sciences et techniques

rêve de boson

LeMonde du 10.09.2008 nous explique objectivement les buts et limites de l’accélérateur de particules inauguré à la frontière franco-suisse. On veut s’approcher des conditions qui existaient aux tout premiers instants de l’Univers, juste après le Big Bang il y a 13,7 milliards d’années. Très bien, nos connaissances progressent, nous pouvons confirmer de source sûre que l’homo sapiens n’est rien à l’échelle de l’univers. Mais l’éditorial de ce numéro transforme la chasse au boson, cette grande aventure scientifique pour harmoniser nos théories sur l’univers, en rêve inutile s’il n’y a pas de retombées directes. L’éditorial ne veut voir dans la recherche fondamentale que son application possible, on valorise la technoscience et les débouchés sonnants et trébuchants. Il faut justifier les efforts budgétaires devant les décideurs, il faut être utile, il faut alimenter la croissance économique. Moi, je préfère rêver à l’antimatière, à l’énergie sombre et aux particules primordiales.

NB : Comme d’habitude, LeMonde donne carte-blanche aux théologiens de la croissance. Dans son numéro du 10.09.2008, Jean Pisany-Ferry disserte doctement sur les « trois leviers de la croissance ». Je ne m’attarde pas à montrer l’inanité des solutions proposées : le crédit aux PME ne peut pas relancer par lui-même la demande et la concurrence, y’en a déjà beaucoup trop pour qu’on en rajoute. Mon attention se porte sur sa « définition usuelle » d’une récession, soit deux trimestres de suite en croissance négative. Les théologiens de la croissance auront tout inventé, la croissance durable, la croissance verte, et maintenant la croissance au taux inférieur à zéro ! Toutes ces simagrées pour ne pas dire que la décroissance est possible. Le système capitaliste rencontre forcément la décroissance puisque l’activité est cyclique et qu’il y a même de grandes crises comme en 1929. Jean Pisany-Ferry devrait relire ses classiques, en particulier Joseph Schumpeter : il y a l’expansion, le retournement de tendance, la décroissance, et peut-être la reprise, mais ce n’est pas sûr..

Sylvie Kauffmann récidive

Sylvie Kauffmann récidive. Dans sa lettre d’Asie (LeMonde, 15.01.2008), elle mettait sur un piédestal Ford pour avoir été le premier à avoir la vision d’une voiture populaire. Dans son post-scriptum à Lettre d’Asie (LeMonde, 22.01.2008), Sylvie disait avoir reçu des courriers alarmistes de lecteurs sur les effets environnementaux de la Tata Nano. Mais elle consacrait beaucoup plus de lignes à tous ceux qui pensent au confort de la voiture individuelle mis à la portée des habitants des pays émergents. Aujourd’hui dans sa lettre d’Asie (LeMonde, 9.09.2008), Sylvie valorise le « génie » de Ratan Tata, fondateur du groupe Tata qui veut construire la voiture la moins chère du monde dans un Bengale qui a « pris le virage de la modernisation, construit un réseau routier… ». Elle pleure sur le retard pris dans l’implantation de l’usine de fabrication à cause de certains paysans en colère, « attachés à un mode de vie misérable ». Elle prend parti de la reconversion industrielle des paysans embauchés par la future usine dont la « fermeture signifiait zéro revenu pour la famille ». Sylvie Kauffmann en vient même à regretter la voie démocratique suivie en Inde, « tortueuse », alors que la Chine peut s’industrialiser « sans manifestations, ni recours en justice, ni négociations » !!!

 Commentons sa phrase-clé : « C’est d’une certaine manière l’avenir de l’Inde qui se joue ici ». Mais quel avenir ?  Celui d’une imitation du modèle fordiste (production de masse pour une consommation de masse) qui est en train de faire faillite ! Dans le même numéro le groupe Renault, pris à contre-pied par la crise, supprime 4000 emplois. Ou celui d’une Inde paysanne qui voudrait conserver des terres fertiles pour ses enfants et les arrière-petits-enfants de ses enfants ? Le choix est vite fait dans un système démocratique…

Tata doit disparaître

Les paysans indiens poussent Tata à retarder la fabrication de la Nano (LeMonde du 6.09.2008). Bonne nouvelle, mais ce serait encore mieux si les autochtones avaient le pouvoir d’arrêter complètement cette course au tout-automobile. Malheureusement le groupe Tata à la possiblité de monter ses usines dans un autre Etat indien, ou même dans un autre pays plus accommodant. Pourtant, on ne peut que constater que Tata voulait bâtir sur des terres fertiles, accroître ainsi la stérilisation des sols comme savent déjà le pratiquer à outrance les pays riches et les mégalopoles. Comme dit un paysan exproprié, « Une terre se transmet pour l’éternité, l’argent se dilapide. Que va-t-il rester à mes enfants ? ». Comme dit un autre paysan, « La terre est comme une mère. Et je ne vendrai jamais ma mère. »

 

            Tata ne doit construire ni sur des terres fertiles, ni sur des terres incultes. Tata doit disparaître comme Ford, Fiat, Renault, Volkswagen et tutti quanti. Nous savons déjà que la voiture individuelle est un dinosaure promis à une prochaine extinction. L’avenir du climat et des ressources naturelles est en jeu, ne continuons pas à gaspiller les possibilités de la Biosphère…

 

PS : la phrase du jour : « Au Sénégal, il n’y a que la pauvreté qui galope. La lecture reste un sport d’élite » (in portrait d’Abasse Ndione)

principe de précaution

Jean Yves Nau s’interroge dans Lemonde du 13.08.2008 sur la science quand elle est muette. Avec la problématique de l’effet à long terme des faibles doses (radiations nucléaires, ondes électromagnétiques, la taurine dans le Red Bull…), les enquêtes n’aboutissent pas à des conclusions unanimes, le doute s’installe. D’où la pertinence du principe de précaution que JY Nau traite avec condescendance « d’indéfinissable ». Voyons les choses de plus près.

J.Y.Nau n’a certainement pas eu le temps de lire la Charte de l’environnement constitutionalisée en France qui définit officiellement ce principe dans son article 5 : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

Beaucoup de spécialistes enfermés dans leur discipline ont jugé cet article dangereux. Avant même les débats parlementaires en France, l’Académie des sciences morales avait émis des réserves sérieuses : ce projet « aurait des conséquences scientifiques, industrielles et même politiques puisqu’il irait à l’encontre des principes qui fondent notre démocratie représentative ». Les Académies des sciences et de médecine craignaient que l’inscription de ce principe dans la Constitution n’ait des conséquences désastreuses », et le quotidien Le Monde traitait dans un éditorial le principe de précaution de principe de frilosité. De son côté, le Medef a réaffirmé sans surprise son opposition sous prétexte d’un effet dissuasif sur la recherche et l’innovation. Ce ne sont pas ceux qui parlent d’autorité qui ont raison.

 Avec le principe de précaution, il s’agit en effet d’aller bien au delà du cercle étroit des techno-scientifiques, il s’agit de remettre la recherche et son application au service de l’humanité et de la planète (l’environnement). Il ne faut pas seulement s’interroger sur le degré d’innocuité sanitaire d’une technique, il s’agit de savoir si la société qui en résulte est viable ou non, raisonnable ou non. L’énergie à domicile fait-elle la satisfaction intérieure ? L’utilisation du portable accroît-elle la joie de vivre ? Boire du Red Bull améliore-t-il la richesse de la vie communautaire ? Tous les gens éclairés savent que la réponse ne peut qu’être négative. En définitive la techno-science n’a pas augmenté le degré du bonheur dans nos sociétés programmées, tout au contraire a-t-on déjà mesuré « scientifiquement ».

le tout automobile

La société thermo-industrielle est la moins durable car elle détruit les écosystèmes. Puisque le quotidien Le Monde valorise l’option croissanciste, le tout automobile et autres néfastes futilités, il participe de cette évolution. Exemple :

 

LeMonde du 12.08.2008 présente en page 18, un article de Jean-Michel Normand sur « Volkswagen métamorphose la Passat ». Donner tant de place sur cinq colonnes avec photo de la bagnole vue de son joli profil est incontestablement une publicité plutôt qu’un article de journaliste : « C’est de profil qu’il faut apprécier la Passat CC (…) En découvrant sa silhouette, à la fois puissante et élancée (…) Elle offre une bonne conscience anticonformiste et sportive. » On nous indique une motorisation de 140 à 300 ch. sans jamais nous indiquer l’émission de gaz à effet de serre qui en découle.

 Un tel article n’est en fait qu’un tribut offert par Le Monde aux puissances automobiles, d’autant plus que la présentation d’un modèle (de luxe) est récurrente dans le journal. Ce procédé de publicité cachée est à mettre en relation avec un petit entrefilet, juste à côté, qui nous présente l’évolution des mentalités au Japon : «  Près de 54 % des Japonais reconnaissent que le prix de l’essence a modifié leurs projets de vacances. Certains ont réduit leurs déplacements, tandis que d’autres ont décidé de laisser leur véhicule au garage. » A l’heure du pic pétrolier et des perturbations climatiques, c’est cette information qui devait être développée par un véritable journaliste, pas le panégyrique d’une berline.

il est naturel de vieillir

Gros bouleversement dans LeMonde du 12.08.2008, la page Environnement&Sciences est brutalement devenue Sciences tout court alors que les infos sur l’environnement font encore la majorité de la rubrique. S’agit-il d’un simple oubli ? J’y vois plutôt cet impérialisme de la technoscience qui a tout étouffé dans nos sociétés occidentalisées. Analysons le seul article scientifique de la rubrique, « Des chercheurs maintiennent jeune le foie de souris vieillissantes ».

 

            Il s’agit d’échapper à l’influence de l’environnement sur la vie de nos cellules qui sont soumises à des stress (thermique, oxydatif, etc.) qui s’accentuent naturellement avec le vieillissement. On fait des expériences sur les souris (pauvres animaux de laboratoires à qui on fait subir pour « l’épanouissement » de l’homme tant de vilenies). Les manipulateurs du vivant avouent qu’ils cherchent à « aider à jouir d’une vieillesse en bonne santé ». On tente de prolonger la durée de vie de l’organisme de plus de 30 %. Pourquoi ? La passion du journaliste Jean-Yves Nau pour la rubrique médicale touche à des considérations philosophiques jamais explicitées. D’ailleurs l’article commence par « Prométhée est toujours vivant », mais sans jamais condamner l’égocentrisme de la race humaine qui se croit même plus forte que notre vieillissement biologique.

 Un organisme humain se dérègle parce que les cellules obéissent à leur horloge biologique et les radicaux libres oxydent les molécules qu’elles rencontrent, protéines, lipides ou ADN. Mais la vieillesse, c’est surtout un état d’esprit. Hors pathologies neuro-dégénératives, le cerveau est de tous les organes humains celui qui résiste le mieux à l’âge ; les troubles de la mémoire découlent surtout du manque d’intérêt apporté à l’environnement. Ce n’est pas l’âge qui est vecteur de la médiocrité des comportements humains, c’est la paresse intellectuelle qui contribue à l’endormissement du cerveau. Peu importe la vigueur de mon foie, l’important est de déterminer à quoi je sers, à quoi sert l’homme, à quoi servent les JO…

non aux portables

 Peu importe finalement l’avis des experts scientifiques qui hésitent, qui doutent et qui ne présentent qu’avec retard d’incertaines conclusions. Après l’étude Interphone sur les effets cancérigènes des portables, menée depuis l’an 2000 dans treize pays pendant quatre à cinq années, un tiers de la cinquantaine d’experts estime que l’accroissement constaté du nombre de tumeurs chez les utilisateurs n’est dû qu’à des biais statistiques ; un tiers assure qu’il résulte bien d’un effet néfaste des ondes électromagnétiques ; le dernier tiers considère qu’il n’est pas possible de tirer une conclusion dans un sens ou dans l’autre (LeMonde du 2.08.2008). En fait la décision devrait être politique, pas techno-scientifique. Nous sommes en présence d’une technologie qui a envahi notre quotidien sans que des travaux préalables aient permis de s’assurer de son innocuité. De plus il faut prendre innocuité au sens large, et pas seulement au sens médical.

 

Derrière le jargon hystérique des amateurs de gadgets électroniques se cache l’essentiel : il faut changer de portable aussi souvent que l’exigent la mode, le « progrès » et les fabricants. Plus que tous ses prédécesseurs, ce gadget pousse au mimétisme et au conformisme si chers au marchandising. Faites le test, dites à vos collègues que vous n’avez pas de portable ; la majorité s’esclaffe : « T’es contre le progrès ? Tu t’éclaires à la bougie ? » Ou s’inquiètent : « Mais comment tu fais ? » Le portable est typique du système d’innovation qui consiste à vendre les remèdes aux maux causés par les innovations précédentes. Vous ne parlez plus à vos voisins à cause de la télévision ? Téléphonez-leur ! Mais pourquoi aurions-nous besoin d’une médiation électronique pour communiquer si ce n’est pour nous adapter à un monde qui atomise chacun de nous et qui morcelle nos vies ? Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse. Finalement des téléphones portables, pour quoi faire ? « Allô, c’est moi. J’suis dans la bagnole. J’arrive. A tout de suite. »

 Que des débiles attrapent le cancer, c’est presque un juste retour des choses.

nanodangers

LeMonde du 25.07.2008 nous informe brièvement que l’Afsset n’écarte pas l’existence de dangers potentiels liés à une exposition professionnelle aux nanomatériaux. Voici quelques précision pour nourrir le débat.

 

Les nanoparticules sont de la taille du milliardième de mètre, soit dix fois la taille d’un atome. Pourtant elles ont déjà des applications industrielles : nano-tubes de carbone dans les raquettes de tennis, nano-machines de dioxyde de titane dans les peintures et les crèmes solaires, silice dans les vernis des automobiles, argent dans certains cathéters médicaux. Le marché est appelé à exploser alors même que les études d’innocuité en sont encore à leurs balbutiements. D’ailleurs l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) estimait déjà en juin 2006 que les études toxicologiques établissent l’existence de risques potentiels, le Comité de prévention et de précaution (CPP) mettait en garde début juillet 2006 ( » la réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger pour l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané « ), le CNRS prônait en octobre 2006 la  » vigilance éthique et sociale « . Même si les études scientifiques sur le nanomonde sont encore très lacunaires, des expériences menées sur des souris font apparaître des réactions inflammatoires des poumons, des vaisseaux sanguins et même du cerveau. Et la toxicité de certaines nanoparticules artificielles, telles que les particules diesel, est établie. Nous sommes donc entrés sans le vouloir dans un nouvel état de la matière, un infiniment petit aux propriétés chimiques, électriques et magnétiques radicalement nouvelles, mais nous nous enduisons gaiement de nanoparticules avec nos crèmes solaires !

 Pendant que les comités d’éthique vont continuer à se pencher doctement sur la question, les industriels commercialiseront leurs produits. Autant dire que tout devient aussi invisible qu’imprévisible !

fin du fordisme

Selon Le Monde du 21.06.2008, « Le choc pétrolier bouleverse l’automobile ». Il suffirait de produire la Logan ou la Nano pour « prendre un coup d’avance sur ses concurrents » et pour « conquérir des marchés émergents à pouvoir d’achat réduit ». Malheureusement cette analyse est fondamentalement déficiente. C’est oublier complètement l’amont du carbone, c’est à dire le baril de pétrole de plus en plus rare et de plus en plus cher, donc de plus en plus inaccessible aux pouvoirs d’achat réduits ! C’est oublier aussi l’aval du carbone, les perturbations climatiques provoquées par les gaz d’échappement. Le Monde nous induit en erreur en nous faisant croire que « rendre l’automobile abordable à des populations de plus en plus larges suffira à devenir les Big Three de demain ».

 Ce n’est pas à la fin des années 1990, quand les trois constructeurs américains ont cru qu’il suffisait de produire des 4×4 pour survivre, que le fordisme s’est trompé. Le fordisme s’est trompé dès l’origine, dès la construction en chaîne des Ford T dans les années 1910. La construction automobile a toutes les qualités, c’est un vecteur de croissance qui fait appel à la production de branches-clés, c’est une industrie de main d’œuvre et donc créatrice d’emploi, c’est une facilité pour le déplacement individuel. Mais cela nécessite l’aliénation par le travail à la chaîne et repose sur la productivité qui crée le chômage, cela facilite l’urbanisation sauvage, la stérilisation des terres par un réseau routier sans limites, la multiplication des déplacements par la distance que l’automobile a mis entre domiciles et lieux de travail, entre zones de production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme. Cela implique aussi l’épuisement du pétrole, ressource non renouvelable, et l’augmentation de l’effet de serre, donc un changement climatique. Le paradigme fordiste, c’est-à-dire cet équilibre entre la production de masse grâce au travail à la chaîne et la consommation de masse autorisée par l’augmentation des salaires, repose sur l’hypothèse absurde d’une humanité hors sol, disposant de ressources naturelles illimitées et gratuites. Le fordisme, production de masse par la division du travail et consommation de masse par l’augmentation des salaires a été la plus grande catastrophe du XXe siècle. Malheureusement les effets négatifs ne s’en feront sentir qu’au XXIe siècle: le mal s’est fait sans que quiconque s’en aperçoive, même pas l’analyste du Monde Stéphane Lauer ce jour.

abengoa bioenergy

Dans LeMonde du 29.05.2008, une pleine page de publicité sur les biocarburants. La société Abengoa Bioenergy, premier producteur européen de bioéthanol, nous présente « l’information manipulée : Le bioéthanol est le principal responsable de la hausse des produits alimentaires ».
Quelques jours plus tard, dans LeMonde du 4.06.2008, une autre demi-page de publicité de la même société Abengoa Bioenergy, qui nous présente à nouveau « l’information manipulée : Les cultures dédiées à la production de bioéthanol se substituent aux cultures alimentaires ».
La semaine suivante, dans LeMonde du 11.06.2008, la même société Abengoa Bioenergy nous présente encore une demi-page de publicité: « l’information manipulée : Le bioéthanol produit plus d’émissions de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles ».

Des publicistes payés par cette entreprise inventent des « informations propagées dans l’opinion publique » pour mieux les démolir et présenter « la vérité », celle de l’entreprise qui a acheté leurs services. Face à des contre-vérités complètement fabriquées, cette publicité estime qu’il est « primordial d’éclaircir la question ». Pourtant ce n’est pas d’un éclaircissement dont il s’agit, mais d’un conditionnement de l’opinion publique par une entreprise qui ne fait que défendre la source de ses profits. Les consommateurs que nous sommes ne peuvent se payer autant de plages de publicité pour rétablir les véritables enjeux des agrocarburants, le journal Le Monde ne peut refuser une publicité redondante étant donné l’état désastreux de ses finances.

Le lecteur ne peut plus savoir où est la véritable vérité, il a payé son journal pour constater que le fric peut se faire de la pub sans aucune contrainte.

cyborg ou sagesse ?

Plus s’accroissent les performances des machines, plus le corps humain paraît lent et son intellect dépassé. Pour certains, qui se proclament haut et fort « transhumanistes », l’organisme humain ne serait donc plus qu’un brouillon à rectifier. Usage des psychotropes pour fabriquer des états psychiques à la demande, recours à la chirurgie esthétique pour parfaire les apparences, interaction du fonctionnement biologique avec des ensembles électroniques. Les humains pourraient alors devenir cyborg (cybernetic organism), être hybride fait à la fois de chair et de puces de silicium. Après les pacemakers, les implants cochléaires et les seins en silicone, les humains  pourraient adopter des yeux artificiels et des microprocesseurs greffés sur leur système nerveux. Avec la maîtrise techno-scientifique des biologistes et des informaticiens, l’humanité a maintenant la possibilité de créer la symbiose du vivant et de l’inerte. C’est ce futur que nous concocte l’article « les espions volants de demain » (LeMonde du 26.05.2008). Titre prémonitoire ! L’humanité deviendra comme une armée d’insectes dans lesquels nous aurons incorporés des  connexions solides et stables entre tissus biologiques et tissus informatisés. Cette hybridation entre matières vivantes et technologiques ne peut que se terminer en cerveau-machine qui acceptera la soumission et les inégalités. Depuis le temps que l’humanité a essayé d’augmenter son contenu cérébral (bavarder, lire, s’interconnecter…), cela se saurait si nous avions réussi à faire quelque chose de mieux ! Au contraire nous continuons à nous entre-tuer et à bousiller la Biosphère.

 Ton corps ne doit pas devenir un accessoire de la machine dont le contenu te serait imposé pour des questions de rendement et de dépassement de soi. Percer son corps pour une boucle d’oreille, c’est pourtant déjà un premier dans l’engrenage. Il est dérisoire de modifier le corps légué par tes parents, libre tu nais, tu n’es libre qu’en refusant l’impérialisme de la technique.

pro ou anti-OGM ?

Limagrain, leader européen des semences de grandes cultures, renonce à expérimenter ses maïs transgéniques en France (LeMonde du 21.06.2008). La France prend ainsi du retard dans le domaine des biotechnologies, mais est-ce bon ou mauvais pour la France ? Voyons ce qu’en dit Jean-Paul Oury dans la page « Débats ». Selon son point de vue, la controverse n’est pas technique, elle oppose deux conceptions du rapport de l’homme et de la nature. D’un côté une vision naturaliste qui voit la nature comme un patrimoine à conserver (j’ai enlevé du discours de ce docteur en histoire tout ce qui était péjoratif, « conservatrice », « homme soumis », « manipulation suspecte »). De l’autre une vision « progressiste » qui part du principe que l’homme a depuis toujours modifié le vivant, condition même de sa survie.

Constatons d’abord que cet historien des sciences et technologies n’a pas voulu remonter à l’époque  de la chasse et de la cueillette au cours de laquelle l’homme ne modifiait pas son milieu. Insistons davantage sur les conditions de la survie : est-ce que la profusion technologique actuelle est faite pour assurer notre survie ou le profit des multinationales ? A-ton besoin du fordisme et de la bagnole à la chaîne pour assurer notre survie ? La combustion du pétrole, nécessaire aux transports des semences comme à presque tous les secteurs de notre civilisation, est-elle un avantage en soi ou un destructeur de climat ? Ne faudrait-il pas essayer de respecter l’équilibre avec la nature ou doit-on se lancer dans l’aventure de la reprogrammation du vivant ? L’auteur ne voit pas pourquoi on devrait s’interdire une technologie transgénique qui a fait ses preuves partout dans le monde.

 J’ai trouvé chez Claude Lévi-Strauss, pour qui il n’y a pas d’axe du temps humain dirigé vers le Bien, la dénonciation de l’entreprise de destruction menée par la civilisation occidentale à la fois à l’encontre des autres cultures et d’une nature qu’elle s’approprie par la technique. L’idéologie libérale répond pourtant par l’affirmative à cette question : Peut-on assurer notre survie par l’intermédiaire d’une destruction ? Je ne suis par sûr que la réponse de Jean-Paul Oury soit la bonne…surtout quand on sait que JP Oury appartient à Alternative libérale, « le parti pris de la liberté » (pour ceux qui cultivent des OGM) !

contre le désastre

La rubrique « le livre du jour » nous résume La stratégie du Choc de Noami Klein (LeMonde du 15.05.2008). Selon l’ultra-libéral Milton Friedman, le capitalisme doit profiter du choc créé dans l’opinion par un coup d’Etat, une guerre ou un tsunami pour imposer des réformes impopulaires, en fait réduire le rôle de l’Etat qui « croit qu’on peut faire le bien avec l’argent des autres ». Passons sur le fait que les capitalistes ne peuvent amasser de l’argent que sur le dos des travailleurs, en expropriant la plus-value. La catastrophe à venir va certainement prendre la figure d’une pétroapocalypse. Le capitalisme fordiste est la source de cette catastrophe, il ne devrait pas être celui qui en tirera profit.

Pourtant rien ne va dans le bon sens. Deux pages après avoir parlé de Noami Klein, LeMonde nous lance à la figure une énorme publicité en pleine page : « Les pauvres sont dégueulasses, ils polluent ». Il s’agit d’imposer à l’Etat une prime à la casse pour inciter les catégories modestes à acheter une voiture moins polluante que leurs vieux modèles. D’un côté les théoriciens du libéralisme vomissent l’Etat, de l’autre les constructeurs automobiles et les organismes financiers appellent l’Etat à l’aide.

 Ne soyons pas  dupes, Milton Friedman et les stratèges libéraux ne pensent qu’à une chose, faire en sorte que  les entreprises tirent profit des malheurs de l’humanité et de la planète. Soyons réalistes, descendons de notre voiture pour aller à pied. Sinon ce sont les capitalistes qui continueront à nous fournir le volant de notre esclavage.

non à la concurrence de l’ULC

La concurrence est le pilier de l’économie marchande. Contraint par la concurrence des autres marchands, aucune entreprise ne peut imposer le prix de vente et élargir ses profits. Mais quand tout le monde veut faire autant, sinon mieux que le concurrent, la planète court au désastre. A peine la voiture la moins chère du monde, la Nano, est-elle lancée sur le marché par le groupe indien Tata que Renault s’allie avec un autre groupe indien pour lancer l’ULC (Ultra Low Cost). LeMonde du 14.05.2008 nous indique que cette voiture sera au même prix que la Nano, soit 2500 dollars. Il faut conquérir l’Inde où seulement sept indiens sur mille possède une automobile et où les ventes progressent en moyenne annuelle de 15 %. Après les 4×4, les petites voitures s’ajoutent les unes aux autres, la Logan, la Nano, l’ULC en 2011, la voiture d’un groupe chinois bientôt, celle du japonais Toyota, de General Motors l’américain… Le désastre est à l’horizon, le réchauffement climatique ne pourra qu’être accéléré par ce surcroît de combustion du pétrole. Pourtant rien dans LeMonde sur ce contexte, si ce n’est un timide « Le moteur de l’ULC pourrait consommer moins de carburant que la Nano ».

On nous parle des générations futures, mais ce n’est qu’un slogan pour tous ces vendeurs de boîtes en métal qui préfèrent équiper les générations présentes. En fait la concurrence est le soutien de l’économie de marché, une recherche de l’équilibre par la rencontre de l’offre (les fabricants d’automobiles) et de la demande (cette classe globale qui veut posséder un moyen personnel de locomotion que quatre roues). Mais il ne s’agit que d’un équilibre à court terme, prolongeant la croissance du fordisme et la manipulation des besoins du consommateur. Ce libéralisme économique n’a aucune vison de l’équilibre à long terme qui devrait reposer sur l’harmonie entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère.

 Alors, l’ULC en 2011 ? Alors qu’on nous cache de moins en moins que la révolution industrielle est confrontée au troisième choc pétrolier et que le réchauffement de la planète s’accélère !!! Mais qui donc est chargé de la prospective dans l’entreprise Renault- Nissan ?

luddite, je suis

DMC en cessation de paiements (LeMonde du 2.04.2008), quel avenir pour le textile ? Revenons sur le passé. On ne peut pas pleurer sur des entreprises qui n’ont pas vérifié la destination de leur production : le groupe DMC est issu d’un atelier créé en 1756 à Mulhouse pour produire des toiles indiennes utilisées comme monnaie d’échange pour la traite des esclaves en Afrique. Cas particulier, vas-tu me rétorquer ! Analysons alors le processus moderne de production de textiles.

En 1776, le pionnier du libéralisme Adam Smith constate que l’élimination du travail à domicile pour mettre à la place des manufactures est un avantage pour la richesse des nations. Le rôle de l’industrie textile dans la révolution industrielle est considéré comme décisif car le « factory system » a permis l’expérimentation de nouvelles formes de travail et diffusé un nouveau mode de consommation en faisant baisser fortement les prix. Mais à l’époque des grands progrès des métiers à tisser, à la fin du XVIIIe siècle, était-il plus efficace de multiplier la production de tissus de coton par dix en créant une société de miséreux, ou bien de laisser évoluer le tissage artisanal à petits cadres ? L’efficacité est une réponse purement idéologique qui correspond aux intérêts des puissants du moment. De plus la théorie suppose que le progrès technique supprime des emplois à brève échéance, mais les multiplie à long terme. La vérité est que cette théorie est fausse, ce sont les guerres, le  colonialisme et les dépenses publiques qui en ont créé de nouveaux. 

 Partout où ils se trouvent, les néo-luddites tentent de fait entendre ce constat : quels qu’en soient les avantages présumés en termes de rapidité, de commodité, de gain de richesse ou de puissance, la technologie industrielle a un prix ; dans le monde contemporain, ce prix ne cesse de s’élever et de se faire plus menaçant. Les néo-luddites (les objecteurs de croissance) ne sont pas opposés à toutes les machines, mais à « toutes les machines préjudiciables à la communauté », comme le dit déjà une lettre de mars 1812. Pour l’introduction d’une nouvelle technique, les critères suivants peuvent servir de guide : un nouvel outil devrait être moins cher, plus petit et plus efficace que celui qu’il remplace, avoir besoin de moins d’énergie et utiliser de l’énergie renouvelable, être réparable, provenir d’un petit magasin local et ne devrait pas faire obstacle à quelque chose de bien qui existe déjà, relations familiales et politiques incluses. Il faut ajouter bien entendu le respect de toutes les autres espèces, plantes et animaux, ainsi que les écosystèmes dont ils dépendent.

futurs incertains

       Le futur que nous concoctent nos techno-scientifiques n’est pas brillant. Ainsi LeMonde du 21.04.2008 nous annonce dans sa page Futurs la fin de l’enseignement présentiel, les professeurs  face à leur élèves. En effet les humains pourront être remplacés par Eve, ce professeur virtuel qui pourra même réagir aux réactions des élèves et, pourquoi pas, lui envoyer une décharge électrique s’il n’est pas assez attentif. D’ailleurs l’article suivant nous présente le soldat du futur sous haute surveillance, piloté à distance, truffé de capteurs, des électrodes disposés sur le thorax et même le bout des doigts. Pour quelle cause se battront ces soldats ?

La technologie n’a jamais été neutre puisqu’elle a pour ambition de transformer le monde. Les outils technologiques bouleversent davantage nos existences que la couleur du régime politique, elle façonne le milieu naturel et ses habitants, elle modifie nos modes de vie, nos rapports sociaux, notre perception du monde. Ce système techno-industriel s’auto-entretient et alimente la prospérité de nos maîtres, protégés par une arsenal sécuritaire informatisé. Aujourd’hui la mécanisation du monde se passe de l’avis des citoyens, un jour prédisent certains, le progrès se passera même des humains. Quand votre professeur, votre facteur, votre commerçant, votre bureau de vote et votre armée se transforment en bornes électroniques, quel genre d’humain devenez-vous ?

 Si la conscience des chercheurs n’était pas stérilisée par la cupidité et la vanité, ils se mettraient en grève illimitée contre les applications de leur recherche. Notre futur doit rester à l’échelle humaine et valoriser les rapports de proximité, pas risquer le grand plongeon dans un cirque médiatique entouré de bits.    

DD du CO2

Le quotidien Le Monde du 11.04.2008 présente une page entière de pub dont l’objectif est le suivant : « Comment concilier sportivité, plaisir et développement durable ? En adoptant les technologies Porsche ». Et le titre d’affirmer sous la photo d’une belle Porsche rouge : « Tous nos modèles développent un plaisir durable. » 

Cet exemple montre que le terme « développement durable » ne veut plus rien dire. Je trouve même scandaleux qu’une firme automobile puisse faire de la publicité pour un modèle émettant 300 g de CO2 au km alors que le même numéro du Monde indique que selon J.Hansen, la Terre pourrait déjà avoir dépassé le seuil dangereux de CO2.

techniques à petite échelle

Nous distinguons deux sortes de technologies, que nous appellerons technologie à petite échelle et technologie dépendant d’une organisation. La technologie à petite échelle est la technologie qui peut être utilisée par des communautés de petite dimension sans aide extérieure. La technologie dépendant d’une organisation est la technologie qui dépend de l’organisation sociale globale. Nous ne connaissons aucun cas significatif de régression dans la technologie à petite échelle. Mais la technologie dépendant d’une organisation régresse quand l’organisation sociale dont elle dépend s’écroule. Quand l’Empire romain a éclaté, la technologie à petite échelle des Romains a survécu parce que n’importe quel artisan de village pouvait construire, par exemple, une roue à eau, parce que n’importe quel forgeron habile pouvait faire de l’acier avec les méthodes traditionnelles, et ainsi de suite. Mais la technologie des Romains dépendant d’une organisation a régressé. Leurs aqueducs sont tombés en ruine et n’ont jamais été reconstruits ; leurs techniques de construction de routes ont été perdues ; le système romain d’assainissement urbain a été oublié, au point que jusqu’à assez récemment l’assainissement des villes européennes était inférieur à celui de la Rome Antique.

  Jusqu’à un siècle ou deux avant la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie était une technologie à petite échelle. Mais depuis la Révolution Industrielle, la plus grande part de la technologie développée est la technologie dépendant d’une organisation. Vous avez besoin d’outils pour faire des outils pour faire des outils pour faire des outils. Prenez par exemple le réfrigérateur : sans pièces détachées produites en usine ou l’accès aux équipements d’un atelier d’usinage post-industriel il serait pratiquement impossible à une poignée d’artisans locaux de construire un réfrigérateur. Si par miracle ils arrivaient à en fabriquer un, il leur serait inutile sans une source fiable d’énergie électrique. Donc ils devraient endiguer un ruisseau et construire un générateur. Les générateurs exigent de grandes quantités de fil de cuivre. Imaginez vous essayant de faire ce fil sans machinerie moderne. Et où trouveraient-ils un gaz approprié pour la réfrigération ? Il serait beaucoup plus facile de construire une glacière ou de conserver la nourriture par séchage ou fermentation, comme on faisait avant l’invention du réfrigérateur. (extraits du Manifeste de Théodore Kaczynski)

Frédéric Lemaître lu par biosphere

L’éditorialiste Frédéric Lemaître, dans son analyse du déclin français (LeMonde du 27.02.2008) ne sort pas des sentiers battus.

1) « C’est parce qu’ils innovent peu que les exportateurs français subissent la hausse de l’euro ». Il n’est pas difficile de concevoir que l’innovation court après son ombre à une époque où la mondialisation des techniques est un fait établi. C’est la Chine qui sera d’abord l’initiateur de l’innovation, ou alors la Chine utilisera le rapport de force à son avantage comme elle a su le faire avec l’assemblage chez elle de certains Airbus ou l’achat de la licence de fabrication du nucléaire. Ce n’est pas l’innovation qui sauvera le marché français, c’est la relocalisation des activités de base, y compris dans l’industrie du jouet (en bois).

2) « Notre pays est trop peu présent dans les deux secteurs stratégiques pour l’avenir, les biotechnologies et les technologies de l’information. » Nous savons pourtant pertinemment que les OGM ne nourriront pas le monde. Les techniques d’avenir sont totalement autres,  décrites plus loin dans le décryptage p.17 : « Partout on voit baisser les rendements agricoles (…) Ce spécialiste en microbiologie développe une méthode au moment où sa discipline s’étiole ». Ce sont les microbes, champignons et vers de terre qui peuvent nourrir le monde, pas une agriculture innovante qui épuise les sols. Pour les technologies de l’information, ce n’est plus la 25e génération de mobile qui importe, mais le contenu de l’information qu’il faut revaloriser : apprenons à nous parler en face à face physique, pas à échanger des spams artificiels.

 3) « Le problème n’est pas que Mittal ferme son usine, mais que la Lorraine se montre incapable d’attirer des industries innovantes pour prendre le relais. » Encore une fois, Frédéric met en avant l’innovation, il n’a que ce mot comme vocabulaire de base. Pourtant les régions vont devoir fonctionner comme des bassins d’emploi, pas en attirant les investisseurs extérieurs, mais en réhabilitant les produits locaux et les échanges de proximité. Quand le baril sera à 300 dollars, vous verrez que nous irons au plus pressé sans nous soucier de techniques sophistiquées.

Sylvie Kauffmann lu par biosphere

Lettre ouverte à Sylvie Kauffmann

Dans ton post-scriptum (LeMonde du 26 février 2008) tu essayes de te dédouaner des critiques environnementalistes contre la Tata Nano en parlant de la voiture à moteur à air comprimé. Mais ni toi ni le constructeur Tata ne transforment la Nano en voiture propre en parlant d’autre chose. De toute façon, l’air comprimé ne vend que du vent.

Dans « Comment on va sauver la terre ! » (Science & Vie junior), on envisage déjà des idées pour se passer de pétrole, la voiture à air comprimé par exemple. Près de Nice, on peaufinait la MiniCat, une toute petite bagnole qui roule à l’air comprimé. Il suffit d’un grand réservoir contenant de l’air à une pression de 300 bars (300 fois la pression atmosphérique) qui, en sortant de la bonbonne, va se détendre avec violence et actionner les pistons. Selon son concepteur, l’automobile peut parcourir 150 kilomètres à 50 km/h de moyenne. Mais dès que vous l’utilisez dans des conditions normales de fonctionnement en faisant marcher essuie-glaces ou phares, l’autonomie est divisée par quatre. Un tel « optimisme » ne peut découler que d’une cuite collective parmi les concepteurs de ce numéro spécial d’avril 2006. L’édito indique quand même qu’une remise en cause de nos comportements n’était pas exclue.

 Le problème, c’est que l’excès d’optimisme empêche justement de modifier notre mode de vie puisque demain on aura trouvé une solution technique aux problèmes d’aujourd’hui : il suffirait d’une petite mise au point de toutes les inventions extraordinaires qui seraient étouffées par les grands monopoles. La Biosphère préfère le lock-down immédiat, cette forme de lutte liée à l’action directe non-violente qui consiste à faire le sacrifice (temporaire de préférence) de son corps en l’arrimant à un objet. Ainsi s’attacher à des rails pour empêcher un convoi nucléaire de passer. Mais on peut aussi s’attacher à un 4×4 au péage d’une autoroute. Ce serait l’expression du mécontentement de ceux qui ne se contentent pas de rêver que demain on roulera gratis !