énergie

Déchets nucléaires : ça commence à cogner à Bure

(Le Monde avec AFP 13 novembre 2018, Un opposant au site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure condamné à trois mois de prison ferme)

Le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc (Meuse) a rendu, mardi 13 novembre, sa décision concernant six militants antinucléaires contre le projet d’enfouissement de déchets du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) à Bure. L’un d’entre eux a été condamné à trois mois de prison ferme. En état d’ébriété et le visage dissimulé, il avait insulté et menacé les gendarmes. Un autre opposant a écopé d’une peine de trois mois de prison avec sursis pour avoir insulté et craché sur un gendarme. Quelques réactions sur lemonde.fr :

Claude Hutin : Enfin. Depuis les faucheurs on attendait que la justice réagisse pour faire respecter la loi. Il y en a assez des violences des fanatiques écologistes.

Pierre @ Hutin : Vous préférez sans doute les fanatiques religieux. Faut dire que quand ils cognent ils n’y vont pas par quatre chemins. Des centaines de morts ! Respect.

marie : La justice a raison de punir sévèrement ces individus qui cherchent n’importe quel prétexte pour mettre le désordre.

Pierre @ marie : Vous voulez parler des délinquants qui mettent les banlieues en coupe réglée depuis 30 ans ?

Laurent Jacques @ marie : Ne feriez-vous pas vous même un peu de tintouin si on entreposait une poubelle nucléaire au fond de votre jardin ? Vu de ma fenêtre, ils méritent une médaille.

MICHEL SOURROUILLE : la désobéissance civique passe par la non-violence, sinon une opposition d’ordre écologique, compréhensible en soi par tous, devient inaudible…

Déchets nucléaires : ça commence à cogner à Bure

(Le Monde avec AFP 13 novembre 2018, Un opposant au site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure condamné à trois mois de prison ferme)

Le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc (Meuse) a rendu, mardi 13 novembre, sa décision concernant six militants antinucléaires contre le projet d’enfouissement de déchets du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) à Bure. L’un d’entre eux a été condamné à trois mois de prison ferme. En état d’ébriété et le visage dissimulé, il avait insulté et menacé les gendarmes. Un autre opposant a écopé d’une peine de trois mois de prison avec sursis pour avoir insulté et craché sur un gendarme. Quelques réactions sur lemonde.fr :

Claude Hutin : Enfin. Depuis les faucheurs on attendait que la justice réagisse pour faire respecter la loi. Il y en a assez des violences des fanatiques écologistes.

Pierre @ Hutin : Vous préférez sans doute les fanatiques religieux. Faut dire que quand ils cognent ils n’y vont pas par quatre chemins. Des centaines de morts ! Respect.

marie : La justice a raison de punir sévèrement ces individus qui cherchent n’importe quel prétexte pour mettre le désordre.

Pierre @ marie : Vous voulez parler des délinquants qui mettent les banlieues en coupe réglée depuis 30 ans ?

Laurent Jacques @ marie : Ne feriez-vous pas vous même un peu de tintouin si on entreposait une poubelle nucléaire au fond de votre jardin ? Vu de ma fenêtre, ils méritent une médaille.

MICHEL SOURROUILLE : la désobéissance civique passe par la non-violence, sinon une opposition d’ordre écologique, compréhensible en soi par tous, devient inaudible…

A qui doit profiter la hausse du prix du carburant ?

D’un côté c’est «Coup de pompe», «Cher carburant», «Le gouvernement assassine le petit peuple», «La voiture c’est essentiel pour aller travailler», «des enfants moins gâtés à l’approche de Noël»… De l’autre on raille ces «ploucs» qui n’ont rien compris et qui feraient mieux de prendre leur vélo  et de se contenter d’offrir pour Noël une orange à leurs rejetons ! Le président Macron emboîte le pas : « Les mêmes qui râlent sur la hausse du carburant, réclament aussi qu’on lutte contre la pollution de l’air parce que leurs enfants souffrent de maladies. »  Comment créer dialogue et empathie, entre ces deux mondes ? Qui a raison ? C’est la question à laquelle sont confrontées nos sociétés, plus schizophrènes que jamais.

La fiscalisation du carbone, le fait de faire payer davantage tous les utilisateurs d’énergie fossile pour économiser une ressource qui deviendra de plus en plus rare tout en nous léguant le réchauffement climatique, ne prête pas à contestation. La transition écologique, le fait de rompre avec notre boulimie d’énergie qui émet des gaz à effet de serre, est une nécessité absolue. Agiter un gilet jaune ne change rien aux réalités biophysiques de la fin du pétrole à bas prix. Encore faut-il le comprendre, et cela ne se fera pas sans douleur. La voiture est tant glorifié par les médias, les publicitaires et les politiques qu’elle est devenue une idole indétrônable. Il faudra bien sûr lutter contre les inégalités, envisager un revenu maximum autorisé et préparer un rationnement par une carte carbone. Il faudra aussi expliquer où va aller l’argent alors que la taxe carbone peut être considéré comme un impôt supplémentaire. Que va faire l’État d’une ressource financière qui deviendra de plus en plus importante, la taxation des carburants préfigurant la taxation du fuel et de tous les autres produits à base de carbone ?

L’État macroniste a commencé à transférer ces sommes aux entreprises pour allègement des charges. Cet objectif strictement économique a déjà été suivi en 2016, il s’agissait de financer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. C’est là un soutien à l’économie croissanciste qui ne peut qu’accroître la demande d’énergie fossile et les émissions de gaz à effet de serre. Des alternatives plus écolos sont présentées ici et là. Utiliser l’argent pour conserver les services publics de proximité dans les territoires isolés. Reconstruire les réseaux ferrés locaux et subventionner le commerce de proximité. En gros relocaliser, relocaliser, relocaliser. Mais tant que les ménages pourront utiliser leur véhicules personnels, cela restera lettre morte. Nous vivons un cercle vicieux où l’automobile à complètement détruit la vie territorialisée pour mettre la mobilité à l’honneur et rendre absolument nécessaire le transport individuel motorisé. Comme disent les décroissants, il nous faut adopter un nouvel imaginaire !

En complémentarité de l’interdiction de la publicité pour les voitures, l’interdiction des grandes surfaces péri-urbaines, en attendant le dévoiturage en marche, la plus neutre des destinations des recettes de la taxe carbone serait le désendettement de l’État. Il y aurait baisse immédiate des impôts de façon globale tout en nous mettant sur la voie d’une baisse du niveau de vie moyen après paiement des taxes carbone ; ce désendettement profitera aussi aux générations futures. On ne peut perpétuellement vivre à crédit, ni au niveau financier, ni au niveau de l’empreinte écologique. Rappelons que depuis longtemps on nous indique politiquement qu’il faudrait diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre, donc bouleverser notre mode de vie. Il est temps de s’en rendre compte un jour ou l’autre. Bientôt il sera trop tard pour en prendre conscience de façon policée…

A qui doit profiter la hausse du prix du carburant ?

D’un côté c’est «Coup de pompe», «Cher carburant», «Le gouvernement assassine le petit peuple», «La voiture c’est essentiel pour aller travailler», «des enfants moins gâtés à l’approche de Noël»… De l’autre on raille ces «ploucs» qui n’ont rien compris et qui feraient mieux de prendre leur vélo  et de se contenter d’offrir pour Noël une orange à leurs rejetons ! Le président Macron emboîte le pas : « Les mêmes qui râlent sur la hausse du carburant, réclament aussi qu’on lutte contre la pollution de l’air parce que leurs enfants souffrent de maladies. »  Comment créer dialogue et empathie, entre ces deux mondes ? Qui a raison ? C’est la question à laquelle sont confrontées nos sociétés, plus schizophrènes que jamais.

La fiscalisation du carbone, le fait de faire payer davantage tous les utilisateurs d’énergie fossile pour économiser une ressource qui deviendra de plus en plus rare tout en nous léguant le réchauffement climatique, ne prête pas à contestation. La transition écologique, le fait de rompre avec notre boulimie d’énergie qui émet des gaz à effet de serre, est une nécessité absolue. Agiter un gilet jaune ne change rien aux réalités biophysiques de la fin du pétrole à bas prix. Encore faut-il le comprendre, et cela ne se fera pas sans douleur. La voiture est tant glorifié par les médias, les publicitaires et les politiques qu’elle est devenue une idole indétrônable. Il faudra bien sûr lutter contre les inégalités, envisager un revenu maximum autorisé et préparer un rationnement par une carte carbone. Il faudra aussi expliquer où va aller l’argent alors que la taxe carbone peut être considéré comme un impôt supplémentaire. Que va faire l’État d’une ressource financière qui deviendra de plus en plus importante, la taxation des carburants préfigurant la taxation du fuel et de tous les autres produits à base de carbone ?

L’État macroniste a commencé à transférer ces sommes aux entreprises pour allègement des charges. Cet objectif strictement économique a déjà été suivi en 2016, il s’agissait de financer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. C’est là un soutien à l’économie croissanciste qui ne peut qu’accroître la demande d’énergie fossile et les émissions de gaz à effet de serre. Des alternatives plus écolos sont présentées ici et là. Utiliser l’argent pour conserver les services publics de proximité dans les territoires isolés. Reconstruire les réseaux ferrés locaux et subventionner le commerce de proximité. En gros relocaliser, relocaliser, relocaliser. Mais tant que les ménages pourront utiliser leur véhicules personnels, cela restera lettre morte. Nous vivons un cercle vicieux où l’automobile à complètement détruit la vie territorialisée pour mettre la mobilité à l’honneur et rendre absolument nécessaire le transport individuel motorisé. Comme disent les décroissants, il nous faut adopter un nouvel imaginaire !

En complémentarité de l’interdiction de la publicité pour les voitures, l’interdiction des grandes surfaces péri-urbaines, en attendant le dévoiturage en marche, la plus neutre des destinations des recettes de la taxe carbone serait le désendettement de l’État. Il y aurait baisse immédiate des impôts de façon globale tout en nous mettant sur la voie d’une baisse du niveau de vie moyen après paiement des taxes carbone ; ce désendettement profitera aussi aux générations futures. On ne peut perpétuellement vivre à crédit, ni au niveau financier, ni au niveau de l’empreinte écologique. Rappelons que depuis longtemps on nous indique politiquement qu’il faudrait diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre, donc bouleverser notre mode de vie. Il est temps de s’en rendre compte un jour ou l’autre. Bientôt il sera trop tard pour en prendre conscience de façon policée…

Manifester le 17 novembre, une hérésie anti-climat

Le blocage national du 17 novembre approche à grand pas. A moins de quelques jours des manifestations « spontanées », les « gilets jaunes » maintiennent plus que jamais leur colère face à l’augmentation du carburant. L’heure est désormais à l’organisation du ras-le-bol fiscal, opérations escargots et autres blocages routiers se tiendront partout en France. Le gouvernement s’affole, opération déminage, cadeau chèque-énergie, défiscalisation de l’aide aux transports, prime à la conversion… 400 à 500 millions d’aide contre 300 millions d’euros rapportés par la taxe carbone cette année! C’est un contre-sens total, anti-écolo : il faudrait limiter le recours aux déplacements motorisés, on les subventionne !

Des marches pour le climat, démarches pour presque rien. Mais quand l’écologie devient punitive, touche le porte-feuille, le « peuple » se soulève en masse. Le routier Eric Drouet, vu à la télé : « Moi qui suis en contact avec tous les groupes, je peux vous dire que ça va bouger de partout, du tunnel du Mont-Blanc au pont de Tancarville. Ça va être du jamais-vu… BFM a prévu de n’être que sur ça tout le week-end ». D’autant plus que la fiscalité écologique est utilisé pour baisser les charges pour les entreprises, pas pour favoriser la transition énergétique. Ne comptons pas sur le ministre de l’écologie F. de Rugy pour expliquer ce qu’il faudrait penser, il est aux abonnements absents. Pourtant c’est simple, il faut nous préparer à un pétrole hors de prix avec l’épuisement des ressources fossiles, un stock non renouvelable. Il est donc nécessaire de voir le prix du carburant et du fuel augmenter tout le temps pour l’économiser, réduire nos besoins, se rapprocher de son lieu de travail, se déplacer autrement, se chauffer à minima, modifier les infrastructures routières et le système de production. Cela ne peut se faire d’un coup de baguette magique. Manifester comme les « gilets jaunes » contre cette inéluctable évolution, c’est faire le malheur des générations futures qui se retrouveront un jour au pied du mur, en détresse à la fois climatique et énergétique. On se refuse encore à envisager la carte carbone, un système de rationnement égalitariste où les riches ne pourront plus se payer des vacances lointaines, où l’utilisation de l’avion deviendra rarissime, où il n’y aura plus de gadgets motorisés du type 4×4, SUV, quads, hydrojet. Alors c’est encore les plus pauvres qui seront les plus touchés par la pénurie énergétique à venir. Comme complément d’analyse, les commentateurs sur le monde.fr à un article* sur les « gilets jaunes » :

Fouilla : Les automobilistes bloquent… les automobilistes. C’est d’une rare imbécillité.

rire jaune : Allez les jaunes, vive le diesel, les cancers et les pesticides. On ne va quand même pas prendre le TER ou le vélo pour aller au supermarché acheter des cadeaux de noël Made in China à nos enfants et des produits alimentaires bourrés de glyphosate. On tient à nos libertés et à nos SUV !

Ha : Si le litre était à 3 €, on prendrait sa voiture au minimum (trajets indispensables) et on réfléchirait avant d’aller à 1km acheter le pain ou accompagner les enfants en voiture là où on marchait ou prenait son vélo au même âge. Et la prolifération des pavillons n’aide pas.

Rockrol : Rappel: une heure de SMIC achète 6 litres d’essence contre 3 en 1974 avec des voitures consommant moitié moins. L’essence est si peu chère qu’on utilise sa voiture polluante beaucoup trop et que le nombre de voitures en circulation a explosé. Ce modèle nous conduit à étouffer collectivement dans des embouteillages quasi-permanents avec une explosion des maladies respiratoires et allergiques. Le ras le bol fiscal ne justifie pas tout !

* LE MONDE du 13 novembre 2018, « Clairement, l’objectif des “gilets jaunes”, c’est de monter sur l’Elysée »

Manifester le 17 novembre, une hérésie anti-climat

Le blocage national du 17 novembre approche à grand pas. A moins de quelques jours des manifestations « spontanées », les « gilets jaunes » maintiennent plus que jamais leur colère face à l’augmentation du carburant. L’heure est désormais à l’organisation du ras-le-bol fiscal, opérations escargots et autres blocages routiers se tiendront partout en France. Le gouvernement s’affole, opération déminage, cadeau chèque-énergie, défiscalisation de l’aide aux transports, prime à la conversion… 400 à 500 millions d’aide contre 300 millions d’euros rapportés par la taxe carbone cette année! C’est un contre-sens total, anti-écolo : il faudrait limiter le recours aux déplacements motorisés, on les subventionne !

Des marches pour le climat, démarches pour presque rien. Mais quand l’écologie devient punitive, touche le porte-feuille, le « peuple » se soulève en masse. Le routier Eric Drouet, vu à la télé : « Moi qui suis en contact avec tous les groupes, je peux vous dire que ça va bouger de partout, du tunnel du Mont-Blanc au pont de Tancarville. Ça va être du jamais-vu… BFM a prévu de n’être que sur ça tout le week-end ». D’autant plus que la fiscalité écologique est utilisé pour baisser les charges pour les entreprises, pas pour favoriser la transition énergétique. Ne comptons pas sur le ministre de l’écologie F. de Rugy pour expliquer ce qu’il faudrait penser, il est aux abonnements absents. Pourtant c’est simple, il faut nous préparer à un pétrole hors de prix avec l’épuisement des ressources fossiles, un stock non renouvelable. Il est donc nécessaire de voir le prix du carburant et du fuel augmenter tout le temps pour l’économiser, réduire nos besoins, se rapprocher de son lieu de travail, se déplacer autrement, se chauffer à minima, modifier les infrastructures routières et le système de production. Cela ne peut se faire d’un coup de baguette magique. Manifester comme les « gilets jaunes » contre cette inéluctable évolution, c’est faire le malheur des générations futures qui se retrouveront un jour au pied du mur, en détresse à la fois climatique et énergétique. On se refuse encore à envisager la carte carbone, un système de rationnement égalitariste où les riches ne pourront plus se payer des vacances lointaines, où l’utilisation de l’avion deviendra rarissime, où il n’y aura plus de gadgets motorisés du type 4×4, SUV, quads, hydrojet. Alors c’est encore les plus pauvres qui seront les plus touchés par la pénurie énergétique à venir. Comme complément d’analyse, les commentateurs sur le monde.fr à un article* sur les « gilets jaunes » :

Fouilla : Les automobilistes bloquent… les automobilistes. C’est d’une rare imbécillité.

rire jaune : Allez les jaunes, vive le diesel, les cancers et les pesticides. On ne va quand même pas prendre le TER ou le vélo pour aller au supermarché acheter des cadeaux de noël Made in China à nos enfants et des produits alimentaires bourrés de glyphosate. On tient à nos libertés et à nos SUV !

Ha : Si le litre était à 3 €, on prendrait sa voiture au minimum (trajets indispensables) et on réfléchirait avant d’aller à 1km acheter le pain ou accompagner les enfants en voiture là où on marchait ou prenait son vélo au même âge. Et la prolifération des pavillons n’aide pas.

Rockrol : Rappel: une heure de SMIC achète 6 litres d’essence contre 3 en 1974 avec des voitures consommant moitié moins. L’essence est si peu chère qu’on utilise sa voiture polluante beaucoup trop et que le nombre de voitures en circulation a explosé. Ce modèle nous conduit à étouffer collectivement dans des embouteillages quasi-permanents avec une explosion des maladies respiratoires et allergiques. Le ras le bol fiscal ne justifie pas tout !

* LE MONDE du 13 novembre 2018, « Clairement, l’objectif des “gilets jaunes”, c’est de monter sur l’Elysée »

Dire la vérité, c’est augmenter le prix du carburant

« Conduire pollue, et cette pollution tue, et tuera pour plusieurs siècles en ce qui concerne le gaz carbonique. La levée de boucliers concernant la hausse du prix du carburant constitue un moment de vérité écologique. Le principe pollueur-payeur justifie que ces dommages soient intégrés au prix des carburants à la pompe. Ce principe a cette vertu qu’il incite les pollueurs à intégrer dans leurs décisions les dommages générés par leur émission de gaz carbonique comme s’ils en étaient eux-mêmes les victimes…  Les doutes d’une partie de la population sur la légitimité du pouvoir à garder le contrôle de ses choix budgétaires est une mauvaise nouvelle pour notre démocratie. Le gouvernement sera-t-il capable de résister au court-termisme de nombre de nos concitoyens, plus attachés à la défense de leur pouvoir d’achat qu’à leurs responsabilités envers les générations futures ? »

Ces paroles éclairées de Christian Gollier*, président de l’Association européenne des économistes de l’environnement (EAERE), montrent que même des économistes peuvent raisonner autrement que business as usual et intempérance pétrolière. Le prix élevé de l’essence va modifier les habitudes de consommation et le choix de la résidence. En termes de lutte contre la pauvreté, l’abandon de nos ambitions climatiques serait catastrophique, puisqu’on sait que ce seront les plus démunis sur cette planète qui seront aussi les plus vulnérables aux aléas climatiques. Voici quelques avis complémentaires sur lemonde.fr :

le sceptique : Christian Gollier dit : « sacrifier un petit peu de notre bien-être actuel pour éviter de faire porter aux générations futures des dommages climatiques sévères »… a) comment sacrifier seulement « un petit peu » en divisant rapidement par 4 les émissions de gaz à effet de serre ? ; b) quel effet sur le climat et les émissions mondiale, quand on a dépassé cette année les 100 millions de barils/jour de pétrole, et qu’il se vend 80 millions de voitures par an, 2 fois plus que dans la décennie 90 ?

JB : Les voitures représentent 15 % environ du C02 émis en France. On entend jamais parler des mesures à prendre ou prises pour les autres 85%.

F.P. : Un plein par semaine, 2000 litres de fuel par an. Le chauffage d’une maison individuelle, de 2 à 4000 litres du même carburant suivant le niveau de chauffage et le degré de vétusté de l’installation. Quand pourrons-nous voir des photos de CHAUDIERES pour illustrer des articles sur la survie de la planète ?

Moa : Le transport représente 33% du CO2 émis en France, le chauffage 22%

Arguments pseudo rationnels : Pendant ce temps, le gouvernement claironne l’objectif de faire croitre jusqu’à 100 millions par an le nombre de touristes venant chaque année en France, et ce ne serait qu’un début. Sachant que le tourisme est parmi les activités les plus polluantes en termes de CO2, comment peut-on intellectuellement, concilier cet objectif avec celui de baisser les émissions de ce gaz ? Des contradictions comme celle là, on peut en trouver des centaines. Pour ce gouvernement, l’écologie n’est qu’un prétexte…

HA : Pas mieux. Le tourisme est une plaie pour le climat et une manne pour l’économie, les armes sont une plaie pour les populations sur qui on les utilise mais rapportent des centaines de milliards. Le « en même temps » a bon dos. Il va falloir choisir un jour. On ne peut pas vendre des EPR et des Airbus et espérer préserver la planète. Construire des véhicules (même moins polluants ) et éviter les maladies respiratoires, consommer des biens importés du bout du monde et limiter le réchauffement..

syfre : L’inertie du climat est d’au moins 40 ans, donc pour 2038 c’est déjà plié depuis longtemps, je dirais que c’est même plié pour au moins jusqu’en 2120. Les profs d’économie devraient prendre des cours de physique.

* LE MONDE du 10 novembre 2018, « Le prix élevé de l’essence modifie les habitudes de consommation et le choix des constructeurs à long terme »

Dire la vérité, c’est augmenter le prix du carburant

« Conduire pollue, et cette pollution tue, et tuera pour plusieurs siècles en ce qui concerne le gaz carbonique. La levée de boucliers concernant la hausse du prix du carburant constitue un moment de vérité écologique. Le principe pollueur-payeur justifie que ces dommages soient intégrés au prix des carburants à la pompe. Ce principe a cette vertu qu’il incite les pollueurs à intégrer dans leurs décisions les dommages générés par leur émission de gaz carbonique comme s’ils en étaient eux-mêmes les victimes…  Les doutes d’une partie de la population sur la légitimité du pouvoir à garder le contrôle de ses choix budgétaires est une mauvaise nouvelle pour notre démocratie. Le gouvernement sera-t-il capable de résister au court-termisme de nombre de nos concitoyens, plus attachés à la défense de leur pouvoir d’achat qu’à leurs responsabilités envers les générations futures ? »

Ces paroles éclairées de Christian Gollier*, président de l’Association européenne des économistes de l’environnement (EAERE), montrent que même des économistes peuvent raisonner autrement que business as usual et intempérance pétrolière. Le prix élevé de l’essence va modifier les habitudes de consommation et le choix de la résidence. En termes de lutte contre la pauvreté, l’abandon de nos ambitions climatiques serait catastrophique, puisqu’on sait que ce seront les plus démunis sur cette planète qui seront aussi les plus vulnérables aux aléas climatiques. Voici quelques avis complémentaires sur lemonde.fr :

le sceptique : Christian Gollier dit : « sacrifier un petit peu de notre bien-être actuel pour éviter de faire porter aux générations futures des dommages climatiques sévères »… a) comment sacrifier seulement « un petit peu » en divisant rapidement par 4 les émissions de gaz à effet de serre ? ; b) quel effet sur le climat et les émissions mondiale, quand on a dépassé cette année les 100 millions de barils/jour de pétrole, et qu’il se vend 80 millions de voitures par an, 2 fois plus que dans la décennie 90 ?

JB : Les voitures représentent 15 % environ du C02 émis en France. On entend jamais parler des mesures à prendre ou prises pour les autres 85%.

F.P. : Un plein par semaine, 2000 litres de fuel par an. Le chauffage d’une maison individuelle, de 2 à 4000 litres du même carburant suivant le niveau de chauffage et le degré de vétusté de l’installation. Quand pourrons-nous voir des photos de CHAUDIERES pour illustrer des articles sur la survie de la planète ?

Moa : Le transport représente 33% du CO2 émis en France, le chauffage 22%

Arguments pseudo rationnels : Pendant ce temps, le gouvernement claironne l’objectif de faire croitre jusqu’à 100 millions par an le nombre de touristes venant chaque année en France, et ce ne serait qu’un début. Sachant que le tourisme est parmi les activités les plus polluantes en termes de CO2, comment peut-on intellectuellement, concilier cet objectif avec celui de baisser les émissions de ce gaz ? Des contradictions comme celle là, on peut en trouver des centaines. Pour ce gouvernement, l’écologie n’est qu’un prétexte…

HA : Pas mieux. Le tourisme est une plaie pour le climat et une manne pour l’économie, les armes sont une plaie pour les populations sur qui on les utilise mais rapportent des centaines de milliards. Le « en même temps » a bon dos. Il va falloir choisir un jour. On ne peut pas vendre des EPR et des Airbus et espérer préserver la planète. Construire des véhicules (même moins polluants ) et éviter les maladies respiratoires, consommer des biens importés du bout du monde et limiter le réchauffement..

syfre : L’inertie du climat est d’au moins 40 ans, donc pour 2038 c’est déjà plié depuis longtemps, je dirais que c’est même plié pour au moins jusqu’en 2120. Les profs d’économie devraient prendre des cours de physique.

* LE MONDE du 10 novembre 2018, « Le prix élevé de l’essence modifie les habitudes de consommation et le choix des constructeurs à long terme »

L’illusion d’une énergie offerte par les algocarburants

Notre article en janvier 2011, bio-fuel et bourrage de crâne : « On nous trompe. Les médias font des effets d’annonce qui laissent encore croire à des lendemains qui chantent. Ainsi LE MONDE* nous promet du biocarburant à base d’algues et à « un faible prix de revient du baril ». Le corps de l’article est beaucoup moins optimiste. La fabrication industrielle de BFS (Bio Fuel Systems) doit démarrer seulement courant février. Et plutôt que de pétrole, les responsables de BFS préfèrent parler de « dépollution » et de « valorisation du CO2 ». Y’a plus que des nuances ! Quatre cinquièmes de page pour une simple start up… »

LE MONDE** aujourd’hui est beaucoup plus critique : « Jean-Philippe Steyer, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), estimait en 2016 que « Les moyens technologiques destinés à produire de “l’algocarburant” sont de manière générale plutôt énergivores ». Le français Lafarge, qui a mené des tests sur l’un de ses sites, en 2011, a jugé que le rapport matière/énergie n’était pas satisfaisant. Certains continuent à y croire : ExxonMobil a annoncé en mars vouloir produire dix mille barils de carburant à base d’huile d’algue à horizon 2025. A titre de comparaison la France consomme 1,6 millions de barils par jour. L’usine expérimentale ouverte par BFS en Espagne, à Alicante, a fermé en 2014. L’entreprise était débitrice du fisc espagnol les salariés n’étaient plus payés depuis un an. Les autres usines planifiées n’ont jamais été mises en service. »

Il n’y a pas de miracle, il n’y a rien qui puisse concurrencer le pétrole, facilement transportable, à valeur énergétique importante, fourni gratuitement par la nature. Un commentateur sur lemonde.fr voit juste : « Encore une fausse bonne idée : utiliser des algues (ou tout autre culture) pour en faire du carburant ça revient à casser le processus (à base de photosynthèse) que la nature utilise pour stocker le CO2 et à remettre le dit CO2 dans l’atmosphère … laissez les algues sédimenter dans les fonds marins, attendez quelques dizaines de millions d’années et vous aurez du combustible fossile … vos algues ne sont que le début de la chaîne du combustible fossile. » La fin du pétrole marquera la fin de notre pouvoir d’achat, la fin de notre niveau de vie, la fin de nos déplacements en voiture individuelle, la fin du tourisme de masse, la fin de nos gaspillages et de nos enfantillages. Malheureusement certains croient encore au miracle, au complot, « les solutions sont occultées par les multinationales », « on nous cache tout », « bientôt le moteur à eau », « vive la voiture à air comprimé »… Pour contester la connerie ambiante, j’ai mis le gilet jaune sur le guidon de mon vélo.

* LE MONDE du 29 janvier 2011, la révolution du « pétrole bleu »

* LE MONDE du 9 novembre 2018, le biopétrole, un miracle qu’on nous aurait caché ?

OUI aux taxes carburants, écologie oblige

Point de vue d’un membre d’EELV : « Je me réjouis que le débat soit lancé sur notre positionnement concernant l’actualité intense liées à l’augmentation de la fiscalité diesel. Le silence de notre formation politique devient difficile à tenir, et je souhaite que nous nous positionnions clairement contre l’appel à manifester le 17 novembre. Ceci pour plusieurs raisons :

  1. L’alignement de la fiscalité Diesel sur celle de l’essence est une mesure que nous avons portée. Ce qui est en train d’être mis en œuvre par le Gouvernement Macron, que cela nous plaise ou non, est dans la continuité du travail mené par nos parlementaires dans le précédent mandat, notamment l’amendement Dantec au Sénat sur la CCE. Cette mesure a un bien-fondé écologique certain. Nous devons en soutenir le principe sans ambiguïté.
  2. La conduite du changement nécessite des messages clairs. Laisser dire tout et n’importe quoi sur la fiscalité écologique pourrait coûter cher à la transition écologique. Nous risquons dans cette séquence une forte régression. Nous devons nous battre pour défendre la fiscalité écologique, dans sa globalité bien entendu, au sens où nous l’entendons. Je suis extrêmement inquiète de la tournure que prend la situation. La question de la taxe diesel est en train de cristalliser un fort mécontentement, sur la base d’arguments relevant de l’amalgame, des fausses informations, de l’irrationnel. Voir cet article des décodeurs : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/05/le-debat-sur-le-prix-des-carburants-pollue-par-des-intox_5379195_4355770.html.

Ce que j’attends d’une communication nationale :

  • Rappeler que le vrai problème est la raréfaction des ressources, la grave situation géopolitique et notre dépendance, l’augmentation du prix du pétrole, qui constitue 60 à 70% de l’augmentation, pas l’alignement du diesel sur l’essence. Que cette augmentation était inévitable, que la situation va aller en s’aggravant. Dans cette situation, faut-il que l’État rentre dans une spirale de compensation des augmentations du prix de la matière première et maintienne envers et contre tout le système du tout voiture en place ? Non : d’une part, ce serait un puits sans fond, d’autre part, ce serait écologiquement irresponsable.
  • Rappeler que les véhicules des particuliers représentent à eux seuls 15% des émissions de GES en France. C’est un réel enjeu de diminuer ces source d’émission au regards des enjeux climatiques. C’est aussi un réel enjeu du point de vue de la santé : 48.000 morts prématurés en France chaque année liés à la pollution de l’air. Le modèle du tout-voiture n’est tout simplement pas vivable.
  • Affirmer notre soutien à l’alignement du diesel sur l’essence : l’avantage donné au diesel était un non-sens écologique et sanitaire. A condition : 1/ que cela s’inscrive dans une approche de fiscalité écologique et socialement équitable (avantages, soutiens, et incitations pour changer de modes de vie. Exemple : indemnités kilométriques vélo, prime à la casse, chèque énergie…) 2/ de proposer des alternatives dès aujourd’hui.
  • Demander au Gouvernement d’aller plus loin dans les mesures de compensation pour les plus modestes qui sont aujourd’hui piégés dans le modèle tout-voiture. Soutenir un chèque énergie avec une composante incitative pour les plus modestes (cela pourrait être géré par les CCAS, en lien avec l’Anah et les Régions… à voir).
  • Demander au Gouvernement un grand plan mobilité à court terme (2019 doit être l’année des solutions immédiates, reposant non sur de nouvelles infrastructures mais sur les organisations collectives : plans de déplacements territoriaux avec rabattage sur des chronobus en milieu rural sur les axes avec suffisamment de fréquentation, synchronisation des horaires voitures-navettes-trains-travail pour favoriser les solutions collectives…) et à moyen terme (cesser projets inutiles type GCO, mettre le paquet sur les infrastructures collectives).

Quand à la demande d’affectation des recettes de la fiscalité écologique à la transition écologique, pour moi, cela mérite débat. C’est certainement une étape dans le processus. Au final, il faudrait que chaque mesure du PLF soit écolo-compatible. »

Fiscalité carbone inepte, carte carbone inéluctable

La taxe carbone a été introduite en 2014, sous forme d’une composante incorporée dans les accises énergétiques (taxes sur les volumes d’énergie consommés), au prorata de leurs contenus respectifs en CO2. Entre 2014 et 2017, le taux de cette taxe a augmenté, mais son impact sur les énergies fossiles a été moindre que celui de la baisse de leurs prix hors taxe résultant de l’affaiblissement des cours mondiaux. Pour les ménages, le renchérissement de la taxe a donc été indolore. Mais en 2017, le cours du brent était voisin de 40 dollars le baril. Pour discuter du projet de loi de finances pour le budget 2019, il cotait à plus de 80 dollars*. La hausse du carburant devient cette fois visible, les consommateurs poussent des hauts cris. Alors le gouvernement opte pour des rustines, pour des mesures financières d’accompagnement, par exemple le chèque énergie, en fait un « bon d’achat » qui facilite l’abaissement des factures pour les seuls usages du chauffage. Ou bien une prime à la casse ou, abomination, l’aide à l’achat d’un véhicule électrique. « Il faut faire une bonne alliance entre la protection de la planète et la protection du porte-monnaie. Quand on fait des économies d’énergie, on pollue moins et on dépense moins », a déclaré M. de Rugy, le ministre de la transition écologique et solidaire**.

Or l’objectif des taxes « vertes » est d’abord de changer le comportement des Français. La fiscalité écologique est la seule composante de la fiscalité du budget de l’État qui ait une justification autre que celle de procurer des recettes. Il s’agit d’inciter les Français par un signal prix à réduire l’utilisation des énergies fossiles et donc les émissions de gaz à effet de serre : rouler moins, utiliser le vélo, améliorer l’isolation de son logement, etc. Toute hausse de 10 % du prix des carburants et combustibles fossiles entraîne une baisse d’environ 5 % de leur consommation***. Faut-il utiliser les recettes de la taxe carbone pour modifier les comportements, lutter contre la précarité énergétique, financer l’achat des hybrides, réduire le déficit public ou baisser d’autres impôts ? Faux dilemme puisqu’on envisage une transition énergétique indolore. Le signal prix amoindri par la distribution de prébendes ne change ni la diminution des ressources fossiles en voie de disparation, ni le réchauffement climatique en voie de dépasser 3°C.

Un gouvernement responsable de notre avenir commun mettrait en place un système directement égalitaire et non relié à la question budgétaire : la carte carbone. Malheureusement les gouvernements ne basculeront vers ce système de rationnement que contraint et forcé, juste après le prochain choc pétrolier ressenti comme tel. La dernière goutte de pétrole ira sans doute à un véhicule militaire… hybride !

* LE MONDE éco du 24 octobre 2018, « Pour la fiscalité carbone, c’est l’heure de vérité »

** LE MONDE du 19 octobre 2018, Fiscalité verte : le gouvernement annonce des coups de pouce pour les plus modestes

*** LE MONDE éco du 24 octobre 2018, « Il ne faut pas blâmer la fiscalité écologique »

Divisons par trois notre consommation d’énergie

Pour ne pas dévier de la trajectoire fixée (neutralité carbone au milieu du siècle), il faudrait « multiplier par quatre le rythme de l’amélioration de l’efficacité énergétique », et « par trois celui de la baisse de consommation d’énergies primaires fossiles » note lInstitut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Or sa dernière étude* montre que dans tous les secteurs clés – énergie, transports, bâtiments, agriculture –, l’Hexagone est en retard sur ses objectifs climatiques. Pire, cet écart se creuse. Début juillet, Nicolas Hulot, tirant le bilan de la première année de son plan climat, avait reconnu que « pour l’instant, le changement n’est pas à l’échelle ». Plus la France s’écarte de son cap et plus il sera difficile de redresser la barre. Pourtant le président du Conseil scientifique de l’Iddri sait mettre les pieds dans le plat, les petits pas mènent au désastre. Mais la réponse est collective et demande d’énormes efforts de sobriété énergétique de chacun de nous. Réactions sur lemonde.fr :

ChP : La France creuse son retard sur ses objectifs climatiques. Pourquoi ? Parce que la France a des objectifs et que les 60 millions de français qui la peuplent n’en ont pas ! Ils veulent une croissance toujours plus élevée, des gros SUV pour épater les voisins, partir loin en vacances et rouler tous les WE. Ils n’isolent pas leur maisons, et les maisons neuves ne sont pas assez performantes. Et maintenant ils mettent la climatisation à fond en été car il fait tellement chaud.

LO CATHERINE : Tant que l’énergie ne coûtera pas plus cher, la rénovation énergétique des logements ne décollera pas. Et tant que la route ne sera pas taxée, le transport par camion continuera à se développer…

le sceptique : De quoi a-t-on besoin pour à la fois repérer le kWh moins carboné, être incité à baisser sa facture de chauffage, faire gaffe au plein d’essence et regarder les alternatives, choisir les produits qui n’augmentent pas trop le CO2, réfléchir à 2 fois avant de se payer un voyage au loin… ? D’un signal prix. Donc d’une taxe carbone, fut-elle basse au départ, mais à hausse prévisible.

Jean Claude Grange : Personne ne fait d’effort : toujours plus de voitures (et de plus en plus grosse : SUV, 4×4), des travaux de rénovation à l’efficacité plus que douteuse, toujours plus de voyages en avion (petit week-end à Barcelone à 30 euros et 2 tonnes de carbone), toujours plus d’emballage, …. Pour une fois, je rejoins @le sceptique : sans prix du carbone, rien ne bougera. On ne peut pas compter sur le civisme des gens.

CB : Sommes nous prêts à changer drastiquement notre modèle de vie, de consommation? La réponse semble être non. Avons-nous des solutions alternatives viables et crédibles à proposer à court-moyen terme (ie 5 à 10 ans max) ? Le pire arrive et nous éliminons les pailles en plastiques…

AN : Les prix croissants du pétrole voire la crise qui viendra tôt ou tard devraient inciter à prendre les devants en encourageant le transport collectif et en facilitant les mobilité qui répondent au vrais besoins (transport en commun, co-voiturage etc).

nico : au final, Macron vaut-il mieux que Trump ? Seul le style change, en fait.

* LE MONDE du 17 octobre 2018, La France creuse son retard sur ses objectifs climatiques

Fessenheim, démantèlement d’un plan de reconversion

Fessenheim nous rappelle de lointains souvenirs. La première manifestation d’envergure contre le nucléaire civil en France, une marche sur Fessenheim, a eu lieu en 1971. Nous étions solidaire des objectifs du CSFR (Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin), à savoir : opposition par tous les moyens légaux à la construction ou au fonctionnement de la centrale nucléaire de Fessenheim ; création d’un courant populaire en faveur de la sauvegarde de la santé publique pour la non implantation de centrales nucléaire dans la plaine du Rhin. Mais le mouvement antinucléaire ne prendra son essor qu’en 1974, après le choix gouvernemental de construction en série des centrales. Aujourd’hui c’est la fin programmé de ce réacteur nucléaire. Emmanuel Macron dans son programme de présidentiable promettait : « Nous réduirons notre dépendance à l’énergie nucléaire, avec l’objectif de 50 % d’énergie nucléaire à l’horizon 2025. Nous prendrons nos décisions stratégiques une fois que l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) aura rendu ses conclusions, attendues pour 2018, sur la prolongation des centrales au-delà de 40 ans. La fermeture de la centrale de Fessenheim sera confirmée. »

En conséquence Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la transition écologique, présentait le 4 octobre un plan de reconversion économique du territoire*. L’enjeu économique ? Reconvertir 850 agents EDF et 300 salariés des sous-traitants travaillant sur le site. Le gouvernement s’engage à débloquer 10 millions d’euros et une prime de 15 000 euros par emploi créé. Pour supprimer des emplois dans la fonction publique, l’État prend moins de précautions. L’épicier de Tchernobyl a fermé boutique du jour au lendemain, celui de Fessenheim mettra la clé sous la porte tôt ou tard. Tous les paysans chassés de leur terre par l’industrialisation de l’agriculture ont été obligés de se reconvertir par leurs propres moyens, tous les métiers rendus obsolètes par la mécanisation ont nourri la longue liste des chômeurs.

Fessenheim, 2000 habitants, 13 millions d’euros de rentrée fiscale grâce à la Centrale. Le maire ne devaitt pas avoir de souci pour boucler son budget. Ce sera plus compliqué après la fermeture. La maire de ce bourg défendait donc « sa » centrale, comme le boucher du coin ou le syndicaliste CGT allié déclaré d’EDF. Les individus ne voient pas plus loin que le pas de leur porte. Ils tiennent le discours de leurs habitudes, ils ont intériorisé les avantages présents de la centrale, pas du tout l’inéluctable fin de leur gagne-pain. Pourtant rien ne garantit que le gouvernement mettra de l’argent public lors des prochaines fermetures de centrales. De toute façon la problématique de l’emploi occulte le principal problème, le coût du démantèlement. Nous nous trouvons devant la responsabilité à long terme d’une entreprise EDF dont les sources de revenus, le nucléaire, est voué à disparaître à moyen terme. Fessenheim dans cinquante ans ? Une friche industrielle dont les déchets radioactifs seront à la charge des générations futures. Que sera la démocratie dans 50 ans ? La gestion et le démantèlement d’une centrale nucléaire exige une société politiquement stable et financièrement solvable sur le long terme, et là aussi nous n’avons aucune garantie.

* LE MONDE du 5 octobre 2018, Fermeture de la centrale de Fessenheim : le gouvernement présente son plan de reconversion

Fessenheim, démantèlement d’un plan de reconversion

Fessenheim nous rappelle de lointains souvenirs. La première manifestation d’envergure contre le nucléaire civil en France, une marche sur Fessenheim, a eu lieu en 1971. Nous étions solidaire des objectifs du CSFR (Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin), à savoir : opposition par tous les moyens légaux à la construction ou au fonctionnement de la centrale nucléaire de Fessenheim ; création d’un courant populaire en faveur de la sauvegarde de la santé publique pour la non implantation de centrales nucléaire dans la plaine du Rhin. Mais le mouvement antinucléaire ne prendra son essor qu’en 1974, après le choix gouvernemental de construction en série des centrales. Aujourd’hui c’est la fin programmé de ce réacteur nucléaire. Emmanuel Macron dans son programme de présidentiable promettait : « Nous réduirons notre dépendance à l’énergie nucléaire, avec l’objectif de 50 % d’énergie nucléaire à l’horizon 2025. Nous prendrons nos décisions stratégiques une fois que l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) aura rendu ses conclusions, attendues pour 2018, sur la prolongation des centrales au-delà de 40 ans. La fermeture de la centrale de Fessenheim sera confirmée. »

En conséquence Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la transition écologique, présentait le 4 octobre un plan de reconversion économique du territoire*. L’enjeu économique ? Reconvertir 850 agents EDF et 300 salariés des sous-traitants travaillant sur le site. Le gouvernement s’engage à débloquer 10 millions d’euros et une prime de 15 000 euros par emploi créé. Pour supprimer des emplois dans la fonction publique, l’État prend moins de précautions. L’épicier de Tchernobyl a fermé boutique du jour au lendemain, celui de Fessenheim mettra la clé sous la porte tôt ou tard. Tous les paysans chassés de leur terre par l’industrialisation de l’agriculture ont été obligés de se reconvertir par leurs propres moyens, tous les métiers rendus obsolètes par la mécanisation ont nourri la longue liste des chômeurs.

Fessenheim, 2000 habitants, 13 millions d’euros de rentrée fiscale grâce à la Centrale. Le maire ne devaitt pas avoir de souci pour boucler son budget. Ce sera plus compliqué après la fermeture. La maire de ce bourg défendait donc « sa » centrale, comme le boucher du coin ou le syndicaliste CGT allié déclaré d’EDF. Les individus ne voient pas plus loin que le pas de leur porte. Ils tiennent le discours de leurs habitudes, ils ont intériorisé les avantages présents de la centrale, pas du tout l’inéluctable fin de leur gagne-pain. Pourtant rien ne garantit que le gouvernement mettra de l’argent public lors des prochaines fermetures de centrales. De toute façon la problématique de l’emploi occulte le principal problème, le coût du démantèlement. Nous nous trouvons devant la responsabilité à long terme d’une entreprise EDF dont les sources de revenus, le nucléaire, est voué à disparaître à moyen terme. Fessenheim dans cinquante ans ? Une friche industrielle dont les déchets radioactifs seront à la charge des générations futures. Que sera la démocratie dans 50 ans ? La gestion et le démantèlement d’une centrale nucléaire exige une société politiquement stable et financièrement solvable sur le long terme, et là aussi nous n’avons aucune garantie.

* LE MONDE du 5 octobre 2018, Fermeture de la centrale de Fessenheim : le gouvernement présente son plan de reconversion

taxe carbone, un vrai serpent de mer

« Nous sommes la dernière génération qui puisse faire quelque chose contre le réchauffement climatique. »* Ce n’est pas un scientifique ni un politique qui lance cet avertissement, mais Kristalina Georgieva, la directrice de la Banque mondiale. Comment ? « Nous pensons très fermement que nous pouvons envoyer un signal économique en lançant un prix fictif sur le carbone. ». Ah Ah ! c’est ce que proposent les analystes éclairés depuis des lustres. En 2006,  Jean-Marc Jancovici dans « Le plein s’il vous plaît » envisageait ainsi la taxe carbone : « Le changement de mode de vie porte déjà un nom : un prix de l’énergie toujours croissant. C’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! Votez pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles ! » En 2006 Nicolas Hulot reprend l’idée dans le pacte écologique : « taxe carbone, passage obligé vers une société sobre ». En 2009, nous proposions sur ce blog la généralisation de la taxe carbone.

Mais il y a une fuite éperdue des politiques devant cette taxe carbone. Sarkozy en avait un peu parlé en 2008, pour abandonner l’idée. Pour Marine Le Pen, la position est explicitement opposée depuis 2012 : « Pas de taxe carbone, rien. Je pense que la seule façon de baisser les émissions de gaz à effet de serre, c’est de revenir à un modèle nationaliste, d’arrêter la course au libre-échange. » Contrairement à l’idée d’une augmentation du prix du carbone, Hollande voulait diminuer le prix de l’essence au début de son mandat ! En 2014 Ségolène Royal, soi-disant ministre de l’écologie, supprime l’écotaxe pour les poids lourds. La COP21 de 2015 laissait libre cours à la bonne volonté de chaque État pour parvenir à l’objectif symbolique de limiter l’augmentation des températures à 2°C, autant dire autorisait à ne rien faire. Soulignons que la tarification du carbone, nécessaire pour induire des changements de comportement, devrait selon nos dirigeants se faire d’une manière favorable à la croissance économique et au développement. Autant dire être indolore. Quand il était ministre, Nicolas Hulot ménageait la chèvre et le choux : »Une fiscalité basée sur une taxe carbone uniforme et le renchérissement du prix du diesel risquait de pénaliser les foyers les plus modestes. C’est pourquoi le gouvernement a prévu des « dispositifs d’accompagnement ciblés pour éviter que la fiscalité ne pèse sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes ». » Donc dans un monde croissanciste, nous irons jusqu’à brûler la dernière goutte de pétrole, laissant à nos descendants la responsabilité de s’adapter à la montée des eaux océanes, aux sécheresses à répétitions, à la perte de rendements agricoles, aux déplacements forcés des migrants climatiques chassés de leurs terres et à toutes sortes de malheurs concomitants. Bravo les politiciens !

Alors comme nous n’aurons pas su mettre en place une carte carbone efficace suffisamment à temps, nous passerons de façon brutale à la carte carbone, c’est-à-dire un système de rationnement. En 2009, Yves Cochet dans « Antimanuel d’écologie » envisageait déjà cette hypothèse : « Si nous voulons conserver les valeurs cardinales de l’Europe que sont la paix, la démocratie et la solidarité, la transition vers la société de sobriété passe par la planification concertée et aux quotas, notamment en matières énergétique et alimentaire. »

* LE MONDE du 21 septembre 2018, Selon la Banque mondiale, la lutte pour le climat passe par un prix sur le carbone

Le baril de pétrole à 80 dollars, ridiculement bas !

Pour la première fois, la barre historique des 100 millions de barils produits par jour a été franchie au mois d’août, soit 15 900 000 000 litres, soit environ deux litre par jour et par habitant au niveau mondial ! C’est vertigineux, démentiel, non durable. La prise de conscience planétaire pour le climat, le fait de devoir laisser les ressources fossiles sous terre pour éviter la catastrophe est encore loin. Pour rester en dessous de la barre symbolique de 2°C d’augmentation de la température mondiale, il faudrait en effet s’abstenir d’extraire un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon disponibles dans le sous-sol mondial. Or les pays membres de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole, ont pourtant augmenté leur production ces derniers mois.

Il est vrai que la demande mondiale est soutenue par un prix du pétrole qui reste à un niveau ridiculement bas : le baril de brent reste en dessous des 80 dollars, soit un demi dollar par litre. C’est moins cher que le Coca Cola qui n’est que de l’eau gazéifiée avec un colorant alors que le pétrole a demandé des millions d’années pour se fabriquer. Comme d’habitude LE MONDE*, journal dit de référence, s’intéresse aux variations conjoncturelles du prix du pétrole et pas du tout aux fondamentaux, la disparation inéluctable d’une ressource très précieuse et le réchauffement climatique dû à sa combustion. L’AIE, cette officine au service de la croissance économique mondiale, s’inquiète : « Nous entrons dans une période cruciale…Si les exportations iraniennes et vénézuéliennes continuent de tomber, les marchés vont se tendre et les prix augmenter. » Le secrétaire d’État américain à l’énergie, son homologue russe et le ministre saoudien du pétrole aux Etats-Unis plaident tous pour une baisse des prix de l’or noir de peur que des cours élevés ne pèsent sur la demande ! Face à la folie furieuse de nos dirigeants aux service de la boulimie d’essence des consommateurs, il faut rappeler les données de base d’un raisonnement fiable, la connaissance de ce qui constitue le pic pétrolier et un choc pétrolier. L’un porte sur les quantités et l’autre sur le prix, mais les deux phénomènes sont bien sûr reliés.

Nous avons déjà dépassé le pic pétrolier, le moment où nous avons atteint le maximum de production possible avant le déclin, comme l’avait déjà signalé l’AIE : « La production de pétrole conventionnel a atteint son pic historique en 2006, elle ne le redépassera jamais. » Et Donald Trump ne peut rien contre les réalités géologiques. Nous sommes donc dans une période de descente énergétique, mais les efforts technologiques démesurés de prospection et les pétroles non conventionnels nous cachent cette réalité. Les majors ont de plus en plus de mal à trouver et produire autant de pétrole qu’elles le voudraient. Exxon, BP et les autres doivent s’aventurer toujours plus loin, tenter des projets toujours plus complexes, par exemple dans l’offshore ultra-profond ou la liquéfaction de gaz. Les coûts de production des grands pétroliers montent en flèche. La facture en Alberta pour les sables bitumineux se mesure aussi en dégâts environnementaux.

Le pic pétrolier entraînera inéluctablement une hausse du prix du baril quand les perspectives de court terme envisagés par les mécanismes de marché des hydrocarbures cesseront de nous leurrer. La répercussion sur l’activité économique sera non-linéaire, c’est le choc pétrolier. Cela signifie qu’au-delà de 200 dollars le baril, beaucoup de secteurs pourraient être incapables de faire face. On peut penser aux transports : le fret routier, les compagnies aériennes et toute l’industrie automobile souffriront très gravement d’un prix aussi élevé. Et puis il y aurait un effet domino sur l’ensemble des secteurs de l’économie. Jean Albert Grégoire nous avertissait dès 1979 : « Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. » Pour Jean-Marc Jancovici, les carottes sont cuites.

* LE MONDE du 18 septembre 2018, Pétrole : la production mondiale atteint des records, les prix en hausse

Idées-forces de Science and Survival (Barry Commoner)

Parmi les penseurs qui jalonnent le passage de la science écologique à l’écologie politique, il faut retenir les noms de Fairfield Osborn (1948), Rachel Carson (1962) et Barry Commoner (1966). ce dernier obtint une maîtrise et un doctorat en biologie. Mais il fut marqué par la multiplication des essais d’armes atomiques dans l’atmosphère. Dès 1958, Barry lança le comité de Saint-Louis pour l’information nucléaire. Il est à l’origine du traité de Moscou qui, en 1967, interdit les essais d’armes nucléaires dans l’atmosphère et sous l’eau. Il s’attacha en effet à prouver la nocivité des retombées radioactives en s’intéressant au strontium 90, qui se fixe dans les squelettes en croissance des enfants. En moins d’un an, son comité a récolté plus de 200 000 dents de lait qui confirmèrent les soupçons. Voici quelques idées-clés de son livre de 1966, Science and Survival.

Depuis la seconde guerre mondiale, la science et la technologie sont devenues hors contrôle. Leurs développements, non seulement militaires mais aussi industriels, menacent la survie même de l’espèce humaine. Il incombe aux scientifiques d’alerter l’opinion publique sur les dangers encourus, mais les décisions incombent aux instances politiques. La panne générale d’électricité qui plongea dans l’obscurité le nord-est des États-Unis en novembre 1965 montre par exemple la possibilité de défaillances en chaîne des dispositifs sophistiqués. Il existe aussi une disparité entre les sciences physico-chimiques et l’infinie complexité de la biosphère ; l’ascendant de l’idéologie arrogante véhiculée par la biologie moléculaire marque en particulier cette disparité. Les conséquences pour notre quotidien s’aggravent au fur et à mesure que nos sociétés deviennent tributaires des sciences et des techniques, donc au fur et à mesure qu’elles s’industrialisent. Barry Commoner en donne comme premier exemple (en 1966!) l’accroissement du taux de l’air en CO2, dû principalement à la combustion d’énergies fossiles : « La température terrestre ne va pas manquer de s’élever à mesure qu’augmente le taux de gaz carbonique dans l’air. La combustion des carburants engendrera peut-être des inondations susceptibles d’immerger la surface terrestre pendant des siècles. » Par ce livre de 1966, Barry est l’un des premiers à avoir alerté l’opinion publique sur la pertinence des mesures d’accroissement du CO2, entamées par C.D.Keeling à Hawaï dès 1958.

Sa pensée reste catastrophiste comme l’illustre ce passage du dernier chapitre de Science and Survival (Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants) : « Les effets cumulatifs des polluants (y compris le CO2), leurs interactions, et l’amplification de ces dernières, peuvent être fatals à l’édifice complexe qu’est la biosphère. Et parce que l’homme dépend lui aussi de ce système, je crois que si cette pollution continue sans contrôle, elle finira sans doute par détruire l’aptitude de notre planète à favoriser la vie. »

source : Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique) aux éditions georg 2017

Idées-forces de Science and Survival (Barry Commoner)

Parmi les penseurs qui jalonnent le passage de la science écologique à l’écologie politique, il faut retenir les noms de Fairfield Osborn (1948), Rachel Carson (1962) et Barry Commoner (1966). ce dernier obtint une maîtrise et un doctorat en biologie. Mais il fut marqué par la multiplication des essais d’armes atomiques dans l’atmosphère. Dès 1958, Barry lança le comité de Saint-Louis pour l’information nucléaire. Il est à l’origine du traité de Moscou qui, en 1967, interdit les essais d’armes nucléaires dans l’atmosphère et sous l’eau. Il s’attacha en effet à prouver la nocivité des retombées radioactives en s’intéressant au strontium 90, qui se fixe dans les squelettes en croissance des enfants. En moins d’un an, son comité a récolté plus de 200 000 dents de lait qui confirmèrent les soupçons. Voici quelques idées-clés de son livre de 1966, Science and Survival.

Depuis la seconde guerre mondiale, la science et la technologie sont devenues hors contrôle. Leurs développements, non seulement militaires mais aussi industriels, menacent la survie même de l’espèce humaine. Il incombe aux scientifiques d’alerter l’opinion publique sur les dangers encourus, mais les décisions incombent aux instances politiques. La panne générale d’électricité qui plongea dans l’obscurité le nord-est des États-Unis en novembre 1965 montre par exemple la possibilité de défaillances en chaîne des dispositifs sophistiqués. Il existe aussi une disparité entre les sciences physico-chimiques et l’infinie complexité de la biosphère ; l’ascendant de l’idéologie arrogante véhiculée par la biologie moléculaire marque en particulier cette disparité. Les conséquences pour notre quotidien s’aggravent au fur et à mesure que nos sociétés deviennent tributaires des sciences et des techniques, donc au fur et à mesure qu’elles s’industrialisent. Barry Commoner en donne comme premier exemple (en 1966!) l’accroissement du taux de l’air en CO2, dû principalement à la combustion d’énergies fossiles : « La température terrestre ne va pas manquer de s’élever à mesure qu’augmente le taux de gaz carbonique dans l’air. La combustion des carburants engendrera peut-être des inondations susceptibles d’immerger la surface terrestre pendant des siècles. » Par ce livre de 1966, Barry est l’un des premiers à avoir alerté l’opinion publique sur la pertinence des mesures d’accroissement du CO2, entamées par C.D.Keeling à Hawaï dès 1958.

Sa pensée reste catastrophiste comme l’illustre ce passage du dernier chapitre de Science and Survival (Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants) : « Les effets cumulatifs des polluants (y compris le CO2), leurs interactions, et l’amplification de ces dernières, peuvent être fatals à l’édifice complexe qu’est la biosphère. Et parce que l’homme dépend lui aussi de ce système, je crois que si cette pollution continue sans contrôle, elle finira sans doute par détruire l’aptitude de notre planète à favoriser la vie. »

source : Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique) aux éditions georg 2017

Ivan Illich en 1973, l’énergie contre la performance

Dans la circulation, l’énergie se transforme en vitesse. L’utilisation de hauts quanta d’énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour le milieu physique. Un tel emploi de l’énergie viole la société et détruit la nature. Le transport est un mode de circulation fondé sur l’utilisation intensive du capital, et le transit sur un recours au travail du corps. Le transit n’est pas un produit industriel, c’est l’opération autonome de ceux qui se déplacent à pied. Il a par définition une utilité, mais pas de valeur d’échange, car la mobilité personnelle est sans valeur marchande. Dès que le rapport entre force mécanique et énergie métabolique dépasse un seuil déterminable, le règne de la technocratie s’instaure. Toute société qui impose sa règle aux modes de déplacement opprime en fait le transit au profit du transport.

En semant dans le tiers monde la nouvelle thèse de l’industrialisation économie en énergie, on apporte plus de maux aux pauvres qu’on ne leur en enlève, et on leur cède les produits coûteux d’usines déjà démodées. Quand les pauvres acceptent de moderniser leur pauvreté en devenant dépendant de l’énergie fossile, ils renoncent définitivement à la possibilité d’une technique libératrice. Au Brésil, l’ambulance fait reculer le cabinet du médecin au-delà de la courte distance sur laquelle on peut porter un enfant malade. Dès que les poids lourds atteignent un village reculé des Andes, une partie du marché local disparaît. L’expert en développement qui, dans sa Land Rover, s’apitoie sur le paysan qui conduit ses cochons au marché refuse de reconnaître les avantages relatifs de la marche. Choisir un type d’économie consommant un minimum d’énergie demande aux pauvres de renoncer à leurs lointaines espérances et aux riches de reconnaître que la somme de leurs intérêts économiques n’est qu’une longue chaîne d’obligations. Une contre-recherche devrait déterminer le seuil au-delà duquel l’énergie corrompt. Au XIXe siècle en Occident, dès qu’un moyen de transport public a pu franchir plus de 25 kilomètres à l’heure, il a fait augmenter les prix, le manque d’espace et de temps. Durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue par un passager a presque été multipliée par cent. Un véhicule surpuissant engendre lui-même la distance qui aliène. Les transformateurs mécaniques de carburants minéraux interdisent aux hommes d’utiliser leur énergie métabolique et les transforment en consommateurs esclaves des moyens de transport. Dis-moi à quelle vitesse tu te déplaces, je te dirai qui tu es. La vitesse de leur voiture rend les gens prisonniers de la rotation quotidienne entre leur logement et leur travail. Une élite franchit des distances illimitées, tandis que la majorité perd son temps en trajets imposés. Le rêve hasardeux de passer quelques heures attaché sur un siège propulsé à grande vitesse rend l’ouvrier complice de la déformation imposée à l’espace humain et le conduit à se résigner à l’aménagement du pays non pour les hommes mais pour les voitures. Chacun augmente son rayon quotidien en perdant la capacité d’aller son propre chemin. Seule une basse consommation d’énergie permet une grande variété de modes de vie.

Entre des hommes libres, des rapports sociaux efficaces vont à l’allure d’une bicyclette, et pas plus vite. L’homme forme une machine thermodynamique plus rentable que n’importe quel véhicule à moteur. Pour transporter chaque gramme de son corps sur un kilomètre en dix minutes, il dépense 0,75 calories. Grâce au roulement à billes, l’homme à bicyclette va de trois à quatre fois plus vite qu’à pied tout en dépensant cinq fois moins d’énergie. Le vélo est le seul véhicule qui conduise l’homme à n’importe quelle heure et par l’intermédiaire de son choix. Le cycliste peut atteindre n’importe quel endroit sans que son vélo désorganise un espace qui pourrait mieux servir à la vie. Un cycliste est maître de sa propre mobilité sans empiéter sur celle des autres. Cet outil ne crée que des besoins qu’il peut satisfaire au lieu que chaque accroissement de l’accélération produit par des véhicules à moteur crée de nouvelles exigences de temps et d’espace. Au Vietnam, une armée sur-industrialisée n’a pu défaire un petit peuple qui se déplaçait à la vitesse de ses bicyclettes. Il reste à savoir si les Vietnamiens utiliseront dans une économie de paix ce que leur appris la guerre. Il est à craindre qu’au nom du développement et de la consommation croissante d’énergie, les Vietnamiens ne s’infligent à eux-mêmes une défaite en brisant de leurs mains ce système équitable, rationnel et autonome, imposé par les bombardiers américains à mesure qu’il les privaient d’essence, de moteurs et de routes.

Résumé de « Énergie et équité » d’Ivan Illich (texte initialement publiée en mai 1973 par LE MONDE, mai 2018 pour la présente version, Arthaud poche pour 5,90 euros)

Un futur avec encore plus de déchets nucléaires ?

Chaque année, un Français produit, en volume de déchets radioactifs, l’équivalent d’une demi-brique de lait. Sur cette quantité, une cuillerée à café est composée de produits de haute activité ou à vie longue. Mais les images ont peu à voir avec la préparation d’un café au lait. Fin 2016, la France était à la tête d’un stock de 1,54 million de mètres cubes de déchets radioactifs, soit 85 000 m3 de plus que fin 2015. Ils proviennent en majorité (près de 60 %) du parc nucléaire, mais aussi des activités de recherche (27 %) et de la défense nationale (9 %), le reste étant issu d’autres industries (comme l’électronique utilisatrice de terres rares), ainsi que du secteur médical. Au terme du fonctionnement et du démantèlement du parc actuel, le volume des déchets radioactifs aura été multiplié par trois ou par quatre. (LE MONDE économie du 13 juillet 2018, La France a déjà un stock de 1,5 million de mètres cubes de déchets radioactif)

Notre volonté de confier notre destin à la fée électricité sans penser en termes d’économie circulaire (zéro déchets du berceau à la tombe) est le signe évident de l’impuissance française à nous mener sur les voies d’un futur acceptable…