écologie appliquée

Lemonde lu par biosphere

Lemonde est toujours gentil, il relate les faits et intervient très peu pour dire ce qu’il en pense. La Biosphère s’occupe du reste et vomit Jacques Attali. En effet dans l’édition du 31.12.2008, il déverse sa bile : « J’aurais bien aimé que l’on demandât au Grenelle de l’environnement comment ses conclusions seront applicables, combien ça coûte, quels seront ses effets, sans doute bien moindre que les illusion qu’il a nourries ».

            Le Grenelle de l’environnement commence pourtant à s’occuper de la santé de la planète, Attali veut plus de croissance pour nous lancer encore plus fort contre le mur. Le rapport Stern a déjà calculé combien coûte une croissance basée sur les ressources fossiles. Selon ce rapport britannique remis au gouvernement le 30 octobre 2006, le réchauffement climatique pourrait coûter dans les prochaines années 5 500 milliards d’euros à l’économie mondiale et provoquer une récession comparable à celle des années 1930. Mais les conséquences du Grenelle ne peuvent qu’être limités puisque la libération de la croissance voulue par Attali va empêcher la réalisation de la plupart des mesures écologiques. La commission Attali vise une croissance de 5 % sans évoquer le problème environnemental posé par une activité économique intense.

 Il faut donc renvoyer Attali à son passé, lui qui avait été si brillant dans les années 1970. Dans un texte paru en 1973 (n° 52 de La Nef, un article intitulé Vers quelle théorie économique de la croissance ?), Attali expliquait combien le rapport du Club de Rome, The Limits of Growth (les limites de la croissance), était un livre « prudent ». Il soulignait ensuite les principaux écueils de la notion de croissance. Les modèles de croissance sont « incapables d’analyser les relations entre la croissance et le bien-être », écrivait-il.

Si Attali s’intéressait un peu plus aujourd’hui à la Biosphère, il aurait à nouveau des idées originales, et ça se saurait !

le syndrome du Titanic : on coule !

Lemonde du 24.01.2008 analyse les subprimes qui font « chavirer les modèles ». Que c’est vrai et si bien dit. Hulot parlait déjà du syndrome du Titanic : on coule !

Nous sommes dans une pliure de l’histoire où il faut changer de civilisation, mais personne ne veut percevoir la clé du futur. On préfère pour le moment courir après les vieilles lunes. Les uns augmentent les taux d’intérêt pour faire face à l’inflation, les autres diminuent le taux directeur pour lutter contre le chômage. Ridicule et billevesées. Nous savons que nous courons droit à la stagflation (stagnation de l’activité économique et forte inflation) qui a déjà sévi après le premier choc pétrolier. La prochaine stagflation s’annonce encore plus terrible et aucun modèle de la théorie économique dominante (libérale ou keynésienne) n’y portera remède.

 Pourtant certains connaissent déjà la solution. Il faut qu’il y ait décroissance de notre vanité humaine, décroissance de notre activité économique, décroissance de notre démographie. Il faut un remède de  cheval et aucun politique ne voudrait appliquer la purge. Alors il nous faudra un choc pétrolier rampant de plus en plus vite, une grosse récession et beaucoup de commissions ad hoc pour nous rendre compte qu’il fallait changer de civilisation… 

Pour en savoir plus, http://biosphere.ouvaton.org/

légumes BIO ?

Au printemps 2006 en France, la publicité pour une coopérative de fruits et légumes proposait « des fruits et de légume BIO en toutes saisons. » Les tomates étaient disponibles d’octobre à juin, les tomates cerise toute l’année et les poivrons de décembre à mai. Bien entendu la gamme proposée était composée d’une grande variété de produits non cultivés en France. Peut-on se féliciter de l’aide apportée par la France à des villages africains en leur achetant des mini-haricots verts exportés tout frais par avion ? On oublie ainsi le gaspillage énergétique dont l’équivalent pourrait être utile dans le développement des cultures vivrières locales.

 

La question de la pertinence de la mondialisation du commerce peut d’ailleurs être posée aussi bien pour les nouvelles consommations que pour les processus de production. Pourquoi assembler une voiture en Angleterre en faisant venir des pièces détachées de toute l’Europe avant réexportation. Pourquoi des voitures françaises vont-elles se vendre en Allemagne et des Volkswagen se vendre en France ? Pourquoi des voitures  font-elles tant de kilomètres sur des camions ? Pourquoi des légumes font-ils tant de kilomètres ? Pour le profit !

 

Le libéralisme crée une séparation entre l’activité humaine et les écosystèmes. Cela n’est pas durable. Chacun doit apprendre à vivre avec son biotope particulier. La mondialisation doit rester une ouverture d’esprit, pas un mode de vie.

 

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refus de l’écologie ?

Le numéro 16 (février 1974) de la Gueule ouverte perd non seulement sous sous-titre « le journal qui annonce la fin du monde », mais aussi son label de « mensuel écologique ». Isabelle, celle qui va devenir rédacteur en chef, commence à justifier ce tournant dans le numéro précédent :

 

« Le gâteau est finalement considérablement moins copieux qu’on ne l’imaginait, par contre les dîneurs sont de plus en plus nombreux. Seuls quelques-uns ont le droit de manier le grand couteau pour tailler et distribuer les parts. Ce sont ces quelques-uns qui gèreront la pénurie, en essayant d’en tirer autant de bénéficies que s’ils avaient géré l’abondance ». On est en train, tout doucement, d’habituer les masses à l’idée de restriction. Ce que les écologues n’étaient pas arrivés à faire entendre en parlant sagesse, à savoir : ralentissement de la consommation folle, les économistes vont l’obtenir. Pour avoir la bagnole, c’est facile, sois raisonnable, roule moins vite, pas tous les jours… Accepte sans broncher que l’électricité soit fournie par des centrales nucléaires, c’est tout simple, tu vois… On va pouvoir nous faire tout avaler, struggle for life, chacun pour soi mais tous pour la Société Moderne. Restriction de ceci, consommation de cela, racisme, délation, polices privées, on peut tout imaginer. On a des références et des souvenirs. Les écologues n’ont pas ouvert leur gueule assez tôt ni assez fort. »

 

Dans son édito du n° 17, Isabelle devient encore plus explicite : « Rédactrice en chef que me voici devenue, je commence par prendre une initiative : suppression du sous-titre mensuel écologique. Prise de distance avec une image débile de l’écologie, celle que donne certains doux farfelus qui prêtent le flanc à toutes les critiques. Erreur de prendre comme postulats de soi-disant règles inscrites dans une Nature mythique. Que d’aucuns passent agréablement (si aucun fascisme ne vient briser leur idylle) leur vie à se conforter en communauté, n’ayant d’autre souci que la pureté de leurs petits intestins ou la contemplation extatique du coucher du soleil sur le mille-pertuis de la dernière colline non polluée qu’ils ont trouvé, si ça les amuse, je n’ai rien contre. Mais je n’ai pas envie de me casser le chose à faire un journal avec leurs états d’âme. (…) Il n’y a pas de réponse politique ou scientifique  toute prête aux questions que pose la crise actuelle de civilisation, il n’y a pas de réponse écologique définissable. Il nous faut chercher dans toutes les directions, un journal écologique devrait éviter la segmentation, sans étiquette. »

 

Isabelle annonçait ainsi la suspension temporaire de l’écologie, elle est en phase avec l’époque. Entre le 1er sommet de la Terre à Stockholm (1972) et le deuxième sommet à Rio de Janeiro (1992), nous avons attendu 20 ans sans rien faire, moi compris. Que de temps perdu pour la sauvegarde de la Biosphère alors que les coups de gueule de Pierre Fournier et des écologues restent toujours d’actualité en 2007, 2008, 2009… 

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la pub rend con

Toujours d’actualité, le numéro 7 du mensuel la Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde (mai 1973) : « La publicité nous prend pour des cons – La publicité nous rend cons ». Développement :

« La publicité est un monstre doux qui, par effraction séductrice, pénètre dans nos cerveaux, brouille sans douleur nos circuits intimes, hérisse de sondes nos profondeurs. Pourtant, quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix ». Un révolutionnaire raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

 Après plus d’un siècle de maturation, voici ce qu’il en est devenu : « Publicité, art d’exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales » (dictionnaire Robert). Autrement dit la même définition que celle du mot démagogie : « Politique par laquelle on flatte la multitude pour gagner et exploiter ses faveurs ». Le publiciste est donc, strictement, un démagogue professionnel. Prétendre que l’information soit le souci premier des publicistes est une farce triste. Qui sont ces professionnels ? Des psychosociologues. Pour quoi faire ? Pour imposer à l’homme des notions qu’il ne sollicite pas, et vis-à-vis desquelles il n’a aucune raison d’être bien disposé. Assurément, on s’achemine vers le décervelage total. Les techniciens de la vente plongent tous les jours leurs mains pleines de doigts dans nos inconscients et les endorment, les dépiautent, les programment à leur manière. Ils ont découvert un certain nombre de tendances à encourager : « Le besoin de certitude, le goût du moindre effort, l’envie, la vanité, le snobisme, le désir sexuel » – bref, tout ce qui peut encourager les gens à courir les chemins du crétinisme.

Alors, que faire ? Il faudra inventer des moyens d’action, arrêter tout et réfléchir sans tristesse, ouvrir la boîte à idées. Tiens, voilà : je l’ouvre. » (Henri Gougaud)

 Depuis les  défenseurs de la Biosphère savent ce qu’il faut faire, casser la pub 

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in memoriam

Noël, en s’en fout. Par contre Pierre Fournier est mort brutalement d’une crise cardiaque, au bout de trois numéros de la Gueule ouverte le 15 février 1973 ; il avait trente-cinq ans. Ca, c’est important. Voici le salut de ceux qui restent (n° 5, mars 1973) :

 

« Ca t’aurait fait rigoler, mais le jour où tu nous as laissés dans la merde, tous les journaux titraient sur le rapt d’un maréchal plein d’asticots, et la mort édifiante à 82 ans, dans son lit s’il vous plaît, d’un honorable gangster de la mafia. Comme quoi le monde marche de plus en plus vite sur la tête et c’est pas encore fini. Dans les manifs, tu expliquais sans jamais te fâcher toujours les mêmes trucs : « La révolution est d’abord spirituelle, individuelle, personnelle, affective, etc., et c’est en vous libérant que vous donnerez aux autres l’envie d’en faire autant ». Tu as trouvé le chalet de ton enfance en Savoie, une merveille sans évier, sans chauffage et sans moquette que le vieux paysan vendait pour permettre à ses fils, nouveaux banlieusards, de se payer le coquet pavillon de leurs rêves. Comme tu nous disais : « J’avais l’impression de lui voler sa vie en lui signant un chèque. »

 

Oui, c’est pas simple de comprendre avant tout le monde et de nager à contre-courant. Quand viendra l’an 01, les gens discuteront enfin leur vie dans les rues et y’en a sûrement qui voudront t’élever une statue à toi aussi. Et toi tu diras une nouvelle fois : « Ah les cons, ils ont toujours rien  compris ! ».

 

Mais le plus con pour la Biosphère, c’est que Pierre ne verra pas la fin du monde… 

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la fin du monde

La Gueule ouverte, mensuel écologique qui annonce la fin du monde, apparaît pour la première fois en novembre 1972 (3F50). Voici un résumé du premier éditorial, signé par Pierre Fournier :

 

« La GUEULE OUVERTE est virtuellement née le 28 avril 1969. J’étais dessinateur et chroniqueur à Hara-Kiri hebdo, payé pour faire de la subversion et lassé de subvertir des thèmes à mes yeux rebattus, attendus, désamorcés à l’avance. Prenant mon courage à deux mains, j’osai parler d’écologie à des gauchistes. Permettez que je me cite : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

 

Pierre Fournier poursuit : « La grande fête à Bugey (ndlr, manif autour d’une usine atomique) fut un révélateur. Tout nous semble avoir concouru à sa réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe. Le si-in de six semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina chez les participants à l’action le besoin irrépressible de CHANGER LA VIE. Après Bugey, mes deux pages hebdomadaires ne pouvaient suffire. Nous sommes conscients qu’un journal est une solution de compromis et qu’il risque, du seul fait qu’il existe, de démobiliser. Nous sommes conscients des contradictions quotidiennes dans lesquelles nous enfonce le journalisme professionnel. A peine sorti le premier numéro, voici que nous assaille la tentation de tout remettre en cause, de pousser plus loin, beaucoup plus loin que d’autres, un désengagement, tentation de se consacrer, enfin, à couper notre bois, à faire notre pain, à retourner à l’homme des bois : la disproportion des forces en présence impose, à qui refuse l’inéluctable, une radicalité sans cesse plus affirmée. Nous ne savons pas où nous allons. »

 

La Gueule ouverte est morte avec l’avènement du socialisme à la sauce Mitterrand ! Mais Pierre Fournier est mort bien avant, brutalement, à l’âge de trente-cinq ans, au bout de trois numéros, le 15 février 1973. La lecture de ses textes, trente-quatre ans plus tard, reste d’une lucidité et d’une intelligence remarquables. A sa mémoire, la Biosphère reconnaissante… 

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Hervé-René Martin

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple quelques citations  pour te donner envie de lire l’Eloge de la simplicité volontaire d’Hervé-René Martin :

 

Nul doute que ceux qui n’auront pas oublié que l’effort, la souffrance, la maladie et la mort font partie intégrante de l’existence au même titre que la joie de vivre déclinée sous toutes ses formes seront autrement mieux armés pour affronter les rigueurs nouvelles que ceux élevés aux modélisations informatiques (page 36).

 

« L’objectif affirmé de Porsche est de réduire au minimum les effets préjudiciables à l’environnement et de soutenir les efforts internationaux visant à réduire les problèmes écologiques globaux. » Ce n’est qu’une déclaration d’intention  (p.44) !

 

Laurence Summers, vice-président de la Banque mondiale : « J’ai toujours pensé que les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués : la qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico (46). » 

 

Lorsque nous échangeons une heure de notre labeur contre un produit dont la fabrication en nécessite dix, nous en volons neuf à quelqu’un. C’est une estimation très loin du compte : il faut 300 ans à un producteur de café colombien pour gagner l’équivalent du revenu médian français (64).

 

La civilisation n’a rien changé aux fins, seulement aux moyens, on ne chasse plus l’autre à coups de gourdins, mais de billets de banque. Le résultat reste le même (72).

 

Nous avons beaucoup plus à apprendre de la germination d’une plante que d’un voyage sur la Lune (104).

 

Le développement industriel dopé par l’usage d’une énergie bon marché n’aura duré que peu de temps. Les mots retrouveront bientôt leur véritable valeur que la société du superflu leur a fait perdre (196).

 

Jadis je marchais vite, roulais vite, lisais vite, aimais vite, et mal. M’éloignant de la civilisation, j’apprends la lenteur (247).

 

La Terre rencontre une planète qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps : « Tu as bien pâle mine, lui dit celle-ci. – Je suis malade, dit la Terre, j’ai attrapé l’humanité. – Oh ! Ne t’inquiète pas, la rassure l’autre, je l’ai eue moi aussi, ça passe tout seul (236). »

 

Hervé-René pense en conclusion que si nous n’avons pas la sagesse d’apprendre à nous passer de ce qui encombre l’existence, la nature (la Biosphère ?) se chargera avec rudesse de nous l’enseigner.

Grenelle-citoyen

Comment mettre le citoyen au centre d’une politique environnementale ? Tel était l’enjeu en France du Grenelle de l’environnement. On propose d’institutionnaliser les associations écologiques en leur donnant des sièges au Conseil économique et social. Mais certains pensent à juste titre que la parole des experts est insuffisante, mieux vaudrait instaurer des conférences citoyenne dites « de consensus » comme cela se pratique dans les pays scandinaves. La France a  tenté une seule fois l’expérience en 1998, sur les organismes génétiquement modifiés, mais sans la mener à terme. Pour arriver à un consensus, il faut pendant des semaines prendre en charge (hôtel, revenu de substitution…) quelques citoyens afin qu’ils puissent formuler un avis en prenant en compte tous les paramètres possibles. Mais cela présuppose aussi que leur avis aura force de loi, que les politiques s’empresseront d’entériner une décision qui fasse la synthèse entre tous les arguments, que les lobbies agro-industriels ne tentent pas de dénaturer le processus de décision, que l’ensemble des citoyens acceptent la mise en application d’une politique définie par quelques-uns seulement…

 

La révolution écologique a encore un long chemin à parcourir, chemin jalonné par des catastrophes multiples dans une Biosphère qui a été trop dénaturée par notre société thermo-industrielle. 

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Grenelle/entreprises

Lors du Grenelle de l’environnement, les représentants du monde de l’entreprise ont senti le vent du boulet et sont restés sur la défensive. Ainsi Marc-Antoine Troletti, président de la fédération régionale (Normandie) des travaux publics : « Ce débat suscite chez nous la crainte que le monde de l’entreprise soit marginalisé. »

 

La pensée dominante pense que l’entreprise permet d’économiser les coûts de transaction, mais presque personne ne considère vraiment les externalités négatives, celles qui ne sont pas supportés par l’entreprise. Alors l’entreprise entraîne ses travailleurs, ses clients et les réseaux de distribution dans une course folle vers nulle part, mais surtout elle met en péril l’équilibre de la Biosphère. Le niveau de pression des entreprises sur le biotope (épuisement des ressources, perte de la biodiversité, accumulation des déchets…) est à un tel niveau que plus rien n’est maîtrisé si ce n’est dans l’urgence et le court terme. Alors les risques ne se partagent plus, ils s’additionnent et la gestion devient trop complexe. L’Etat ne fait que retarder l’inéluctable, il réglemente la gestion des risques sociaux, élimine une part de l’imprévisible, essaye de réguler les marchés.

 

La solution essentielle consiste à témoigner de la non-pérennité de l’entreprise elle-même. L’entreprise écologiquement propre, c’est l’entreprise qui disparaît ou qui reste artisanale.

 

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Susan George

Résumé de la pensée de Susan George, une personnalité de l’association Attac-France :

 

« Les économistes voient dans l’économie un système total auquel tout est subordonné, y compris la nature. Or quiconque ayant des connaissances en matière d’analyse de systèmes sait que les règles d’un sous-système ne peuvent régir celles du système auquel il appartient. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de convaincre la plupart des économistes qui ne peuvent admettre que la biosphère est le système total dont l’économie humaine n’est qu’un sous-système. Pour les économistes, l’espace naturel est réduit à une source de matières premières et à un site où l’on rejette les déchets. De plus le temps du marché est à l’opposé du temps naturel, on ne peut accélérer la nature. Dans le marché, le rapide dévore le lent, on fait agir plus vite la force de travail, on fait croître plus vite plantes et animaux. Les économistes ne croient pas aux limites naturelles. Leur solution serait davantage de croissance économique, mais plus nous devenons riches, plus nous devons consacrer de ressources à la remise en état du milieu et de son nettoyage. La croissance n’est donc pas la solution, elle est le problème.

 

L’écologie place la coopération entre les individus et la nature au centre de nos choix. L’approche selon laquelle l’économie globale se fonde sur la guerre de tous contre tous ne peut que conduire à un désastre collectif. Nous sommes échoués entre un passé vers lequel nous ne pouvons retourner et un avenir fondé sur les règles brutales et sinistres de l’accumulation maximale de marchandises. La réponse n’est pas de courir au plus vite vers cet avenir effrayant, mais de s’arrêter. Reste la question cruciale : comment mettre un terme à la destruction écologique et arrêter ceux qui, actuellement, en sont les principaux responsables ? Pour cela, il ne faudra pas moins que ce que les idéalistes naïfs et les utopistes ont toujours appelé une révolution. »

 

Les politiques qui ne comprennent pas cette analyse ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés.

 

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L’après-Grenelle

Question à Roland Lehoucq, astrophysicien : Quelle avancée attendez-vous d’une nouvelle politique écologique de la France ?

 

Réponse : « La prise en compte systématique, dans chaque décision politique, d’un fait incontournable : la Terre est un système fini dont notre croissance exponentielle nous fait atteindre les limites beaucoup plus vite que nous l’imaginons. L’humanité est dans la situation d’une colonie de bactéries en culture dont la population et les besoins doublent régulièrement. Insouciante, elle s’imagine que tout va pour le mieux, au prétexte qu’elle n’occupe qu’une faible fraction de la surface de sa boîte. En réalité, dès que la colonie en occupe un huitième, seulement trois temps de doublement lui suffisent pour saturer son espace vital.

 

Aujourd’hui, l’humanité double sa consommation d’énergie tous les trente-cinq ans environ. Son activité rivalise même avec les forces de la nature. Mais le compte à rebours commencé au début de l’ère industrielle est en train de s’achever. Pour que l’expérience humaine perdure, il faut prendre conscience de notre situation et agir en conséquence. Nous n’aurons pas raison contre les lois de la nature. »

 

Pour cet astrophysicien, le Grenelle de l’environnement n’est donc pas allé assez loin. Puisse tous les citoyens, élus ou non, raisonner comme ce valeureux défenseur de la Biosphère !

 

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vertu du négatif

L’ouverture d’esprit d’un tout petit commence véritablement quand il sait dire « non ». Celui qui dit toujours « oui » tombe dans le conformisme et le conservatisme. Ce n’est pas pour rien que le philosophe Alain (L’homme devant l’apparence, 19 janvier 1924) écrivait : « Penser, c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? La pensée combat contre elle-même. Il n’y a pas au monde d’autre combat. Ce qui fait que si le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je le respecte au lieu d’examiner. » L’apport du négatif est d’engendrer une tension avec le positif, de réfuter l’absolu et d’ouvrir sur le doute, de poser l’existence d’un contre-pouvoir.

 

Ce n’est donc pas anodin que le terme « décroissance » soit combattu par les religieux de la croissance et les fondamentalistes de tout bord : ils refusent la contradiction, ils refusent qu’on puisse dire NON au système existant, aux habitudes de pensée, aux fondamentalistes de l’économie libérale. Pourtant le négatif est chargé de positif puisqu’il s’agit de réduire l’impact de l’activisme humain sur la planète, il s’agit d’assurer s’il en est encore possible un avenir plus durable pour les générations futures. L’effet repoussoir du mot décroissance n’existe que par un bourrage de crâne imposé par les médias dominants aux mains des entreprises. Alors que la religion de la croissance occupe 99,99 % de l’espace médiatique, ses thuriféraires accusent les objecteurs de croissance de défendre une logique antidémocratique. Comme si cette idéologie croissanciste ne conduisait pas inéluctablement à l’effondrement de la démocratie !

 

De toute façon la Biosphère, qui ne connaît ni le positif ni le négatif, prendra les mesures nécessaires pour assurer la survie de la biodiversité, avec ou sans l’homme… 

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Allègre ment !

Le livre de Claude Allègre Ma vérité sur la planète est un long plaidoyer contre la « secte verte ». Il utilise donc les généralisations les plus abusives contre les écolo : « Je ne souhaite pas que mon pays se retrouve en enfer à partir des bonnes intentions de Nicolas Hulot. Il créerait chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires, il faudrait mettre en place un régime bureaucratique et policier » (…) «  La brute, c’est sans conteste José Bové. Son mode d’expression, c’est d’abord et avant tout la violence. On casse le MacDo de Millau, on casse une serre d’OGM à Montpellier, on fait le coup de poing à Seattle ou à Davos » (…) « Le truand, c’est Al Gore. C’est l’archétype du politicien américain, professionnel, mécanique mais sans conviction claire ni vraie connaissance des dossiers » (…) « L’animal ou l’arbre doivent être protégés, respectés, pourquoi pas vénérés, et cela doit être inscrit dans la loi ! C’est la stratégie de la deep ecology qui poursuit en justice ceux qui  coupent les arbres ou qui tuent les insectes avec le DDT »

 

Pour Cl. Allègre, il y a en effet deux sortes d’écolo. Les bons, de véritables environnementalistes qui sont d’abord des humanistes et adhèrent au progrès ; ils critiquent, mais de l’intérieur, ils en ont le droit. Et puis il y a les méchants, les éco-fondamentalistes hostiles au progrès et à l’humanisme, qui ne peuvent critiquer le système que de l’extérieur et qu’il faudrait laisser dans leurs arbres. Pourtant il avoue dans le chapitre 1 de son livre : « J’aime la Terre. Dans mon enfance, j’ai appris à observer et à aimer la nature. Cette passion pour tout ce qui touche la Terre ne m’a pas quitté. Elle a illuminé ma vie. La Terre est une planète vivante qui évolue et se transforme grâce à des processus chimiques grandioses et complexes dans lesquels la vie joue un rôle essentiel. Comment l’homme, qui est lui-même le produit de la Terre, peut-il modifier, au point même de les détraquer, ces cycles géochimiques établis depuis des milliards d’années ? Comment pourrais-je tolérer que l’homme la défigure ? » Mais si la Terre est la Patrie de Cl.Allègre, c’est pour paradoxalement se battre contre ceux qui voudraient, « sous prétexte de la défendre, détruire notre civilisation : l’écologie radicale » !

 

Claude Allègre ne comprend pas que pour sauver les hommes, il faut sauver la planète, il faut contester notre civilisation thermo-industrielle, il faut que les enfants aiment la Terre-mère, il faut être radical. Parfois d’ailleurs  la révélation l’effleure : «  Lorsque les mouvements écologistes sont apparus, ils portaient un vrai message, celui de la nécessaire harmonie que l’homme doit trouver avec la nature. »

jouer en bourse ?

Le cynisme n’a plus de limites ! Le Monde « Argent ! » du 1er avril nous offrait un gros poisson verdâtre : un spécial développement durable sur les moyens qui existent pour jouer en bourse le thème de la protection de l’environnement. Si on y parle des objecteurs de croissance, assurant que le productivisme effréné conduit à la catastrophe, c’est pour mieux les enfoncer grâce au PDG de Suez qui, comme chacun sait, ne pense qu’aux « trois milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de 2 euros par jour » et qui ont donc énormément besoin de croissance économique. Mais attention, « On ne peut pas être des prédateurs, on doit se soucier des générations futures », s’exclame le patron de la direction développement durable de Total ! Les affairistes de l’Amérique et d’ailleurs assènent « Green is gold » : il faut sauvegarder les actifs, motiver les employés et attirer la matière grise. Tous ces effets de manche n’empêcheront pas les grands groupes de piller les ressources de la planète puisque c’est là leur raison de vivre ; même l’eau est source de profit. Et le profit n’a jamais résolu ni le problème des limites de la planète, ni le problème des inégalités. On prévoit déjà que 1,8 milliards de personnes au moins connaîtront le stress hydrique en 2025. Mais les titres des entreprises de traitement de l’eau vont s’envoler.

 

Ne nous laissons pas berner, si les entreprises parlent désormais presque autant de la thématique environnementale que de compétitivité et de profits, c’est pour mieux nous endormir. Jamais l’argent gagné au détriment de la Biosphère ne pourra rendre son équilibre aux écosystèmes.

 

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Terminale SES

Parlons ensemble de décroissance !

En France, le développement durable est au programme en terminale SES (sciences économiques et sociales) ; la décroissance pas encore, mais les nouveaux manuels pour la rentrée 2007 s’en rapprochent à petits pas ! Quelques extraits :

 

Magnard : A quelles conditions le développement durable  est-il soutenable ?

Pour l’écologie radicale, le seul moyen de combattre cette funeste perspective (rendre la planète invivable) consiste à bouleverser nos modes de vie et notre système économique. Ainsi la croissance zéro ne ferait que retarder les catastrophes ; seule la « décroissance » permettrait de retrouver un mode de vie soutenable. (J.Généreux, alternatives économiques n° 206 septembre 2002)

Hatier : Les limites sont-elles déjà atteintes ? La thèse de la décroissance.

Après quelques décennies de gaspillage frénétique, la société de croissance n’est ni soutenable, ni souhaitable. Il est donc temps de penser à une société de « décroissance » si possible sereine et conviviale. Une politique de décroissance pourrait consister à une remise en question du volume considérable de déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, donc une relocalisation de l’économie ; une remise en question de la publicité tapageuse et souvent néfaste… (S.Latouche, pour une société de décroissance, Le Monde diplomatique novembre 2003)

Hachette éducation : La décroissance est-elle…soutenable ?

Le concept de développement durable est fortement contesté par certains qui, à la suite de Nicholas Georgescu-Roegen, mettent en avant plutôt la nécessité d’une « décroissance ». Georgescu-Roegen fonde cette conviction sur la notion d’entropie. Dans ces conditions la croissance, bien que nécessitant un travail croissant, est génératrice d’un désordre croissant. Elle détruit plus qu’elle ne produit. Serge Latouche va plus loin. Même durable, le développement est « toxique », car « c’est une entreprise visant à transformer les rapports des hommes entre eux et avec la nature en marchandises ». (Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, La découverte, 2004)

Bordas : La décroissance est-elle une alternative possible ?

La décroissance est attachée à l’œuvre de Nicholas Georgescu-Roegen. Ses propositions rejoignent celles de certains penseurs de l’écologie politique en matière d’autolimitation des besoins et d’élaboration d’une norme du « suffisant ». Ivan Illich prônait ainsi une « austérité joyeuse », soit un modèle de société où les besoins sont réduits, mais où la vie sociale est plus riche parce que plus conviviale. (F.D.Vivien, Croissance soutenable ou croissance zéro ?, Sciences humaines n° 49, juillet-août 2005)

Nathan : Quelle stratégie face aux risques environnementaux ?

La thèse de la décroissance : pour éviter  une catastrophe sans précédent pour l’humanité, il n’y a pas d’autres  choix que la décroissance dans les pays qui dépassent les seuils tolérables de ponction sur l’environnement. Le terme de décroissance a un sens principalement symbolique, politique : c’est une rupture avec la religion de la croissance et avec l’idée que le bonheur est dans la consommation. (J.Gadrey, l’impact de la croissance sur l’environnement, Alternatives économiques n° 242 décembre 2005).

 

Les lycéens vont un jour ou l’autre célébrer la décroissance. Cela ne sera durable que s’ils célèbrent aussi la Biosphère.

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chronique écolo

Après l’écologie en tant que science, l’écologie devient de plus en plus politique avec des penseurs de référence. C’est Jacques ELLUL (1912-1994) qui a pu, grâce à sa critique de la société techno-industrielle, aboutir à cette maxime : « Penser globalement, agir localement ». C’est son ami Bernard CHARBONNEAU(1910-1996)  qui est l’auteur d’une formule aussi (im)pertinente : « On ne peut poursuivre un développement infini dans un monde fini ».  C’est Rachel CARSON (1907-1964) qui s’interroge sur la dissémination des molécules chimiques dans la nature et met en évidence les dangers des pesticides dont la longue durée de vie menace la planète d’un empoisonnement progressif. Son livre, Silent spring (le printemps silencieux), a été publié aux Etats-Unis en 1962. C’est sans doute à ce moment-là l’acte de naissance du mouvement environnementaliste mondial.

 

Par la suite, c’est Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) qui en 1971 dans son livre majeur The entropy law and the economic process montre qu’il ne faut pas se raser plus vite afin d’avoir plus de temps pour travailler à un appareil qui rase plus vite encore. C’est Arne Naess qui a proposé en 1972 un manifeste de l’écologie profonde dont les huit articles fondent un nouvel humanisme qui se détache de l’anthropocentrisme. C’est Ivan ILLICH (1926-1992) qui dénonce tour à tour la médecine qui rend malade plus qu’elle ne guérit, l’automobile qui fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner, l’école qui déforme plus qu’elle n’éduque. Une synthèse de ses idées se retrouve dans La convivialité, édité en 1973. C’est René Dumont (1904-2001) qui a été le fondateur de l’écologie dans les urnes lors de la présidentielle française de 1974. C’est le philosophe Hans JONAS (1903-1993) qui envisage en 1979 dans son livre Le principe responsabilité une transformation radicale de l’éthique permettant à l’homme de retrouver ses racines biologiques et naturelles. Il pensait que le marxisme poursuivait les mêmes buts que le capitalisme, l’extension de la sphère marchande et la croissance économique, c’est-à-dire une « utopie » dangereuse.

 

Il nous reste à mettre en œuvre la réflexion ouverte par ces penseurs-militants pour limiter résolument les méfaits de l’anthropisation de la Biosphère.

 

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Cornelius Castoriadis

L’écologie est-elle réactionnaire ? Cornelius Castoriadis nous offre une merveilleuse introduction à cette question dans Une société à la dérive (Seuil 2005) :

« L’écologie est subversive car elle remet en question l’imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central selon lequel notre destin est d’augmenter sans cesse la production et la consommation. On ne se demande plus s’il y a des besoins à satisfaire, mais si tel exploit scientifique ou technique est réalisable. S’il l’est, il sera réalisé et l’on fabriquera le « besoin » correspondant. Des questions plus difficiles surgissent alors à propos de cette autonomisation de la techno-science. Pour la première fois, dans une société non religieuse, nous avons à affronter la question : faut-il contrôler l’expansion du savoir lui-même ? Comment tracer la limite ? Et comment le faire sans aboutir à une dictature sur les esprits ?

 

            « Je pense qu’on peut poser deux principes simples :

1) Nous ne voulons pas d’une expansion illimitée et irréfléchie de la production, nous voulons une économie qui soit un moyen et non pas la fin de la vie humaine ;

2) Nous voulons une expansion libre du savoir, mais nous ne pouvons plus prétendre ignorer que cette expansion contient en elle-même des  dangers. Pour y faire face, il nous faut la prudence. Il nous faut une véritable démocratie qui n’est possible que si les citoyens disposent d’une véritable formation, et d’occasions d’exercer leur jugement. Une société démocratique est une société autonome, mais autonome veut dire aussi et surtout auto-limitée. » (texte paru dans le Nouvel Observateur du 7-15 mai 1992).

           L’écologie profonde n’est pas ce monstre que décrivent certains romanciers ou polémistes, c’est une recherche de l’harmonie entre l’espèce homo sapiens et les écosystèmes. Pour être amoureux de la Biosphère, il faut avoir conscience des limites !

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généalogie des décroissants

Nicholas Georgescu-Roegen était un disciple de Schumpeter, le premier théoricien de l’évolution cyclique du développement économique. A la phase d’expansion doit succéder une crise, puis une nouvelle vague d’innovations et la reprise. Mais Nicholas va plus loin, la crise ne peut qu’être durable, il n’y aura pas de relance de l’économie. C’est la faute à l’entropie, grandeur utilisé en  thermodynamique pour caractériser le sens de l’évolution d’un système isolé, en particulier son degré de désordre. La loi d’entropie ou loi du désordre croissant a été découverte par Sadi Carnot en 1824 : on passe d’une basse entropie (énergie concentrée) à une plus haute entropie (énergie dispersée) de façon irréversible. En effet, toute production nécessite une dépense d’énergie, et tout au long de la chaîne d’activité qui va de l’extraction de la matière première jusqu’au consommateur final, l’énergie utilisée va se diluer dans l’environnement et de ce fait ne sera plus réutilisable.

Le terme de décroissance n’est pas utilisé par le livre fondateur de Nicholas, The Entropy Law and the Economic Process publié en 1971. Mais l’idée de décroissance ou d’après-croissance venait souvent dans les discussions qu’il avait à l’époque avec Jacques Grinevald. L’exemple du pétrole était l’un de ses exemples préférés, mais c’est à l’ensemble de la raréfaction du stock géologique des ressources minérales accessibles et utilisables qui faisait le moteur de sa pensée, tout en précisant qu’il s’agissait de la moitié du problème, l’autre moitié étant la pollution et les déchets. C’est en 1979, que le titre « Demain la décroissance », fut adopté par Jacques Grinevald pour la traduction de plusieurs textes que Nicholas lui avait envoyés entre 1976 et 1977. Georgescu-Roegen écrivait par exemple que « le développement durable est l’un des concepts les plus nuisibles » : même une volonté de croissance zéro, ou une décroissance qui utilise une énergie non renouvelable, est irrémédiablement voués à l’échec à cause de l’entropie, la dégradation de l’énergie. Le fait de brûler les énergies fossiles est un des signes de l’irresponsabilité de la classe globale.

Toute utilisation d’énergie non renouvelable accroît l’entropie, donc limite les possibilités des générations futures et celles de la Biosphère. Dans l’avenir, la société thermo-industrielle actuelle sera mise en accusation par les survivants.

 

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Décroissants anarchistes

Certains révolutionnaires n’entrevoient que la seule lutte des classes comme moteur de l’histoire, ignorant superbement les contraintes de la biosphère dont l’homme ne pourra jamais s’affranchir. Parce que si l’histoire de l’humanité est effectivement liée à la lutte des classes, cette histoire est aussi son adaptation permanente au milieu naturel, elle est liée aux grands équilibres biochimiques qui ont précédé l’apparition de l’homme et qui, de toute évidence, lui survivront. Seule une société fédéraliste et autogestionnaire peut assurer conjointement l’égalité économique, la justice sociale et la conservation des richesses naturelles. Par exemple, il serait beaucoup plus facile de réaliser une adaptation précise de la production agricole aux besoins réels si cette production était essentiellement locale. Mais cette société égalitaire ne pourra assurer sa propre pérennité qu’à la condition que progresse rapidement la conscience de l’extrême fragilité de la biosphère. Il faut donc agir vite parce que la durée de l’espoir d’une révolution féconde ne dépassera pas le franchissement de non-retour de la dégradation de la biosphère.

 

En d’autres termes, parce que la dépendance qui nous lie à la nature est aussi fondamentale que le contrat social, une vraie conscience révolutionnaire est nécessairement la convergence entre une conscience politique et une conscience écologique. Il s’agit d’accomplir une double révolution. Ce projet  ne se réalisera pas sans un changement profond des mentalités. S’il ne veut pas laisser le premier rôle aux insectes, l’homme n’a d’autre issue que de sortir d’une médiocrité généralisée, pas d’autre choix que celui de l’intelligence.  (Jean Pierre Tertrais, Du Développement à la Décroissance, éditions du monde libertaire)

 

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles !

 

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