèse. Pas un rayon de soleil ne doit plus tomber directement à terre ; tous doivent être interceptés par des feuilles de plantes. Pas un filet d’eau ne doit ruisseler à la surface des terrains ; toute l’eau doit être retenue par l’humus et s’infiltrer dans les sols. L’agriculture biologique vise à séquestrer intensément le carbone pour fabriquer les hydrates de carbone (glucides, produits amylacés, lipides, etc.) dont nous avons besoin et pour enrichir les sols en humus. Grâce aux légumineuses, cette forme d’agriculture fait aussi un usage intensif de l’azote de l’air pour la fabrication des protéines et la fertilisation des sols. L’agriculture biologique sait aussi recycler dans les couches arables les éléments minéraux libérés par l’altération des roches mères en sous-sol. Savante, mais artisanale, elle exige davantage de travail à l’hectare ; c’est donc une forme d’agriculture intensive en emplois .Par contre l’agriculture industrielle ne fournit que très peu de travail à l’unité de surface. Les systèmes de production exagérément spécialisés ne sont pas durables. L’urgence est de mettre un plafond à la taille des unités de production agricole, comme à l’époque des lois anti-cumuls. La seule issue pour nourrir correctement l’humanité entière est de faire en sorte que prédominent des unités de production agricole familiales. » ( chapitre « vers une agriculture durable » in Un nouveau monde en marche (vers une société non-violente, écologique et solidaire) sous la direction de Laurent Muratet et Etienne Godinot (éditions Yves Michel, 2012))

Marc Dufumier en 2016 : » Il nous faudrait promouvoir une agriculture moins industrielle, c’est-à-dire plus artisanale, plus respectueuse de l’environnement mais aussi plus intensive en emplois. En effet la France ne peut plus être compétitive sur les marchés internationaux en tentant d’exporter des denrées standards produites à grande échelle. Les poulets nourris avec du maïs et du soja brésiliens ne peuvent être vendus plus chers que des poulets brésiliens… Beaucoup d’agriculteurs considèrent cependant qu’il leur faut poursuivre avec les formes actuelles d’agriculture industrielle, quitte à considérer les problèmes environnementaux et sanitaires engendrés par celles-ci comme étant relativement secondaires… Et nos productions exportées vers ceux des pays du Sud contribuent à ruiner définitivement les paysanneries de ces pays qui travaillent encore pour la plupart avec des outils manuels. Ce sont pour une très large part les distorsions de prix introduites par les subventions de la politique agricole européenne (PAC) qui ont été à l’origine de nos errements. Mais pourquoi ne réorienterons-nous pas celle-ci pour que les paysans soient incités à mettre en œuvre les systèmes de culture et d’élevage les plus conformes à l’intérêt général ? » (résumé du MONDE (9 février 2016, Crise agricole : « Vive la production artisanale ! »))

Marc Dufumier en 2020 : « il existe des pratiques agricoles alternatives à l’emploi du glyphosate et des néonicotinoïdes. Ces techniques, qui relèvent d’une agroécologie scientifique et s’inspirent en même temps de savoir-faire paysans très anciens, ne visent pas tant à éradiquer les herbes concurrentes des plantes cultivées ou les pucerons qui leur transmettent des virus qu’à en réduire la prolifération et à minimiser leurs dommages. La première d’entre elles consiste à allonger les rotations de cultures et à diversifier les espèces cultivées au sein de nos terroirs. Quand les parcelles sont occupées par des cultures d’espèces très variées, les insectes susceptibles d’occasionner de gros dégâts sur l’une d’entre elles éprouvent de réelles difficultés à se propager du fait que les cultures présentes sur les parcelles voisines ne leur sont guère accueillantes.

Si les parcelles de betterave à sucre affectées par la jaunisse avaient été plus dispersées dans l’espace et entourées de diverses autres cultures, les pucerons qui lui ont inoculé le virus à l’origine de cette maladie ne se seraient pas autant disséminés .Si les parcelles de betteraves avaient été entourées de haies vives hébergeant diverses espèces herbacées, arbustives et arborées, les pucerons n’auraient pas tardé à être neutralisés par les larves ou adultes de multiples insectes auxiliaires : coccinelles, syrphes, chrysopes, cécidomyies, etc. Les pertes de production auraient donc été bien moindres que celles observées cette année, sans avoir à employer des insecticides. Il nous faudrait réintégrer au plus vite des légumineuses : trèfles, luzernes et sainfoins destinés à l’alimentation des herbivores ; lupins, féveroles et pois fourragers consacrés à celle des volailles et porcins ; lentilles, pois chiche et autres légumes secs dont nous faisons trop peu usage dans nos repas. Ces espèces ne sont pas en effet très accommodantes pour les pucerons verts s’attaquant aux betteraves et autres cultures. Et de surcroît, ces légumineuses nous permettraient de réduire notre énorme déficit en protéines végétales destinées à la nutrition animale. La somme de 100 millions d’euros annoncée dans le plan de relance pour inciter nos agriculteurs à cultiver des protéagineux paraît bien dérisoire, en comparaison avec les milliards d’euros de subventions de la politique agricole commune que perçoivent annuellement nos agriculteurs en proportion des surfaces disponibles. Cela est d’autant plus regrettable que les plantes de l’ordre des légumineuses contribuent à fertiliser les sols en azote par la voie biologique et nous éviteraient d’avoir grandement recours aux engrais azotés de synthèse, coûteux en énergie fossile importée et très émetteurs de protoxyde d’azote, principale contribution de l’agriculture française au dérèglement climatique. »

Commentaire de biosphere : L’agronome Marc Dufumier obtient notre appui total en ce qui concerne sa présentation de l’agro-écologie. Par contre il est tellement obsédé par l’agriculture qu’il ne peut comprendre que l’alimentation et la population sont les deux facettes d’une même médaille. Il dit : «  Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable.  »

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre . Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt à refuser le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’intensifier nos rendements pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée uniquement par des humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Conseil de lecture : « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

(Re)-Toucher Terre, une nécessité absolue

Un individu qui agit pour un monde plus respectueux de la Terre-Mère a un impact infime. Ce qui fait sa force, c’est la multiplication des initiatives qui s’agrègent en associations et qui vont modeler progressivement la perception collective et changer les objectifs de la politique politicienne.

Le Manifeste pour (Re)-Toucher Terre est ainsi au carrefour d’associations diverses : Archipel des Alizées, Back To Earth, BlueBees, Carnets de Campagne, Fermes d’avenir, Fermes de Figeac, institut Momentum, Les Localos, Maires Ruraux de France, Nouvelles Ruralités, PRIMA TERRA, Réseau français des territorialistes, Ruralité positive, Vert votre avenir, Villages Vivants, Vivrovert… Cette coordination permet d’obtenir une tribune dans LE MONDE, touche ainsi un public varié, un petit pas pour un monde meilleur, un grand pas vers le futur ! Quelle en est l’argumentation ?

« Il y a urgence à reconnecter notre économie aux réalités de cette nature au bord de l’épuisement. Face aux crises s’impose une évidence : la nécessité de (re)toucher terre. Un retour à la terre que nous entendons au sens large, c’est-à-dire repenser les relations ville-campagne, reconnecter notre société hors-sol au vivant et redonner une place centrale à l’agriculture et aux paysans. Le modèle urbain consumériste arrive en bout de course. Il est arrivé au bout de l’absurde, celui de l’uniformisation des êtres et des territoires, celui d’un monde déconnecté de la complexité de la vie, cloisonné, dirigé par une économie hors-sol. Au sortir de la seconde guerre mondiale, plus d’un tiers des personnes en âge de travailler étaient dans l’agriculture. Aujourd’hui, cela ne concerne plus que 2,5 % des actifs. Nos concitoyens doivent prendre conscience que, s’ils ont majoritairement des métiers tertiaires, c’est parce qu’ils ont délégué la production de vivres aux agriculteurs. Pour redonner au secteur dit « primaire » sa place première, il nous faut repenser les stratégies alimentaires et favoriser le développement d’une nouvelle génération de ruraux, plus « paysans » qu’exploitants agricoles. Heureusement un foisonnement d’expériences refait battre le cœur des villages, permet la résilience, invite à penser de nouveaux équilibres territoriaux avec pour viatique le souci du vivant. II est une loi qu’on ne criera jamais assez fort : moins de biens, plus de liens ! Car le monde d’après ne pourra pas être celui de la croissance verte. Une reconnexion à la terre doit s’inscrire dans un projet politique loin de toute logique partisane. Il en va de notre survie. »

Sur notre blog biosphere, cela fait longtemps que nous disons la même chose, retour à la terre, reconnexion aux réalités biophysiques :

25 juillet 2020, Retour sur Terre, retour à la terre, survivre

15 janvier 2017, Retour à la terre, une histoire vécue

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

conclusion : Retour en arrière toute, ce que dit la sagesse indienne

31 décembre 2020, les réveillons au pilori

La France est sous le régime du couvre-feu depuis le 15 décembre 2020, la nuit de la Saint-Sylvestre aussi. La vente d’alcool a été interdite dans 15 départements, tout déplacement entre 20 heures et 6 heures est interdit. Il n’y a pas de loi qui dise que vous devriez être six maximum à table, mais c’est une mesure de bon sens, avec masque et distanciation sociale bien entendu. La France découvre en 2020 qu’on peut vivre différemment de la période euphorique de la croissance sans limites avec champagne-foie-gras à volonté pour le réveillon. D’ailleurs, si les humains sont frappés par le virus Sars-CoV-2, les volailles engraises jusqu’à la mort sont frappées par le virus H5N8 (grippe aviaire)… et abattus en masse. Couvre-feu définitif pour les canards ! Voici ce qu’on peut prévoir du réveillon futur dans la société post-croissance qui s’amorce :

« En ce jour de réveillon en 2050, Léa confectionne un repas 100 % local, ce qui réduit considérablement la variété des mets possibles. Elle se souvient comme d’un rêve des papayes que ses parents lui achetaient à la fin du XXe siècle, sans se soucier du fait qu’il avait fallu dépenser pour cela plusieurs litres de pétrole. De toute façon elle est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière. Ils avaient été victimes d’un virus apparu en Sibérie du Nord, là où le permafrost a cédé la place à des marais à partir de l’année 2025. Léa a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires. Même l’utilisation du charbon liquéfié a été proscrite car les sols et surtout les océans qui séquestraient le carbone depuis toujours, ne jouaient plus leur rôle, renforçant ainsi très brutalement l’effet de serre anthropique et les dérèglements du climat. Cet été, Léa avait appris par une amie que le thermomètre était monté jusqu’à 45°C à Caen. Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public.

Deux caractéristiques du changement en cours rendent plus difficiles notre perception du phénomène et notre aptitude à agir : l’inertie et l’irréversibilité. L’inertie renvoie au temps long de réponse de la biosphère aux dégradations que nous lui infligeons. Une fois que nous aurons réchauffé les océans, ce réchauffement perdurera durant des millénaires, et nous n’aurons aucun moyen de les refroidir ; c’est l’irréversibilité. Nous nourrissons de grandes illusions quant à la résistance de nos sociétés. En effet, la sophistication des technologies modernes a deux conséquences : une intensification de la division sociale du travail ; des infrastructures et des équipements de plus en plus nombreux et coûteux. L’une comme l’autre ont accru la vulnérabilité de nos sociétés. Au XIVe siècle, la peste noire avait emporté un Européen sur deux sans entraîner un effondrement total. Les trois quarts de la population se composaient en effet de paysans qui, pour la plupart, se nourrissaient eux-mêmes. Qui en revanche nous nourrirait si la moitié des quelques centaines de milliers d’agriculteurs qui nous alimentent venaient à disparaître ? Quelle entreprise résisterait à la disparition d’un salarié sur deux ? Quelle société contemporaine pourrait faire face aux coûts financiers induits par des ouragans, des sécheresses et des inondations extrêmes à répétition ? » (Extraits du livre « Le développement durable, maintenant ou jamais » de D.Bourg et G.Rayssac)

La Biosphère vous souhaite une sobriété heureuse et partagée en 2021…

La sobriété ne suffit pas vu notre nombre

Autrefois on se déplaçait à pied, à dos d’âne, à cheval, en voiture à cheval, en bateau à voile et on communiquait à distance par courrier qui mettait un temps fou pour arriver au destinataire. Les gens allaient se distraire au spectacle quand ils en avaient les moyens. Les pauvres mangeaient peu et avaient froid en hiver.  Les riches mangeaient beaucoup et en hiver ils se rapprochaient du feu de la cheminée qui consommait énormément de bois. Les riches comme les pauvres succombaient quand ils étaient atteints de maladies graves. Aujourd’hui, la plupart du temps, ils survivent, et ils se déplacent à pied, en vélo, en voiture, en métro, en train, en bateau, en avion et ils communiquent à distance par internet, par téléphone, par radio, et par télévision. Ils appuient sur un bouton pour chauffer leur habitation.

Nos aspirations semblent à peu près les mêmes que celles des anciens. S’habiller, se déplacer, se chauffer, se nourrir, se distraire au spectacle ou entre amis, se soigner. Simplement les moyens ont changé parce que nous sommes des primates à très gros cerveau qui finissent toujours par trouver des solutions pour satisfaire leurs aspirations et leurs besoins pour aller plus vite et plus loin. Malheureusement cela ne peut se faire que par des industries qui polluent l’air, l’eau, la terre et  stérilisent de grands espaces. On parviendra à moins polluer, et c’est déjà le cas dans une certaine mesure. Mais on ne guérira pas notre Terre malade d’une humanité devenue pléthorique, uniquement en incitant les humains à mener une vie plus sobre. En un siècle et demi, grâce notamment au progrès de la médecine, les hommes sont tout simplement devenus beaucoup trop nombreux. La population mondiale a été multipliée par 10 environ dans ce laps de temps et par 35 si on compare à la population évaluée au temps du Christ.

C’est bien d’être sobre (et je pense que je le suis), mais le résultat risque d’être bien maigre. A mon sens la mesure phare en matière d’écologie est de clamer haut et fort que la courbe démographique mondiale doit se stabiliser au plus vite, puis s’inverser pour que la population humaine globale diminue. Nous vivons un raz-de-marée humain. Et le drame est bien là.  Toutes les autres dispositions réclamées par les écologistes (dont je suis) sont évidemment bonnes : agriculture biologique, protection des habitats naturels, recyclage des déchets, lutte contre la pollution, etc. Mais je suis étonné que la question démographique soit presque toujours passée sous silence. Il faut parler de cela et il  existe d’ailleurs une association dont c’est précisément le sujet. Il s’agit de l’ Association pour une démographie responsable.

Philippe Dupont, auteur de plusieurs livres, entre autres  « Le livre des animaux sauvages » et « Les gardiens de la vie sauvage »…

Conseil de lecture : « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

Giscard d’Estaing est mort, son bilan écolo

Quel bilan écolo pouvait-on tirer du septennat de Giscard d’Estaing (1974 à 1981). Voici le point de vue de Marc Ambroise-Rendu dans son livre Des cancres à l’Elysée (5 Présidents de la république face à la crise écologique) : « Le 27 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing prend ses fonctions de président de la République par l’avenue Marigny… à pied. Mais Giscard n’a guère d’idée sur l’environnement et encore moins sur l’écologie. Une seule page sur la « nouvelle croissance » dans son livre-programme, Démocratie française, et pas un mot sur l’environnement dans les 1370 pages de ses Mémoires. Ses idées découleront surtout de son conseiller Pierre Richard. Le président aime plutôt la nature comme un chasseur passionné pour lequel tout paysage est d’abord un repaire à gibier. Pour assouvir sa passion, il tiraille partout, en France, en Europe, en Afrique.

Dès le mois de juin 1975, un conseil des ministres programme, pour les quatre années suivantes, le lancement de 29 réacteurs supplémentaires. Pourtant Giscard n’a jamais vu une centrale nucléaire, il ira à Gravelines seulement en octobre 1979. Ces monstres de puissance sont pilotés par une poignée de techniciens auxquels on fait confiance. En juin 1975, le ministre de l’Environnement Jarrot convoque des experts. Question : quelle sont les conséquences des rejets des centrales sur la température et la chimie des eaux de rivière ? Réponse : on ne sait pas, mais ça ne doit pas être bien dangereux. Les risques d’accident ? La main sur le cœur, les spécialistes garantissent que toutes les précautions sont prises. Il n’existe à l’époque aucune loi encadrant le nucléaire. Dans les arbitrages élyséens, Pierre Richard est écrasé par André Giraud, nucléariste convaincu. Durant son septennat, Giscard autorisera plus de 40 essais d’explosion nucléaire alors que dans les instances internationales, il parle de désarmement. Bref le pays est dirigé par un président pronucléaire.

Pour le reste, Giscard s’est exonéré des décisions difficiles en légiférant à outrance. Le Conservatoire du littoral, envisagé sous Pompidou, devient une réalité le 10 juillet 1975. Mais il faudra attendre 1986 pour une loi sur le littoral contre les bétonneurs. Tous calculs faits, le pourcentage des crédits d’Etat consacrés à l’environnement dégringole de 0,69 % en 1974 à 0,41 % en 1979. Sous Giscard, l’Etat dépense proportionnellement 40 % de moins pour l’environnement que sous Pompidou. »

Né en 1926, Giscard d’Estaing est mort le 2 décembre 2020. Nous ne lui concédons que deux qualités, celle d’avoir autorisé l’IVG (Interruption volontaire de grossesse) mais on le doit surtout à Simone Veil … Et celle d’être un européen convaincu.

Apprendre à désobéir par la pratique

Samedi 9 janvier à Paris, le collectif des Désobéissants vous propose une journée de formation à la désobéissance civile. Animé par un activiste avec 10 années d’expériences en matière d’action directe non-violente et de désobéissance civile. Pour s’inscrire ou en savoir plus, envoyez nous un mail: remi.filliau2@protonmail.com
Article de presse sur nos formations.
Ce stage s’adresse aux militants expérimentés comme aux militants débutants. Il s’agira notamment d’apprendre à organiser des actions visant à défendre des droits sociaux de plus en plus menacés, les Droits humains et des animaux, l’avenir de la planète… Cette formation peut s’avérer très utile pour mieux appréhender notre rapport à la police, aux médias, à la non-violence, etc.

PROGRAMME :
1) Positionnement philosophique: Pourquoi la non-violence ? Comment utiliser la répression pour faire avancer la cause ?
2) La rencontre avec son adversaire: policer, gendarme, vigile…
3) Techniques de blocage et de résistance à une évacuation,
gérer son stress pendant l’action
4) Déroulement d’une action/ Aspect méthodologique
– coordination, sécurité, communication, négociation, évaluation
– répartition des différents rôles dans une action
– les différents types d’action : répertoire et exemples concrets
– check list (récapitulatif) d’une action type
5) Aspects juridiques / audition au commissariat
– quels droits quand on est arrêté par la police ?
– la garde-à-vue
– la convocation au commissariat
6) L’action et les médias
7) Aspects stratégiques: Objectifs de l’action? Adversaires? Alliés? Comment gagner une lutte (exemples de luttes non-violentes victorieuses)? Quelles erreurs éviter?
 – Horaires: samedi 9 janvier de 9h à 18h.
– Lieu: Pour connaître l’adresse, merci de s’inscrire: remi.filliau2@protonmail.com
– Prix: La participation aux frais est libre (prix conseillé 30€). Chacun donne ce qu’il peut en fonction de ses moyens.
– Covid-19: Nous respecterons naturellement les gestes barrières, et chacun.e est invité.e à se munir d’un masque.
– Repas: Chacun est invité à venir avec son repas du midi (ainsi qu’un verre et une assiette et des couverts si nécessaire). Nous ne pourrons pas partager la nourriture pour des raisons sanitaires.
Bonne soirée, Les Désobéissants, www.desobeir.net

Lymphomes et leucémies chez les agriculteurs

Je n’aimerais pas être agriculteur productiviste, je voudrais être paysan bio. Les dernières études le démontrent. « Le suivi de 180 000 éleveurs et cultivateurs dénombre une proportion accrue de lymphomes, leucémies ou cancers de la prostate, notamment chez ceux exposés aux pesticides », nous indique Stéphane Foucart. Ces résultats renforcent les éléments de preuve de l’impact sanitaire des pesticides sur leurs utilisateurs, les liens entre pesticides et hémopathies malignes étant déjà solidement établis. Pourtant il y a aussi sous-représentation de plusieurs cancers chez les agriculteurs : poumon, larynx, œsophage, foie, vessie, etc., dont une grande part sont liés au tabac ou à la sédentarité. Je n’aimerais pas être citadins. Les commentateurs sur lemonde.fr expriment leurs opinions, tumultueuses comme il se doit :

Sextus Empiricus : Les premières victimes de l’agriculture productiviste seraient les agriculteurs eux-mêmes ? J’espère qu’un jour on sera capable de mettre à plat le rapport coûts et de bénéfices du productivisme et de prendre enfin les décisions qui s’imposent. Je crains que cela prenne encore du temps étant donné l’attachement fétichiste de nos Etats et gouvernements à des indicateurs économiques totalement désuets et court-termistes.
lecteur assidu : Les Parisiennes / parisiens et les agricultrices / agriculteurs ont la plus grande espérance de vie en France. C’est le seul indicateur qui ait une valeur.
Archisauvage @ assidu : Continuons à empoisonner nos agriculteurs et les citadins: aucun souci, tant que l’indicateur les concernant reste en dessous de la moyenne. Ça c’est du raisonnement !
Tiède : notez que les agriculteurs ont une alimentation différente, ils sont moins sédentaires et fument moins que le reste de la population. De même, ils ne sont pas exposés au même type de pollution atmosphérique que celle des grandes concentrations urbaines.
Anti-Pollueurs : Mais attendez, ce sont ces mêmes produits : pesticides, phytos et poisons en tout genre… que la FNSEA veut asperger au plus près des habitations ! Mais comment est-ce possible ?
Bobo parisien @ antipollueurs : C’est quoi cet agribashing ??? Mais bon sang de bonsoir, que fait Demeter ???
Agnès : L’article est écrit comme si c’était les agriculteurs qui subissent les pesticides que quelqu’un d’autre leur impose alors que c’est le plus souvent leur choix de les utiliser
gaston : Ben oui, c’est l’arroseur qui est arrosé avec les pesticides ; si sa détruit les oiseaux … cela ne peut pas être bon pour les destructeurs qui les utilisent..
Danoask : Agnès achèterait-elle des pommes de terre avec quelques trous de doryphores ??? Des laitues un peu bouffées par les limaces ? etc.???
La Biscotte : Et pendant ce que ces fainéants de citadins sûrement trop gras commentent du fond de leurs canapés, les agriculteurs travaillent pour les engraisser.
Dance Fly : Les résultats sont pourtant clairs et y’a pas de quoi polémique r: quand on est agriculteur on a un risque accru pour 6 cancers, et pour 4 d’entre eux ce risque est lié à l’utilisation d’intrants.

EELV 2022, y aller pour gagner

Les écologistes veulent être en ordre de bataille pour la présidentielle 2022, unis autour d’un Pole écologiste. Voici leur discours :
Exposé des motifs : La politique des gouvernements successifs détruit un peu plus chaque jour. Les écologistes de la première heure, méprisés ! Les jeunes qui s’engagent pour le climat, moqués ! Les propositions de la convention citoyenne, balayées ! Des personnalités isolées comme Nicolas Hulot dans des gouvernements productivistes, ne peut faire une politique écologiste. Nous pouvons, et nous devons gagner les élections présidentielle et législatives de 2022 : envoyer à l’Elysée un.e président.e écologiste, à l’assemblée une majorité écologiste. En tant que parti fondateur de l’écologie politique, c’est notre responsabilité. Les écologistes et leurs partenaires de gauche sont aujourd’hui dispersé.e.s dans de multiples organisations qu’elles soient des partis, des associations, des syndicats, des collectifs citoyens, des ONG, des combattant.e.s isolé.e.s de la justice sociale et environnementale… dont aucune ne peut prétendre individuellement à l’hégémonie sur l’espace politique de l’écologie. Il convient de rechercher une coordination. Le pôle écologiste n’est qu’une première étape du rassemblement qu’il nous faudra construire. Nous mettrons en place une plate-forme participative. Une fois le projet constitué, nous engagerons la désignation de celui ou celle qui saura le porter pendant la campagne présidentielle. Ne soyons plus celles et ceux qui réclament, devenons celles et ceux qui font. Cette fois-ci, nous devons y aller pour nous qualifier au premier tour, et faire élire un.e président.e écologiste au second. Cette fois nous y allons pour gagner.

Motion : Afin de mettre sur pied une organisation qui a pour but de construire les bases d’un rassemblement pour remporter l’élection présidentielle de 2022, EELV propose aux partenaires du pôle écologiste, et à celles et ceux qui souhaiteront nous rejoindre une organisation de rédaction du projet, de pilotage de la campagne et un mode de désignation de la personne qui incarnera cette candidature… Le comité de pilotage recherchera en priorité un consensus pour proposer parmi les candidat.e.s celle/celui qui portera les couleurs de l’écologie politique en 2022. A défaut, les candidat.e.s seront départagé-es par un vote. Conformément à l’article 36 des statuts d’EELV, les seul-es adhérent-es seront appelé-es à s’exprimer le lendemain du 2e tour par voie électronique pour valider ou non la candidature issue de la primaire de l’écologie.
(résumé de la motion adoptée les 21 et 22 novembre 2020 lors du Conseil fédéral d’Europe-Écologie-Les-Verts)

Élection présidentielle : y aller pour gagner

Tu dis blanc, il va dire noir, qui dit vrai ?

Le problème de fond dans notre société de communication réside dans la difficulté pour le citoyen de se faire une opinion valide. Sur toute chose, il y a ceux qui disent noir et ceux qui disent blanc. Prenons un exemple parmi des milliers d’autres, la betterave. « Les néonicotinoïdes, le vrai-faux remède à la crise betteravière », titre LE MONDE. Approuvée par les députés début octobre 2020, la dérogation à l’interdiction de ces pesticides contestés doit être débattue par les sénateurs ce mardi 27 octobre. Le ping-pong verbal s’installe.

La Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) s’est félicitée de l’adoption du projet de loi par les députés. Une victoire pour cet organisme, affilié au syndicat agricole FNSEA,

Le syndicat Confédération paysanne : « Réautoriser les néonicotinoïdes ne protégera pas les paysans, ce texte est au service d’une filière agro-industrielle qui va poursuivre la pression aux rendements et aux prix bas ».

Sophie Primas (Sénatrice Les Républicains) : L’épidémie de jaunisse qui touche les betteraves, principalement au sud de l’Ile-de-France, entraîne des pertes moyennes de rendement sur les parcelles touchées comprises entre 40 % et 50 %. Une telle diminution de l’offre aura aussi de dangereuses conséquences. Elle n’entraînera évidemment pas une baisse de la demande en sucre : par conséquent, il sera importé. Or non seulement le bilan carbone d’un tel transport n’est plus à démontrer, mais en outre le sucre importé proviendra de semences enrobées de néonicotinoïdes, autorisés à l’étranger.

Claude Henry (Professeur à l’Ecole polytechnique) : Il s’agit donc de sauver une filière qui produit, plutôt médiocrement, un aliment dont notre consommation excessive, celle des enfants en particulier, est un problème sérieux de santé publique.

Sophie Primas : L’unique traitement efficace pour contrer la propagation de ce virus est à base de néonicotinoïdes.

Claude Henry : Le recours aux néonicotinoïdes est une manifestation extrême de la dérive d’une forme d’agriculture qui a substitué la chimie à la fertilité des sols, à l’alliance avec la biodiversité et à la variété des compétences des agriculteurs.

Sophie Primas : Le temps des Tweets n’est ni le temps de la recherche ni celui des saisons que la nature ordonne : contre l’écologie de l’injonction, privilégions l’écologie de l’innovation.

Claude Henry : Les avancées scientifiques et techniques ont été prodigieuses depuis Galilée (1564-1642). Cela a radicalement changé les conditions de vie, au moins dans les pays riches. Cependant, c’est aussi le facteur principal dans la destruction du capital naturel que la planète nous offre et sans lequel nous ne pouvons pas survivre.

Sophie Primas : Le débat oppose au contraire deux visions de l’écologie. D’un côté, celle de la défiance, manichéenne et simpliste, proposant interdiction sur interdiction. D’un autre côté, une écologie de la confiance, consciente de l’urgence et s’appuyant sur le terrain et le progrès pour trouver des alternatives vertes et efficaces .

Claude Lévi-Strauss : Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Cette civilisation occidentale n’a pas réussi à créer des merveilles sans contre-parties négatives. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.(Tristes Tropiques, 1955)

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

4 septembre 2018, Néonicotinoïdes, une victoire posthume de Nicolas Hulot

6 juin 2018, Le biocontrôle, une alternatives aux pesticides ?

4 mars 2018, Néocotinoïdes, le gourdin d’une agriculture chimique

7 juillet 2017, Les dégâts prouvés des néonicotinoïdes sur les abeilles

Alerte, les économistes déconnent grave

Les économistes peuvent-ils sauver la planète ? C’est comme si on demandait à un pyromane de bien vouloir éteindre l’incendie qu’il a allumé. L’économie telle que définie par l’université ne s’occupe que des moyens, et encore, ceux qui permettent d’augmenter à court terme le niveau de vie tout en détériorant le genre de vie. Les modèles économ(étr)iques* ne sont pas en mesure de prévoir les risques de catastrophes environnementales (ou même financières), ils fonctionnent à court terme, business as usual. Dominique Méda  remet les pendules à l’heure : « Les sciences économiques se sont profondément transformées depuis le XIXe siècle en se désencastrant de la Nature et en pensant possible une croissance endogène illimitée autoentretenue. Or c’est non seulement dans la société, mais aussi dans la biosphère que doit s’insérer l’économie, non pas pour en devenir la docile servante, mais pour inscrire résolument ses analyses dans les limites planétaires. L’économie écologique (économie biophysique, ou bioéconomie, ou reproduction durable) doit nous aider à déployer des pratiques réellement économes au sens premier du terme, « économiser.** »

La sociologue Dominique Méda redit ce que beaucoup d’analystes clairvoyants ont dit depuis des années. Prenons l’image de trois cercles concentriques. Alors que l’économie actuellement (le cercle le plus large) a tendance à englober et à dominer les activités sociales (cercle médian), et à ne pas se soucier de la nature (cercle le plus petit), il faut inverser cette hiérarchie. L’économie devient le cercle le plus petit, elle est mise au service de la société qui reste le cercle médian, elle-même contenue dans les limites de la nature (cercle englobant).

En 1968, Bertrand de Jouvenelécrivait : « Les progrès matériels que nous avons faits tiennent à la mise en œuvre de forces naturelles : car il est bien vrai que nos moyens physiques sont très faibles et, relativement à notre taille, bien plus faibles que ceux des fourmis. Aussi J.B. Say avait-il raison de noter qu’Adam Smith s’égare lorsqu’il attribue une influence gigantesque à la division du travail, ou plutôt à la séparation des occupations ; non que cette influence soit nulle, ni même médiocre, mais les plus grandes merveilles en ce genre ne sont pas dues à la nature du travail : on les doit à l’usage qu’on fait des forces de la nature. » Le mot bioéconomie n’était pas utilisé, mais l’intention y était.

En 1971, Nicholas Georgescu-Roegen précise les intuitions de Bertrand de Jouvenel dans The Entropy law and the Economic Process : « La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur.»

En 2009, Yves Cochet, dans son livre « Antimanuel d’écologie », parle d’économie biophysique : « L’économie que nous voulons esquisser – appelons-là l’économie biophysique – part de l’hypothèse que l’énergie et les matières requises pour fabriquer biens et services doivent être tout autant prises en compte que les interactions entre humains. Pourquoi, en effet, l’économie actuelle est-elle devenue une science sociale en excluant le monde biophysique ? Parce que, depuis deux siècles, l’abondance et le faible prix de l’énergie nous ont permis d’ignorer la nature. Cette profusion énergétique seule a été capable d’engendrer d’énormes richesses au XXe siècle pour une part dérisoire de nos salaires et de notre temps. »

En 2011, René Passet utilise le terme de bioéconomie : « Il n’est désormais d’économie viable qu’une bio-économie au sens propre, c’est-à-dire une économie ouverte aux lois de la biosphère. Le paradigme qui s’impose aux sociétés n’est plus celui de la mécanique, mais celui de la biologie et des systèmes complexes régissant la survie évolutive de l’humanité et de la biosphère. Dire que l’humanité consomme plus d’une planète est une façon d’affirmer qu’elle a franchi les limites de la capacité de charge de la biosphère. Il s’agit d’un tournant décisif. L’économie se trouve confrontée à sa vraie nature d’activité transformatrice de ressources et d’énergies réelles ; elle ne saurait se reproduire elle-même dans le temps que dans la mesure où ses règles d’optimisation restent subordonnées au respect des fonctions assurant la reproduction à très long terme de la nature ; elle est amenée à se penser dans la reproduction du monde. »

Quand l’économie est devenue la « science » qui consiste à déterminer comment faire le maximum de profits avec le minimum d’investissements matériels et humains, comment s’étonner qu’elle ait oublié le monde physique, ses limites et ses contraintes ? Dans un article de ce blog, nous n’hésitions pas à titrer : Bioéconomie, l’économie comme sous-partie de l’écologie.

* La fable de l’économie telle que l’expose la quasi-totalité des manuels de sciences économiques en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises et la sphère des ménages. C’est un système conceptuellement clos, une sorte de machine intellectuelle réalisant le mouvement perpétuel à l’intérieur d’un grand parc aménagé pour la satisfaction à court terme des plus riches, et pour le plus grand malheur de tous à moyen terme.

** Mon petit Larousse me dit : «  Economie, Art de réduire les dépenses » ou « ce que l’on ne dépense pas ». Ce sens traditionnel a malheureusement  été bien oublié au profit d’une économie de croissance qui a épuisé la biosphère.

Le faux clivage entre économie et écologie

Martine Valo : Au nom de l’emploi, de la baisse de revenus, de la perte de compétitivité, les dossiers à caractère environnemental sont glissés sous la pile. L’urgence ne désigne pas la même chose pour les uns et les autres : permettre aux acteurs économiques de maintenir leur fonctionnement actuel sans trop de casse, ou bien préserver dans la durée une biosphère qui nous offre des services incommensurables ? Alors, économie et écologie sont-elles définitivement irréconciliables ? Oui, si l’on entend par économie la croissance et la négation que les ressources de cette planète sont limitées ; mais non, si l’on envisage un autre modèle économique. Au fur et à mesure de l’accélération vertigineuse du changement climatique et du déclin des écosystèmes, les gens sont de plus en plus nombreux à penser que le plus important est de rester vivant. »

Jean Pisani-Ferry : Ce serait faire prendre un grand risque à la lutte pour le climat que de vouloir mettre la croissance à l’arrêt. Laissé à lui-même, le capitalisme massacre l’environnement. Adéquatement canalisé, il intègre la contrainte environnementale. C’est en mettant les investisseurs en garde contre le risque de se retrouver avec des actifs carbonés sans valeur qu’on a commencé à faire bouger la finance. C’est en faisant appel à la puissance d’innovation de l’économie privée qu’on a des chances de mobiliser des moyens à la hauteur du problème et de développer des technologies qui n’existent pas encore. La croissance ne sera pas l’adversaire, mais l’alliée de la transition écologique. Il est temps de s’en rendre compte.

Vert de Terre : En tant qu’écologiste, je ne suis pas contre la croissance par idéologie mais je suis contre laisser le monde se réchauffer de plus de 2°C ce qui le rendrait bien moins hospitalier qu’aujourd’hui. Pour éviter ce monde inhospitalier, il faut diminuer nos émissions d’au moins 5% par an dès aujourd’hui or 70% de notre énergie est carbonée. La technologie va bien sûr nous aider dans ce défi mais la sobriété apparaît comme une composante incontournable pour relever le défi. Sobriété et technologie doivent être donc des alliés. Par contre être pour la technologie ne signifie pas qu’il faille considérer que toute technologie est bonne par principe. Bref, il nous faut favoriser la technologie bonne pour l’intérêt commun et réguler les autres. ,

Biosphere : Non seulement les ressources naturelles se raréfient, mais les économiste oublient une loi écologique fondamentale, l’entropie : toute activité économique est en soi un processus de dégradation de l’énergie. C’est ce que nous a montré Nicholas Georgescu-Roegen dans son livre de 1971 majeur « The entropy law and the economic process », repris en France en 1979 sous le titre « La décroissance (entropie – écologie – économie) ». En voici un résumé :

« La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. L’énergie utilisée par l’activité économique se présente en effet sous forme libre et utilisable, ce qui en résulte est une énergie dégradée, liée et non utilisable. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine). En fait tout organisme vivant s’efforce de maintenir constante sa propre entropie ; il y parvient en puisant dans son environnement immédiat de la basse entropie (utilisable) afin de compenser l’augmentation de l’entropie à laquelle son organisme est sujet. Si les humains n’arrivent plus à capter de basse entropie à proximité, ils essayent de la prendre ailleurs. L’énergie atomique n’est ainsi qu’une tentative contemporaine de délier de l’énergie liée. Mais on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Quelques organismes ralentissent la dégradation entropique : les plantes vertes emmagasinent une partie du rayonnement solaire qui autrement serait immédiatement dissipée sous forme de chaleur. C’est pourquoi vous pouvez brûler aujourd’hui de l’énergie solaire préservée de la dégradation il y a des millions d’années sous forme de charbon, ou depuis un plus petit nombre d’années sous forme d’arbres. Tous les autres organismes accélèrent la marche de l’entropie et les humains plus que les autres. Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible mais beaucoup d’économistes ne connaissent même pas la loi de l’entropie. Certains pensent même de façon illusoire qu’on réussira toujours à trouver de nouvelles sources d’énergie et de nouveaux moyens de les asservir à notre profit.Mais on ne peut pas utiliser des schistes bitumineux si leur extraction coûte plus d’énergie que leur apport. Il y a aussi la thèse que nous pourrions nommer le sophisme de la substitution perpétuelle. Ainsi, selon Solow, on pourra toujours substituer d’autres facteurs (travail ou capital technique) aux ressources naturelles. Mais il faut avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer votre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. »

Faut-il faire décroître le système de santé

Coordination-défense-santé : ll est indispensable de redonner les moyens à la Sécurité Sociale. L’objectif est bien de trouver des moyens, non de les réduire à l’inverse des politiques gouvernementales depuis de nombreuses années. Pour nous le financement de la santé n’est pas un coût mais un investissement solidaire au bénéfice de tous.

Thierry Paquot : Face à n’importe quelle crise agricole, énergétique, économique, etc., généralement l’on réclame davantage de moyens pour y faire face. Avec l’épidémie de coronavirus, on demande à l’État d’accroître les dépenses de santé afin d’engager du personnel, d’augmenter le nombre de lits, d’améliorer le dépistage… sans s’interroger sur une écologie médicale qui viserait à maintenir en bonne santé le milieu et conséquemment ceux qui y vivent.

Yvan Illich : Les soins de santé sont devenus une marchandise, c’est-à-dire quelque chose que l’on consomme et non quelque chose que l’on fait. Guérir n’est plus compris comme l’activité du malade et devient l’acte de celui qui prend en charge le patient. A chaque âge de la vie correspond un environnement spécial pour optimiser la santé-marchandise : le berceau, le lieu de travail, la maison de retraire et la salle de réanimation.

Oliver Rey : Il n’y a pas de sens à s’emporter contre « l’horreur économique » et, en même temps, à réclamer davantage de lits de réanimation à l’hôpital, car c’est la continuation de la première qui autorise la multiplication des seconds.

Ivan Illich : Ce n’est pas un droit aux soins de santé qui changera notre situation de mortel, mais l’acceptation active de trois certitudes : nous n’éliminerons jamais la douleur ; nous ne guérirons jamais toutes les affections ; nous mourrons à coup sûr.

Denis Bayon : Il n’est pas contradictoire de défendre une médecine moins « intrusive » en assumant une possible moindre « espérance de vie », et de rejeter l’imposition des normes capitalistes dans le domaine de la santé comme ailleurs.

Thierry Paquot : Le système de santé enrichit les industries pharmaceutiques et les cliniques privées, il condamne à l’hérésie les savoir-soigner ancestraux et vernaculaires, les rebouteux et les plantes médicinales, etc.

Vincent Cheynet : Évidemment ce type de réflexion ne pourra que susciter le courroux du politicard et l’intellectuel pour qui l’écologie est un moyen de séduire. Mais il ne faut pas confondre confort et sens de la vie.

Source : Mensuel La Décroissance, octobre 2010 (page 14 et 15)