énergie

ITER a besoin de se refroidir… fortement

Un article du MONDE sur le Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) est très optimiste, trop optimiste :

« Les travaux de construction de ce réacteur géant se poursuivent à Saint-Paul-lez-Durance pour espérer réaliser des expériences de fusion nucléaire dans cinq ans. Il s’agit d’imiter le processus à l’œuvre au cœur d’une étoile. Le réacteur fusionnera des noyaux d’hydrogène lourd pour dégager de l’énergie si on chauffe à 150 millions de degrés pour concentrer la matière réactive dans un plasma contrôlé par des champs magnétiques intenses. Ce processus peut s’interrompre à tout moment, une « disruption » conduit à de forts dégagements d’énergie sur les parois ; des flux d’électrons sont éjectés à la vitesse de la lumière et détériorent l’enceinte. Mais, miracle, une petite injection de glaçons de deutérium et la disruption s’étale sur une surface plus grande, réduisant les dégâts. » Réduire les dégâts ? Plutôt supprimer ITER !

Ainsi va la technoscience qui cherche désespérément à nous trouver une nouvelle source d’énergie, notre boulimie en cette matière étant devenue infinie. Il ne vient à l’esprit d’aucun décideur que la première chose à faire avant de se lancer dans des expériences aventureuses est d’économiser l’énergie en réduisant nos besoins. Comme fondement de nos analyses sur ce blog biosphere, il y a le rejet de tout ce qui prône l’illimité et en conséquence nous préconisons un retour au sens des limites. En 2019, nous avons abandonné ASTRID, acronyme de l’anglais Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration, un projet de prototype de fission avec un cœur à neutrons rapides refroidi au sodium. Il nous reste à abandonner le projet ITER… Après avoir cru qu’il était interdit d’interdire (mai 1968), il serait peut-être temps de comprendre qu’il est obligatoire de s’obliger à la sobriété énergétique.

Pour en savoir plus sur ASTRID et ITER grâce à notre blog biosphere :

2 juillet 2020, ITER, symbole de la croyance technologique

17 mars 2019, Nucléaire, des risques sans alternative nucléaire

4 mai 2016, ITER, Sarkozy ne sait même pas ce que c’est

15 février 2018, Astrid, un joli nom pour une belle salope…rie !

3 juillet 2012, ASTRID, une belle salope adorée des politiques

16 novembre 2010, Astrid, une belle salope…

Remarque : la rubrique planète du MONDE multiplie les articles sur le Covid. Trop, c’est trop, l’article sur ITER passe inaperçu, un seul commentaire de lecteurs sur lemonde.fr ! Il est difficile de s’interroger sur notre avenir énergétique quand les médias nous parlent de repartir comme avant, en touristes !!

Au Royaume-Uni, un embryon de passeport et des Britanniques en mal de vacances sur le continent

Venise mise sur le « green pass » italien pour lancer sa saison touristique estivale

Covid-19 dans le monde : l’UE s’accorde pour laisser entrer les voyageurs vaccinés, New York tombe le masque

L’Europe se convertit en ordre dispersé aux passes sanitaires

Agence internationale de l’énergie, un leurre

Créée à la suite du choc pétrolier de 1973 par les pays riches de l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie était surtout destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres afin de soutenir la croissance économique. De plus l’AIE avait toujours minimisé le danger d’une pénurie de pétrole afin de ne pas générer un mouvement de panique. Mais les temps changent, la contrainte climatique commence à faire ses effets. Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE : « Il y a un énorme fossé entre la rhétorique et la réalité, constate. Cette année 2021devrait encore être l’une des pires en matière d’émissions de CO2. Nous avons réalisé un rapport pour montrer aux décideurs que le secteur de l’énergie doit réaliser une transformation totale d’ici à 2050. Car jusqu’ici, beaucoup d’entre eux l’ont mal compris. »

Pourtant l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport du 18 mai 2021 reste foncièrement optimiste. Dans le scénario « zéro émission nette », la demande globale en énergie d’ici à 2050 a diminué de 8 %, malgré les deux milliards de Terriens supplémentaires. La demande d’électricité a doublé et la part de renouvelables a été multipliée par huit, passant de 29 % de la production totale d’électricité en 2020 à 90 % trente ans plus tard. En 2030 60 % des voitures vendues seront des véhicules électriques, en 2040 la moitié des bâtiments auront été rénovés de façon efficiente, en 2050 des panneaux photovoltaïques sont installés sur 240 millions de toits. Le recours au charbon a chuté de 90 %, au pétrole de 75 %. La part du nucléaire a doublé, la demande en hydrogène a été multipliée par six, etc. L’AIE se met à rêver, mais on en reste toujours sur les bonnes intentions : « Au-delà des projets déjà approuvés, aucun investissement dans de nouvelles installations pétrolières ou gazières ni dans de nouvelles centrales à charbon sans solution de capture ou de stockage du carbone ne devrait être réalisé. » Les commentaires sur lemonde.fr ne sont pas dupes :

Dance Fly : Voir L’AIE tournait le dos aux hydrocarbures est une avancée considérable en soi. Bon, reste à convaincre Total, Exxon & Co qui n’ont évidemment pas l’intention de renoncer aux combustibles fossiles (tant qu’il y en aura à exploiter). Pour ce faire ces compagnies (dont on peut dire aujourd’hui qu’elles représentent à elles seules la principale force d’inertie à une accélération de la transition) sont prêtes à employer les pires méthodes de communication (à l’instar de l’agrobusiness ou de l’industrie du tabac): voir par exemple un papier passionnant qui vient de sortir dans One Earth: « Rhetoric and frame analysis of ExxonMobil’s climate change communications » .

Hilare : Convaincre  » Total, Exxon & Co » n’est sans doute pas le plus difficile, il s’agit de convaincre des milliards de citoyens d’accepter changer de comportement et modifier leurs achats. Ne nous faisons aucune inquiétude  » Total, Exxon & Co » suivront…

Ulysse : Il faut consommer moins d’énergie, interdire de vente les appareillages énergétivores, quel que soit le secteur, chauffage, voitures, climatisation ect… On attend toujours des mesures à la hauteur du problème.

Sarah Py : Voilà au moins une feuille de route qui fait prospective. Voilà enfin une base de discussion à partir de données et de chiffres. Sauf et encore une fois, la temporalité n’entre pas assez en ligne de compte. Le déploiement des énergies renouvelables qui sont très décentrées ( combien de temps pour un champ éolien) la mise en réalisation active d’innovations technologiques, des décennies, le changement des comportements humains trop volatiles et bien d’autres raisons, tout cela signifie que 8 ans, et près de trente ans sont des délais trop longs. En si peu de temps, changer radicalement ne peut se faire qu’avec plus de contraintes et de choix forcés par les États.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

16 mai 2013, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

12 août 2010, la date du pic pétrolier (signalé par l’AIE en 2006)

16 décembre 2007, en panne d’énergie (Dans son rapport World Energy Outlook 2007, l’AIE commence enfin à s’affoler : « Une crise de l’offre, avant 2015, s’accompagnerait d’une envolée des cours pétroliers » et «  Il sera extrêmement difficile d’assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables »…)

Énergie libre, un cas d’illusion technologique

Pour montrer l’illusionnisme technologique qui règne dans nos sociétés thermo-industrielles, considérons l’idée folle « d’énergie libre », définie comme une énergie illimitée, gratuite et facile à produire. Certains croient qu’elle existe, mais que les industriels nous la cachent… En fait c’est un mythe, une fake news qui nous induit en erreur. Notre boulimie énergétique et l’amour du progrès technique cultivé par beaucoup de nos contemporains nous empêche d’accéder collectivement au recul nécessaire pour percevoir les réalités du point de vue scientifique. Ainsi, on a vu se développer médiatiquement des idées de moteurs capables de faire avancer des voitures avec de l’eau, des mécanismes capables de reproduire des phénomènes de fission nucléaire à partir de petites quantités d’hélium, des générateurs utilisant les “champs électriques sans fin” pour produire une énergie illimitée ou encore des scientifiques prétendant être capables de reproduire la fusion nucléaire à froid dans un tube à essai. Un certain nombre de dispositifs ont fait la une des médias en faisant la promesse de fonctionner sur le principe de la production surnuméraire : le catalyseur d’énergie d’Andrea Rossi, le résonateur à eau de Jean-Christophe Dumas, les moteurs à mouvement perpétuels, les générateurs de la Fondation Keshe ou les moteurs à plasma type PlasmERG. Le bide intégral ! Toutes ces tentatives ont été démenties par l’expérimentation scientifique. Pour déterminer la réalité en matière d’énergie, il faut s’appuyer sur les lois de la thermodynamique. Allons au plus simple.

1) on ne peut pas “créer” d’énergie. On peut simplement la convertir. En clair, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

2) quand une énergie est convertie d’une forme à une autre, une partie de l’énergie se dissipe, elle devient beaucoup plus difficile à utiliser. C’est l’entropie.

Si l’on continue à raisonner en termes d’énergie libre, cela nous empêche de voir que le principal problème (du point de vue écologique) n’est pas de savoir comment produire plus d’énergie, mais comment en consommer moins.

Pour en savoir plus, lire Nicholas Georgescu Roegen, « entropie, écologie, économie » (The entropy law and the economic process)

en résumé : La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine). En fait tout organisme vivant s’efforce de maintenir constante sa propre entropie ; il y parvient en puisant dans son environnement immédiat de la basse entropie (utilisable) afin de compenser l’augmentation de l’entropie à laquelle son organisme est sujet. Si les humains n’arrivent plus à capter de basse entropie à proximité, ils essayent de la prendre ailleurs. L’énergie atomique n’est ainsi qu’une tentative contemporaine de délier de l’énergie liée. Mais on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Pour en savoir encore plus grâce à notre blog biosphere :

9 décembre 2018, L’illusion technologique confrontée au climat

9 novembre 2018, L’illusion d’une énergie offerte par les algocarburants

18 février 2008, illusions technologiques

Terrible avenir tel qu’on se le cache

Dans les conversations courantes, une considération chasse l’autre. La pandémie aujourd’hui, hier le terrorisme, le réchauffement climatique en toile de fond, la canicule un jour, les inondations le lendemain, quelques considérations très ponctuelles sur la chute de la biodiversité et toujours l’avalanche des faits divers… on en oublie la descente énergétique qui s’amorce. Les médias se consacrent aux problèmes de société et aux événements croustillants, raffolent de la culture d’élite et du sport de masse, décortiquent les débats sans fin sur les ravages de la pandémie, les masques, la vaccination, se penchent de temps en temps sur les chômeurs et les familles à la dérive, nous abreuvent de publicités… Ils nous détournent de l’essentiel. Les politiciens captent eux aussi notre attention avec le bal des ego et les jeux d’appareil. Nous sommes submergés de nouvelles, anesthésiés, incapables de trier entre l’important et le dérisoire.

Qui se souvient encore du krach financier de 2008 ? Qui se rappelle du pic pétrolier mondial de 2006 ? Qui a fait le lien entre ces deux événements ? Qui parle aujourd’hui du choc pétrolier ultime qui va survenir bien avant que nous ayons commencer à lutter vraiment pour le climat ? Crises pétrolières et crises climatiques sont les jumeaux de l’hydrocarbure, liés l’un à l’autre de façon très étroite. Laisser le pétrole sous terre pour éviter les gaz à effet de serre, et c’est la catastrophe économique par manque de carburant d’une civilisation basée sur les ressources fossiles. Brûler du pétrole, c’est l’apocalypse climatique et une planète invivable pour les générations futures. Peu de gens restent lucides sur le rôle central du pétrole, le viagra des sociétés croissancistes. Pourtant, les avertissements remontent à loin, encore faut-il les connaître

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque, la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant, le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. Un spécialiste de l’automobile, Jean Albert Grégoire, publie un livre en 1979, Vivre sans pétrole : « Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes… Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai crise ultime. » Jean-Marc Jancovici précisait récemment que jamais un humain n’avait autant utilisé de pétrole par habitant qu’en 1979, et jamais plus il n’en utilisera autant. La descente énergétique avait commencé, et les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer les ressources naturelles. Sans ressources à disposition, c’est la chute du PIB. Opinion publique, médias ou politiciens, qui le dit assez fort pour être entendu ?

La lutte pour le climat va précipiter l’arrivée de la date du choc pétrolier ultime. Selon ses engagements, l’Europe devrait d’ici à 2050 avoir fait disparaître la consommation de charbon, avoir réduit de 85 % sa consommation de pétrole et de 55 % sa consommation de gaz naturel. Mais difficile à une époque de fausses nouvelles, d’idéologie croissanciste répandue dans tous les milieux médiatisés, d’économie de la promesse au sortir du confinement et de croyance au progrès technique sans limites, difficile donc de penser aujourd’hui que la taxe carbone aurait du être mise en place depuis de nombreuses années déjà ; cette réalité a été occultée, y compris par la Convention citoyenne sur le climat dans ses 149 propositions. Nous serons donc un jour prochain obligé d’adopter un rationnement avec des cartes carbones individuelles. Qui le dit assez fort pour être crédible ?

Le problème de la nécessaire rupture écologique, c’est qu’elle demande une complète déconstruction de nos structures matérielles et mentales actuelles. Il nous faut un nouvel imaginaire, répétait Serge Latouche. Il nous faut aller moins vite, moins loin et moins souvent, s’exclamait Yves Cochet. Mais bousculer des habitudes socio-culturelles demande du temps, pratiquer la sobriété partagée ne va pas de soi. Pourtant, le double choc pétrolier et climatique nous oblige à réagir drastiquement. L’avantage de ces vagues pandémiques mondialisées à répétition, c’est qu’elles nous préparent aux politiques de restrictions dans tous les domaines : se déplacer, se nourrir, trouver un emploi, pratiquer les loisirs. On est en train d’en revenir à l’essentiel de nos besoins, poussés par un virus et non par notre réflexion commune. Qui explique à la population que nous sommes entrés dans l’ère de la démobilité, de la désurbanisation, de la décroissance du superflu ? Qui énonce que cette période est nécessaire et qu’elle sera durable ? Qui nous dit que le monde d’avant, le monde de l’abondance matérielle et des esclaves énergétiques à profusion est prochainement révolue ? Il nous faudra attendre le choc pétrolier ultime pour en prendre collectivement conscience…

Michel Sourrouille, article paru initialement sur le site des JNE :

https://jne-asso.org/blogjne/2021/02/14/lavenir-tel-quon-se-le-cache/

Brice Lalonde, un vendu au lobby nucléaire

Une tribune de Brice Lalonde dans LE MONDE est en fait un panégyrique de l’énergie nucléaire sous prétexte des émissions de gaz à effet de serre économisées par les centrales françaises. Rappelons qu’en France nous n’arrivons pas à construire une seule centrale EPR, rappelons que l’uranium n’est pas une source d’énergie renouvelable, rappelons que dans le monde l’énergie nucléaire est marginale et le restera. Du point de vue des écologistes, l’énergie la plus durable est celle qu’on ne consomme pas. Les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. La maison passive, c’est la maison qu’on ne chauffe pas.

Voici un résumé de l’argumentation de cet ancien ministre de l’environnement (1988-1992), adepte d’une écologie superficielle : « La performance énergétique (DPE) d’un bâtiment est déterminée par deux seuils : l’un pour l’émission de CO2, l’autre pour la consommation d’énergie. La contrainte CO2 n’existe pas, le DPE nouveau la « desserre » de 30 % par rapport à l’échelle précédente, qui était déjà bien clémente. Calée sur les émissions des logements chauffés au gaz, elle fait du gaz la référence comme si l’État considérait cette énergie fossile comme le compagnon de route préféré du climat. C’est donc la performance énergétique qui continuera à déterminer le classement, et non la performance climatique. Or les deux ne se recouvrent pas. L’économie d’énergie est bien entendu un moyen au service de la réduction des émissions quand il s’agit des énergies fossiles responsables du dérèglement climatique. Mais lorsque l’énergie est décarbonée, elle n’affecte pas le climat. Centrer l’action climatique sur l’économie d’énergie au lieu de la réduction des émissions de CO2, c’est taper sur le mauvais clou. C’est bien l’électricité décarbonée et qu’il faut favoriser. Dès lors, paradoxe ultime, nos propriétaires de logements mal classés dans le DPE parce que chauffés à l’électricité ont un moyen simple d’améliorer leur classement : c’est de passer au gaz ! Voilà comment les émissions de CO2 augmenteront, en dépit des engagements solennels, en dépit de la volonté du Parlement. L’aversion pour le nucléaire est demeurée le dogme fondateur du parti Vert, entraînant sa volonté absurde d’interdire le chauffage électrique…. »

Pour en savoir plus sur Brice Lalonde grâce à notre blog biosphere :

13 août 2018, L’écologie superficielle et irréaliste de Brice Lalonde

6 novembre 2015, Le ciel nous tombe sur la tête, Brice Lalonde aussi !

La voie hydrogène, une nouvelle impasse

Décarbonation de l’économie, on cherche en vain la solution miracle. Le pétrole voit sa fin prochaine, le charbon produit trop de gaz à effet de serre, passons à l’hydrogène. La région Bourgogne-Franche-Comté est décrétée « territoire hydrogène » par sa présidente socialiste. Dans la communication gouvernementale, H2 est aussi présenté comme la solution pour la mobilité de demain. Toujours et encore les mêmes réflexes de nos sociétés techno-capitalistes : trouver de nouveaux vecteurs de croissance. Et l’écologie est un merveilleux prétexte. L’hydrogène, c’est en effet vendu comme vert de vert. Combiné à une pile à combustible, l’hydrogène permet de produire de l’électricité et rejette de l’eau. Le conducteur fait le plein en quelques minutes d’H2 comme à une pompe à essence. Et puis la ressource est inépuisable. On peut extraire de l’hydrogène partout, par électrolyse, en faisant passer dans de l’eau du courant produit par une éolienne, des panneaux solaires. Tout cela, c’est de la propagande.

Retour au réel. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’hydrogène est considérée comme « gris » : il est produit à partir d’énergies fossiles dans des raffineries. Il s’agit donc d’abord de le remplacer par de l’hydrogène décarboné car produit grâce à de l’électricité d’origine renouvelable. Mais la production d’hydrogène demande énormément d’énergie, et son utilisation n’est pas toujours la plus efficace. Ainsi, un litre d’essence contient autant d’énergie que quatre litres d’hydrogène liquéfié – et rendre le H2 liquide est un processus coûteux. Les piles à combustible ont également un rendement deux à trois fois plus faible que les batteries. Gaz ultra-léger sous la pression atmosphérique, il faut le stocker à plus de 350 bar pour limiter le volume. Les réservoirs actuels d’hydrogène des camions ou des bus sont difficile à étanchéifier tant la molécule est petite. Ils contiennent un gaz hyper-explosif, comprimé à 700 bars .Or une simple bouteille de butane fait peur, et la pression est limitée à 7 bar en usage domestique. Que peuvent penser les pompiers des véhicules H2 ? L’hydrogène est un gaz qui se transporte difficilement, il faut le comprimer, le liquéfier ou le transformer en ammoniac, ce qui est coûteux en énergie et demande des infrastructures spécifiques. En résumé l’hydrogène n‘est qu’une énergie de troisième niveau, produit avec la source d’énergie secondaire qu’est l’électricité. Un rendement final dérisoire, à peine utile pour stocker de l’énergie. Hydrogène et mobilité généralisée sont donc incompatibles. La voiture à hydrogène pour tous est une leurre, mais le député (LRM) Michel Delpon y croit : «  Emmanuel Macron a une carte à jouer, comme quand le général de Gaulle a lancé le nucléaire. »

Rappelons que notre croissance économique, notre confort, notre alimentation, notre médecine, nos transports doivent TOUT à l’énergie surabondante procurée par les ressources fossiles. La puissance développée par un homme oscille entre 100 et 400W. Celle d’une simple bouilloire est de 1000W. Le moteur d’une citadine de 40 0000 à 70 000 W. Un Boeing 747 nécessite environ 65 000 000 W. L’énergie nécessaire à nos besoins actuels est colossale. Ce n’est pas un amoureux de la calèche qui dit ça, c’est la science. Et la science nous dit aussi que l’hydrogène à foison, c’est du pipeau. Notre réveil va être difficile…

L’adieu au charbon sera long, trop long

Le charbon en France ne représente que 2 % de la production électrique, mais 30 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Le 31 mars 2021, la centrale à charbon du Havre ferme, les deux dernières centrales thermiques en Moselle et en Loire-Atlantique devraient l’être en 2022. Mais dans le monde la demande d’électricité devrait croître de 10 % en Inde et exploser en Chine où la moitié des centrales ont moins de dix ans. Le charbon sert aussi à la fabrication de l’acier et du ciment. La lutte contre le réchauffement climatique est vouée à l’échec face à omnipotente du charbon, du pétrole et du gaz dans nos manières de produire et de vivre actuelles. La vérité est qu’aujourd’hui rien n’est sous contrôle. L’homme qui reste un peu honnête avec lui-même a l’impression de se retrouver dans un piège abominable dont il ne voit pas comment sortir. Voici quel

On sait que le charbon doit rester sous terre pour limiter le réchauffement climatique. Mais à force de croire que demain sera comme aujourd’hui, avec une abondance énergétique extraordinaire mais non renouvelable, nos lendemains seront terribles car nous ne sommes pas préparés collectivement, ni en France, ni ailleurs, à affronter la descente énergétique. Nous étions en train de brûler nos forêts, (mal)heureusement nous avons exploité le charbon. Pour ne pas qu’il s’épuise trop vite, nous avons utilisé le pétrole, le gaz, la fission atomique et même le photovoltaïque… aujourd’hui on veut en revenir au bois ! C’est le signe de l’impuissance collective actuelle à nous mener sur les voies d’un futur acceptable. #EndCoal, enfin un hashtag sur Twitter qui nous parle, des panneaux qui s’enflamment lors d’une manifestation de Greenpeace. Dérisoire symbolqiue. Le 8 janvier 2018, l’église Saint-Lambert du village d’Immerath en Allemagne a été rasée, pour laisser place à une mine de charbon. Le système thermo-industriel résiste, mais ce sont ses derniers souffles avant qu’un choc pétrolier/charbonnier nous amène inéluctablement à la déroute finale.

Bientôt le pic charbonnier. Après son livre de 2003 sur le pic pétrolier, Richard Heinberg s’était consacré au pic charbonnier : la production de charbon suit la même courbe que la production de pétrole. Elle aussi commence par augmenter, atteint un maximum, puis décline inexorablement au fur et à mesure que les gisements s’épuisent. Les chiffres officiels ignorent généralement les différentes qualités de charbon ou les présentent d’une manière exagérément simplifiée, ce qui donne une fausse impression d’abondance. Il n’empêche que le pic charbonnier chinois aura lieu entre 2015 et 2032, aux USA entre 2025 et 2040 … Heinberg conclut que le charbon est suffisamment abondant pour avoir un impact conséquent sur le climat mais ne l’est pas assez pour remplacer durablement les autres énergies fossiles une fois qu’elles auront commencées à décliner.

Que faire ? Empêcher d’une manière ou d’une autre une centrale thermique à charbon de fonctionner peut être considéré comme une œuvre de salut public. On sait en effet que le charbon doit rester sous terre, sinon nous allons droit vers un chaos climatique qui multipliera les réfugiés climatiques, endommagera le rendement des récoltes, produira la famine, détériorera l’ensemble de la trame du vivant, exacerbera les violences, produira des guerres, etc. Mais si je dis maintenant aujourd’hui clairement que je trouve tout-à-fait juste et légitime de saboter une centrale à charbon, c’est moi qui sera poursuivi devant les tribunaux pour incitation au sabotage. Personne n’accusera les promoteurs des centrales à charbon. Beaucoup parleront même à mon égard de terrorisme vert alors que le véritable responsable de la détérioration écologique et socio-économique est la centrale à charbon. Il est plus que temps de définir juridiquement la notion du crime écologique et de traiter l’action de sabotage à sa juste valeur ! Quand pendant la seconde guerre mondiale des cheminots sabotaient les lignes de chemin de fer pour agir contre le nazisme, ils risquaient la mort mais ils avaient raison .Dans le futur proche il nous faudra apprendre à vivre dans un nouveau contexte de catastrophes à répétition qui, inévitablement, porteront atteinte à nos libertés, sans d’ailleurs pour autant que cela résolve les problèmes de pénurie de ressources naturelles. La récession actuellement en cours avec la pandémie nous donne un avant-goût des révisions douloureuses à accomplir. L’avenir passera par des mécanismes administratifs de rationnement ainsi qu’une baisse drastique de nos revenus

En guise de conclusion, nous vous conseillons de lire d’urgence Lewis Mumford : « L’exploitation minière est la métaphore de toute la civilisation moderne. Le travail de la mine est avant tout  destructeur : son produit est un amas sans forme et sans vie,  ce qui est extrait ne peut être remplacé. La mine passe d’une phase de richesse à l’épuisement, avant d’être définitivement abandonnée – souvent en quelques générations seulement. La mine est à l’image de tout ce qu’il peut y avoir de précaire dans la présence humaine, rendue fiévreuse par l’appas du gain, le lendemain épuisée et sans forces. En revanche, l’agriculture traditionnelle favorise l’établissement d’un heureux équilibre entre les éléments naturels et les besoins de la communauté humaine. Ce que l’homme prélève  à la terre lui est délibérément restitué ; le champ labouré, le verger, les planches à  légumes, les terres à blé, les massifs de fleurs – tous témoignent d’un ordre formel, d’un cycle de croissance.»

Pour en savoir plus sur le point de vue des écologistes :

21 octobre 2015, Les centrales à charbon, un terrorisme contre le climat

14 mars 2014, La fin du charbon au Royaume-Uni, un air d’apocalypse

27 avril 2012, les dangers du charbon (1/3)

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

28 septembre 2010, des mineurs bientôt sans charbon

26 juillet 2010, l’impasse charbonnière

9 février 2008, charbon de terre

5 avril 2007, bientôt une Chine sans charbon !

Nucléaire, François de Rugy se renie

François de Rugy, en 2016, défendait un scénario 100 % énergies renouvelables, avec un arrêt total du nucléaire en 2040. Il proposait de « supprimer le risque nucléaire qui pèse sur la France et surtout la production de déchets dont on ne sait pas quoi faire ».

Biosphere : C’était l’époque où le Vert François de Rugy avait un petit peu la fibre écolo… avant de tomber dans l’escarcelle de Macron.

François de Rugy en juin 2019 : « Il faudra tirer toutes les leçons pour voir si ce type de réacteur nucléaire EPR est compétitif. Aujourd’hui, on peut en effet avoir des doutes sur la compétitivité future par rapport aux énergies renouvelables dont les coûts de production baissent. »

Biosphere : Le coût du kWh des EPR de Flamanville et Hinkley Point ne sera connu que quand ils auront démarré et produit quelques années, de Rugy sera à la retraite depuis longtemps. De plus les factures du grand carénage (100 milliards estimés au départ, certainement bien plus en fin de parcours) vont être douloureuses. Mais de Rugy change d’avis.

François de Rugy en mars 2021 : « Dans le domaine de l’énergie, la France est en train d’inventer un nouveau modèle, dans lequel les énergies renouvelables associées au nucléaire pourraient nous permettre de nous passer totalement des énergies fossiles »

Biosphere : L‘argument d’autorité n’est pas un argument. Le nucléaire couvre actuellement à peine 3 % de la consommation d’énergie finale d’énergie mondiale et ne pourra jamais faire beaucoup mieux faute d’uranium ; le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable. Avec ou sans nucléaire, se satisfaire des énergies renouvelables demande à réduire drastiquement notre demande d’énergie. Ne pas le dire c’est forfaiture.

François de Rugy : « J’ai pu vérifier que l’enjeu de sécurité nucléaire – le risque d’un accident est le premier sujet – était extrêmement maîtrisé en France, avec des outils de contrôle de sûreté extrêmement resserrés ».

Biosphere : Confondre sécurité et sûreté est confondant de naïveté ! S’exprimer ainsi aux lendemains des dix ans de Fukusihima (11 mars 2011) est même inconvenant pour ne pas dire plus.

François de Rugy : « Dans le combat pour le climat, le fait d’avoir une production d’électricité de base en grande quantité décarbonée est un formidable atout pour la France. »

Biosphere : Aujourd’hui, il faut 20 ans pour construire une centrale nucléaire, elle est supposée fonctionner 60 ans et sa déconstruction prend également quelques dizaines d’années. Est-on vraiment certain que dans 100 ans, il y aura encore un état français suffisamment riche et fort pour prendre à sa charge et mener à bien la sortie du nucléaire ? De plus la construction des centrales nucléaires, leur entretien, leur démantèlement et la gestion des déchets radioactifs, sans parler d’un accident toujours possible, rend nécessaire l’utilisation d’énergies fossiles, ce que les nucléocrates oublient de dire et même de penser. Que le nucléaire ait encore des adeptes montre l’état de désinformation des anti-écolos.

Pour tout savoir sur François de Rugy :

– Recension de ses livres sur le site biosphere :

2012. A quoi peut bien servir un député écolo ?

2015. Ecologie ou gauchisme, il faut choisir !

– Sur notre blog biosphere, son parcour s:

16 novembre 2019, Dialogue avec l’ex-ministre François de Rugy

29 janvier 2019, de Rugy détricote toutes les avancées écologiques

12 septembre 2018, François de Rugy, adepte d’une écologie superficielle

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

2 juin 2012, François de Rugy, un député vraiment écolo ?

John KERRY et le CLIMAT, sobriété attendra

La conférence sur le climat s’était achevé le 12 décembre 2014 à Lima , elle était entrée dans l’épais brouillard qui est devenu sa marque de fabrique. Le secrétaire d’Etat John Kerry, n’avait fait qu’un passage éclair à Lima. Aujourd’hui John est l’envoyé spécial de Joe Biden pour le climat, son discours en reste à l’optimisme béat : « Les États-Unis doivent montrer l’exemple… Les multinationales se fixent des objectifs de zéro émission nette [de CO2] en 2050… il y aura tellement d’emplois créés dans le monde,.. Vous allez voir des mesures économiques pour encourager la construction d’un réseau électrique [propre] aux Etats-Unis et il y aura une course considérable vers le véhicule électrique…Bill Gates travaille avec le gouvernement américain pour créer un prototype qui pourra peut-être résoudre les problèmes de fusion et de prolifération des déchets… Nous entrons dans une période extraordinaire de découvertes, qu’il s’agisse de la captation du CO2, d’hydrogène… Je ne sais pas si résoudre la crise climatique se fera par la capture directe du carbone, l’hydrogène, les batteries qui dureront vingt à vingt-cinq jours, mais il y a d’innombrables personnes qui poursuivent ces objectifs à travers toute la planète. »

Les commentaires sur le monde.fr sont à juste titre acerbes :

Zhkarojr : L’un des pays les plus pollueurs au monde prétend qu’il va montrer l’exemple ? Pourquoi pas ? Quand 80% des américains auront abandonné définitivement la voiture et rouleront seulement en bicyclette, on pourra les applaudir des deux mains.

ARNAUD LEPARMENTIER (un des journalistes ayant interviewé Kerry) @ Zhkaroj : C’est le meilleur moyen de se faire dépasser. Ils peuvent très bien faire une bascule technologique. C’est en tous cas leur pari.

PYR : Et le grand représentant du climat d’expliquer que les réponses au dérèglement climatique passent par des solutions technologiques qui n’existent pas ! C’est d’une tristesse.

Louvier : J’ai comme l’impression que ce brave monsieur Kerry ne mesure pas à quel point c’est un changement drastique de modes de vie que de réduire autant ses émissions… Pour lutter contre le changement, c’est pas des mesurettes ni des nouvelles technologies qui le feront à notre place, mais bien des peuples entiers qui doivent prendre conscience de l’enjeu et des changements à opérer. Le but n’est pas de mieux consommer, mais de moins consommer, et ça change tout

noelle.plat2020 : Je pense qu’il faut effectivement MOINS consommer, mais aussi mieux consommer. Je vis aux US et même parmi les « défenseurs » de l’environnement, je n’entends jamais parler de « moins consommer ». Les américains (beaucoup plus que les Européens) sont accros à la consommation et n’accepteraient que très difficilement de se « mettre au régime ». J’aimerais bien entendre Biden (et d’autres) parler de moins consommer, moins bouger, vivre autrement !

Pessicart : Le plan de relance de Biden (1% du PIB mondial injecté) est un sale coup vis à vis du climat car il encourage la consommation.

ChP : C’est effrayant. Quel discours vide qui pose comme principe que les moteurs d’une société 100 % ENR sont les mêmes que ceux de la société actuelle qui sont les énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz. Les entreprises vont rendre la transition écologique irréversible ! (sic), mais le CO2 augmente ! La solution viendra de technologies qui n’existent pas encore, dont la fusion qui, si elle marche, ne sera pas opérationnelle avant 2075/2100. C’est un peu tard !

le sceptique : Kerry indique que la géopolitique du climat ne sera pas le partage de la décroissance, comme certains pouvaient peut-être en rêver, mais la compétition planétaire pour les industries bas-carbone et le captage CO2. Là encore, cela crédibilise le sujet, si vous voyez un financier, un ingénieur et un industriel monter un projet, vous vous attendez à davantage de résultats que si vous voyez une actrice de cinéma, un sociologue et un jardinier en biodynamie faire une pétition.

MEDEFritesMerguez au sceptique : Et pourtant ce sont les jardiniers bio qui vous nourrissent tout en préservant la planète – pas le financier, l’ingénieur et l’industriel… Un jour vous risquez de vous étouffer en mangeant vos euros quand les supermarchés seront vides. Ou de vous faire une tendinite à force d’écrire des âneries. Faites gaffe !

Candel et Fontecave, les lobbyistes d’EDF

Pour Sébastien Candel et Marc Fontecave, « Il est temps de reconsidérer favorablement la place de l’énergie nucléaire en France ». LE MONDE ouvre encore une fois ses colonnes à des nucléocrates : le professeur Candel est président du conseil scientifique d’EDF et le chimiste Fontecave est lui aussi membre du conseil scientifique d’EDF. Leur discours est récurrent, rien de nouveau dans leur parti-pris : « Une augmentation de l’électrification de notre système énergétique est inéluctable… Notre électricité est presque en totalité décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydraulique… Le principal défi est celui de l’intermittence des énergies éolienne et solaire… L’acceptabilité sociale d’une réduction de la demande d’énergie n’est pas garantie… Il ressort de cette analyse que, dès 2030, la France ne disposera pas, sans construction de nouveaux moyens pilotables, de suffisamment d’électricité pour satisfaire les demandes de pointe moyennes… Tout indique qu’il est urgent de reconsidérer en France la place de l’énergie nucléaire, seule à même d’assurer sécurité d’approvisionnement, stabilité du réseau, souveraineté énergétique et faibles émissions de CO2. » CQFD !!!

Quand les nucléaristes seront capables de présenter leurs arguments de manière un tant soit peu objective, nous aurons fait un pas en avant. Mais on a ici affaire à la présentation classique : « construire de nouveaux EPR » (ça fait 15 ans qu’on rame pour en mettre un en service), « passer à la 4ème génération » (on y bosse depuis au moins Phénix en 1973…), « le vilain renouvelable utilise trop de terres rares » (là, nos Go Trouvetou ont raté le rapport de l’ADEME), les panneaux solaires et batteries sont condamnés à venir de Chine, etc. Le problème central, c’est que LE MONDE donne la parole à des lobbyistes patentés de façon structurelle, ce qui ressort de nos articles antérieurs sur Fontecave, extraits  :

31 décembre 2018, Marc Fontecave, un pronucléaire en plein délire

Dans une récente tribune au « MONDE », le professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences Marc Fontecave juge ainsi la pétition « L’Affaire du siècle » : « Attaquer la France en justice est à la fois injuste, idiot et inopérant ». Il a un seul argument : « l’Hexagone, grâce à l’énergie nucléaire, est un leader mondial en matière de limitation des gaz à effet de serre. » Il aurait été préférable que LE MONDE signale aux lecteurs l’appartenance de M. Fontecave au conseil scientifique d’EDF.

26 mars 2014, Prêcheurs d’apocalypse, Ph. Aghion et Marc Fontecave

LE MONDE offre une page entière à deux « experts » qui n’ont qu’une seule chose à dire : la transition  énergétique reposera uniquement sur le nucléaire et le gaz de schiste !

Module sur le pic pétrolier… à diffuser

Voici une séance de formation à l’enjeu pétrolier qui pourrait faire le buzz grâce à vos relais, chers lecteurs.

A) Commencer par un sondage dans votre groupe d’appartenance avec 3 choix personnels possible :

1. baisser ou stabiliser le prix du carburant (c’était la méthode F.Hollande en 2012)

2. accepter une hausse (minime) de prix

3. programmer dans le temps une forte hausse avec intervention de l’Etat

Le résultat montre que la presque totalité du groupe sondé va choisir l’option 1. Il faut donc une démonstration argumentée sur le baril d’or noir.

B) le prix du pétrole

B1) Présenter les différentes manières de fixer le prix de l’essence :

– prix du marché pétrolier, mécanisme de l’offre et de la demande (vision à court terme) : prix actuellement bas.

– prix correspondant au coût de l’extraction (moyen terme) : entraîne une hausse progressive.

– prix correspondant à la rareté croissante (long terme) : une forte hausse est inéluctable.

B2) Faire un graphique montrant que le prix grimpe de manière exponentielle quand on arrive à la barre verticale symbolisant la fin du pétrole conventionnel (en 2050 environ). Indiquer ce qu’est un choc pétrolier (1973, 1979, 2008), c’est à dire une variation conjoncturelle du prix à fort impact sur le PIB (choc pétrolier).

C) les quantités de pétrole

C1) Faire un graphique montrant le pic du pétrole conventionnel en 2006 (la quantité). Cette date indique le moment où la difficulté de pomper davantage de pétrole entraîne une baisse des quantités extraites.

C2) Présenter les différentes actions sur les quantités. Actuellement le pic pétrolier ne se fait pas encore sentir car :

– on utilise le pétrole non conventionnel (sables bitumineux, pétrole de schiste, off-shore profond)

– on fait appel aux agrocarburants, à la liquéfaction du charbon, au méthane ou à l’hydrogène

– on utilise des sources d’énergie alternatives comme les voitures électriques (nucléaire, éolien, photovoltaïque, etc.)

– on espère un saut technologique (4ème génération du nucléaire, ASTRID, ITER, agrocarburants de 3ème génération, etc.)

D) relations entre prix et quantités

D1) Une hausse de prix entraîne une hausse des quantités, ce qui fait que le pic pétrolier n’est pas un sommet, mais un plateau ondulant. La fin du pétrole est donc repoussée d’année en année (depuis cinquante ans, on annonce chaque année qu’il n’y aura plus de pétrole dans 50 ans).

D2) Mais ce système a une fin inéluctable, la merde du diable est une ressource non renouvelable. Persévérer dans l’extraction entraîne des inconvénient technologiques croissants : compétition entre agrocarburants et ressources alimentaires, fortes pollutions des ressources fossiles non conventionnelles, échec de certaines technologies (surgénérateur)… Sans compter le réchauffement climatique entraîné par la combustion du pétrole.

Conclusion

Théoriquement, plus rapidement on préparerait la sortie des énergies fossiles, plus la transition énergétique serait facile. Un mouvement politique responsable aurait indiqué qu’une augmentation du carburant de 10 % chaque année (doublement de prix en 7 ans) était nécessaire. Il fallait préparer les citoyens à la civilisation de l’après-pétrole. Mais nous n’avons pas compris les leçons des chocs pétroliers des années 1970, nous n’avons rien fait pour économiser le pétrole, le choc pétrolier ultime qui se profile sera d’autant plus brutal. Nous serons confrontés à des guerres et violences pour l’accès aux ressources. Certaines analyses du complexe militaro-industriel l’envisagent déjà.

Comme Il est maintenant trop tard politiquement pour mettre en place une taxe carbone conséquente, nous allons inéluctablement vers un rationnement par l’instauration d’une carte carbone pour chaque personne. Pour une acceptation sociale de la pénurie à venir, une incitation psychosociologique devraitt être mis en place, appel à l’effort des citoyens, à la sobriété énergétique dans tous les domaines. Cet exercice que nous venons de faire (avec vous) peut contribuer à la prise de conscience.

Ouverture du sujet : à qui appartient le pétrole qui est sous terre ? A l’émir de tel ou tel pays arabe ? A la multinationale qui exploite les gisements ? Au consommateur final qui paye son essence ? Ou bien aux générations futures ? La question était piégé, le pétrole appartient à la Terre. La lutte contre le réchauffement climatique impose de laisser sous terre les énergies fossiles qui sont source de gaz à effet de serre. Forer pour atteindre une ressource non renouvelable bien cachée dans ses entrailles contsitue un viol de notre Terre-mère.

Une énergie plus chère, c’est pour bientôt

Philippe Escande, éditorialiste économique au MONDE, se voulait un véritable adepte de la civilisation motorisée doublé d’un croyant technologisé : « Les constructeurs doivent investir massivement pour préparer la plus importante transition technologique de leur histoire, celle vers la voiture électrique et le véhicule autonome… »

Aujourd’hui Escande commence à prendre conscience des réalités, une trajectoire mortifère : «  Nous ne sommes pas sortis de l’auberge si la plus grave crise économique de l’après-guerre et le gel par la Covid-19 d’une bonne partie de l’activité industrielle n’aboutissent qu’à nous remettre dans les clous d’un accord largement bafoué…2020 n’aura-t-elle donc été qu’une parenthèse vertueuse sur une trajectoire mortifère, cette « guerre suicidaire contre la nature »… Déjà, les pays de l’OPEP échafaudent leurs plans d’accroissement de la consommation de pétrole à la faveur de la reprise économique à venir… La trajectoire actuelle d’émission de CO2 des entreprises du CAC 40 les porte vers un réchauffement de 3,5 °C… » Mais il se garde bien de nous conseiller la sobriété énergétique et d’envisager l’inéluctable dévoiturage.

Philippe Escande nous rappelle encore plus récemment que « l’énergie a un coût qui sera de plus en plus élevé avec les contraintes climatiques.. Cela ne peut qu’exacerber les tension sociales. Le prix de l’énergie est un sujet politiquement explosif. La France n’y a pas échappé en 2018, avec le soulèvement des « gilets jaunes » contre la hausse des taxes sur les carburants. En 2018, les camionneurs s’étaient mis en grève au Brésil pendant dix jours pour protester contre la hausse des prix des carburants, paralysant un pays entièrement dépendant du transport routier… Jair Bolsonaro a été élu. En 2021 une annonce d’augmentation des prix de 15 % du diesel et de 10 % de l’essence a été fatale au patron de la compagnie pétrolière nationale Petrobras. Il faudra convaincre, camionneurs, politiques et citoyens qu’il n’y a plus d’énergie bon marché. »

Quelques réactions sur lemonde.fr :

Electron : On oublie souvent que 80% de notre énergie primaire est d’origine fossile, donc productrice de CO2, et non renouvelable. Pourquoi autant ? Parce qu’elles sont très énergétiques, faciles à produire et à utiliser, transportables et stockables. Mais le pétrole va commencer à disparaître, très certainement dans les 20 ans qui viennent. Alors par quoi remplacer ? C’est une énorme question, avec des implications éventuellement considérables sur notre civilisation. Car sans énergie nous ne sommes plus grand chose.

Rick Deckard : Si le coût de l’énergie est de plus en plus élevé ce n’est pas du aux contraintes climatiques mais aux contraintes politiques. Le baril est à 66 $, il y 10 ans on nous l’annonçait à 300 $.

Michel SOURROUILLE : étonnant que la sobriété énergétique, nécessaire dans une société thermo-industrielle complètement dépendante des énergies fusilles, ne soit pas abordée, ni par Escande, ni par les commentaires. Le choc pétrolier ultime qui arrivera quand le prix du baril explosera, personne en nous y prépare, on est trop obnubilé par le réchauffement climatique et le Covid…

Lecteur du ghetto : Si la combustion des énergies fossiles est vraiment un grave danger pour la planète et l’humanité, il faut investir pour trouver le moyen de recycler le carbone émis… et il faut surtout FAIRE CESSER LA DEMOGRAPHIE GALOPANTE qui est la seule réalité qui promet les pires excès, quelque soit les choix faits en matière d’énergie.

Frog : On peut éventuellement arrêter de consommer du pétrole demain. Par contre la démographie…. Figurez-vous qu’une fois que les gens sont nés, il y a 60 à 100 ans d’inertie. C’est après-guerre qu’il aurait fallu y penser, on y repensera après les prochaines guerres…

Pour en savoir plus, Bientôt le choc pétrolier ultime ?

Promoteurs du nucléaire, vous m’emmerdez

Montebourg, Accoyer et Chevènement tous unis pour la défense du « patrimoine nucléaire français ». Gérard Longuet et Julien Aubert (LR), André Chassaigne (PCF), Arnaud Montebourg (PS), tous unis pour une source d’énergie du passé. La bataille du lobbying est lancée, mais aucune mention dans l’article du MONDE d’une quelconque critique de l’atome civil , faut plus de centrales, point final. Bizarre, cette anomalie de l’analyse, heureusement compensée par les commentaires sur lemonde.fr :

Walter : Qu’ils disent d’abord ce qu’ils vont faire des déchets encore tout jeunes et des centrales déjà toutes vieilles.

G. Delaurens : Déjà avoir réparti 56 réacteurs dans tout le pays pour disait-on assurer l’indépendance énergétique de la France alors que le nucléaire ne représenterait jamais que 17% de notre consommation d’énergie, c’était très fort. Nous proposer maintenant de relancer la construction de centrales non concurrentielles sur le marché grâce à nos impôts, alors que le nucléaire ne représentera que 2% de l’énergie finale consommée dans le monde en 2040 et qu’il faudra diminuer notre production de CO2 de 50 % avant 2030, c’est tout simplement se ficher du monde. Ou plus exactement ça fait partie des propositions qu’on émet pour faire porter l’attention sur soi, faire semblant d’exister…

Orion @ Delaurens : Il convient de faire des corrections à votre post. Primo, quand on parle du nucléaire, il ne faut pas faire une analyse sur la base de la consommation d’énergie (incluant par exemple l’essence et le diesel pour les bagnoles), mais sur la base de la production d’électricité. Et là, le nucléaire représente 70% de la production d’électricité en France. Deuzio, le nucléaire est un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique comme l’ont rappelé – excusez du peu – le GIEC et l’Agence Internationale de l’Energie, qui ont aussi invité les pays ayant déjà une filière nucléaire à la préserver en poursuivant recherches et investissements. Cela vaut donc pour la France, ne vous en déplaise. Tertio, l’impact carbone réel d’une énergie se mesure par Analyse de Cycle de Vie d’une énergie (ACV) selon le GIEC. En France, selon l’ADEME, cela donne seulement 6 gCO2/kWh par ACV pour le nucléaire contre… 55 gCO2/kWh par ACV pour le solaire. Un facteur 9 !

G. Delaurens @Orion : la problématique c’est l’urgence de diminuer l’effet de serre, dans la mesure où on n’a strictement rien fait avant (par exemple depuis 10 dans notre consommation de pétrole automobile n’a pas varié, même si le nombre de véhicules diminuait). Dès lors ce que vous appelez « un atout » qui consiste en notre seul effort industriel et polarise nos interventions ne représente aucune solution pour le but recherché (le CO2). C’est juste une façon de détourner le problème en se focalisant sur l’accessoire, pour garder belle figure sans rien faire de concret.

JCM : Dans les analyses, on limite trop souvent l’impact du nucléaire à l’aspect climatique. Il y en a bien d’autres, beaucoup moins reluisants: coût du démantèlement, gestion des déchets, sécurité en cas d’accident ou d’attentat, centralisation et goût excessif du secret, dépendance aux matières premières etc.

Lappreciateur : Quelques évidences : les énergies les moins polluantes sont celles qu’on ne consomme pas. Nous dépendons à 90% ( 95% ? ) d’un combustible importé. Un accident dans une centrale ( sabotage interne, erreur de manip, attentat, suicide , tremblement de terre, inondation, etc. ) aura des conséquences effroyables. Mais EDF veille, rendormons-nous. Et après tout si on doit évacuer Paris ou Bordeaux c’est rigolo. Nos politiques « responsables » vont léguer à nos descendants des déchets ? On s’en fout on ne sera plus là. Les tours opérators proposeront un circuit : mines de charbon , sidérurgie, nucléaire !

Digi : Je trouvais Montebourg plutôt pertinent dans son discours relocalisant. Mais là c’est mort. Si le but c’est d’investir dans une énergie du passé, coûteuse, centralisée, ingérable à long terme, sans se soucier du vrai problème (la consommation, donc le gaspillage et les pertes en ligne), alors continuons dans le nucléaire.

Orion @Digi : Ne vous en déplaise, l’énergie nucléaire est une énergie du futur et un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique

schnitzler @ Orion : Savez-vous que les réserves d‘uranium seront bientôt épuisés?

ManuLeMytho : Les Français n’ont jamais eu droit à un référendum sur ce sujet, mais les sondages indiquent 70% de refus de cette industrie, comme nos voisins qui, eux, ont eu le droit de s’exprimer… Quand au « patrimoine », y’a pas de quoi s’inquiéter : les déchets radioactifs sont là pour 1 million d’années. Je réponds par avance aux réacs : oui on aura des ordinateurs & internet mais pas l’obsolescence programmée et l’augmentation irrationnelle des data…

ManuHamburg : Adieu Montebourg. Dommage mais la vraiment NON. Le nucléaire c’est l’enfouissement de substances toxiques pendant des dizaines de milliers d’années en disant aux prochaines générations: démerdez vous. Aucune génération n’a jamais fait ça pour les suivantes.

Cliquez ici pour tout savoir sur le nucléaire

Hercule, l’électricité en phase terminale

Hercule joue la sobriété. Avant d’entrer dans les détails techniques du projet de réorganisation d’EDF, l’élément de langage que les écologistes devraient tenir sur l’électricité, c’est : « Soyons Négawatts ». En effet, en ces temps de descente énergétique qui s’amorce, la politique de l’offre doit s’accompagner forcément d’une politique de réduction de la demande. Il faut politiquement induire une réflexion collective sur les besoins réels en électricité pour tendre vers une sobriété énergétique.

Pour en savoir plus sur le projet Hercule

Le projet de réorganisation d’EDF « Hercule » n’est pas encore engagé que ça chauffe, grève syndicale le 19 janvier, opposition politique des « insoumis » comme des Républicains. Constatons d’abord que 12 % des ménages sont en situation de précarité énergétique, c’est à dire consacrant plus de 10 % de leurs  revenus aux dépenses énergétiques. Une augmentation rapide et constante des prix de l’électricité pourrait conduire à une nouvelle révolte de type gilets jaunes. Dans un MÉMO du 17/12/20, EELV précise  la situation énergétique actuelle, dramatique. EDF est incapable de financer les investissements pour la poursuite ou l’arrêt du nucléaire et encore moins de financer les renouvelables qui plafonnent à 11,7 % de la consommation d’énergie primaire, 17,2 % de la consommation finale en 2019 (Pour mémoire l’objectif était de 23 % en 2020 et 33 % en 2030). Aujourd’hui EDF est surendettée avec 33 milliards d’euros de dette, une paille au regard des investissements à venir. Le grand carénage consiste en la remise en état du parc des réacteurs nucléaires pour leur permettre de tenir de 50 à 60 ans. La Cour des comptes a réactualisé en 2020 le coût du grand carénage sur la période 2014 à 2035 à 100 milliards d’euros. Le Parlement français estime le coût du démantèlement des centrales nucléaires et le traitement de leurs déchets à 75 milliards d’euros dont seulement 35 ont été provisionnés. La construction de 6 réacteurs EPR reviendrait (au minimum) à 46 milliards d’euros. A noter qu’EDF est DÉJÀ en train d’acheter les terrains pour construire ces EPR!

Le projet Hercule vise à séparer EDF en trois entités : EDF Bleu, entreprise publique, comprendrait principalement les activités liées au nucléaire ; EDF Vert, dont le capital serait ouvert au privé, rassemblerait les activités de fourniture et de distribution d’électricité, ainsi que les énergies renouvelables ; enfin, EDF Azur aurait un statut particulier et serait chargé de la gestion des barrages hydroélectriques. En devenant actionnaire à 100 % d’EDF Bleu, l’État va pouvoir faire sauter le verrou de la cotation d’EDF qui limite son accès à l’emprunt. Si l’État le décide il pourra apporter sa garantie aux emprunts d’EDF qui verra sa capacité d’investissements démultipliée. C’est sans doute la raison principale de l’opération de réorganisation d’EDF, le contribuable devient dernier recours du nucléaire.  Ce découpage répond à la volonté d’EDF de contourner le dispositif Arenh, « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (Arenh), mis en place en 2011 ; il fallait ouvrir EDF à la concurrence, objectif premier de l’UE avec séparation entre les fonctions de distribution et de production (unbundling). Le dispositif Arenh oblige EdF à vendre un quart de sa production à 42 €/MWh à des requins genre Total-Energie-Directe (qui la revend avec une marge confortable et un label « Vert »). L’Arenh ne couvre que le coût de production primaire d’EDF, c’est à dire sans le grand carénage, la déconstruction, ni le traitement des déchets, ce qui revient à subventionner ses concurrents. Curieuse conception du libéralisme ; on nous refait le coup de la privatisation des autoroutes en privatisant les profits et en mutualisant les pertes.

De toute façon l’avenir reste sombre pour la production d’électricité nucléaire. En effet 60 % des centrales nucléaires ont été construites avant 1985 – soit 35 ans au compteur. On fait un foin avec Fessenheim, attendez 10 ans et il y aura presque 40 réacteurs avec le même age que Fessenheim aujourd’hui – 40 réacteurs à démanteler et probablement 40 autres à reconstruire puisque personne ne semble préparer la mise à la retraite de nos réacteurs. De milliards dont on n’aura pas le moindre sou en situation prévisible de crise structurelle de la société thermo-industrielle (liée à la fin des énergies fossiles). Isoler le nucléaire dans une structure publique pendant que les activités génératrices de cash sont privatisées ne fait qu’accroire l’impossibilité d’un avenir pour le nucléaire.

Pour en savoir plus sur le scénario Négawatt, extraits :

14 février 2017, NégaWatt, rencontre avec Thierry Salomon

C’est le sens du mot NégaWatt, l’énergie que nous sommes susceptibles de ne pas consommer. Est-il bien raisonnable de circuler en ville avec une voiture de 1300-1500 kilos pour transporter un bonhomme qui en pèse 70 ? Un calcul a montré que 2 réacteurs nucléaires en France servaient uniquement pour les appareils en veille. Nous devons réfléchir en termes de besoins, les classer selon une grille qui va de l’indispensable au nuisible, en passant par le nécessaire, le superflu… Et cette grille doit faire l’objet d’une législation. Ai-je vraiment besoin de me déplacer ? Quels sont les déplacements de loisirs et les déplacement contraints ? Ce qu’il faut, c’est intégrer dans l’ensemble de nos actes les externalités négatives, les conséquences néfastes de nos consommations d’énergie…

21 décembre 2007, soyons négawatts

. L’approche traditionnelle (et quasi-exclusive) des questions énergétiques par l’offre va se déplacer progressivement vers une approche davantage guidée par la demande, laquelle va gagner en pertinence et en force. L’intérêt bien compris des consommateurs est de satisfaire leurs besoins finaux avec la moindre dépense énergétique. La logique voudrait que ce déplacement de l’offre vers la demande s’accompagne d’un déplacement des financements consacrés à l’accroissement de l’offre (MégaWatts) vers ceux destinés à réduire la demande (Négawatts)…

Pétrole, la merde du diable fait des siennes

Pour les Romains le gage de la croissance était le nombre d’esclaves, pour le monde moderne c’est la merde du diable (le pétrole). Le pétrole tient dans ses barils le futur de la civilisation thermo-industrielle. Mais son prix semble une valeur relative, très volatile. A la mi-juillet 2008, les spécialistes n’avaient pas vu venir l’envolée des prix du baril à 147,5 dollars, ni son effondrement (35 dollars mi-décembre 2008). Le 29 mai 2018, le prix du baril Brent était de 74,75 dollars, et le marché (du système libéral) ne sait pas si demain il sera à 20 dollars ou à 1000 dollars. Mais de cela on ne s’inquiète guère, chacun fait ce qui lui plaît.

Début mars 2020 , la Russie et l’Arabie Saoudite ont augmenté leur production, ce qui a fait chuter brutalement les prix : le baril de brent s’est retrouvé à 16 dollars en avril, et le prix sur le marché américain à même connu un épisode de prix négatifs : le 21 avril, le pétrole s’est brièvement échangé à − 37 dollars le baril sur le marché américain. L’or noir bradé ! Sur ces entrefaites, la crise sanitaire a entraîné une baisse de la demande ; en avril 2020, elle a ainsi chuté de 30 %, soit 30 millions de barils par jours consommés en moins. Alors les pays de l’OPEP+ (organisation des pays exportateurs de pétrole + la Russie) ont retiré du marché en mai et juin plus de 9,7 millions de barils par jour et le baril s’est maintenu autour de 40 dollars durant l’été. Un niveau qui reste pourtant trop bas pour de nombreux pays très dépendants de leurs exportations. Le 30 novembre 2020, le cartel pétrolier n’a pas réussi à trouver un accord pour prolonger ses quotas de production. Mais quand les marchés demain s’apercevront que le pétrole n’est pas inépuisable, le choc pétrolier ultime aura lieu et là, on ne parlera même plus de crise des ventes de voiture neuves ; plus personne ou presque ne pourra se payer une voiture individuelle. Mais ça, nul ne l’envisage, ni l’OPEP, ni d’ailleurs tous nos politiques accro aux carburants fossiles et encore moins ceux qui achètent des SUV malgré la pandémie actuelle. Les marchés et les articles dans les médias ne s’intéressent qu’au court terme et le réchauffement climatique fera la Une de tous les journaux seulement quand on aura les pieds dans l’eau. Pauvre de nous, et on dit que les humains sont intelligents.

Le prix du pétrole est artificiellement maintenu à bas prix depuis le début de son exploitation. Ce non sens économique et géophysique a permis les trente Glorieuses, le confort à tous les étages et l’auto pour une grande partie de l’humanité (soit plus de 1 milliard de voitures particulières). Pour une période faste qui aura duré moins de deux siècles, les humains ont gaspillé un don de la nature accumulé pendant des millions d’année et enfoui sous terre. Le problème essentiel n’est pas seulement l’effet de serre, mais un système de croissance éphémère basé sur l’éloignement croissant entre domiciles et lieux de travail, entre localisation de la production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme.Si nous étions prévoyants, il faudrait dès aujourd’hui se préparer à des changements structurels de nos modes de vie pour éviter la pétrole-apocalypse. Il faudrait que le prix de l’essence tourne autour de 100 euros le litre pour que les gens comprennent.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

https://biosphere.ouvaton.org/blog/post-covid-a-quel-prix-le-baril-apres-demain/

 

Youpi, effondrement du marché automobile

Automobile : la grande peur d’un nouvel effondrement (titre du journal LE MONDE) : Les ventes de voitures neuves ont baissé de 9,5 % en octobre. Avec le retour du confinement, des reculs supérieurs à 30 % en novembre et décembre sont à craindre. Les commentateurs sur lemonde.fr sautent de joie, vive le dévoiturage :

Michel SOURROUILLE : Le réchauffement climatique et la déplétion pétrolière imposent de sortir le plus vite possible de la voiture individuelle, mais cela l’article n’en dit mot.
Les médias et les mécanismes de marché ne considèrent que le court terme sans se préoccuper de préparer l’avenir pour nos générations futures… Le Covid-19 aurait pu permettre aux politiques de se saisir de l’idée de sobriété partagée, il n’en est rien, on ne parle que de business as usual, et si c’est pas aujourd’hui ce sera demain. Après-demain ce sera l’effondrement de la société thermo-industrielle…

Varna73 @Michel SOURROUILLE : tout à fait de votre avis, d’un côté on nous rabâche le réchauffement climatique, de l’autre les pubs de bagnoles défilent du matin au soir à la télé et pas pour des petites !

Alimonosou : C’est les cyclistes et les écologistes qui sont contents.

Gilles SPAIER : Je trouve curieux qu’il n’y ait aucun lien entre les articles de la section « planète » et ceux de la section « économie » du Monde. On a l’impression que les auteurs écrivent dans deux journaux différents. Ceci étant, juste avant le confinement, la longueur total des bouchons atteignait 400 km juste en Île de France. La moindre grande surface en province a un parking d’une surface triple de celle du magasin. La baisse du nombre des immatriculations est donc bénéfique pour notre société, qui doit s’adapter. Cessons de construire les logements à 40 km des entreprises. Multiplions pistes cyclables et transports en commun, arrêtons les zones commerciales hideuses à 10km des centre ville. Un dernier mot. Lors du dernier confinement, les parisiens ont redécouvert que le ciel peut être bleu. Faisons en sorte que cela ne soit plus conjoncturel. Nos enfants et nos petits enfants nous en saurons gré.

LWa @ Gilles : Complètement d’accord. Il est plus que temps que l’économie ne soit plus celle qui parle du PIB et des bourses. L’économie devrait devenir science et politique de la diminution des pollutions et des gaz à effet de serre.

Patou : Chacun sait que la bagnole est un problème environnemental, que l’industrie automobile est sous perfusion depuis longtemps (primes reconversion, électriques, fiscalité gasoil…). Tiens, on en vend un peu moins, et ça râle encore plus. Et ben on va encore réclamer des subsides, sûr que ça va marcher !

J.Duboisset : L’automobile, ce véhicule non occupé 95 % d’y temps, aimant à bouchon et extrêmement cher en entretien, assurance, essence/location batterie. Et pourtant toute l’industrie est dopée aux subventions publiques entre l’achat et la rénovation des routes, on met un pognon de dingue en tant que collectivité et on se retrouve avec pollution et morts…

Ça m isole : L’automobile se vend moins ? Et alors est-ce vraiment si grave quand on connaît le coût environnementale exorbitant de cette industrie ?

El Mayorqui : Existent-ils des lecteurs du Monde non autophobes ?

MLBRLyon : Il doit bien y en avoir quelques uns, mais il est surtout salutaire de constater que l’esprit critique existe sur un article aussi déconnecté de la réalité brutale infligée par l’automobile particulière à nos villes, enfants et modes de vie. Même si la forme est contestable pour certains, le refus de plus en plus massif de ce modèle sera salvateur.

Un nucléaire sans avenir, Macron l’assume

Il y a encore peu, la nomination de Barbara Pompili à la tête du ministère de la transition écologique semblait impensable. La députée de la Somme n’a en effet jamais caché ses convictions antinucléaires, et elle les répétait dimanche 12 juillet : « J’ai des positions, elles sont connues et elles ne changent pas. » C’est pourtant le choix qu’a fait Emmanuel Macron en la nommant numéro deux du gouvernement, provoquant désarroi et colère dans le secteur nucléaire. Mais cette nomination arrive au moment même où le débat autour du nucléaire a perdu de son intensité. Sous l’impulsion de figures comme Greta Thunberg, le mouvement international a ciblé les énergies fossiles, comme le charbon, le pétrole et le gaz, responsables du dérèglement climatique. L’Elysée est de toute façon mis en difficulté par les errements de la filière, batailles entre EDF et Areva, affaires de fraudes, dette abyssale d’EDF et surtout dérives du chantier de l’EPR de Flamanville. Démarré en 2007, le réacteur de troisième génération aurait dû voir le jour en 2012 et coûter 3,3 milliards d’euros. Il ne devrait pas être connecté au réseau avant 2023 et son coût de construction sera d’au moins 12,4 milliards d’euros – la Cour des comptes estime même qu’il pourrait dépasser 19,1 milliards d’euros au démarrage. A l’Elysée, le discours est désormais calé : « On ne peut pas prendre de décision, l’EPR est un boulet qui ralentit tout. » On souligne explicitement que « le sujet ne pourra pas être porté dans la campagne présidentielle ». Il est donc urgent d’attendre. La décision de lancer en France de nouveaux chantiers EPR est reporté après la présidentielle de 2022. Une tendance qui se reflète au niveau mondial : depuis l’accident de Fukushima, au Japon, en mars 2011, l’atome a perdu de son attrait dans la plupart des pays occidentaux, et les nouveaux projets se sont faits rares.

Si on inclut dans le prix du kWh le coût du démantèlement des réacteurs et celui de la gestion et de la surveillance des déchets sur les 10 000 prochaines années, la même durée que l’essor de l’agriculture d’où découle notre civilisation thermo-industrielle, on ne peut que douter de l’énergie nucléaire. Il n’est que temps d’arrêter les conneries et des verrues radioactives pour des millions d’années dans le paysage. Le béton sera dissous par l’érosion, les cœurs intransportable seront radioactives et mortel pendant des centaines de milliers d’années voire au-delà… Vous imaginer le coût pour assurer la protection sur cette durée. Proche de l’infini. Donc on arrête pour nos descendants qui nous maudiront de toute façon avec les 58 réacteurs aujourd’hui irrécupérables.

Pour en savoir plus, lire nos synthèses sur ce blog biosphere :

BIOSPHERE-INFO, tout savoir sur le nucléaire

BIOSPHERE-INFO, le débat sur les déchets nucléaires

ITER, symbole de la croyance technologique

Un article dithyrambique, « Au cœur du chantier ITER, qui va tenter de maîtriser la fusion nucléaire à l’œuvre dans les étoiles ». LE MONDE du 2 juillet verse dans la technolâtrie : « L’aimant supraconducteur circulaire dit « de champ poloïdal », en provenance de Chine, de 10 m de diamètre et d’une masse de 400 tonne, arrive à Cadarache… Le coût total de ce projet international est estimé à 18 milliards d’euros… L’enjeu d’ITER (acronyme anglais de Réacteur thermonucléaire expérimental international et qui signifie « le chemin » en latin) : « Démontrer, dans la machine expérimentale que nous fabriquons, notre capacité scientifique et technologique à maîtriser la fusion des noyaux d’hydrogène, la même qui est à l’œuvre dans le Soleil et les étoiles. »… Température du plasma : 150 millions de °C, soit dix fois plus qu’au centre du Soleil… Les aimants supraconducteurs devront être refroidis à la température proche du vide interstellaire, soit – 269 °C… Un gramme d’hydrogène libère autant d’énergie que huit tonnes de pétrole… Pas de risque d’accident majeur, pas de déchets de haute activité à vie longue.. Ce serait une source d’énergie non carbonée et respectueuse de l’environnement… Dans le contexte de réchauffement climatique, de demande énergétique croissante et de recours de moins en moins viable aux ressources fossiles, la maîtrise de l’énergie des étoiles serait une très bonne nouvelle pour le devenir de la planète et de ses habitants. »

Les commentaires sur lemonde.fr ne font pas dans la dentelle :

VincentB : Très beau publi-reportage. Mais j’ai lu des articles bien moins élogieux sur ITER. Désengagements financiers qui conduisent à un allongement des délais de construction, choix d’autres pistes technologiques aux Etats-Unis… Cela fait des décennies que les promesses de la fusion sont reportées à la prochaine génération. La question est de savoir si la terre aura pris feu avant la production du premier kwh « fusionné ».

Archisauvage : Il est dommage que cet article du MONDE ne donne la parole aux nombreux scientifiques qui considèrent que cette voie est une impasse. Contrairement à ce qui est avancé, cette technologie n’est pas dans danger quand on sait que 2 kg de tritium vont être utilisés. Les dizaines de milliards injectés dans ce laboratoire (ITER ne produira jamais d’électricité) pourraient être mis à profit pour d’autres types de recherche, notamment en vue du stockage de l’électricité renouvelable.

Toto le Rigolo : C’est formidable, le génie humain n’a pas de limites ! Merci à tous ces scientifiques qui travaillent pour le bien de l’humanité

Piérick : Euh… On fait comment pour neutraliser les flux de… neutrons ?! Et, aussi, on fait comment avec la fameuse instabilité MHD de Velikov… ?! Pour info, aucun prototype en amont n’a été en mesure de résoudre ces deux « problèmes » cruciaux…

Invisio : Toujours plus gros, toujours plus cher, toujours plus compliqués, toujours plus longs à construirs. Générations après générations, les takomaks ont vu leur coût décupler, aujourd’hui il faut 35 pays très riches pour en financer un seul, et 25 ans pour le construire. Sachant qu’il ne seront opérationnels que dans minimum 2 générations, comment pourra t’on en construire un peu partout dans le monde pour répondre à la demande énergétique? C’est une très belle machine pour la recherche, mais l’équation de rentabilité semble impossible à résoudre.

Corentin : Sinon il y a un truc qui fait la même chose mais avec de quoi fournir en une heure de temps la puissance nécessaire à alimenter toute la planète pour une année, le tout sans aucun risque ni matériaux contaminés et pour un prix bien moins élevé : le soleil 🙂

Petit Pierre : La maîtrise de la fusion nucléaire de l’hydrogène pose des problèmes techniques considérables, résistance des matériaux, extraction de l’énergie etc.. L’ancien directeur d’ITER montrait l’évolution du projet jusqu’en 2100.. où peut-être on pourra avoir une production d’énergie supérieure à l’énergie que l’on met dans le tokamak pour qu’il fonctionne. Entre temps le réchauffement climatique aura fait son chemin, et ITER sera toujours un projet d’avenir, alors que l’énergie solaire qui vient de la fusion nucléaire du soleil est déjà là, disponible.

Tartifliste : Peut être est-ce séduisant pour la planète de générer de l’énergie en quantité, sans risque et sans pollution… Sauf que si la technologie tient ses promesses et est économiquement viable et concurrentielle, alors on produira plus d’énergie, donc on consommera plus d’énergie… pour faire des tas de choses qui n’iront probablement pas améliorer le triste sort de la planète !

Michel SOURROUILLE : On oublie trop souvent de dire que la vocation d’ITER n’est pas de produire de l’électricité, mais d’établir la faisabilité scientifique et technique de la fusion thermonucléaire. C’est un message biblique, demain le paradis sera notre destin. La technoscience et ses technophiles veulent nous faire croire qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, après-demain l’innovation trouvera la pierre philosophale : la preuve, elle cherche ! Entre 2025 et 2035 pourrait être construit un prototype électrogène. Et ce n’est pas avant 2050, avec la première génération de réacteurs industriels qui n’est encore qu’une promesse, que l’on saura si le rêve n’était pas un cauchemar !! La Biosphère n’a pas besoin qu’on tripatouille ses atomes. L’espèce homo sapiens (homo demens) ferait mieux de lancer une grande campagne de méditation sur la vanité de la société thermo-industrielle.

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

2 mai 2007, la technique est le problème, pas la solution

4 mai 2016, ITER, Sarkozy ne sait même pas ce que c’est

17 mars 2019, Nucléaire, des risques sans alternative nucléaire

Philippe prône le 80 km/h, Macron le 130 km/h

Le passage au 80 km/h sur les routes voulu par le 1er ministre Édouard Philippe était une limitation de notre démesure, le président Emmanuel Macron n’en veut pas pour les autoroutes : «  Joker, il faut reporter le débat sur les 110 kilomètres/heure. Ce serait profondément injuste que tout votre travail (celui de la convention citoyenne) soit résumé à cette proposition. Je vous le dis très sincèrement : pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser les gens. Il ne faut pas les diviser. Il faut réussir à les embarquer tous ensemble. Si on fait ça, je vous l’écris, nos concitoyens qui sont dans les territoires les plus enclavés, qui parfois mettent tous les jours 45 minutes, une heure en utilisant les grands axes pour aller travailler, qui ont besoin pour retrouver leur famille de les utiliser, dont la vie s’organise par ces transports, ils vont dire : « OK, leur projet est un projet où il n’y a pas de place pour moi, c’est un projet d’urbains, il n’existe pas. » Ce n’est pas la réponse que vous voulez apporter. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas la caricature. Je pense qu’il faut faire maturer ce débat dans la société, celui de la vitesse. Ne donnons jamais le sentiment à certains de nos concitoyens qu’on les culpabilise. Et donc je propose de repousser ce débat. Je ne voudrais pas que vous connaissiez le même sort que moi, c’est à dire avoir des mois de travail qui s’abîment dans une polémique. »

Noun : Pour le 110 il a évidemment raison, ça nous promettait une deuxième saison du feuilleton gilets jaunes, et c’est pas le moment !

Hil92 : La plupart des mesures proposées ont un coût économique plus ou moins important. Mais il y en a UNE qui ne coûte quasiment rien, c’est le passage de 130 à 110km/h max sur les autoroutes. Et on sait que c’est très efficace. Et, qui sera étonné ?, c’est la première qui est abandonnée… Courage, fuyons !

StephaneB : Humm…il n’est pas interdit de chercher à comprendre la fin de non-recevoir soulevée par Emmanuel Macron avec un peu de bonne foi…parce qu’on peut raisonnablement admettre que notre President n’ignore rien des effets positifs d’une réduction de vitesse sur toute… Il se trouve juste qu’à l’hiver 2019, une grosse majorité de Français a eu la glorieuse et lumineuse idée de soutenir la jacquerie des Gilets Jaunes, qui, sous couvert d’un prétentieux projet de réforme sociale, n’avait en réalité pour autre dessein que d’être à nouveau autorisé à rouler à 160 km sur départementale, et d’obtenir un coup d’pouce financier pour rembourser l’emprunt sur l »ecran plat acheté à la rentrée… Bien…en tant que politique, il a donc bien le droit de se prémunir contre la bêtise des français !

-Alazon- : Cela coûte du temps, qui est un bien précieux. On passe deux ans par an dans une voiture en moyenne, 10% de réduction des vitesses c’est deux mois de plus. La mesure touche principalement les gens en zone rurale, déjà pénalisés par le 80 km/h. Ces mesures sans effet sérieux sur le climat sont défendues par des urbains nantis qui veulent les imposer aux autres.

Démocrate @ Alazon : au collège, on a dû vous apprendre que l’énergie cinétique est égale à 1/2 x masse x vitesse AU CARRE. Donc rouler à 110 km/h c’est 8% plus lent, mais environ 16% plus économe en énergie (donc aussi moins cher et moins dangereux en cas d’accident). Sans compter le temps gagné en réduisant les effets d’accordéons, générateurs de bouchons. En revanche là où vous avez raison, c’est qu’en allant très très très vite, le temps s’écoulera plus lentement pour vous que pour les autres, mais je ne suis pas certain que votre véhicule puisse s’approcher assez de la vitesse de la lumière pour que ce soit notable. Si c’est le cas cependant, vous ne risquez pas l’amende : les flashs des radars ne pourrons pas vous rattraper, inutile donc de les vandaliser. Et toc pour les urbains nantis!

Teknofan : Notre hyperprésident refuse le 110 km/h ! Dommage car rouler à 110 plutôt qu’à 130 permet de diminuer la consommation de 25 % (c’est pas moi qui le dit, mais un site de fana de l’automobile qui a fait l’essai). Que tout ceux qui croient encore notre président soucieux de l’écologie se rassurent ; il s’en fout. Il veut se faire réélire, point !

ChP 2 : Pour faire simple, dans ce domaine de vitesse, la principale force de résistance à l’avancement d’un véhicule est la traînée aérodynamique, Fx,q ui est proportionnelle au carré de la vitesse. L’énergie dépensée, la consommation donc, est proportionnelle à Fx et à la distance parcourue (C’est pour cela qu’elle s’exprime en l/100 km). Si l’on passe de 130 km/h à 110 km/h, on va donc économiser dans le rapport (110/130) au carré soit 72 %. C’est bien sûr un résultat du 1er ordre. La vérité n’est pas très loin.

Don Lope : Malheureusement ce quinquennat comme celui qui l’ont précédé, montre que si on veut de décisions écologiste, il faut… un pouvoir écologiste. Pour tous jusqu’à aujourd’hui, gauche, droite, ou LREM, l’écologie a toujours été un faire-valoir et aucune décision difficile en faveur de la préservation de l’environnement n’a été prise au détriment des intérêts économiques. Si les industries et in fine le consommateur devait payer le vrai coût environnemental évidemment ça changerait beaucoup de choses. <l’environnement appartient à tous et pourtant personne ne s’en soucie.

Michel SOURROUILLE : Passer aux 110 km/h va donc dans le bon sens, comme cela s’est fait pour le 80 km/h sur routes. Les automobilistes conscients des limites de la biosphère devraient se rendre compte que ce n’est là qu’une étape vers le dévoiturage, c’est-à-dire l’abandon à moyen terme de la voiture individuelle comme moyen de déplacement. Nous devons nous préparer à cet événement géo-physique inéluctable, quand il n’y aura presque plus de pétrole, essence ou gas-oil seront à des tarifs dissuasifs. Des évolutions favorables qui limitent notre usage de la voiture sont déjà en cours, le covoiturage, les ralentisseurs qui se multiplient, le recours aux transports collectif. Le bridage des moteurs à 110 km/h serait le nec plus ultra.

l’infernal triangle emploi/climat/croissance

L’infernale triangulaire des politiques, « stimuler la croissance tout en créant des emplois tout en éviter un rebond des émissions de CO2 ! » L’Agence internationale de l’énergie (AIE) résout le problème par « trente propositions pour une relance favorable au climat » ! L’éternel directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, l’affirme : « L’économie mondiale risque de s’effondrer mais la calotte polaire est aussi en train de fondre. Il faut faire face à ces deux défis en même temps. » On voudrait stimuler la croissance mondiale avec1 000 milliards de dollars d’investissements pour créer chaque année seulement 9 millions d’emplois. Rappelons que la population mondiale s’accroît de 80 millions de personnes chaque année, il faudrait donc structurellement créer au moins autant d’emplois. De toute façon rien de nouveau, l’AIE enfile les perles : efficacité énergétique (pour éviter de parle d’économiser l’énergie), rénovation des bâtiments (dans les bidonvilles?), moteurs électriques (sans s’interroger sur comment produire l’électricité), énergies renouvelables (qui ne seront jamais à la hauteur des énergies fossiles), développer les réseaux de trains à grande vitesse (et supprimer les lignes secondaires de chemins de fer), investir dans l’hydrogène (qu’il faudrait produire avec des énergies renouvelables!), etc. Précisons que l’AIE est une émanation du club des pays riches (l’OCDE) chargé de garantir l’approvisionnement en combustibles du monde développé. Les problèmes du tiers-monde, on s’en moque.

Faisons le point sur l’AIE grâce à notre blog biosphere :

13 novembre 2019, World Energy Outlook, l’avenir énergétique !

World Energy Outlook, rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE – 13 novembre 2019), rien de nouveau sous le soleil ! On croit encore que les panneaux solaires et les éoliennes permettront de produire des énergies « propres »…

11 mars 2017, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

Pour les investisseurs, le scénario de la production de pétrole jusqu’à la dernière goutte reste le plus attractif. Pourtant l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans son rapport World Energy Outlook 2011, révélait que la combustion de l’énergie fossile produite actuellement et dans les années à venir par les équipements existants en 2010 provoquerait à l’horizon 2050 un réchauffement du climat de 6° C. L’AIE précisait que « notre économie planétaire ne pourrait absorber sans catastrophe majeure qu’une élévation de température de 2°C. » Aujourd’hui l’AIE croit nécessaire une hausse des investissements (capex) dans l’exploration-production de brut : « L’offre mondiale de brut pourrait avoir du mal à répondre à la demande peu après 2020. »* Notre société cultive les oxymores, l’illusoire union des contraires.

14 novembre 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

Fatih Birol : «  Je crois que grâce aux gaz de schiste, le secrétaire d’Etat américain doit se sentir dans une situation plus confortable lorsqu’il est en tournée à l’étranger ». Ils ont certes réduit la dépendance des Etats-Unis aux hydrocarbures du Moyen-Orient, mais ce n’est que temporaire. Nulle mention dans l’article du MONDE de l’opposition internationale aux gaz de schiste, nulle référence à une quelconque avancée technologique pour limiter les effets environnementaux désastreux de la fracturation de la roche mère. Si on vous dit que Fatih Birol est aussi en faveur du nucléaire, vous ne serez donc pas étonné. Un avenir sans pétrole ni nucléaire n’est pas abordé…

16 mai 2013, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

Créée à la suite du choc pétrolier de 1973 par les pays riches de l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie est surtout destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres afin de soutenir la croissance économique. L’AIE a toujours minimisé le danger d’une pénurie de pétrole afin de ne pas générer un mouvement de panique. Car si on annonçait que le pic pétrolier menaçait notre économie, Wall Streeet s’effondrerait…

14 novembre 2012, Fatih Birol et l’AIE contre la démarche Négawatt

Fatih Birol fait la promotion d’une stratégie de l’offre : « La future autonomie énergétique américaine est due au développement des technologies de pointe qui lui permettent notamment d’exploiter les hydrocarbures non conventionnels comme le pétrole et le gaz de schiste. » Fatih Birol croit que la demande d’énergie va croître de plus d’un tiers d’ici à 2035, nulle mention dans son discours de la nécessaire sobriété énergétique. ..

16 décembre 2007, en panne d’énergie

Dans son rapport World Energy Outlook 2007, l’AIE commence enfin à s’affoler : « Une crise de l’offre, avant 2015, s’accompagnerait d’une envolée des cours pétroliers » et «  Il sera extrêmement difficile d’assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables ». Pourtant ce pessimisme se double d’un optimisme effréné puisque, selon l’AIE, le pétrole ne manquera pas avant vingt-cinq ans !!! L’AIE conclut sur l’urgence d’agir pour sauver la planète des retombées désastreuses du réchauffement climatique. Il faudrait s’engager dans une « transition » visant à « décarboniser «  l’énergie pour émettre moins de gaz à effet de serre tout en admettant qu’il n’existe pas de substitut au pétrole pour le transport…