écologie appliquée

Grenelle-citoyen

Comment mettre le citoyen au centre d’une politique environnementale ? Tel était l’enjeu en France du Grenelle de l’environnement. On propose d’institutionnaliser les associations écologiques en leur donnant des sièges au Conseil économique et social. Mais certains pensent à juste titre que la parole des experts est insuffisante, mieux vaudrait instaurer des conférences citoyenne dites « de consensus » comme cela se pratique dans les pays scandinaves. La France a  tenté une seule fois l’expérience en 1998, sur les organismes génétiquement modifiés, mais sans la mener à terme. Pour arriver à un consensus, il faut pendant des semaines prendre en charge (hôtel, revenu de substitution…) quelques citoyens afin qu’ils puissent formuler un avis en prenant en compte tous les paramètres possibles. Mais cela présuppose aussi que leur avis aura force de loi, que les politiques s’empresseront d’entériner une décision qui fasse la synthèse entre tous les arguments, que les lobbies agro-industriels ne tentent pas de dénaturer le processus de décision, que l’ensemble des citoyens acceptent la mise en application d’une politique définie par quelques-uns seulement…

 

La révolution écologique a encore un long chemin à parcourir, chemin jalonné par des catastrophes multiples dans une Biosphère qui a été trop dénaturée par notre société thermo-industrielle. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

Grenelle/entreprises

Lors du Grenelle de l’environnement, les représentants du monde de l’entreprise ont senti le vent du boulet et sont restés sur la défensive. Ainsi Marc-Antoine Troletti, président de la fédération régionale (Normandie) des travaux publics : « Ce débat suscite chez nous la crainte que le monde de l’entreprise soit marginalisé. »

 

La pensée dominante pense que l’entreprise permet d’économiser les coûts de transaction, mais presque personne ne considère vraiment les externalités négatives, celles qui ne sont pas supportés par l’entreprise. Alors l’entreprise entraîne ses travailleurs, ses clients et les réseaux de distribution dans une course folle vers nulle part, mais surtout elle met en péril l’équilibre de la Biosphère. Le niveau de pression des entreprises sur le biotope (épuisement des ressources, perte de la biodiversité, accumulation des déchets…) est à un tel niveau que plus rien n’est maîtrisé si ce n’est dans l’urgence et le court terme. Alors les risques ne se partagent plus, ils s’additionnent et la gestion devient trop complexe. L’Etat ne fait que retarder l’inéluctable, il réglemente la gestion des risques sociaux, élimine une part de l’imprévisible, essaye de réguler les marchés.

 

La solution essentielle consiste à témoigner de la non-pérennité de l’entreprise elle-même. L’entreprise écologiquement propre, c’est l’entreprise qui disparaît ou qui reste artisanale.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

Susan George

Résumé de la pensée de Susan George, une personnalité de l’association Attac-France :

 

« Les économistes voient dans l’économie un système total auquel tout est subordonné, y compris la nature. Or quiconque ayant des connaissances en matière d’analyse de systèmes sait que les règles d’un sous-système ne peuvent régir celles du système auquel il appartient. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de convaincre la plupart des économistes qui ne peuvent admettre que la biosphère est le système total dont l’économie humaine n’est qu’un sous-système. Pour les économistes, l’espace naturel est réduit à une source de matières premières et à un site où l’on rejette les déchets. De plus le temps du marché est à l’opposé du temps naturel, on ne peut accélérer la nature. Dans le marché, le rapide dévore le lent, on fait agir plus vite la force de travail, on fait croître plus vite plantes et animaux. Les économistes ne croient pas aux limites naturelles. Leur solution serait davantage de croissance économique, mais plus nous devenons riches, plus nous devons consacrer de ressources à la remise en état du milieu et de son nettoyage. La croissance n’est donc pas la solution, elle est le problème.

 

L’écologie place la coopération entre les individus et la nature au centre de nos choix. L’approche selon laquelle l’économie globale se fonde sur la guerre de tous contre tous ne peut que conduire à un désastre collectif. Nous sommes échoués entre un passé vers lequel nous ne pouvons retourner et un avenir fondé sur les règles brutales et sinistres de l’accumulation maximale de marchandises. La réponse n’est pas de courir au plus vite vers cet avenir effrayant, mais de s’arrêter. Reste la question cruciale : comment mettre un terme à la destruction écologique et arrêter ceux qui, actuellement, en sont les principaux responsables ? Pour cela, il ne faudra pas moins que ce que les idéalistes naïfs et les utopistes ont toujours appelé une révolution. »

 

Les politiques qui ne comprennent pas cette analyse ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

L’après-Grenelle

Question à Roland Lehoucq, astrophysicien : Quelle avancée attendez-vous d’une nouvelle politique écologique de la France ?

 

Réponse : « La prise en compte systématique, dans chaque décision politique, d’un fait incontournable : la Terre est un système fini dont notre croissance exponentielle nous fait atteindre les limites beaucoup plus vite que nous l’imaginons. L’humanité est dans la situation d’une colonie de bactéries en culture dont la population et les besoins doublent régulièrement. Insouciante, elle s’imagine que tout va pour le mieux, au prétexte qu’elle n’occupe qu’une faible fraction de la surface de sa boîte. En réalité, dès que la colonie en occupe un huitième, seulement trois temps de doublement lui suffisent pour saturer son espace vital.

 

Aujourd’hui, l’humanité double sa consommation d’énergie tous les trente-cinq ans environ. Son activité rivalise même avec les forces de la nature. Mais le compte à rebours commencé au début de l’ère industrielle est en train de s’achever. Pour que l’expérience humaine perdure, il faut prendre conscience de notre situation et agir en conséquence. Nous n’aurons pas raison contre les lois de la nature. »

 

Pour cet astrophysicien, le Grenelle de l’environnement n’est donc pas allé assez loin. Puisse tous les citoyens, élus ou non, raisonner comme ce valeureux défenseur de la Biosphère !

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

vertu du négatif

L’ouverture d’esprit d’un tout petit commence véritablement quand il sait dire « non ». Celui qui dit toujours « oui » tombe dans le conformisme et le conservatisme. Ce n’est pas pour rien que le philosophe Alain (L’homme devant l’apparence, 19 janvier 1924) écrivait : « Penser, c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? La pensée combat contre elle-même. Il n’y a pas au monde d’autre combat. Ce qui fait que si le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je le respecte au lieu d’examiner. » L’apport du négatif est d’engendrer une tension avec le positif, de réfuter l’absolu et d’ouvrir sur le doute, de poser l’existence d’un contre-pouvoir.

 

Ce n’est donc pas anodin que le terme « décroissance » soit combattu par les religieux de la croissance et les fondamentalistes de tout bord : ils refusent la contradiction, ils refusent qu’on puisse dire NON au système existant, aux habitudes de pensée, aux fondamentalistes de l’économie libérale. Pourtant le négatif est chargé de positif puisqu’il s’agit de réduire l’impact de l’activisme humain sur la planète, il s’agit d’assurer s’il en est encore possible un avenir plus durable pour les générations futures. L’effet repoussoir du mot décroissance n’existe que par un bourrage de crâne imposé par les médias dominants aux mains des entreprises. Alors que la religion de la croissance occupe 99,99 % de l’espace médiatique, ses thuriféraires accusent les objecteurs de croissance de défendre une logique antidémocratique. Comme si cette idéologie croissanciste ne conduisait pas inéluctablement à l’effondrement de la démocratie !

 

De toute façon la Biosphère, qui ne connaît ni le positif ni le négatif, prendra les mesures nécessaires pour assurer la survie de la biodiversité, avec ou sans l’homme… 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

Allègre ment !

Le livre de Claude Allègre Ma vérité sur la planète est un long plaidoyer contre la « secte verte ». Il utilise donc les généralisations les plus abusives contre les écolo : « Je ne souhaite pas que mon pays se retrouve en enfer à partir des bonnes intentions de Nicolas Hulot. Il créerait chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires, il faudrait mettre en place un régime bureaucratique et policier » (…) «  La brute, c’est sans conteste José Bové. Son mode d’expression, c’est d’abord et avant tout la violence. On casse le MacDo de Millau, on casse une serre d’OGM à Montpellier, on fait le coup de poing à Seattle ou à Davos » (…) « Le truand, c’est Al Gore. C’est l’archétype du politicien américain, professionnel, mécanique mais sans conviction claire ni vraie connaissance des dossiers » (…) « L’animal ou l’arbre doivent être protégés, respectés, pourquoi pas vénérés, et cela doit être inscrit dans la loi ! C’est la stratégie de la deep ecology qui poursuit en justice ceux qui  coupent les arbres ou qui tuent les insectes avec le DDT »

 

Pour Cl. Allègre, il y a en effet deux sortes d’écolo. Les bons, de véritables environnementalistes qui sont d’abord des humanistes et adhèrent au progrès ; ils critiquent, mais de l’intérieur, ils en ont le droit. Et puis il y a les méchants, les éco-fondamentalistes hostiles au progrès et à l’humanisme, qui ne peuvent critiquer le système que de l’extérieur et qu’il faudrait laisser dans leurs arbres. Pourtant il avoue dans le chapitre 1 de son livre : « J’aime la Terre. Dans mon enfance, j’ai appris à observer et à aimer la nature. Cette passion pour tout ce qui touche la Terre ne m’a pas quitté. Elle a illuminé ma vie. La Terre est une planète vivante qui évolue et se transforme grâce à des processus chimiques grandioses et complexes dans lesquels la vie joue un rôle essentiel. Comment l’homme, qui est lui-même le produit de la Terre, peut-il modifier, au point même de les détraquer, ces cycles géochimiques établis depuis des milliards d’années ? Comment pourrais-je tolérer que l’homme la défigure ? » Mais si la Terre est la Patrie de Cl.Allègre, c’est pour paradoxalement se battre contre ceux qui voudraient, « sous prétexte de la défendre, détruire notre civilisation : l’écologie radicale » !

 

Claude Allègre ne comprend pas que pour sauver les hommes, il faut sauver la planète, il faut contester notre civilisation thermo-industrielle, il faut que les enfants aiment la Terre-mère, il faut être radical. Parfois d’ailleurs  la révélation l’effleure : «  Lorsque les mouvements écologistes sont apparus, ils portaient un vrai message, celui de la nécessaire harmonie que l’homme doit trouver avec la nature. »

jouer en bourse ?

Le cynisme n’a plus de limites ! Le Monde « Argent ! » du 1er avril nous offrait un gros poisson verdâtre : un spécial développement durable sur les moyens qui existent pour jouer en bourse le thème de la protection de l’environnement. Si on y parle des objecteurs de croissance, assurant que le productivisme effréné conduit à la catastrophe, c’est pour mieux les enfoncer grâce au PDG de Suez qui, comme chacun sait, ne pense qu’aux « trois milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de 2 euros par jour » et qui ont donc énormément besoin de croissance économique. Mais attention, « On ne peut pas être des prédateurs, on doit se soucier des générations futures », s’exclame le patron de la direction développement durable de Total ! Les affairistes de l’Amérique et d’ailleurs assènent « Green is gold » : il faut sauvegarder les actifs, motiver les employés et attirer la matière grise. Tous ces effets de manche n’empêcheront pas les grands groupes de piller les ressources de la planète puisque c’est là leur raison de vivre ; même l’eau est source de profit. Et le profit n’a jamais résolu ni le problème des limites de la planète, ni le problème des inégalités. On prévoit déjà que 1,8 milliards de personnes au moins connaîtront le stress hydrique en 2025. Mais les titres des entreprises de traitement de l’eau vont s’envoler.

 

Ne nous laissons pas berner, si les entreprises parlent désormais presque autant de la thématique environnementale que de compétitivité et de profits, c’est pour mieux nous endormir. Jamais l’argent gagné au détriment de la Biosphère ne pourra rendre son équilibre aux écosystèmes.

 

 « Tous les articles pour l’écologie profonde sont archivés et classés sur Internet :

http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

Terminale SES

Parlons ensemble de décroissance !

En France, le développement durable est au programme en terminale SES (sciences économiques et sociales) ; la décroissance pas encore, mais les nouveaux manuels pour la rentrée 2007 s’en rapprochent à petits pas ! Quelques extraits :

 

Magnard : A quelles conditions le développement durable  est-il soutenable ?

Pour l’écologie radicale, le seul moyen de combattre cette funeste perspective (rendre la planète invivable) consiste à bouleverser nos modes de vie et notre système économique. Ainsi la croissance zéro ne ferait que retarder les catastrophes ; seule la « décroissance » permettrait de retrouver un mode de vie soutenable. (J.Généreux, alternatives économiques n° 206 septembre 2002)

Hatier : Les limites sont-elles déjà atteintes ? La thèse de la décroissance.

Après quelques décennies de gaspillage frénétique, la société de croissance n’est ni soutenable, ni souhaitable. Il est donc temps de penser à une société de « décroissance » si possible sereine et conviviale. Une politique de décroissance pourrait consister à une remise en question du volume considérable de déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, donc une relocalisation de l’économie ; une remise en question de la publicité tapageuse et souvent néfaste… (S.Latouche, pour une société de décroissance, Le Monde diplomatique novembre 2003)

Hachette éducation : La décroissance est-elle…soutenable ?

Le concept de développement durable est fortement contesté par certains qui, à la suite de Nicholas Georgescu-Roegen, mettent en avant plutôt la nécessité d’une « décroissance ». Georgescu-Roegen fonde cette conviction sur la notion d’entropie. Dans ces conditions la croissance, bien que nécessitant un travail croissant, est génératrice d’un désordre croissant. Elle détruit plus qu’elle ne produit. Serge Latouche va plus loin. Même durable, le développement est « toxique », car « c’est une entreprise visant à transformer les rapports des hommes entre eux et avec la nature en marchandises ». (Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, La découverte, 2004)

Bordas : La décroissance est-elle une alternative possible ?

La décroissance est attachée à l’œuvre de Nicholas Georgescu-Roegen. Ses propositions rejoignent celles de certains penseurs de l’écologie politique en matière d’autolimitation des besoins et d’élaboration d’une norme du « suffisant ». Ivan Illich prônait ainsi une « austérité joyeuse », soit un modèle de société où les besoins sont réduits, mais où la vie sociale est plus riche parce que plus conviviale. (F.D.Vivien, Croissance soutenable ou croissance zéro ?, Sciences humaines n° 49, juillet-août 2005)

Nathan : Quelle stratégie face aux risques environnementaux ?

La thèse de la décroissance : pour éviter  une catastrophe sans précédent pour l’humanité, il n’y a pas d’autres  choix que la décroissance dans les pays qui dépassent les seuils tolérables de ponction sur l’environnement. Le terme de décroissance a un sens principalement symbolique, politique : c’est une rupture avec la religion de la croissance et avec l’idée que le bonheur est dans la consommation. (J.Gadrey, l’impact de la croissance sur l’environnement, Alternatives économiques n° 242 décembre 2005).

 

Les lycéens vont un jour ou l’autre célébrer la décroissance. Cela ne sera durable que s’ils célèbrent aussi la Biosphère.

 « Tous les articles  sont archivés et classés sur le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

chronique écolo

Après l’écologie en tant que science, l’écologie devient de plus en plus politique avec des penseurs de référence. C’est Jacques ELLUL (1912-1994) qui a pu, grâce à sa critique de la société techno-industrielle, aboutir à cette maxime : « Penser globalement, agir localement ». C’est son ami Bernard CHARBONNEAU(1910-1996)  qui est l’auteur d’une formule aussi (im)pertinente : « On ne peut poursuivre un développement infini dans un monde fini ».  C’est Rachel CARSON (1907-1964) qui s’interroge sur la dissémination des molécules chimiques dans la nature et met en évidence les dangers des pesticides dont la longue durée de vie menace la planète d’un empoisonnement progressif. Son livre, Silent spring (le printemps silencieux), a été publié aux Etats-Unis en 1962. C’est sans doute à ce moment-là l’acte de naissance du mouvement environnementaliste mondial.

 

Par la suite, c’est Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) qui en 1971 dans son livre majeur The entropy law and the economic process montre qu’il ne faut pas se raser plus vite afin d’avoir plus de temps pour travailler à un appareil qui rase plus vite encore. C’est Arne Naess qui a proposé en 1972 un manifeste de l’écologie profonde dont les huit articles fondent un nouvel humanisme qui se détache de l’anthropocentrisme. C’est Ivan ILLICH (1926-1992) qui dénonce tour à tour la médecine qui rend malade plus qu’elle ne guérit, l’automobile qui fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner, l’école qui déforme plus qu’elle n’éduque. Une synthèse de ses idées se retrouve dans La convivialité, édité en 1973. C’est René Dumont (1904-2001) qui a été le fondateur de l’écologie dans les urnes lors de la présidentielle française de 1974. C’est le philosophe Hans JONAS (1903-1993) qui envisage en 1979 dans son livre Le principe responsabilité une transformation radicale de l’éthique permettant à l’homme de retrouver ses racines biologiques et naturelles. Il pensait que le marxisme poursuivait les mêmes buts que le capitalisme, l’extension de la sphère marchande et la croissance économique, c’est-à-dire une « utopie » dangereuse.

 

Il nous reste à mettre en œuvre la réflexion ouverte par ces penseurs-militants pour limiter résolument les méfaits de l’anthropisation de la Biosphère.

 

Tous les articles pour l’écologie profonde sont archivés et classés sur le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

 

Cornelius Castoriadis

L’écologie est-elle réactionnaire ? Cornelius Castoriadis nous offre une merveilleuse introduction à cette question dans Une société à la dérive (Seuil 2005) :

« L’écologie est subversive car elle remet en question l’imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central selon lequel notre destin est d’augmenter sans cesse la production et la consommation. On ne se demande plus s’il y a des besoins à satisfaire, mais si tel exploit scientifique ou technique est réalisable. S’il l’est, il sera réalisé et l’on fabriquera le « besoin » correspondant. Des questions plus difficiles surgissent alors à propos de cette autonomisation de la techno-science. Pour la première fois, dans une société non religieuse, nous avons à affronter la question : faut-il contrôler l’expansion du savoir lui-même ? Comment tracer la limite ? Et comment le faire sans aboutir à une dictature sur les esprits ?

 

            « Je pense qu’on peut poser deux principes simples :

1) Nous ne voulons pas d’une expansion illimitée et irréfléchie de la production, nous voulons une économie qui soit un moyen et non pas la fin de la vie humaine ;

2) Nous voulons une expansion libre du savoir, mais nous ne pouvons plus prétendre ignorer que cette expansion contient en elle-même des  dangers. Pour y faire face, il nous faut la prudence. Il nous faut une véritable démocratie qui n’est possible que si les citoyens disposent d’une véritable formation, et d’occasions d’exercer leur jugement. Une société démocratique est une société autonome, mais autonome veut dire aussi et surtout auto-limitée. » (texte paru dans le Nouvel Observateur du 7-15 mai 1992).

           L’écologie profonde n’est pas ce monstre que décrivent certains romanciers ou polémistes, c’est une recherche de l’harmonie entre l’espèce homo sapiens et les écosystèmes. Pour être amoureux de la Biosphère, il faut avoir conscience des limites !

Tous les articles pour l’écologie profonde sont archivés et classés sur le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

généalogie des décroissants

Nicholas Georgescu-Roegen était un disciple de Schumpeter, le premier théoricien de l’évolution cyclique du développement économique. A la phase d’expansion doit succéder une crise, puis une nouvelle vague d’innovations et la reprise. Mais Nicholas va plus loin, la crise ne peut qu’être durable, il n’y aura pas de relance de l’économie. C’est la faute à l’entropie, grandeur utilisé en  thermodynamique pour caractériser le sens de l’évolution d’un système isolé, en particulier son degré de désordre. La loi d’entropie ou loi du désordre croissant a été découverte par Sadi Carnot en 1824 : on passe d’une basse entropie (énergie concentrée) à une plus haute entropie (énergie dispersée) de façon irréversible. En effet, toute production nécessite une dépense d’énergie, et tout au long de la chaîne d’activité qui va de l’extraction de la matière première jusqu’au consommateur final, l’énergie utilisée va se diluer dans l’environnement et de ce fait ne sera plus réutilisable.

Le terme de décroissance n’est pas utilisé par le livre fondateur de Nicholas, The Entropy Law and the Economic Process publié en 1971. Mais l’idée de décroissance ou d’après-croissance venait souvent dans les discussions qu’il avait à l’époque avec Jacques Grinevald. L’exemple du pétrole était l’un de ses exemples préférés, mais c’est à l’ensemble de la raréfaction du stock géologique des ressources minérales accessibles et utilisables qui faisait le moteur de sa pensée, tout en précisant qu’il s’agissait de la moitié du problème, l’autre moitié étant la pollution et les déchets. C’est en 1979, que le titre « Demain la décroissance », fut adopté par Jacques Grinevald pour la traduction de plusieurs textes que Nicholas lui avait envoyés entre 1976 et 1977. Georgescu-Roegen écrivait par exemple que « le développement durable est l’un des concepts les plus nuisibles » : même une volonté de croissance zéro, ou une décroissance qui utilise une énergie non renouvelable, est irrémédiablement voués à l’échec à cause de l’entropie, la dégradation de l’énergie. Le fait de brûler les énergies fossiles est un des signes de l’irresponsabilité de la classe globale.

Toute utilisation d’énergie non renouvelable accroît l’entropie, donc limite les possibilités des générations futures et celles de la Biosphère. Dans l’avenir, la société thermo-industrielle actuelle sera mise en accusation par les survivants.

 

Tous les articles pour l’écologie profonde sont archivés et classés sur le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

Décroissants anarchistes

Certains révolutionnaires n’entrevoient que la seule lutte des classes comme moteur de l’histoire, ignorant superbement les contraintes de la biosphère dont l’homme ne pourra jamais s’affranchir. Parce que si l’histoire de l’humanité est effectivement liée à la lutte des classes, cette histoire est aussi son adaptation permanente au milieu naturel, elle est liée aux grands équilibres biochimiques qui ont précédé l’apparition de l’homme et qui, de toute évidence, lui survivront. Seule une société fédéraliste et autogestionnaire peut assurer conjointement l’égalité économique, la justice sociale et la conservation des richesses naturelles. Par exemple, il serait beaucoup plus facile de réaliser une adaptation précise de la production agricole aux besoins réels si cette production était essentiellement locale. Mais cette société égalitaire ne pourra assurer sa propre pérennité qu’à la condition que progresse rapidement la conscience de l’extrême fragilité de la biosphère. Il faut donc agir vite parce que la durée de l’espoir d’une révolution féconde ne dépassera pas le franchissement de non-retour de la dégradation de la biosphère.

 

En d’autres termes, parce que la dépendance qui nous lie à la nature est aussi fondamentale que le contrat social, une vraie conscience révolutionnaire est nécessairement la convergence entre une conscience politique et une conscience écologique. Il s’agit d’accomplir une double révolution. Ce projet  ne se réalisera pas sans un changement profond des mentalités. S’il ne veut pas laisser le premier rôle aux insectes, l’homme n’a d’autre issue que de sortir d’une médiocrité généralisée, pas d’autre choix que celui de l’intelligence.  (Jean Pierre Tertrais, Du Développement à la Décroissance, éditions du monde libertaire)

 

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles !

 

Tous les articles pour l’écologie profonde sont archivés et classés sur le site :

http://biosphere.ouvaton.org/

 

Marx productiviste

La libération des forces productives se confond avec la libération de l’homme : est-là un mot d’ordre révolutionnaire ou celui de l’économie politique elle-même ? Les deux, sans aucun doute ! Personne n’a douté de cette « évidence », surtout  par Marx pour qui « le premier acte par lequel les hommes se distinguent des animaux n’est pas qu’ils pensent, mais qu’ils se mettent à produire leurs moyens d’existence ». Marx fit sans doute une critique radicale de l’économie politique, mais il la fait toujours dans la forme de l’économie politique : la pensée critique du mode de production ne touche pas au principe de la production. En sous-entendant l’axiome de l’économique, la critique marxiste déchiffre peut-être le fonctionnement du système de l’économie politique, mais elle travaille du même coup à le reproduire comme modèle. Il n’est rien qui ne soit produit selon un travail, c’est la vérité du capital et de l’économie politique qui est tout entière reprise à son compte par la révolution communiste. Ce n’est que dans le miroir de la production et de l’histoire, sous le double principe d’accumulation indéfinie (la production) et de continuité dialectique (l’histoire), ce n’est que par l’arbitraire de ce code que notre culture occidentale peut se réfléchir comme moment privilégié de la vérité (la science) ou de la révolution (le matérialisme historique). Par rapport à la situation créée par l’industrialisation massive, la discipline concentrationnaire, le dressage horaire de générations d’artisans et de paysans depuis le début du XIXe siècle, par rapport à la situation de déstructuration et de révolte ainsi créée, la théorie marxiste et l’organisation ouvrière ont accompli un certain type d’élaboration secondaire : valorisation du travail comme source de richesse sociale, valorisation du procès de développement rationnel des forces productives, ce procès étant confondu avec le projet révolutionnaire. Le respect de la machine, la sauvegarde de l’instrument du travail, impliquant l’appropriation future des moyens de production, institue la classe ouvrière dans une vocation productiviste qui relaie la vocation historique de la bourgeoisie. Sous couvert de matérialisme historique, c’est l’idéalisme de la production qui finit par donner une définition positive à la classe révolutionnaire. (in Jean Baudrillard, le miroir de la production -1973)

 Les marxistes deviennent ainsi les alliés objectifs du capitalisme industriel. La radicalité de la révolte impliquait autre chose qu’une dialectique des forces, autre chose que l’idée de plus-value et l’exploitation de la force de travail. Il fallait l’irruption d’une différence radicale, l’écologie profonde est donc la philosophie qui pourrait correspondre aux vœux de Baudrillard.

morceaux choisis

Nicolas Hulot (Le Monde du 5 mai 2007) : Pour moi, l’enjeu écologique, c’est-à-dire le choix d’avenir que l’humanité doit faire si elle veut encore s’épanouir dans un monde vivable, se situe politiquement au-delà du champ traditionnel de l’affrontement droite-gauche. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy présentent deux projets de société, mais ils présentent le même objectif : intensifier la croissance des productions, des consommations et de ses déplacements sans s’interroger sur leur contenu. Or la mutation écologique est incompatible avec cette approche quantitative. L’ardente nécessité de préserver les équilibres et les ressources naturelles nous contraint à imaginer d’autres façons de produire, de consommer, de se nourrir, de se déplacer, de se loger, de travailler, de commercer, d’innover technologiquement, de comptabiliser la richesse.

Bruno Latour (Le Monde du 5 mai 2007) : Jusqu’ici la radicalité en politique voulait dire qu’on allait révolutionner, renverser le système économique. Or la crise écologique nous oblige à une transformation si profonde qu’elle fait pâlir par comparaison tous les rêves de « changer de société ». La prise du pouvoir est une fioriture à côté de la modification radicale de notre « train de vie ». Ceux que j’appelle les ayatollahs du Wall Street Journal sont aussi démunis que les marxistes de gauche devant l’ampleur des transformations qu’il va falloir faire subir à la totalité des commensaux de la planète. Il s’agit de transformer minutieusement chaque mode de vie, chaque rivière, chaque maison, chaque moyen de transport, chaque produit, chaque entreprise, chaque marché, chaque geste.. J’ai l’impression que l’époque demande des modifications de l’intellect qui dépassent de très loin les pâles utopies de nos éminents prédécesseurs.

Edgar Morin (Le Monde2, 5 mai 2007) : Aujourd’hui on progresse tous les jours. Nos portables progressent, nos voitures progressent…mais ils le font hors de tout projet. Ils progressent parce que ceux qui les fabriquent sont condamnés à progresser ou à disparaître : dans l’univers mondialisé et concurrentiel, la question de la finalité s’est complètement obscurcie. Les adultes s’intéressent à leurs enfants, mais de manière individualisée. Le souci du futur existe pour les siens, mais il se volatilise lorsqu’il s’agit de la collectivité, des générations futures. Les politiques ne font rien pour nous inciter à penser au futur, à penser le futur. Dénoncer comme le fait l’extrême gauche (nos vies valent mieux que leurs profits) est stérile si on est incapable d’énoncer. J’ai rencontré des altermondialistes au forum social de Porto Alegre en 2004. Leurs analyses étaient souvent délirantes, sauf sur le constat général : le monde nous échappe. L’altermondialisme n’accède pas à l’idée de Terre-patrie.

Luc Ferry (en écho à E.Morin, même numéro) : le seul ressort sur lequel on peut s’appuyer, c’est le rapport aux générations futures. C’est le seul qui puisse aider à faire comprendre qu’il y a du sens à entreprendre des sacrifices.

 Du point de vue de la Biosphère, nous avons là l’essentiel, l’idée de Terre-patrie : une seule patrie, plus de nationalismes, une pensée tournée vers la Terre-mère dans laquelle nous devons reconnaître que nous avons fait un peu n’importe quoi… Donc nous allons nous tourner vers le sacrifice, voulu ou subi !

élection/révolution

Souvent les lendemains d’élection déchantent. En effet on ne vote pas pour des idées, mais pour une personne qui une fois élue en fera selon sa libre inspiration : adieu le programme, bonjour le pragmatisme ! Ainsi en 1995 le présidentiable français Jacques Chirac avait bâti toute sa stratégie de persuasion des électeurs sur la fracture sociale et le besoin de solidarité, une fois élu il s’est comme par hasard aperçu qu’il y avait une telle fracture financière qu’il fallait mettre les restrictions à l’ordre du jour. Pourtant on a parfois des surprises agréables. Le présidentiable Nicolas Sarkozy avait un discours environnementaliste réduit à la portion congrue, il parlait plutôt de croissance et d’identité nationale. Une fois élu président de la France, il met Alain Juppé en charge de l’écologie et le dote du titre de ministre d’Etat, le seul du gouvernement. Alain Juppé, numéro 2 du gouvernement, obtient aussi un périmètre ministériel considérablement élargi, énergie, transports, aménagement du territoire… Enfin A.Juppé présente un profil très différent de ses prédécesseurs  à l’écologie : il a un poids politique fort, il n’ignore rien des enjeux internationaux, du fonctionnement de l’Etat et des rapports de force politiques. La lutte contre le réchauffement climatique va-t-elle devenir une priorité ? Le doute s’installe, c’est quand même la droite qui est au pouvoir, soutenue par Bolloré et autres financiers !

 

La révélation écologique de Juppé au Canada ne peut certainement pas lui permettre de comprendre les textes de Théodore Kaczynski. Il ne pensera que fugacement aux tiers-absents (les générations futures, mais aussi les autres espèces de la Biosphère). La sauvegarde de la biodiversité restera un discours, un tel gouvernement est d’abord là pour satisfaire les lobbies…

 

Mais la gauche ferait-elle mieux ?

Casseurs de pub contre Sarko

Tu es en droit de pas être d’accord avec le texte suivant, mais je vois pas ce que tu peux retorquer :

Dix bonnes raisons pour les casseurs de pub et les objecteurs de croissance de ne pas voter Sarkozy !
Le sarkozysme représente en effet le programme anti-décroissance par excellence. Premièrement, parce que Nicolas Sarkozy ne nous aime pas. Nous serions des malthusiens mais aussi des gauchistes recyclés. Tout en estimant légitimes les inquiétudes suscitées par le progrès scientifique, il s’en prend « aux orphelins de la pensée marxiste-léniniste qui se seraient engouffrés dans la brèche ». La convention de l’UMP sur l’écologie commence ainsi par une mise en garde solennelle : « Contre les chantres d’un nouveau malthusianisme : la protection de l’environnement n’implique pas de passer à la croissance zéro. » Plus incisif encore, Nicolas Sarkozy ajoute : « Je veux dire aux sectaires idéologiques que nous avons tout à perdre de la décroissance. »

Deuxièmement parce que Sarkozy c’est la religion de la croissance. La croissance serait, selon lui, le remède aux méfaits de la croissance : « Le projet de développement durable, c’est un projet qui n’oppose pas la croissance, l’écologie et les défis sociaux. » La convention de l’UMP l’affirme : « Au-delà d’un certain seuil de revenu par habitant, la croissance conduit à une amélioration de la qualité de l ‘environnement. » Autrement dit, on guérira le mal par le mal : un peu de croissance économique serait nuisible mais beaucoup serait salutaire.

Troisièmement parce que Sarkozy c’est le culte de la consommation. Son principe du « travailler plus pour gagner plus » est totalement anti-décroissant. C’est une façon de maintenir les gens dans l’illusion du « toujours plus » et donc dans l’indigence. L’un ne va en effet jamais sans l’autre puisqu’un bon consommateur est toujours un être frustré. Pas question pour Sarkozy de protéger les consommateurs de l’agression publicitaire, pas question non plus de démanteler les centres commerciaux qui défigurent nos existences, pas question de remettre en cause l’uniformisation de nos modes de vie par les transnationales.

Mais aussi parce que Sarkozy aime les riches bien plus que les pauvres. Philippe Manière, le directeur de l’institut Montaigne qui nourrit tant le programme de l’UMP, le dit sans fausse pudeur : « Les riches d’abord nous font vivre. Gagnant plus que les autres, ils consomment plus que les autres. Or la consommation des uns, c’est le revenu des autres (…). Plus on est riche, plus on dépense donc plus on fait vivre le reste de la population (…). Chérissons donc les riches et défendons leurs intérêts contre l’État »… C’est pourquoi Sarkozy veut que cette France riche puisse se reconnaître en lui au travers de mesures à forte valeur symbolique comme la franchise sur les droits de succession.

Vous êtes encouragés à reproduire ce texte en indiquant sa source : www.casseursdepub.org

Collectif des déboulonneurs

L’espace public est le lieu de toutes les expressions : si la pub veut faire sa pub, qu’elle accepte donc les phrases des anti-pub. C’est ça la démocratie, l’expression de tous et pas uniquement celle des marchands. En janvier 2007, sept membres du Collectif des déboulonneurs ont pourtant comparu devant le tribunal correctionnel pour inscription de slogans anti-publicitaires sur des panneaux d’affichage. En mars, le verdict tombe : un euro d’amende, alors que 500 euros étaient requis ! Les faits ont en effet été requalifiés en « dégradation légère ». Ces barbouillages d’affiches, réalisés au grand jour, avaient d’ailleurs pour objectif de pouvoir s’expliquer devant la justice pour se faire entendre des médias et du public ; on suivait la même logique de désobéissance civile que les faucheurs volontaires d’OGM. Les anti-pub ont aussi proposé aux présidentiables français de se prononcer sur une réduction des formats d’affichage avec une taille maximum de 50×70 centimètres, une taille suffisante pour qu’on ne voit presque plus les affiches. La Biosphère commence à se défendre par ses propres moyens, mais les dégâts provoqués par l’activisme humain sont déjà immenses. Alors, devenez militants écologistes, soyez éco-citoyens, casseurs de pub, faucheurs volontaires d’OGM, objecteurs de croissance… Comme dirait sans doute José Bové, mieux vaut être en prison et libre que prisonnier de la société marchande.

le code de l’écoguerrier

L’avertissement d’Edward Abbey en préface de son roman, « Le retour du gang de la clef à molette » (Gallmeister, 2007) vaut déjà le détour : « Quiconque prendra ce livre au sérieux sera immédiatement abattu. Quiconque ne le prendra pas au sérieux sera enterré vivant par un bulldozer Mitsubishi ». Il faut dire qu’Edward, mort en 1989, avait un tempérament plutôt très très radical. Voici son code de l’écoguerrier, tel qu’on peut le reconstituer (page 148 à 154) :Règle n° 1 : Ne fais pas de mal à personne. Personne. Y compris à toi-même.Règle n° 2 : Ne te fais jamais prendre.

Règle n° 3 : Si jamais tu te fais prendre, tu es tout seul. Personne ne paie ta caution. Personne ne te paie ton avocat. Personne ne paie tes amendes.

 

Et ça ne s’arrête pas là, il y a beaucoup d’autres règles. L’écoguerrier travaille seul, ou avec un ou deux camarades de confiance qu’il connaît depuis des années, un micro-groupe de conspirateurs voués à commettre des délits non criminels contre la sphère de l’Ordnung techno-industrielle. Le but de son militantisme est de faire augmenter les coûts de l’Ennemi, de le pousser au déficit, de le forcer à mettre un terme à l’invasion de nos terres publiques, de nos dernières terres sauvages. L’écoguerrier doit travailler sans espoir de gloire ou de célébrité, ou même de reconnaissance publique, pour le présent au moins. Il doit au contraire subir l’opprobre et la vindicte populaires, essuyer les injures et les insultes. Par exemple, mettons que tu sectionnes une ligne électrique quelque part, que tu sabotes une flotte de camions, que tu saccages à coups de clef à molette un terminal d’ordinateur, eh bien tu dois t’attendre à ce qu’un certain nombre des membres de la structure de pouvoir éprouvent quelque ressentiment à ton égard.

 L’écoguerrier est donc un guérillero en guerre contre un ennemi doté d’un équipement high-tech, un ennemi financé par l’Etat, qui bénéficie de la protection des médias, qui est supérieur en nombre et qui a la police secrète ou non dans son camp, et aussi la police des communications et la police de la pensée. L’écoguerrier doit se battre contre tout ça sans porter la moindre arme. Son Code de l’Honneur le lui interdit. En effet l’écoguerrier ne se bat pas contre des hommes, il se bat contre une institution, l’Empire planétaire de la Croissance et de la Cupidité. Il ne se bat pas contre des êtres humains mais contre une mégamachine monstrueuse, contre une technologie en cavale, hors de contrôle, une entité vorace qui se nourrit des hommes, de tous les choses vivantes, et même des minéraux, des métaux, des roches, du sol, de l’assise rocheuse de toute vie terrestre !

action directe aux USA

John Muir (1838-1914) est aux Etats-Unis le père fondateur en matière de protection de la nature sauvage. Pour lui, « la route la plus claire dans l’univers passe au plus profond d’une forêt sauvage ». Témoin critique de la conquête de l’Ouest, officiellement achevée en 1890, il fonde en 1892 le Sierra Club, la première association environnementaliste de la côte ouest des USA. Pendant 10 ans, il s’escrima en vain contre l’endiguement de la rivière du parc national de Yosemite, la première réserve « naturelle » des USA. Il avait en effet face à lui tous ceux qui se préoccupaient de la conservation de la Nature uniquement pour le développement des activités humaines.

 Presque un siècle plus tard, Dave Foreman fonde aux USA en 1980 l’association Earth First! dont le slogan résume l’objectif : « Pas de compromis dans la défense de la Terre Mère ». Le mouvement a élaboré cette ambition quand il a pris conscience qu’il était temps d’arrêter de parler de la façon dont les choses avaient mal tourné et qu’il fallait commencer à changer les choses. Dave partait du principe que la protection de la nature sauvage est un problème éthique qui ne peut se réduire à la défense de l’intérêt personnel ou même à la préoccupation de la survie de l’humanité. Pour lui la société humaine est tellement immorale qu’elle peut se croire investi de la liberté d’inventer n’importe quoi et de l’appliquer aux humains comme aux non-humains. A ce moment là il faut protéger l’homme contre lui-même et casser la machine qui empoisonne à la fois la mentalité humaine et l’environnement. Le FBI en a donc fait un terroriste ! En 1989, Dave Foreman était arrêté pour avoir soi-disant voulu saboter des lignes haute tension dans le but de déclencher une fusion nucléaire !!! Pour Dave, quand l’humanité croit que les ressources sont inépuisables et à son seul service, quand l’humanité espère que la technique trouvera toujours une solution aux problèmes que la technique a créés, il faudrait dire : « Ce sont pures insanités et folles divagations ». La société humaine n’a aucun mandat naturel ou divin pour goudronner et exploiter chaque centimètre carré de cette planète, seulement le droit que s’arroge le fort au détriment des faibles : « Un bulldozer qui détruit la Terre n’est qu’une partie de la terre, fait de minerai de fer et consommant son énergie, c’est la Terre métamorphosée en monstre qui s’autodétruit : ce bulldozer doit être arrêté. » L’évolution de la législation ou les procédures judiciaires peuvent jouer un rôle dans la défense de la Biosphère, mais l’action directe non violente paraît aussi absolument nécessaire. Pour Dave, il faut enrayer les rouages de la méga-machine et saboter tous les projets qui tendent à accroître l’anthropisation de la planète. Une campagne de résistance peut être efficace contre l’abattage des arbres, la construction des routes, l’exploitation minière, l’édification de barrages ou de lignes haute tension, l’utilisation de véhicules tout-terrains, le développement de zones de ski, l’expansion des zones résidentielles, l’artificialisation des terres. De telles tactiques réclament un degré supérieur d’engagement personnel et souvent un grand courage. Il y a toujours un risque personnel quand on s’interpose entre la machine et la terre sauvage. Mais dans les pays où la nature sauvage à presque complètement disparue, le combat est encore plus rude car les cibles existent à tous les coins de rue !

la conscience des limites

Le quotidien français Le Monde a dorénavant une rubrique « Environnement & Sciences ». Cela semble présumer d’une  crise environnementale qui trouverait sa solution dans l’innovation technoscientifique. Par exemple on aborde (numéro du 7 mars 2007) la construction de la plus grande centrale à vagues du monde sur les rivages de l’Ecosse. Mais les deux articles de fond abordent aussi le fait que nos sociétés ont atteint la limites acceptables. Ainsi un tribunal administratif a annulé pour « vice de procédure substantielle » une décision ministérielle de mai 2004 entérinant le projet du grand contournement de Bordeaux, une rocade à deux voies et péage. D’autres recours ont lieu contre un tracé qui traverse des vignobles célèbres et des zones protégées. Un autre article                aborde la limitation de la fertilisation azotée en Bretagne : neuf bassins versants sont concernés par une directive européenne de 1975 fixant un plafond de 50 mg de nitrates par litres au-delà duquel les collectivités ne peuvent plus effectuer de prélèvements dans les eaux superficielles destinées à l’alimentation humaine. D’un côté on commence à mettre en place la limitation des transports par la condamnation d’infrastructures supplémentaires, de l’autre on commence à limiter le productivisme agricole.

 Encore faut-il que le gel de la construction d’autoroutes obtienne le soutien des élus et des socioprofessionnels,  encore faut-il que la réduction volontaire du cheptel obtienne le soutien des agriculteurs ! L’espèce homo sapiens ne pourra retrouver un équilibre avec son biotope qu’au prix d’une sévère limitation de ses activités, donc de ses déplacements et de sa production.

Dans l’avenir il n’y aura plus la droite et la gauche, mais ceux qui ont conscience des limites et ceux qui n’ont aucune conscience.