épuisement des ressources

le parti de l’insécurité

François Fillon s’assimile au Front national :« L’insécurité est un combat permanent. C’est un combat sur lequel personne ne peut faire de triomphalisme, parce que la violence se réinvente en permanence ». C’est déjà grâce à ce sentiment d’insécurité propagé par les médias en transe que le deuxième tour des présidentielles en 2002 avait opposé la droite et l’extrême droite. Cette obsession sécuritaire a pour fonction d’entretenir une illusion de sécurité qui serait protégé par des lois de plus en plus répressives. Depuis que Sarko a été ministre de l’intérieur, nous en savons quelques chose en France. Or ce culte politique voué à l’insécurité criminelle nous prépare à supporter des régimes de plus en plus dictatoriaux qui profiteront des krachs écologiques à venir (pic pétrolier, réchauffement  climatique, etc.) pour imposer la reconduction des élites.

Après le régime de dictature économique qui a été le nôtre depuis cinquante ans et qui a mené l’humanité où elle en est aujourd’hui, risque donc de venir le temps de celui d’un totalitarisme. Une décroissance brutale engendrée par un effondrement de l’économie mondiale entraînera une explosion de violences collectives et de conflits politiques majeurs. L’effondrement des macrosystèmes technologiques qui alimentent en particulier les populations urbaines en eau et en énergie ne pourra avoir que des conséquences catastrophiques. La compétition sur des ressources naturelles comme l’eau, le bois et l’alimentation deviendra féroce, tandis que le peuple frustré réclamera son dû. De cette situation pourrait naître une écocratie nationaliste dont le sarkozysme n’aura été que l’avant-garde et Fillon le serviteur zélé.

Rédigé avec l’aide du livre de Simon Charbonneau, Résister pour sortir du développement

le parti de l’insécurité

François Fillon s’assimile au Front national :« L’insécurité est un combat permanent. C’est un combat sur lequel personne ne peut faire de triomphalisme, parce que la violence se réinvente en permanence ». C’est déjà grâce à ce sentiment d’insécurité propagé par les médias en transe que le deuxième tour des présidentielles en 2002 avait opposé la droite et l’extrême droite. Cette obsession sécuritaire a pour fonction d’entretenir une illusion de sécurité qui serait protégé par des lois de plus en plus répressives. Depuis que Sarko a été ministre de l’intérieur, nous en savons quelques chose en France. Or ce culte politique voué à l’insécurité criminelle nous prépare à supporter des régimes de plus en plus dictatoriaux qui profiteront des krachs écologiques à venir (pic pétrolier, réchauffement  climatique, etc.) pour imposer la reconduction des élites.

Après le régime de dictature économique qui a été le nôtre depuis cinquante ans et qui a mené l’humanité où elle en est aujourd’hui, risque donc de venir le temps de celui d’un totalitarisme. Une décroissance brutale engendrée par un effondrement de l’économie mondiale entraînera une explosion de violences collectives et de conflits politiques majeurs. L’effondrement des macrosystèmes technologiques qui alimentent en particulier les populations urbaines en eau et en énergie ne pourra avoir que des conséquences catastrophiques. La compétition sur des ressources naturelles comme l’eau, le bois et l’alimentation deviendra féroce, tandis que le peuple frustré réclamera son dû. De cette situation pourrait naître une écocratie nationaliste dont le sarkozysme n’aura été que l’avant-garde et Fillon le serviteur zélé.

Rédigé avec l’aide du livre de Simon Charbonneau, Résister pour sortir du développement

la biomasse ne peut remplacer le pétrole

La biomasse devient une source d’énergie renouvelable importante pour les humains, il faut bien trouver un substitut aux énergies fossiles. LeMonde du 14-15 mars consacre donc sa page Planète aux appels d’offre pour soutenir l’émergence de grands projets qui vont brûler toujours plus de biomasse. La définition retenue par notre quotidien de référence est très restrictive, anthropocentrée : « La biomasse constitue la partie biodégradable des produits, déchets et résidus provenant de l’agriculture, de l’exploitation des forêts et des déchets industriels et ménagers. » Cette source d’énergie paraît indéfiniment renouvelable, à la manière d’une batterie qui se décharge et que le soleil recharge. Encore faudrait-il intégrer ses spécificités, par exemple la lenteur de la croissance végétale, et arbitrer avec les autres utilisations possibles des sols (aliments, fibres, bois d’œuvre, biodiversité…). Mais les humains préfèrent ne s’intéresser qu’aux humains ; cela entraîne un déséquilibre de la biomasse.

Si on ouvre un dictionnaire encyclopédique de l’écologie comme celui de François Ramade, la biomasse n’est pas anthropocentrée : « Terme désignant la masse totale de matière vivante présente à un niveau trophique donné dans un écosystème. On distingue la biomasse des autotrophes (producteurs primaires, les plantes vertes) et celle des consommateurs (les animaux). » L’espèce humaine est donc une simple partie de la biomasse, et un simple consommateur qui dépend entièrement des autotrophes. L’ensemble de la biomasse forme une chaîne alimentaire, chaque espèce dépend de la précédente, mais également de la suivante. A chaque passage d’un maillon de la chaîne trophique à un autre, il s’opère un transfert d’énergie. Quel que soit l’écosystème considéré, l’énergie transmise d’un niveau au suivant diminue considérablement. Cela explique la baisse d’individus dans les niveaux trophiques supérieurs : le nombre de sardines et plus important que celui des thons qui est lui-même plus important que celui des requins. Mathématiquement, pour que ça fonctionne, il faut donc beaucoup plus de non-humains que d’humains. Or non seulement les humains utilisent la biomasse pour leurs besoins alimentaires, mais aussi pour tous leurs autres besoins, chauffage, déplacement, etc. ; la surexploitation de la biomasse entraîne donc un déséquilibre structurel. La combustion de la biomasse devrait être l’exception, pas la règle.

Jacques au Moyen Age

Nous ne sommes plus au Moyen Age. Pourtant Jacques Le Goff, spécialiste de cette époque lointain, y  croit encore. Il compare la peur de la fin du monde des millénaristes aux inquiétudes de la science aujourd’hui : « L’écologie, la peur du réchauffement climatique engendre des propos producteurs de transes et de  cauchemars. » (LeMonde du 14-15 mars). D’abord, il suffit d’écouter les psalmodies des élections régionales, on n’y trouve aucun cauchemar puisque la croissance sera verte et le développement durable, même pour les candidats écolos. Ensuite le citoyen moyen ne s’imagine pas du tout que son monde va s’écrouler, il a tellement besoin de sa bagnole et de son confort. Enfin les climato-sceptiques l’emportent largement dans l’imaginaire de nos contemporains : dormez, braves gens, l’apocalypse c’est irrationnel, vaut mieux s’occuper du concret, de la faim, des maladies, du niveau de vie.

Les écologistes ne disent pas qu’il faut revenir au Moyen Age ou à l’âge de pierre, ils ne disent pas qu’il faut ignorer les inégalités et difficultés sociales, ils nous disent simplement avec Jacques Chirac : « La planète brûle et nous regardons ailleurs »… Cette diatribe irraisonnée de Jacques Le Goff  est donc pitoyable, presque pathétique. Mais de la part d’un homme de 86 ans qui en est resté au Moyen Age, c’est excusable. Ce qui l’est moins, c’est que Le Monde lui fasse de la place dans ses colonnes alors qu’il y a tant à dire sur les crises écologiques qui minent la biosphère, alors que l’espace éditorial est si petit, alors que les médias sont si influents.

Jacques au Moyen Age

Nous ne sommes plus au Moyen Age. Pourtant Jacques Le Goff, spécialiste de cette époque lointain, y  croit encore. Il compare la peur de la fin du monde des millénaristes aux inquiétudes de la science aujourd’hui : « L’écologie, la peur du réchauffement climatique engendre des propos producteurs de transes et de  cauchemars. » (LeMonde du 14-15 mars). D’abord, il suffit d’écouter les psalmodies des élections régionales, on n’y trouve aucun cauchemar puisque la croissance sera verte et le développement durable, même pour les candidats écolos. Ensuite le citoyen moyen ne s’imagine pas du tout que son monde va s’écrouler, il a tellement besoin de sa bagnole et de son confort. Enfin les climato-sceptiques l’emportent largement dans l’imaginaire de nos contemporains : dormez, braves gens, l’apocalypse c’est irrationnel, vaut mieux s’occuper du concret, de la faim, des maladies, du niveau de vie.

Les écologistes ne disent pas qu’il faut revenir au Moyen Age ou à l’âge de pierre, ils ne disent pas qu’il faut ignorer les inégalités et difficultés sociales, ils nous disent simplement avec Jacques Chirac : « La planète brûle et nous regardons ailleurs »… Cette diatribe irraisonnée de Jacques Le Goff  est donc pitoyable, presque pathétique. Mais de la part d’un homme de 86 ans qui en est resté au Moyen Age, c’est excusable. Ce qui l’est moins, c’est que Le Monde lui fasse de la place dans ses colonnes alors qu’il y a tant à dire sur les crises écologiques qui minent la biosphère, alors que l’espace éditorial est si petit, alors que les médias sont si influents.

la principale guerre du XXIe siècle

La guerre des terres ! L’avenir n’est ni dans l’industrie, ni dans les services ; il se déploiera dans l’agriculture et l’artisanat. La logique thermo-industrielle qui faisait décroître le secteur primaire pour faire croître le secteur industriel avec comme finalité de se terminer par un tertiaire obèse est en train de s’inverser. Nous voyons les prémices de ce changement en Inde, dans la guerre des terres qui se radicalise entre paysans et industriels (LeMonde du 11 mars). Nous savons que l’expropriation des paysans s’est faite historiquement en toute malhonnêteté, au nom de l’« intérêt général », c’est-à-dire pour le plus grand profit des investisseurs étrangers à la terre. Nous savons qu’un désengagement de l’Etat dans l’expropriation laisserait libre cours aux hommes de main des grandes industries et aux mirages d’un emploi dans ce qui a détruit l’emploi. Mais nous savons aussi qu’avec l’effondrement du système thermo-industriel, seuls ceux qui seront au plus près des ressources alimentaires pourront s’assurer un avenir durable (s’ils ne sont pas victimes de pillards). Manger est une nécessité, pas rouler dans une Tata Nano. C’est pourquoi Rajapogal, leader du mouvement des sans-terre, prône l’application des idées du Mahatma Gandhi. Ce philosophe et activiste (1869-1946) est en effet l’un des rares penseurs à avoir imaginé une société  durable :

1) « Je dois reconnaître qu’entre l’économie et l’éthique je ne trace aucune frontière précise : le régime économique qui va à l’encontre du progrès moral d’un individu ou d’une nation ne peut qu’être immoral. Le but à atteindre est de promouvoir le bonheur de l’homme, tout en le faisant parvenir à une complète maturité mentale et spirituelle. Pour parvenir à cette fin, il faut qu’il y ait décentralisation. Car la centralisation est incompatible avec une structure sociale non-violente. Si chaque région produit ce dont elle a besoin, le problème de la distribution se trouve automatiquement réglé ; il devient plus difficile de frauder et impossible de spéculer. »

2) « Après des réflexions prolongées, j’en suis venu à une définition du Swadeshi : le fait de nous restreindre à l’usage et aux ressources de notre environnement immédiat. En matière économique, ne faire usage que des biens produits par le voisinage. Un Swadeshiste apprendra à se passer de centaines d’objets qu’il considère aujourd’hui comme indispensables. Sous la discipline du Swadeshi, la privation d’une épingle qui ne soit pas fabriquée en Inde n’a rien d’intolérable. La profonde misère dans laquelle est plongée la majorité des Indiens est due à l’abandon du Swadeshi. Si aucun bien n’avait été importé en Inde, ce pays serait aujourd’hui une contrée où coulerait le miel. »

(L’Ecologiste n° 6, hiver 2001 « Défaire le développement, REFAIRE LE MONDE »)

l’apocalypse devient réelle

Un livre formidable vient de sortir, Crise écologique, crise des valeurs ? sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch. Voici deux extraits qui vont dans le même sens, l’apocalypse devient réelle et non plus fantasmée.

Dominique Bourg : « Le rythme d’érosion de la biodiversité est cent à mille fois plus rapide que lors des grands épisodes d’extinction du passé. Nous éprouverons prochainement le pic pétrolier vers 2015, c’est-à- dire le moment à partir duquel nos capacités d’extraction pétrolière – plus tard  gazière, puis encore plus tard charbonnière -, chuteront inexorablement. Nous sommes déjà et seront de plus en plus confrontés à la finitude des ressources sur bien d’autres plans, notamment pour certains métaux qui peuvent constituer des goulots d’étranglement technologiques. A consommation constante, les réserves d’or sont évaluées à 7 ans, d’argent à 13 ans, de palladium à 15 ans, de zinc à 17 ans, de plomb à 22 ans de cuivre à 31 ans. La finitude en question vaut particulièrement pour l’eau douce. Une dizaine parmi les plus grands fleuves du monde ne rejoignent plus régulièrement la mer. L’équipe Meadows a repris sur des bases de données réactualisées les travaux sur les limites de la croissance qui l’ont rendue célèbre en 1972 (the Limits to Growth,  the 30-Year Update, 2004). Les conclusion n’ont pas changées : la croissance exponentielle ne peut que conduire à un sommet de pollutions, de dégradations et à un effondrement de la population. Enfin, il sera très difficile d’éviter d’ici à la fin du siècle une augmentation de la température moyenne de plus de 3 °C,  avec une montée générale des mers qui pourrait aller jusqu’à deux mètres. »

Alain Grandjean : « Pour Jean-Pierre Dupuy, nous sommes en sursis, la seule option c’est de croire à la catastrophe finale pour pouvoir en retarder l’échéance. Pour d’autres, c’est inévitable car l’espèce humaine ne réagit fortement qu’au moment où la catastrophe est sensible et il sera alors trop tard. Pour d’autres encore, il est trop tard parce qu’il est impossible que les citoyens des pays développés réduisent fortement et rapidement leur consommation d’énergie, et il est impossible que les Indiens, les Chinois acceptent de ne pas accéder à notre standard de vie rapidement. Pour d’autres enfin, les mécanismes internationaux et les mécanismes démocratiques sont tout à fait inadaptés pour régler les problèmes actuels.

Mais, comme l’avait dit Karl Popper, l’avenir n’est pas écrit, il est « irrésolu ». Si les comportements humains se sont montrés non coopératifs pendant des siècles, on ne peut en déduire logiquement qu’ils le seront toujours… »

retour à la charrue ?

Demain la plupart d’entre nous redeviendront agriculteurs. Alain de Janvry en détecte les premiers signes : « Quand la crise touche un pays, c’est le retour à l’agriculture de subsistance qui offre la seule option possible » (LeMonde du 4 février). Bien entendu ce professeur à Berkeley ne pense qu’aux pays à bas revenus, par exemple un million de résidents urbains sont actuellement en train de chercher refuge dans les régions rurales à Haïti. Mais en Chine, suite au tsunami financier, 20 millions de chômeurs urbains sont retournés à leurs communautés rurales d’origine. Or le prochain choc pétrolier va toucher non seulement les pays pauvres et les pays émergents, mais aussi les nations dites « développées ». Quand la crise touche les prix agricoles, l’emploi industriel et par ricochet le secteur des services, il y a licenciement massif, ce qui rend difficile la survie dans les villes ; la seule option (à part le banditisme) se trouve à la campagne.

C’est ce qu’Hervé Bourhis met en scène dans une BD intitulée « la main verte ». Le successeur de Sarkozy s’exprime à la radio : « Françaises, Français, nous avons avec mon gouvernement tenté de préparer la France à ces difficultés. Malheureusement, les études les plus pessimistes sous-évaluaient l’imminence de la pénurie, la production pétrolière est proche de zéro, etc. » Il n’y a plus de vente de BD, le dessinateur qui se met en scène perd son job, se retrouve vélo-taxi et pour finir va demander à son père des conseils de jardinage…

Personnellement, nous trouvons les deux analyses ci-dessus très pertinentes !

no limits ? Absurde !!

No limits ! La société moderne formate les esprits pour éliminer tout sentiment des limites. Nous avons confiance dans un progrès technique qui accroît le progrès social et réciproquement, nous avons marché sur la lune et dominons les terres et les mers, la croissance économique est devenue l’incontournable nec plus ultra, etc. Si cette société rencontre des obstacles comme l’épuisement des ressources fossiles, peu importe, la puissance de créativité de nos techno-scientifiques va résoudre le problème illico presto. Ce sentiment de toute puissance se double d’une impression de totale liberté pour aller en avion à l’autre bout du monde plonger dans une mer turquoise. Du moins quand on appartient à la classe globale mondialisée dont le pouvoir d’achat permet d’entretenir ce monstre à 4 roues qu’on appelle auto-mobile.

Car la première limite de notre capacité de faire se trouve dans le niveau de solvabilité des individus. L’argent est un système de rationnement subtil mais efficace. L’absence de « pouvoir d’achat » constitue une limite absolue pour beaucoup, mais la classe globale apprend à ne plus regarder le SDF ou à ne plus se soucier de ceux qui crèvent de faim. Cette limite socio-économico-culturelle se double aujourd’hui du fait que nous dépassons les limites bio-physiques de la planète. A l’heure actuelle, nous avons dépassé de 30 % environ les capacités de régénération de la biosphère, ce qui veut dire que nous puisons dans le capital naturel. Une espèce de poisson qui ne peut plus assurer sa reproduction du fait d’une surpêche met beaucoup de temps pour s’en remettre même si on la classe comme espèce protégée. Une ressource non renouvelable partie en fumée est définitivement perdue pour les générations futures…. dans l’absolu.

Autrefois la population du dieu unique croyait que le paradis était accessible, mais après la mort ! Aujourd’hui les sirènes du monde moderne font croire que le paradis techno-industriel peut exister sur terre. Ce sont deux formes de croyance, ce sont toutes deux des religions, dans le sens qu’elles relient les individus à une certaine culture, ce qui empêche de penser de façon plus profonde, ce qui empêche pour la seconde de se limiter volontairement. Mais quand l’argent aura perdu toute valeur, on s’apercevra que l’argent ne se mange pas. Quand il n’y aura plus de pétrole, il restera encore la charrette à bras…

 

Haïti peut être aidé, mais après?

Les écologistes profonds sont quasiment les seuls à se poser les vraies questions à propos des souffrances en Haïti : « Que se passera-t-il dans un monde aussi inégal qu’aujourd’hui, quand les catastrophes liées au changement climatique se multiplieront ? » La réponse est déjà en cours d’exécution, ce sont des guerres du climat. « Pourra-t-on supporter des aides d’urgence de plus en plus répétées ? » La réponse est NON. D’autant plus que les victimes du climat ne seront pas la seule source des difficultés géopolitiques. La raréfaction du pétrole va par exemple bloquer matériellement et financièrement les pays anciennement industrialisés, ces donateurs en dernier recours qui sont déjà si endettés. Bien entendu, il vaudrait mieux prévenir les catastrophes. Mais cela suppose d’en terminer avec la civilisation thermo-industrielle. Cela n’est pas à l’agenda des décideurs de ce monde, on l’a bien vu à Copenhague.

Alors on engage aujourd’hui des actions humanitaires, on décide des interventions militaires pour étendre la démocratie. Il se pourrait qu’un jour ce modèle occidental, avec toutes ses conquêtes en matière de démocratie, de libertés, de tolérance, de créations artistiques, apparaisse aux yeux d’un historien du XXIIe siècle comme un vestige incongru. Si du moins il y a encore des historiens au XXIIe siècle.

Ce modèle de société, si implacablement efficace qu’il ait été pendant 250 ans, parvient maintenant à une limite de son fonctionnement, une limite que personne ou presque n’avait soupçonnée si proche et si nette. Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de moyens pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins  évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine.

Sur le questionnement d’Hervé Kempf (LeMonde du 17-18 janvier), les réponses d’Harald Welzer (les guerres du climat)

Haïti peut être aidé, mais après?

Les écologistes profonds sont quasiment les seuls à se poser les vraies questions à propos des souffrances en Haïti : « Que se passera-t-il dans un monde aussi inégal qu’aujourd’hui, quand les catastrophes liées au changement climatique se multiplieront ? » La réponse est déjà en cours d’exécution, ce sont des guerres du climat. « Pourra-t-on supporter des aides d’urgence de plus en plus répétées ? » La réponse est NON. D’autant plus que les victimes du climat ne seront pas la seule source des difficultés géopolitiques. La raréfaction du pétrole va par exemple bloquer matériellement et financièrement les pays anciennement industrialisés, ces donateurs en dernier recours qui sont déjà si endettés. Bien entendu, il vaudrait mieux prévenir les catastrophes. Mais cela suppose d’en terminer avec la civilisation thermo-industrielle. Cela n’est pas à l’agenda des décideurs de ce monde, on l’a bien vu à Copenhague.

Alors on engage aujourd’hui des actions humanitaires, on décide des interventions militaires pour étendre la démocratie. Il se pourrait qu’un jour ce modèle occidental, avec toutes ses conquêtes en matière de démocratie, de libertés, de tolérance, de créations artistiques, apparaisse aux yeux d’un historien du XXIIe siècle comme un vestige incongru. Si du moins il y a encore des historiens au XXIIe siècle.

Ce modèle de société, si implacablement efficace qu’il ait été pendant 250 ans, parvient maintenant à une limite de son fonctionnement, une limite que personne ou presque n’avait soupçonnée si proche et si nette. Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de moyens pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins  évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine.

Sur le questionnement d’Hervé Kempf (LeMonde du 17-18 janvier), les réponses d’Harald Welzer (les guerres du climat)

la fin de la bagnole

La mode du « développement » est une croyance contemporaine qui affecte aujourd’hui des milliards de croyants, même s’ils habitent Haïti. Au niveau du vocabulaire, cette croyance mondialisée au « développement » repose sur le point IV du discours du président Truman en 1949. La mise en pratique précède la théorie, elle débute avec la Ford T, née en 1908 et dont le 10 millionième exemplaire sort des usines en 1924. L’ère de la production et de la consommation de masse débute avec cette voiture moins chère qu’un cheval et destinée à tous dans un maximum de pays. LeMonde du 15 janvier titre de façon justifiée (mais sans doute  inconsciente) « le rêve renouvelé de la voiture mondiale » ; cette grande aventure motorisée va bientôt se terminer. Car ce n’était qu’un rêve et la mondialisation de la Focus ou la fabrication de la  Tata Nano ne va rien changer, tout au contraire, cela accélère la fin inéluctable de la bagnole. Les Indiens ou les Chinois n’atteindront jamais les niveaux d’équipement du monde occidental.

En effet, le déplacement d’une voiture gaspille une ressource fossile mise par la nature gratuitement à disposition de la civilisation thermo-industrielle. Mais, contrairement à l’usage d’un cheval, cette source d’énergie n’est pas renouvelable : plus on fabrique de voitures, plus on accroît l’imminence du pic pétrolier, ce moment où la production de pétrole va diminuer inexorablement. Alors nous nous rendrons compte que la voiture pour tous n’était qu’un rêve, entretenu par une pression médiatique et publicitaire absurde dont même LeMonde se fait régulièrement l’écho. Absurde ? Comme nos infrastructures, nos modes de production et de loisirs, nos modes de consommation et même notre alimentation dépendent du pétrole, la fin du pétrole ne sonnera pas seulement le glas de la bagnole, mais l’effondrement d’une civilisation.

Pour de plus amples informations, lire le livre de Richard Heinberg, The Party’s Over. War and the Fate of Industrial Societies, (2003) traduit en français par Pétrole : la fête est finie ! (2008).

la fin de la mondialisation

Au cours de la décennie 2000 qui vient de s’écouler, quels sont les événements fondateurs du XXIe siècle ? Certainement pas le 11 septembre 2001 qui a plus ressemblé à un jeu vidéo qu’à un mouvement durable et généralisé. Le fait que le terrorisme international va s’amplifer ne fera que renforcer l’appareil répressif du monde occidentalisé, il ne change rien fondamentalement. Al Qaida est un bouton de fièvre, pas une maladie grave. Certains pensent que l’ampleur des menaces financières et écologiques poussera obligatoirement à la recherche de solutions à l’échelon supranational. Mais l’échec de Copenhague est durable, les nations n’abandonneront pas de sitôt la défense des intérêts de leurs ressortissants, même au détriment des équilibres de la planète. Non seulement il ne poussera pas des ailes à l’ONU, mais un machin planétaire est forcément incapable de réguler la complexité des activités humaines sur une planète dévastée. Le monde est solidaire en apparence, quelques sauveteurs  envoyés en ce moment à Haïti, profondément égoïste en réalité, chacun pour soi : nécessité fait loi.

C’est donc une démondialisation que le XXIe siècle connaîtra. En fait Obama, Sarkozy, Attac, Transition Towns poursuivent le même combat, qui va à l’inverse de la centralisation. Chacun en effet appelle aujourd’hui les entreprises à rentrer au bercail. Si certains surfent sur le patriotisme économique, d’autres imaginent déjà une nouvelle économie décarbonée et proche des consommateurs. Pour éviter la désindustrialisation forcenée qui alimente le chômage et fait grimper l’extrême droite, il faudra en effet régionaliser les économies. Pour éviter les chocs écologiques, il faudra relocaliser les productions. La self-reliance (l’autonomie territoriale) s’imposera à tous ceux qui ne peuvent plus rêver bénéficier de l’impossible prospérité promise à tous par le « développement » (la croissance) et le marché. Ils seront de plus en plus nombreux. La self-reliance est liée à l’économie de guerre et à la pénurie, mais le XXIe siècle sera un siècle de guerres et de pénuries. Le système mondialisé ne pourra survivre à son effondrement.

Cet article est une réponse au dossier du Monde (14 janvier 2010) « Ce siècle avait dix ans » qui conclut : «  C’est la force et la fragilité de nos sociétés que de n’être désormais rien sans les autres, des mondes forcément solidaires plutôt que clos par nécessité. »

bientôt la fin du monde

Un de nos plus fidèles commentateurs nous écrit : « ce blog biosphere tente lamentablement de justifier, sous prétexte d’une urgence écologique qui n’existe que dans ses rêves, la mise en place de structures totalitaires. » Sur l’idée de totalitarisme, notre commentateur serait bien en peine de trouver sur ce blog une justification de ses dires. Notre philosophie se veut conforme à l’esprit de non-violence et adepte du sens de la responsabilité inhérente à chaque individu.

Sur l’urgence écologique, nous pensons avec beaucoup d’autres analystes que le XXIe siècle va être totalement différent de ce que l’humanité a connu jusqu’à maintenant ; les modifications des écosystèmes et de la culture des peuples ne seront pas lentes, mais très (trop ?) rapides. La rupture prônée par Sarkozy aux présidentielles n’est qu’un euphémisme par rapport à ce qu’il faudrait réellement faire : préparer l’humanité à la fin du pétrole et à l’augmentation brutale de son prix, préparer l’humanité à affronter des perturbations et des guerres du climat, essayer d’enrayer la baisse inéluctable des rendements agricoles et la perte de biodiversité, dépasser un système  capitaliste qui va être remis en question dans ses fondements (la publicité, le crédit et la division exacerbée du travail), dépasser les égoïsmes nationaux et le sociocentrisme dominant, affronter la gouvernance de 9 milliards de personnes en 2050, etc. Que ce soit clair, ce n’est pas la prochaine génération qui connaîtra des guerres civiles et des problèmes aux frontières, c’est déjà la notre. Le mouvement d’autodestruction de notre société thermo-industrielle ne va que s’amplifier au cours de ce siècle.

            Nous savons aussi, avec Serge Latouche, que la ruse de l’histoire serait qu’un pouvoir autoritaire se targue de la nécessité écologique pour faire accepter la restriction des libertés sans avoir à toucher aux inégalités. La gestion des épidémies, les accidents nucléaires, la gestion des réfugiés climatiques sont autant de motifs qui faciliteraient la restriction des libertés. On passerait ainsi du totalitarisme rampant de la ploutocratie actuelle, qui conserve encore un semblant de démocratie formelle, à un écofascisme musclé qui imposerait des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique. L ‘« écologie » peut très bien être intégrée dans une idéologie néo-fasciste. Nous faisons tout notre possible, sur ce blog et ailleurs, pour qu’il n’en soit pas ainsi.

supprimons les courses automobiles

Les experts ne savent plus quoi dire. Dans un même article, ils peuvent à la fois affirmer que la reprise économique va suivre (le cours des Bourses) en 2010 car c’est le sens de l’histoire et conclure avec Isaac Newton : « Je sais mesurer le mouvement des corps célestes, pas la folie des hommes. » (Jacques Marseille, Travailler plus, pour gagner plus, pour consommer plus, est dépasséLeMonde du 5 janvier). Jacques ne sait plus où nous pousse le vent de l’histoire puisque « si la Chine et l’Inde continuent sur le même rythme de croissance, d’ici quelques décennies, il faudra les ressources de quatre planètes pour soutenir la demande globale ». Mais dans le même numéro du Monde, le « Dakar » continue sa course folle. Comme l’exprime les premiers concernés (la Fundacion para la defensa del ambiente), cette course « est un amusement pour riches qui viennent jouer à l’aventure dans le tiers-monde ».

Les logiques économiques, sociales et culturelles qui président à la variabilité des actions humaines échappent à l’analyse de l’écologue : l’homme apparaît comme une population sujette à de perpétuelles mutations, une boîte noire particulièrement fantasque. Mais c’est aussi une personne à la recherche d’un bonheur partagé. C’est pourquoi nous avons besoin d’un chef d’Etat courageux qui dira au prochain sommet mondial :  

« Je suis là pour représenter les intérêts de ma patrie, mais je suis là aussi pour représenter les générations futures, tous les pauvres de notre planète, et notre Terre-patrie. C’est pourquoi je demande une mesure symbolique immédiate pour lutter contre nos émissions de gaz à effet de serre, l’arrêt de toutes les courses automobiles. En effet le temps n’est plus où des gens au volant n’avaient plus le temps d’admirer les paysages et de nouer des relations conviviales. Le temps n’est plus où il fallait forcer la reprise avec des plans de relance qui soutiennent des entreprises sans avenir comme les constructeurs automobiles. Le temps n’est plus où nous pouvions gaspiller en deux siècles la moitié de nos ressources fossiles. Le temps n’est plus où nous ne prêtions aucune attention aux équilibres écologiques de notre petite planète.  Faisons tous l’effort de comprendre les maux de notre société pour pouvoir y remédier. Vous pouvez compter sur moi : Yes, we can ! »

bonne année 2050

En ce jour de réveillon en 2050, Léa confectionne un repas 100 % local, ce qui réduit considérablement la variété des mets possibles. Elle se souvient comme d’un rêve des papayes que ses parents lui achetaient à la fin du XXe siècle, sans se soucier du fait qu’il avait fallu dépenser pour cela plusieurs litres de pétrole. De toute façon elle est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière. Ils avaient été victimes d’un virus apparu en Sibérie du Nord, là où le permafrost a cédé la place à des marais à partir de l’année 2025. Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public.

Léa a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires. Même l’utilisation du charbon liquéfié a été proscrite car les sols et surtout les océans qui séquestraient le carbone depuis toujours, ne jouaient plus leur rôle, renforçant ainsi très brutalement l’effet de serre anthropique et les dérèglements du climat. Cet été, Léa avait appris par une amie que le thermomètre était monté jusqu’à 45°C à Caen.

La Biosphère vous souhaite un bon réveillon 2009, coloré de sobriété joyeuse.

NB : pour en savoir plus sur l’histoire de Léa, lire « Le développement durable, maintenant ou jamais, de D.Bourg et G.Rayssac

Obama, en liberté conditionnelle

Le jury Nobel (de la paix) attend beaucoup d’Obama, le monde entier attend beaucoup d’Obama, nous attendrons en vain. Autant je suis personnellement libre de ma pensée pour défendre les intérêts de la biosphère, autant Obama est contraint dans ses actes pour pacifier l’humanité. Autant je suis libre de transcender en parole  les intérêts des humains parce que je n’ai pas de statut social apparent, autant Obama est obligé de protéger les intérêts des Américains du nord parce qu’il a été élu pour cela. Pour Obama, les valeurs de l’Amérique sont le travail et le patriotisme, pas la paix mondiale. Les humains, surtout quand ils sont présidents, se croient libres parce qu’ils ont conscience de ce qu’ils font. Mais en fait ils ne font que répondre aux causes qui déterminent leurs actions.

Le nouveau président des Etats-Unis avait dit lors de son discours d’investiture : «  La façon dont nous consommons l’énergie menace notre planète », «  Nous allons lutter contre ce fléau qu’est le réchauffement de la planète », « Nous ne pouvons pas consommer sans réfléchir les ressources du monde ». Cela n’était qu’un recueil de bonnes intentions qui n’engagent personne. Et d’ailleurs, le président Obama avait posé deux conditions au changement qui ne peuvent que l’empêcher de finaliser ses intentions :  « Faire redémarrer la croissance, construire routes et ponts… » et « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche ». Or la paix du monde nécessite une baisse du niveau de vie américain. C’est la défense du niveau de vie américain qui avait empêché G.Bush de ratifier le protocole de Kyoto, c’est le niveau de vie américain qui est devenu le modèle à imiter au-delà de ce que notre planète peut supporter, c’est le mythe de la croissance quantitative qui nous empêche de trouver d’autres voies d’épanouissement.

LeMonde du 11-12 octobre nous révèle d’ailleurs que Barack Obama a une compréhension limitée des affaires internationales. On lui a donné le prix Nobel pour ce qu’il doit maintenant accomplir, mais c’est quelqu’un qui n’a encore rien réalisé. La situation internationale  dépasse sa compétence. Dans le même numéro du Monde et à deux mois de Copenhague, les Américains bloquent toujours la négociation climatique. Ils veulent encore laisser de côté les engagements contraignants du protocole de Kyoto, ils ne peuvent agir en l’absence d’une législation votée par le Congrès américain. Le jury Nobel s’est trompé, Obama, va montrer qu’il n’est qu’un américain moyen alors qu’il devrait déclarer l’état de guerre face aux crises écologiques qui s’annoncent…

bien-être et religion

La religion a cela de sublime qu’elle permet à des gens plus pauvres que pauvres de trouver la transcendance et le bonheur en écoutant les boniments d’une secte comme par exemple l’Eglise catholique. Pour les peuples riches, cette religion extraterrestre a été remplacée par la religion économique, c’est-à-dire « la religion du chiffre et la religion du marché ». Je trouve d’ailleurs paradoxal que cette analyse vienne de Sarkozy (LeMonde du 15 septembre) à l’occasion du rapport Stiglitz. En fait la religion de la croissance permet la transcendance (vous serez riches plus tard puisqu’il y a accroissement du PIB) et les riches peuvent, en attendant l’abondance pour tous, se vautrer sans remords dans le bonheur du consumérisme.

Mais si le rapport Stiglitz veut inventer une nouvelle croissance qui privilégie le bien-être humain (titre en première page du Monde), il y a maldonne. La nouvelle politique de civilisation qu’appellent de leurs vœux aussi bien la gauche socialiste que la droite sarkozyste ne peut plus nous illusionner avec l’idée de croissance. Pourquoi ? Parce que le bien-être n’a rien à voir en soi avec l’économie marchande, le sentiment de bonheur résulte d’une élaboration subjective que nous ne pouvons pas mesurer. Ensuite la croissance capitaliste a tellement  détruit de capital naturel que les générations futures devront se contenter de beaucoup moins qu’aujourd’hui. Comme dit J.P.Fitoussi, «  la croissance du PIB est une mauvaise chose puisqu’elle se fait au détriment de l’environnement ». Il ne peut donc pas y avoir soutenabilité du bien être, c’est-à-dire sa capacité à se maintenir dans le temps (point 11 du rapport Stiglitz) parce qu’il n’y a pas de soutenabilité de la croissance économique. Nous devrons bientôt raisonner en terme de baisse du niveau de vie des riches (la classe globale, toutes les personnes qui ont l’idée saugrenue de posséder un véhicule personnel) et nous apprendrons, j’espère, que pauvreté n’est pas misère.

PS : Nous ne sommes pas encore préparés mentalement au changement de civilisation qui s’annonce, l’ère de l’après-pétrole ; le rapport Stiglitz ne changera rien. Mais la bonne nouvelle, c’est que les « experts » commencent à changer d’avis ! J.P.Fitoussi écrivait dans LeMonde du 12 février 2008 que l’avenir de nos petits-enfants était garanti. Peu importe la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables et la surexploitation des renouvelables, nos petits-enfants seront assurément au moins 5 ou 6 fois plus riches que nous !

bien-être et religion

La religion a cela de sublime qu’elle permet à des gens plus pauvres que pauvres de trouver la transcendance et le bonheur en écoutant les boniments d’une secte comme par exemple l’Eglise catholique. Pour les peuples riches, cette religion extraterrestre a été remplacée par la religion économique, c’est-à-dire « la religion du chiffre et la religion du marché ». Je trouve d’ailleurs paradoxal que cette analyse vienne de Sarkozy (LeMonde du 15 septembre) à l’occasion du rapport Stiglitz. En fait la religion de la croissance permet la transcendance (vous serez riches plus tard puisqu’il y a accroissement du PIB) et les riches peuvent, en attendant l’abondance pour tous, se vautrer sans remords dans le bonheur du consumérisme.

Mais si le rapport Stiglitz veut inventer une nouvelle croissance qui privilégie le bien-être humain (titre en première page du Monde), il y a maldonne. La nouvelle politique de civilisation qu’appellent de leurs vœux aussi bien la gauche socialiste que la droite sarkozyste ne peut plus nous illusionner avec l’idée de croissance. Pourquoi ? Parce que le bien-être n’a rien à voir en soi avec l’économie marchande, le sentiment de bonheur résulte d’une élaboration subjective que nous ne pouvons pas mesurer. Ensuite la croissance capitaliste a tellement  détruit de capital naturel que les générations futures devront se contenter de beaucoup moins qu’aujourd’hui. Comme dit J.P.Fitoussi, «  la croissance du PIB est une mauvaise chose puisqu’elle se fait au détriment de l’environnement ». Il ne peut donc pas y avoir soutenabilité du bien être, c’est-à-dire sa capacité à se maintenir dans le temps (point 11 du rapport Stiglitz) parce qu’il n’y a pas de soutenabilité de la croissance économique. Nous devrons bientôt raisonner en terme de baisse du niveau de vie des riches (la classe globale, toutes les personnes qui ont l’idée saugrenue de posséder un véhicule personnel) et nous apprendrons, j’espère, que pauvreté n’est pas misère.

PS : Nous ne sommes pas encore préparés mentalement au changement de civilisation qui s’annonce, l’ère de l’après-pétrole ; le rapport Stiglitz ne changera rien. Mais la bonne nouvelle, c’est que les « experts » commencent à changer d’avis ! J.P.Fitoussi écrivait dans LeMonde du 12 février 2008 que l’avenir de nos petits-enfants était garanti. Peu importe la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables et la surexploitation des renouvelables, nos petits-enfants seront assurément au moins 5 ou 6 fois plus riches que nous !

Vision d’apocalypse

La chronique de Franck Nouchi (LeMonde du 11 septembre) ne s’intéresse qu’au fait de coloriser ou non l’histoire de la deuxième guerre mondiale, présentée comme une apocalypse. La colorisation aurait un intérêt pédagogique en termes d’audience. Mais l’histoire du passé est dépassée, les jeunes générations se foutent complètement d’Hitler et de savoir combien il y a eu de victimes des camps de concentration. Ce qui compte vraiment, c’est l’inaptitude flagrante à la prévision face à l’arrivée au pouvoir du régime nazi. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On devrait se souvenir de notre réveil en 1940 ! Les jeunes générations actuelles devraient se pencher sur leur propre avenir.

L’observateur attentif ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance des jeunes et la gravité des épreuves qui les guettent. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante, par exemple avec la taxe carbone, et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambe. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie prochaine lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine chaque jour dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai « crise ultime », ou apocalypse, ou Jugement dernier de la civilisation thermo-industrielle. Nous n’en souffrons pas encore. Les premières ruptures sérieuses d’approvisionnement du pétrole la déclencheront. Alors on reverra, comme au temps de Suez ou de la guerre du Kippour, un brutal renversement de l’opinion, définitif cette fois.

Il ne s’agira pas, comme on le croit et comme les économistes eux-mêmes l’affirment, de surmonter une crise difficile, mais de changer de civilisation. L’humanité devra passer de l’ère d’abondance factice à celle de la pénurie, de l’orgueil insensé à celle de l’humilité. Elle devra répartir des richesses qui, au lieu d’être infinies comme elle le pensait naïvement, lui  apparaîtront à l’heure du bilan bien modeste en face de ses besoins. Les pays riches devront réduire leur train de vie, ce qui pour chaque individu représentera une contrainte douloureuse à laquelle il n’est aucunement préparé.

(Article réalisé avec l’aide du livre de1979, Vivre sans pétrole, de J.A. GREGOIRE)