sciences et techniques

Kindle sans avenir

Comme si ma planète n’avait pas déjà assez souffert, Amazon lance le Kindle à son assaut (titre du Monde, 18-19 octobre). Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et initiateur de cette « liseuse » électronique, ironisait en 2008 sur « les scribes travaillant jadis sur les papyrus, persuadés que leur technique était éternelle. Or il y a eu depuis le papier chiffon, la pâte à bois, l’imprimerie, l’édition électronique et maintenant le Kindle ». Kindle signifie « attiser un feu », les dirigeants du commerce électronique veulent faire partir en fumée tous les livres et journaux de papier. C’est beaucoup de suffisance et pas beaucoup de jugeote. En fait le Kindle est un outil hétéronome, dépendant de sa batterie et des programmes informatiques, mais aussi de gros serveurs électroniques, des transmissions à longue distance, d’une centrale électrique au charbon ou au nucléaire, etc.. Un livre de papier est bien plus durable, il permet l’autonomie ; il peut être lu et relu sans que le lecteur dépende de quiconque, il peut être lu dans cinq cents ans quel que soit l’avenir de la société thermo-industrielle. Sa batterie ne s’épuise pas.

En fait, il n’y a pas d’évolution linéaire vers un « progrès » assuré, que ce soit dans l’impression des écrits comme dans le reste des innovations contemporaines. La technique moderne est surtout pensée comme un outil de contrôle et de domestication au service des puissants, un moyen d’imposer la rationalisation technique contre toutes les formes d’autonomie : « La fin logique du progrès mécanique est de réduire le cerveau humain à quelque chose qui ressemble à un cerveau dans une bouteille (George Orwell) ».

Heureusement la révolution numérique n’a pas d’avenir durable… Quand l’électricité se fera rare après la crise ultime (crise pétrolière + crise économique + crise sociale + réchauffement climatique…), il sera bien agréable de pouvoir encore lire un vieux livre sur papier usagé !

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les limites nanomètriques

Le nanomètre (nannos en grec signifie « nain ») est à l’échelle du milliardième de mètre. Alors que 5 % seulement de Français savent aujourd’hui ce que sont les nanotechnologies, les autres vont bientôt tout savoir : un débat public va être instauré en France ! (LeMonde du 15 octobre). Pour avoir participé au débat public sur le nucléaire, je connais déjà la suite. Les nanotechnologies  comme le nucléaire sont déjà des éléments du marché et de l’emploi avant même qu’on commence à faire de la « démocratie participative ». Pourquoi revenir « en arrière » ? Les nanotechnologies comme le nucléaire ont certainement des effets négatifs sur les rapports sociaux et l’environnement, mais on applique le principe que tout ce qui est réalisable doit être réalisé ; même si on ne sait toujours pas traiter les déchets radioactifs ou le franchissement des barrières corporelles par les nanoparticules ! Les nanotechnologies comme le nucléaire relèvent du principe de précaution, mais on va nous expliquer qu’il faut savoir prendre des risques.

Les nanotechnologies comme le nucléaire entérinent nos décisions vers l’irréversibilité, mais si je suis contre, je ne peux qu’être anti-progrès. Dès que je critique l’utopie du progrès technique, le spectre de l’obscurantisme, de la barbarie et du retour à la bougie ressurgit ! La lecture de plusieurs commentaires de ce blog est édifiant. Pourtant, vouloir mettre des limites à la toute puissance de la techno-science ne veut pas dire être technophobe. Un tel jugement péjoratif relève d’une grave mystification. Car la contestation des nanotechnologies comme du nucléaire civil n’est pas une simple critique de la technique en tant que telle. Elle est d’abord une contestation politique d’un système technique monstrueux marqué par l’opacité et la centralisation, protégé par de hauts murs et l’armée et validé par une partie de la population après un bourrage du crâne et la mise à sa disposition des gadgets de la techno-science : certaines crèmes solaires contiennent déjà des nanocomposants…

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responsable et coupable

« L’écologie cherche à culpabiliser ces méchants consommateurs qui détruisent la planète. » C’est ce que croit un commentateur de ce blog. En fait, nous ne pouvons que constater que les consommateurs de la classe globale sont irresponsables, libre à eux de se culpabiliser comme il le faudrait. Prenons LeMonde du 13 octobre, « Les Français recyclent peu leurs téléphones portables ». Des millions d’appareils, dont la durée de vie est de sept à dix ans, sont  remplacés alors qu’ils sont encore en parfait état de marche. C’est l’obsolescence programmée et volontaire. Les Français achètent chaque année 22 millions de portables alors que 9 % seulement de leurs propriétaires font en sorte qu’ils soient recyclés. Nous sommes toujours responsables quand nous résistons aux appels publicitaires des opérateurs et quand nous décidons de promouvoir le recyclage. Si nous ne le faisons pas, nous sommes objectivement coupables de gaspillage et de destruction de la planète.

            Un autre article du Monde insiste sur l’obligation d’un recyclage particulier pour les ampoules basse consommation qui contiennent toutes du mercure : il faut rapporter l’ampoule en fin de vie ou, si elle se brise, l’isoler comme un produit dangereux, etc. Qui le fait ? Le problème de notre société pleine d’objets techniques très sophistiquée, c’est que le consommateur voit d’abord son intérêt personnel, envoyer des sms à la pelle ou bénéficier de 1400 lumens en pleine nuit. Il ne perçoit plus ses obligations collectives. Ainsi va notre système qui exacerbe le désir individuel et étouffe le sens des responsabilités. Alors le système sera de plus en plus obligé d’instaurer amende ou prison pour toutes les personnes qui ne font pas preuve d’un sens écologique normal.

Je suis donc d’accord avec un autre de mes commentateurs, « Il n’est pas question de haine de l’homme, mais de dégoût de ses comportements et de ses attitudes ». J’ajoute que notre système productiviste, capitaliste et libéral est aussi condamnable : on ne peut dissocier la société des individus qui la composent et réciproquement.

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écolomobilité, non électrique

Beaucoup de bruit pour rien ! LeMonde du 17 septembre nous propose une double page de publicité sur la bibione, un véhicule urbain électrique (non commercialisé !) + un article sur les constructeurs automobiles et les toutes petites voitures électriques + trois pages sur le salon de Francfort où « l’hybride s’affiche en vedette et le tout-électrique se rapproche » + une pleine page sur la commercialisation (fin 2012 !) par Renault d’une gamme de 4 véhicules électriques. Halte au bourrage de crâne et à la désinformation, la voiture électrique n’est pas la panacée, c’est même l’illusion qui veut nous faire croire à la voiture propre, c’est devenu pour Ségolène Royal le mythe de la lutte contre les changements climatiques !

Pour l’heure, la voiture électrique est partout, vedette du salon de Frankfort, priorité du grand emprunt national, superbonus de 5000 euros et d’un grand plan annoncé le 23 septembre, achat de quads électriques à La Poste… Seul problème : la voiture électrique n’est nulle part. Sa commercialisation à grande échelle est annoncée depuis des décennies. Mais ce sont des fonds publics monstrueux qui seraient nécessaires à sa mise en circulation, notamment parce qu’il faut des infrastructures de recharge.

Pour l’heure, la voiture électrique est surtout une gigantesque campagne de communication dont le premier résultat n’est pas de baisser les émissions de gaz à effet de serre mais d’augmenter les financements publics des constructeurs automobiles. La vraie question est de savoir où, quand et comment on pourrait utiliser intelligemment une voiture tout court. Cessons de mettre sous perfusion une industrie automobile qui n’en a guère besoin. Le chantage à la protection de l’environnement et à l’emploi doit cesser. La voiture propre n’est qu’un slogan publicitaire, la priorité est de repenser l’usage de la voiture pour la remettre à sa place…et sa place ne doit plus être au cœur de notre modèle économique et social. Nous allons vers une civilisation de la non-voiture.

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voiture et responsabilité

Du carbone fossile en 2050, y’en aura plus ou ce sera trop cher pour la petite bourse du terrien moyen de ce futur proche. Pour arriver à cet objectif du signal-prix, et diminuer l’impact du réchauffement climatique, le gouvernement français pense mettre en place une taxe carbone, dite contribution-climat (LeMonde du 29 août), ajoutée dans la liste des impôts 2010. Mais Sarko est aussi affolé que Ségolène Royal par la perspective de pénaliser les familles qui ont fait construire leur pavillon à des kilomètres et des kilomètres des lieux de travail et de socialisation. Ces esclaves de la société motorisée ne savaient pas calculer la vitesse moyenne de leur auto.

Si on divise le nombre de kilomètres parcourus par une voiture par le temps de déplacement ET le temps de travail nécessaire à son acquisition, à son usage et à son entretien, on obtient une vitesse « généralisée » d’environ sept kilomètres à l’heure, un peu plus grande que la vélocité d’un homme au pas, mais sensiblement inférieure à celle d’un vélocipédiste. Le résultat obtenu, arithmétiquement, signifie ceci : le Français moyen, privé de sa voiture, donc libéré de la nécessité de travailler de longues heures pour se la payer, consacrerait moins de temps généralisé au transport s’il faisait tous ses déplacements à bicyclette. Ce scénario alternatif serait jugé par tous absurde, intolérable. Et cependant il économiserait du temps, de l’énergie et des ressources rares, il serait doux à ce que nous nommons l’environnement.

Fidèle à la logique du détour de production pour mieux en révéler le caractère idéologique, le calcul que nous avons fait (cf. Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé) montre que le temps passé à concevoir et fabriquer des engins capables de faire « gagner du temps » fait beaucoup plus qu’annuler le temps qu’ils économisent effectivement. L’économie, ce serait économiser la peine et les efforts de l’homme ? Quelle naïveté ! Qui ne voit que tout se passe comme si l’objectif était, au contraire, de les occuper sans relâche, quitte à les faire piétiner, de plus en plus vite, sur place…

Les esclaves de la société motorisée sont aussi responsables de leur propre sort. En payant quelques centimes de plus chaque litre avec la  taxe carbone, puis plus tard quelques euros de plus, ils auront compris la part de leur responsabilité et pourront se libérer de leurs chaînes.

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la médecine en 2050

En 2050, la médecine sera moins triomphante, moins technicisée, moins mécanisée. Je suis d’accord avec Ivan Illich, « l’installation du fascisme techno-scientifique n’a qu’une alternative : un processus politique qui permette à la population de déterminer le maximum que chacun peut exiger, dans un monde aux ressources manifestement limitées ; un processus d’agrément portant sur la limitation de la croissance de l’outillage, un encouragement à la recherche de sorte qu’un nombre croissant de gens puissent faire toujours plus avec toujours moins. » (La convivialité, 1973)

Ce point de vue est conforté par Jean-Pierre Dupuy (Pour un catastrophisme éclairé, 2002) : « La médecine devient l’alibi d’une société pathogène. La médicalisation du mal-être est tout à la fois la manifestation et la cause d’une perte d’autonomie : les gens n’ont plus envie de régler leurs problèmes dans le réseau de leurs relations. Le mode hétéronome, c’est la médecine institutionnalisée, définie comme l’ensemble des traitements codifiés que dispense un corps de professionnels spécialisés. Les prothèses médico-pharmaceutiques, en biologisant les dysfonctions sociales, évite que l’intolérable soit combattu au plan où il doit l’être : dans l’espace politique. Telle est la contre-productivité sociale de la médecine. Seulement Illich ne s’est pas arrêté là, et c’est ce que les « progressistes » ne lui ont pas pardonné. On l’a abandonné lorsqu’il s’est mis à soutenir que « le traitement précoce de maladies incurables a pour seul effet d’aggraver la condition des patients qui, en l’absence de tout diagnostic et de tout traitement, demeureraient bien portants les deux tiers du temps qu’il leur reste à vivre. »

La médecine moderne  est un gros consommateur d’énergie, et l’énergie viendra à manquer d’ici à 2050. Déjà LeMonde du 25 août 2009 donne raison à Illich, l’imagerie médicale est en panne faute d’isotopes : « Le problème de fond, c’est que la production d’isotopes coûte cher ». Demain elle sera en panne faute d’électricité. Il faudra parer au plus pressé et appréhender le sens des limites de l’innovation techno-scientifique.

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supprime ton mobile

LeMonde du 7 août nous intoxique, faut faire comme tout le monde, faut être branché : sur une demi-page, on nous prodigue des conseils pour téléphoner à l’étranger à moindre coût. Il est vrai qu’une brève nous informe que 58,9 millions de Français sont clients des services de téléphonie mobile, soit un taux de pénétration de 91,8 %. Il est vrai que les bébés peuvent déjà mâchouiller des objets caoutchoutés qui représentent des mobiles. Il est vrai qu’à 7 ans, ils veulent faire comme les copains, avoir son propre téléphone personnel. Il est vrai qu’à 15 ans, ils en sont déjà à leur troisième ou quatrième portable, l’innovation est si rapide. Mais les enfants comme les adultes ont-il vraiment  besoin d’un téléphone dans la poche ?

La téléphonie fixe en France était performante, le moindre village avait sa cabine téléphonique, les voisins étaient équipés, pas besoin donc d’un réseau téléphonique supplémentaire, pas besoin d’ondes électromagnétiques dont on ne sait pas encore à quelle vitesse elles font bouillir les cerveaux, pas besoin que les enfants échappent encore plus à l’éducation de leurs parents…il est si facile de parler avec ses pairs par la voie des airs.

Notre consommation correspond à 5 % de vrais besoins et 95 % des désirs solvables. Personne ne nous met un revolver sur la tempe pour acheter un mobile de la 25ème génération ! Nous allons devoir apprendre à nous passer d’une partie de ce qui nous semble indispensable.

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objectif lunaire !

L’espèce homo sapiens a essaimé dans l’espace géographique tout en améliorant ses capacités de déplacement. Autrefois les migrations à pied, puis à cheval ou en pirogue, hier les avions et aujourd’hui les fusées. On a même marché sur la lune ! Les humains préfèrent la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. Vive la con-cu-rrence et le conflit. La fusée a d’abord été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste a lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire le 21 juillet 1969. C’est ce que célèbre un cahier du Monde dont le contenu essentiel porte les deux albums de Tintin !! On a besoin de rêve, on nous vend du rêve !!!

En fait la guerre des nations a été remplacé par le goût de l’exploit techniciste au prix d’une débauche de ressources non renouvelables. Les humains croient encore qu’ils pourront aller sur mars, mais ils n’iront jamais sur la plus proche étoile, Alpha du centaure : la masse de carburant pour parcourir 40 000 milliards de kilomètres nécessiterait une masse de carburant équivalente à deux fois la masse de l’univers connu. L’humanité a atteint les frontières de son monde, il n’y a plus d’expansion possible. Il faut reconnaître que nous n’avons qu’une Terre et qu’elle est bien trop petite pour assurer nos fantasmes de nouvelles frontières perpétuelles.

Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles. Et à chacun ses rêves dans son sommeil, cela ne coûte rien.

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connecté…à quoi ?

LeMonde du 25 juin consacre deux articles à Twitter, le service de minimessages qui informe tous nos copains en même temps de nos pensées et de nos gestes : « Alors, qu’est-ce que tu fais en ce moment ? » (44 caractères) ; « Je suis au café en face, qui vient me rejoindre ? » (50 caractères). En moins de 140 caractères, tout le monde peut partager la même banalité, oubliée la minute d’après. Ce genre de message ne sert à rien, mais cela correspond à l’obsession, cultivée par les technologies modernes de communication, de rester connecter constamment, avec le plus de gens possibles.

Le cocréateur de Twitter, Biz Stone, a le culot de comparer cette aliénation médiatisée au développement d’un écosystème. En fait ce type de relations enferme encore plus les individus dans leur nombrilisme et leur anthropocentrisme : seul compte la superficialité humaine, les écosystèmes et la profondeur de raisonnement sont oubliés. Pourtant, pour se connecter au nuage qui passe et à l’arbre qui frissonne, point besoin d’instruments électroniques ; il suffit d’ouvrir ses yeux et ses oreilles aux images et aux  sons d’une nature dont nous réduisons l’espace chaque jour davantage.

Malheur à nous qui ne sommes plus connectés à la Biosphère. Malheur aux firmes mondialisées qui nous enferment dans un carcan pour leur plus grand profit. (1331 caractères)

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autophobie

Le comité des constructeurs français d’automobiles fait semblant de s’intéresser à l’autophobie (LeMonde du 19 juin). Mais les dégonfleurs de pneus de 4×4 sont toujours aussi rares. Peu importe les tares de l’automobile, anarchie urbaine, dérèglement climatique, individualisme forcené, elle est entrée dans les mœurs. Et puis les gens se disent o-bli-gés d’avoir leur bagnole. Surtout faut pas les culpabiliser, ils ne sont pas responsables d’aller véhiculer leur bambin à l’école à 4 pas du domicile familial. Alors, que la voiture individuelle devienne  un gage de liberté en Chine, rien de plus normal. Déjà en Amérique, de par sa sujétion à l’automobile, l’homme a commencé à perdre l’usage de ses jambes. Les Chinois suivent la même voie de garage. L’autophobie ne peut qu’être une pensée réactionnaire du type retour à l’âge du parcours pédestre.

            Alors je me console en relisant Vivre sans pétrole de J.A. GREGOIRE , livre de 1979 : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! 

Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai « crise ultime ».

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société de non-voiture

 Je pense que la politique, ce n’est pas seulement commenter une élection, c’est présenter une vision de notre avenir. Quand K.Marx prévoyait la prise du pouvoir du prolétariat, il avait une certaine vision d’avenir et il a formaté des partis politiques qui ont relayé son analyse. Aujourd’hui il s’agit de construire une alternative au modèle productiviste défendu aussi bien par le système capitaliste libéral, par les pays « socialistes », ou par les partis actuels, qu’ils soient de droite ou de gauche.  Proposons comme alternative par exemple la « société de non-voiture individuelle ». C’est une vision stratégique d’avenir, beaucoup plus pragmatique que la lutte de classes ; il s’agit d’agir sur notre comportement, pas de conquérir le pouvoir d’Etat.

            Mais Dieter Birnbacher posait, dans son livre La responsabilité envers les générations futures (1994), la question de savoir si la démocratie était en mesure d’être le lieu d’une éthique du futur. Ce n’est pas évident car une conscience prévoyante, centrée sur le long terme, est porteuse de certains renoncements. Elle entre en conflit avec les aspirations immédiates des individus, la préférence pour le présent. Renoncer à la voiture ? Mais nous sommes bien obligés d’avoir une voiture !

Pourtant je peux largement justifier une société de non-voiture aux yeux de mes concitoyens par de multiples arguments : l’impasse écologique d’une production de masse liée à une consommation de masse, la sur-valorisation du moi (tendance libérale et non socialiste) induite par la voiture individuelle, l’approche du pic pétrolier (la contrainte biophysique), les illusions des alternatives comme les agrocarburants ou la voiture électrique, les interdépendances entre mode de déplacement, lieu de travail et joie de vivre, etc., etc.

Pourtant nous pourrions aussi proposer des mesures immédiates pour aller vers la société de non-voiture, à commencer par la suppression des 24 heures du Mans et de toutes les course automobiles. Une autre mesure normative, proposée par Yves Cochet, consisterait à interdire les déplacements automobiles non professionnels le dimanche. J’entends déjà les cris de celles et ceux qui qualifient ces mesures de liberticide, voire d’écofasciste : « On restreint mon droit à la mobilité ! » Oui, C’est cela, ou la guerre civile. Une troisième mesure serait la réduction des vitesses maximales autorisées sur autoroutes, routes, et en ville, respectivement à 90 kilomètres à l’heure, 60 km/h et 30 km/h. D’autres mesures concerneraient les véhicules eux-mêmes : bridage des moteurs, limitation du poids et de la surface au sol des engins, etc., etc.

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décès du politique

Ivan Illich, de passage à Paris pour son livre La convivialité, avait refusé de parler à la télé (la Gueule ouverte,  juillet 1973) : « Le discours télévisé est inévitablement démagogique. Un homme parle sur le petit écran, des millions d’hommes et de femmes l’écoutent. Dans le meilleur des cas, la réaction maximum du public ne peut être que bip bip je suis d’accord ou bip bip je ne suis pas d’accord. Aucun véritable échange n’est possible, mais je suis heureux de soumettre mon travail à la critique des lecteurs de La gueule ouverte, tous profondément préoccupés de ne se laisser enfermer dans aucun carcan idéologique. »

Aujourd’hui Roger-Gérard Schwartzenberg exprime la même chose dans son livre L’Etat spectacle 2 (présentation du livre du jour, LeMonde du 2 juin). Il n’y a plus combat des idées, il y a affrontement de personnes. Dans la médiasphère, la télévision est devenue la principale source d’asservissement de la pensée politique. Ceux qui sont élus sont ceux qui savent présenter la meilleure image d’eux-mêmes, ceux qui savent le mieux se vendre comme la savonnette Sarko. Prenons deux exemples.

Lors du Congrès socialiste de Reims en novembre dernier, ce qui importait médiatiquement, c’était de présenter la guerre des chefs, Ségolène ou Aubry, Delanoë ou Ségolène, Aubry ou Hamon. Donc ce culte de l’image est passé dans la tête des militants, il y a eu asservissement au culte des ego. La seule avancée idéologique était la motion B, Pour un parti socialiste résolument écologique. Elle a obtenu seulement 1,58 % des voix ; bip bip, je suis plutôt d’accord  avec Ségolène, bip bip, ce sera Aubry première secrétaire du parti. Que l’on ne s’étonne pas du vide généralisé de la campagne européenne, on ne vote pas pour une personne le 7 juin prochain, il n’y a plus rien de visible sur les écrans.

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la fin du fordisme

L’automobile est symbolique de notre société basée sur la démesure technologique et une énergie non renouvelable fournie gratuitement par la nature. L’industrie automobile, fondée à la fois sur la production de masse (le travail à la chaîne) et sur la consommation de masse (des salaires ouvriers en progression), a cent ans à peine et s’est déjà répandue sur toute la planète. Mais il suffit de parcourir Le Monde ces quatre derniers jours pour s’apercevoir que la fin du fordisme est proche.             

Le Monde du 6 mai nous informe que Renault, fleuron de l’industrie automobile française, pourrait vendre 1 milliard d’euros d’actifs immobiliers pour faire face à ses difficultés financières.            

 Le Monde du 7 mai nous annonce que l’allemand BMW a connu une perte nette de 153 millions d’euros au premier trimestre  et prévoit une baisse globale de ses ventes en 2009. 

Le Monde du 8 mai nous dit que l’automobile est au centre de la campagne électorale en Allemagne. Ici et ailleurs se mettent en place prime à la casse et soutien financier pour assister des groupes privés. 

Le Monde du 9 mai développe sur Toyota qui affiche ses premières pertes en 72 ans d’existence. La situation du numéro un mondial va encore se dégrader l’an prochain. 

Pourtant Le Monde ne nous dit rien sur la fin programmée du fordisme : médias, syndicats, patrons et gouvernements croient encore que c’est une mauvaise passe entraînée par un tsunami financier qui a mis à mal la voiture à crédit. Mais ce ne sont que les prémisses du grand affolement qui va gagner tout le monde quand les perspectives de l’épuisement du pétrole vont enfin se faire ressentir. Au lieu de profiter de la crise actuelle pour sortir du tout-automobile, les habitudes mentales font en sorte que nos erreurs se perpétuent. Jamais nous n’aurions du accepter la mise en place d’un fordisme qui a attaché les ouvriers à une chaîne et qui a augmenté le pouvoir d’achat au lieu de promouvoir la joie de vivre… 

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le travail n’est pas à la fête

Le travail salarié n’est pas à la fête. La manifestation unitaire du 1er mai en France n’y changera rien. Du fait de l’approfondissement de la division du travail, de la mondialisation des marchés, de la concentration des entreprises, de la mobilité des capitaux…, les chaînes d’interdépendance ne cessent de s’allonger. Mon emploi dépend d’une entreprise qui dépend d’un groupe qui dépend d’un fonds de pension qui gère le capital retraite d’une multitude de salariés.

L’histoire du capitalisme est celle de la salarisation généralisée, donc de la séparation systématisée des travailleurs d’avec leurs moyens de production. Séparation aujourd’hui complètement normalisée, à tel point que l’idée de travailler à son compte apparaît comme une adhésion implicite à l’idéologie néo-libérale. Qu’il n’y ait plus de potager en ville, que presque personne ne sache faire son savon ou sa bière soi-même, que de moins en moins d’artisans produisent avec des ressources et des denrées du cru, tout cela semble dorénavant secondaire. Les travailleurs ne voient pas le danger d’une salarisation qui fragilise nécessairement notre vie quotidienne, en nous mettant à la merci de processus socio-techniques sur lesquels nous n’avons aucune prise. Du coup cette évolution accule à la croissance perpétuelle de la production pour assurer salaires, allocations, pensions… Un jour ou l’autre, la Biosphère ne pourra plus soutenir cette croissance non contrôlée, la profondeur de la crise sera à la mesure de la longueur de la chaîne des dépendances ! Descendre dans la rue ne change rien aux données structurelles.

La figure du petit producteur indépendant, maître de son outil de travail, fut l’idéal politique de la démocratie américaine au XIXe siècle et de la République française jusqu’à la seconde guerre mondiale. Avec la relocalisation, nous y reviendrons. Cultiver à nouveau son jardin deviendra même une obligation dans les pays « développés », mais aussi une quasi-impossibilité pour trop de travailleurs sans terre.

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jeûne technologique

Après huit jours à respecter scrupuleusement la « Semaine sans écran » pour essayer de montrer qu’on peut échapper à l’intoxication mentale actuelle du tout technologique, je n’ai qu’un mot à dire : dur, dur ! En effet mes proches n’ont pas été convaincu par mon abnégation, ils ont continué à téléphoner sur leur portable et à écouter la télévision !! 

Mais ma période de jeûne technologique est enfin terminée, je vais reprendre mes chroniques quasi-quotidiennes sur ce blog. 

A bientôt.

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semaine sans écran

Du 20 au 26 avril se déroule la semaine sans écran ou encore « Semaine de la désintoxication mentale ». 

Créée par Adbusters, revue canadienne, cette campagne est relayée en France par le mouvement Casseurs de Pub. La démarche se veut préventive pour tenter de désintoxiquer des addictions à l’écran, informative pour alerter médias et citoyens sur la surconsommation d’écran. J’adhère complètement. 

Pourtant, si tu es en train de lire ces lignes, c’est que tu es penché sur ton écran. Désolé, pendant huit jours tu ne trouveras sur ce blog que ce message.  

Mais si tu veux me laisser un commentaire, libre à toi !

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impuissance OGM

LeMonde du 17 avril annonce la couleur dès le titre : «  OGM : la hausse des rendements contestée ». Après vingt ans de recherches et treize  ans de commercialisation du soja et du maïs trangèniques, les fermiers américains qui ont recours à ces semences n’ont guère récolté davantage à l’acre ! Cette conclusion d’un rapport récent du MIT était déjà annoncé en 2006 par le ministère américain de l’agriculture qui ne constatait pas d’améliorations significatives des rendements. Quelques précisions complémentaires :

Alors que la tomate « flavour savor » est en 1994 le premier organisme génétiquement modifié, les variétés de soja représentaient déjà cinq ans plus tard 55 % des surfaces cultivées aux USA et celles de maïs 35 %. Cette expansion forcenée découle d’un a priori : comme l’humain a toujours manipulé le vivant, les techniques de manipulation génétique ne font que s’inscrire dans l’histoire des techniques de sélection et il n’y a donc pas lieu d’adopter un cadre réglementaire spécifique. Mais en réalité il ne s’agit pas d’améliorer une espèce, mais de créer une chimère à partir d’espèces différentes. De plus les gènes ne correspondent pas à une seule protéine et une seule fonction, ils ont un fonctionnement corrélé et complexe dont la place sur un chromosome peut influencer considérablement la variabilité de l’expression. Dès lors la modification génétique a des effets imprévisibles dont l’analyse est trop complexe pour qu’on lance dans la nature des objets de recherche inaboutis. La possibilité existe aussi d’une dissémination aux plantes sauvages ou même aux semences cultivées qui vont être contaminées : le bio et l’OGM ne peuvent durablement coexister. Autre menace, les OGM ne résistent sans doute que temporairement à des prédateurs qui, par sélection, deviendront résistants et encore plus pathogènes. Au-delà du nécessaire principe de précaution, il faut constater que les plantes trans-géniques ne sont pas nées de la demande des agriculteurs et des consommateurs, mais bien de l’offre imposée par les industriels de la semence.

Quel esprit raisonnable confierait son avenir aux fabricants d’agrotoxiques ?

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Tx d’intérêt négatif

Le taux du livret A est ramené à son plus bas historique (LeMonde du 12-13 avril). Rappelons que le taux d’intérêt réel peut même devenir négatif si l’inflation est plus forte que la rémunération. Comme le dit le dessin humoristique de la page, « Tu vas voir…Ils vont nous expliquer qu’à cause de la déflation, on doit de l’argent à la banque ». Avec une rémunération de 1,75 % et une inflation de 2,75 %, le titulaire du livret A perdrait à peu près 1 % de a valeur de son placement. En fait nous somme dans une société qui a fumé la moquette, avec un petit antidépresseur pour faire passer. La plupart des mécanismes artificiels qui nous font vivre sont aberrants. Démonstration :

L’Ancien Testament interdisait le prêt à intérêt entre Hébreux et les Quatre évangiles indiquaient : « prêtez sans rien attendre en retour. » Au contraire les Calvinistes ont affirmé que l’argent  permettait de mettre en œuvre une production et les fruits de cette production sont donc dû au prêteur. Pourtant le prêteur qui réclame une indemnité ne sacrifie pas une jouissance présente pour une jouissance future puisqu’il ne peut prêter que l’argent qu’il a en trop ; l’épargne est toujours dans l’attente d’une consommation personnelle, sinon elle représente une liquidité superflue. De toute façon dans une société en expansion, c’est la banque qui fait crédit puisqu’elle peut créer de la monnaie sans dépôt préalable : l’investissement précède ainsi l’épargne et non l’inverse. Dans les faits, le prêteur se rémunère sur la rentabilité supplémentaire du capital investi, ce que l’idéologie libérale traduit ainsi : l’intérêt résulte de la productivité nette du capital. Mais ce qui importe pour l’écologiste, c’est que toute épargne transformée en investissement donne toujours plus de pouvoir aux humains sur la Biosphère, trop de pouvoir, au point de détruire le milieu qui nous fait vivre.

Conclusion : C’est le taux de croissance qui permet de rembourser l’argent emprunté. Arrêtez la croissance, vous supprimerez le taux d’intérêt.

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l’école sans ordinateur

L’établissement sera tout numérique. Le collège George-Charpak de Goussainville ne veut connaître que tableau interactif et stylet électronique (Lemonde du 18 mars). Il  paraît que cela motive les élèves, il est vrai que la génération de l’écran (télé + portable + ordinateur + jeux vidéo)  est allergique à la craie et au tableau noir ! De toute façon cela n’est pas durable si on en croit Yves Cochet :

« Certains observateurs du changement de paradigme ont cru déceler une transition en cours entre l’ancienne civilisation productiviste et une nouvelle civilisation rendue possible par les avancées de l’électronique. Ces nouvelles technologies sont les symptômes de la pensée et de l’action technoscientifique les plus conformes au modèle productiviste. Elles ne représentent aucune alternative matérielle, spirituelle, économique ou sociale, philosophique ou politique, au productivisme. Elles sont une simple évolution moderne de celui-ci. (…) L’ère des technologies informatiques à l’avenir bien fragile. Lorsque le baril sera à 300 dollars et le super à 5 euros le litre, quelles seront les conséquences sur la construction et la maintenance des satellites de communication, des relais de téléphonie mobile, des câbles sous-marins et des fibres optiques terrestres qui constituent l’infrastructure de notre Internet ? Fini. Terminé. Imaginez le monde sans mail et sans Web. » (In Antimanuel d’écologie d’Yves Cochet, Bréal 2009)

Imaginons une société sans école, le rêve d’Ivan Illich…

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illusion de la liberté avec Pascal Bruckner

Pascal Bruckner a presque le même âge que moi. Mais il est titulaire d’une maîtrise de philosophie et d’un doctorat de Lettres, ce qui ne le prépare pas tellement à comprendre l’évolution du monde. Il essaye pourtant dans LeMonde du 28 février en écrivant que la voiture est en panne de libido. Cette analyse est source d’illusion dans cette expression répétée :

– sur la voiture : « avaler des kilomètres et ne dépendre de personne » ;

– sur les ordinateurs « qui répondent au double principe d’indépendance et de locomotion » ;

– sur les écrans ultraplats « nouveau paradigme qui fait basculer l’individu contemporain dans une ère inédite d’autosuffisance et de mobilité ».

Pascal Bruckner veut nous faire croire qu’une plus grande célérité dans l’espace s’obtient tout en préservant l’autonomie de l’individu. Il n’en est rien. L’automobile à pétrole (ou électrique) a besoin d’une énorme infrastructure pour pouvoir circuler, routes et autoroutes, points de ravitaillement en énergie… Les instruments électroniques (ordinateurs, écrans de tous types) ont besoin de l’infrastructure des réseaux électriques qui amènent  à l’appareil l’énergie sans laquelle ces gadgets ne serviraient rien. Il n’y pas d’autonomie possible avec une technologie hétéronome. Pascal a mal lu Ivan Illich.

Non seulement le marché agonise, mais tous ceux qui nous font croire que nous pourrions toujours aller impunément plus vite, plus loin, plus souvent et moins cher « en toute liberté » nous font prendre les vessies pour des lanternes…

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