simplicité volontaire

vive la pauvreté !

LeMonde du 10 juin estime dans son éditorial que « le vert est mis ». Mais le couvert ne sera pas à la hauteur. Pourquoi ? Parce que nous nous refusons à envisager l’état de mobilisation extrême qu’il faudrait avoir face aux différents périls à la fois financiers et écologiques qui vont nous submerger. Parce que LeMonde croit que « la décroissance laisserait entier le problème de la pauvreté ».

Il faut que les journalistes, les politiques et les économistes découvrent que l’état de pauvreté n’est pas un mal en soi. Dans son livre Quand la misère chasse la pauvreté, Majid RAHNEMA nous démontre que la pauvreté choisie est la condition de lutte contre la misère. Il y a d’un côté la pauvreté consentie dans des sociétés conviviales dont le mode de vie simple et respectueux de tous a compté pour beaucoup dans le maintien des grands équilibres humains et naturels au cours de l’histoire. Si chacun ne conservait que ce dont il a besoin et se contentait de ce qu’il a, nul ne manquerait de rien. Toutes les sociétés vernaculaires dites « pauvres » développent en leur sein des mécanismes destinés, d’une part, à contenir l’envie et la convoitise, tout en maintenant une tension positive entre ce qu’il est personnellement possible de vouloir et d’avoir et ce qu’il est collectivement possible et raisonnable de produire. Cette tension leur a permis de développer leurs capacités productives sans qu’il y ait rupture entre les besoins et les ressources. De l’autre côté, dans la société de croissance, il y a les insupportables privations subies par une multitude d’humains acculés à des misères humiliantes et la misère morale des classes possédantes.

Les journalistes, les politiques et les économistes devraient donc se donner comme objectif la destruction des centres de production de la rareté, c’est-à-dire cette lutte contre « la pauvreté » qui définit un seuil de pauvreté de façon relative, un niveau qui progresse continuellement avec la courbe de la croissance économique et qui mène la société thermo-industrielle au bord d’une catastrophe.

Arielle Dombasle, out !

Je ne lis jamais Figaro-madame. Mais celui du 29 mai donnait la parole à Yann Arthus-Bertrand : « On nous parle de la fin du pétrole, de la perte de biodiversité… Nous n’avons pas trente-six pistes à suivre. Il faut vivre avec moins. » On interviewe aussi des femmes qui défendent la protection de la planète. On converse avec Nicolas Hulot et Pascal Picq : « Il ne suffit plus de se dédouaner avec deux ou trois petits gestes écolos… »

Mais Figaro-madame reste avant tout la vitrine du superflu. Le supplément commence par une double page sur le parfum Dior, une autre double page sur les sacs Hermès, une double page sur le parfum Guerlain, etc. Le pompon du vide satisfait de lui-même revient sans contexte à Arielle Dombasle, cette icône glamour que la mode passionne puisqu’il faut oser être soi : « La mode est gracieuse parce que très éphémère. C’est en cela que je la trouve attachante. »… « Je ne peux pas imaginer la vie sans talons hauts. Il faut toujours s’élever au-dessus de soi-même »… « Je fais trop d’achats compulsifs, les petits flacons de parfum, les crèmes, les élixirs, irrésistibles ».

Sur notre planète, il va falloir vivre avec moins. Les icônes du type Arielle Dombasle doivent disparaître, et Figaro-madame avec. Je mets dans le même sac à jeter le supplément mensuel du Monde, M et son « styles à fleur de peau » (4 juin). Marre des bijoux et de la mode, marre des suppléments inutiles, place à la véritable information, place à la simplicité volontaire.

le poids de la santé

Nous ne nous préparons pas du tout à l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle qui va crever du poids de sa complexité. Nous voulons continuer comme avant, plus de croissance, plus de centralisation, plus d’impôts, plus de « sécurité »…sans nous rendre compte que nos recettes traditionnelles ne feront qu’amplifier le poids du désastre. Ainsi, alors que la Sécurité sociale française ploie sous la charge financière, la Chine veut couvrir le risque maladie pour 90 % de sa population d’ici à 2011 (LeMonde du 12.05.2009). Comment sortir de cette contradiction ?

Lorsqu’une société se développe au-delà d’un certain niveau de complexité, elle devient de plus en plus fragile. Une simple crise du crédit aux USA entraîne déjà des conséquences mondiales Les crises écologiques à venir (choc pétrolier, perturbation climatique, épuisement de la plupart des ressources naturelles) sont porteuses d’une déstabilisation encore plus grande. Pourtant nous accroissons constamment notre complexité, y compris dans le domaine de la santé. Comme les généralistes ne suffisent plus à satisfaire la demande de soins, nous construisons des  hôpitaux. Avec les progrès des techniques médicales, il faut installer des centres hospitaliers dans les villes et des services de plus en plus spécialisés. Comme l’hôpital coûte trop cher, il faut mettre en place un système de cotisations sociales généralisées, et la financer en ponctionnant l’épargne de la population. Si cela ne suffit pas, on soignera à crédit par l’emprunt. Comme la population se plaint des charges croissantes, il faut faire payer de plus en plus de choses par les patients eux-mêmes tout en augmentant le nombre de fonctionnaires des impôts. Tout cela s’accompagne de plus de spécialistes, de plus de ressources à gérer, de plus de coercition – et, in fine, moins de retour sur l’argent dépensé. Au bout du compte, on atteint un point où toutes les énergies et les ressources à la disposition d’une société sont nécessaires uniquement pour maintenir un niveau de complexité dont le système de soins n’est qu’un aspect. Puis, quand un tsunami financier ou un blocage énergétique survient, les institutions complexes n’ont plus les moyens de survivre et les malades se retrouvent livrés à eux-mêmes. Alors émerge une société moins complexe, organisée sur une plus petite échelle. (Ndlr : On aura reconnu dans ce paragraphe une transposition des analyses de l’archéologue Joseph Tainter, auteur de l’ouvrage L’Effondrement des Sociétés Complexes)

 En matière de santé, le seul avenir pour la France comme pour la Chine, c’est la suppression de la technicisation à outrance, la disparition des grands hôpitaux centralisés, le retour aux centres de soins locaux supprimés par Sarko et la valorisation des médecins aux pieds nus comme au temps de Mao. Nous devrons ressentir les limites de notre planète, faire confiance aux capacités d’autoréparation de notre corps et ne plus craindre la mort.

consommation maigre

Quoi d’intéressant dans LeMonde du  5 mai 2009 ? Certainement pas les deux pages entières de pub pour Total, l’énergie dépend d’abord de mon corps, pas du pétrole. Et il faut nous prendre pour des idiots pour laisser croire que Total incite vraiment à économiser l’énergie. Je préfère me pencher sur la consommation maigre, article d’Yves Doz  dans le supplément économique. Depuis la crise, la demande se reporte sur des produits simples et robustes, de qualité mais de prix bas. Les petites maisons se vendent bien, les grandes sont délaissées par le marché. La vanité de la surconsommation s’enracine dans un contexte de menace écologique. Mais il est ridicule de prendre comme exemple l’ami américain bien nanti: « Faute de pouvoir m’offrir un Ferrari, je me  contenterai d’une Jaguar ». L’avenir est à l’abandon de la voiture individuelle : ni Jaguar, ni Logan.

Un autre article complémentaire du Monde indique que les clients, déstabilisés par la récession, sont en quête de nouveaux repères ; plus que jamais, ils rejettent le superflu. En effet, même les gestes les plus usuels comme acheter un shampoing sont remis en question : «  Quelle est l’utilité de ce produit, ai-je fait le bon choix ? ». C’en est fini du marketing où le client paie sa propre illusion de différenciation par la marque. En fait, sans le dire, LeMonde nous indique que nous sommes rentrés imperceptiblement dans l’ère de la décroissance, pas simplement dans le sens récession économique, mais dans le sens autolimitation, simplicité volontaire. Le consommateur commence à comprendre l’inanité du slogan «  travailler plus pour gagner plus ».

Mais le chemin est encore long à parcourir vers une société insensible aux gadgets de la dernière innovation à la mode et aux sirènes de la publicité. Commence à ne plus acheter de portable et tu seras sur la voie de la rédemption…

autoréparation impossible

Le Monde du 8 avril fait une présentation d’un livre Pourquoi tombons-nous malades ? Pour une médecine de la personne qui parle par exemple des processus d’autorégulation naturelle. En fait je retrouve la même analyse dans le livre de Serge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais (1998:

 « Les soins aux malades devraient être essentiellement destinés à renforcer les mécanismes internes d’auto-réparation. L’approche biomécanique fractionne au contraire l’être humain, le psychisme et le corps, puis chaque fonction du corps, chaque organe et même chaque cellule. Si toute maladie ne résulte que d’un trouble biomécanique, il n’y a aucune raison que nous ne parvenions pas à réparer le trouble. Si le médicament ne fait pas effet, c’est qu’on n’a pas encore su trouver la bonne substance ! Au contraire il serait nécessaire d’apprendre :

– à faire confiance à la capacité prodigieuse d’auto-réparation de son organisme ;

– à savoir comment mobiliser ses forces pour hâter sa guérison (par l’alimentation, le repos, des contacts humains chaleureux, etc.) ;

– quand on décide de consulter un professionnel, il faudrait pouvoir le considérer comme un instrument possible qu’on n’emploiera pas forcément. »

Mais l’analyse fondamentale des dérives de la spécialisation technocratique, que ce soit en médecine ou ailleurs, est posée par Jacques ELLUL dans son livre La technique ou l’enjeu du siècle (1960) :

« Il est vain de déblatérer contre le capitalisme : ce n’est pas lui qui  crée ce monde, c’est la machine. La technique va encore plus loin, elle intègre la machine à la société, la rend sociable. Elle est efficace. Mais lorsque la technique entre dans tous les domaines et dans l’homme lui-même qui devient pour elle un objet, la technique cesse d’être elle-même l’objet pour l’homme, elle n’est plus posée en face de l’homme, mais s’intègre en lui et progressivement l’absorbe. La technique forme un monde dévorant qui obéit à ses lois propres : il n’y a plus d’activité humaine qui maintenant échappe à cet impératif technique, il y a la technique économique, la technique de l’organisation, et même la technique de l’homme (médecine, génétique, propagande, techniques pédagogiques…) ; exit les traditions humaines. »

greenwashing au Monde

Le greenwashing est un phénomène mondial dont le numéro du Monde du 2 avril est un exemple parfait. Mon quotidien préféré fait le miracle de proposer le même jour deux suppléments, l’un consacré à la consommation durable (« comment acheter proche, peu ») et l’autre au bling bling des vêtements, des montres et des parfums. Comment échapper à la schizophrénie ambiante, on nous offre en même temps d’acheter moins et d’acheter plus. Je ne reviendrai pas sur ce mensuel du luxe en 48 pages où quelques digressions sur le greenwashing de l’écotourisme ne peut nous faire oublier toutes ces pub en pleine et pleine pages. La critique a été déjà faite par l’intermédiaire de la médiatrice du Monde.

Je m’attarde sur le supplément « consommation durable » qui a le culot d’insérer au milieu d’articles intéressants (il faudrait consommer moins et mieux) une pleine page de greenwashing publicitaire de la part de SFR. Il paraît que les « mobiles usagés » vont être recyclés dans ton espace SFR. Mais on ne dit rien sur l’obsolescence programmée qui fait qu’on achète un nouveau portable tous les quatre matins, on ne dit rien sur la difficulté de recycler les métaux rares contenus dans le portable, on ne dit rien sur le marketing éhonté qui fait qu’un gamin de 12 ans sans portable ne se sent pas un homme, on ne dit rien sur les méfaits potentiels des ondes électromagnétiques sur les jeunes cerveaux, et surtout on ne dit rien sur l’inutilité profonde du portable. Faites comme moi, je n’ai pas de mobile, il ne risque pas de s’user. Si tu ne possèdes pas de mobile, il n’y a pas de greenwashing possible.

A l’heure où l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité devient paritaire en acceptant en son sein des associations environnementalistes et se dote d’un jury de la déontologie publicitaire, tout devrait changer…quand tu n’auras plus de portable !

balayons devant notre porte

A Hildesheim, les élèves deviennent « agents de nettoyage » (LeMonde du 31 mars). Le porte-parole de la mairie prie les écoliers de bien vouloir désormais nettoyer eux-mêmes leur classe. Quel est l’enjeu ?

L’enjeu économique est une donnée qui va s’amplifer un peu partout dans le monde. Il s’agit d’économiser, permettre à une municipalité dont les finances sont catastrophiques de débourser 174 000 euros de moins. Si l’Etat français faisait de même au niveau de l’éducation nationale, tu peux déjà imaginer la réduction du déficit public…

L’enjeu pédagogique est encore plus fort à l’heure où les enfants se prennent pour de petits rois. Les écoles ne sont pas simplement un lieu d’acquisition des savoirs, mais aussi d’apprentissage de la vie. Balayer n’est pas une corvée, c’est une nécessité que trop de diplômés ont oublié.

L’enjeu écologique n’est pas le moins important à l’heure où il faut raisonner en terme de cycle de vie d’un processus de production. Devoir balayer, c’est apprendre à gérer ses propres déchets. Devoir balayer, c’est ne pas se déconnecter de la réalité alors que la spécialisation à outrance a fait perdre à la plupart de nos concitoyens le sens de la responsabilité de l’individu face à la pollution globale de notre planète.

le malus du bonus

Bonus, stock-options et autres parachutes dorés, les cadres dirigeants s’en mettent plein les poches quelle que soit la conjoncture. Ainsi président et directeur de la Société générale s’accordent plusieurs centaines de milliers d’euros potentiels alors que leur banque venait de recevoir 1,7 milliards d’euros d’aide publique (LeMonde du 24 mars). Les stock-options sont paraît-il un instrument de motivation des cadres. Mais c’est un simple « comité des rémunérations » propre à l’entreprise (donc inféodé) qui s’arroge le droit de délivrer des sommes pharamineuses aux patrons.

Que ce soit  clair, les dirigeants d’entreprise n’ont aucune performance particulière à faire valoir dans le résultat financier de leur entreprise. Les grands groupes sont des collectifs de travail où toutes les personnes ont leur importance, autant le balayeur que l’expert en analyse des marchés. Un dirigeant n’a pour statut qu’une fonction parmi d’autres, qui est celle de coordonner ses cadres proches qui à leur tour coordonnent les travailleurs, mais c’est la base qui à la lourde tâche de réaliser au mieux le rapport à la production ou à la clientèle. A mon avis, il n’y a qu’une morale dans la rémunération des salariés : une heure de balayeur vaut en soi la même chose qu’une heure de PDG.

Le revenu maximal autorisé devrait être une exigence syndicale et politique de premier ordre. Dans l’état actuel de la planète, affaiblie et épuisée, aucune personne ne devrait avoir plusieurs résidences, aucune personne ne devrait pouvoir se payer l’avion pour faire du tourisme, aucune personne ne devrait revendiquer un niveau de vie supérieur à celui de la moyenne mondiale.

vive la crise !

Les écologistes étaient traités d’adeptes de l’apocalypse et de suppôts du catastrophisme. Ils sont remplacés par d’autres prophètes du malheur. Nicolas Sarkozy évoque « la crise du siècle, d’une brutalité totale ». Barack Obama parle d’un « désastre permanent, le risque de sombrer dans une crise qui pourrait se révéler impossible à renverser ». Gordon Brown a même utilisé le terme de « dépression ». Mais tous ces chefs d’Etat ne parlent que de crise économique, ils n’envisagent pas du tout le tsunami géant d’ordre écologique qui nous menace et pourrait pourtant nous mettre sur la voie du salut.

            C’est Hervé Kempf, dans LeMonde du 15-16 février 2009, qui se charge de nous rappeler les bienfaits de la crise : « En stoppant cette croissance folle du PIB mondial, la crise économique permet d’atténuer les assauts de l’humanité sur la biosphère, de gagner du temps et de réfléchir à notre réorientation ». Pour Hervé, un des rares journalistes du Monde qui fait sérieusement son travail de prospective,  l’économie mondiale ne « repartira » pas comme avant. Il nous faut dessiner un monde nouveau, une autre économie, une société inspirée par l’écologie, la justice et le souci du bien commun. La dépense, l’endettement et l’inflation ne sont pas la solution. Vive le revenu maximal admissible.

Un seul bémol à son discours. Pour Hervé, la réduction de l’inégalité aidera à changer le modèle culturel de surconsommation. Mais quel  est le modèle culturel des catégories défavorisées ? Acheter toujours plus de technologies et de gadgets…

le sens de la dignité

Eluana Englora, plongée dans un coma végétatif irréversible, était maintenue en vie au moyen d’une sonde depuis 1992. Les médecins l’ont débranché le 9 février 2009 (LeMonde du 12 février). Le président italien Berlusconi décrète qu’« Eluana n’est pas morte de mort naturelle, elle a été assassinée ». L’Eglise assène qu’Eluana a été tuée. Mais il n’y a pas de maintien en vie d’ordre naturel quand on est complètement assisté par des machines. Et il y a déjà mort avérée quand un cerveau présente un électroencéphalogramme plat et durable. En fait l’éditorial du Monde pose la seule question qui importe : « Si la vie a un sens, quel était celui de la vie d’Eluana ? »

Nos sociétés pourraient tolérer le suicide assisté comme le suicide volontaire car la vie et la mort n’ont de sens que celui que nous voulons bien leur donner. Et la vie a d’abord un sens à condition qu’une personne puisse vivre une existence autonome. L’écrasante beauté d’une communion dans le suicide de deux amoureux octogénaires, je pense à André Gorz,  ne peut que nous renvoyer à Paul Lafargue qui écrivait, avant de se suicider en 1911 avec sa femme Laura Marx : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. » Je pense à Roger et Claire Quillot qui ont voulu partir en disant : « Voilà. Nous avons fait notre temps »

Claire disait aussi,  « C’est inadmissible de dépenser des milliards pour des vieillards qui ne peuvent pas survivre, expliquait-elle. Si on le décide, pourquoi ne pourrait-on pas mourir en paix ?». Eluana serait fière de voir que des individus ont le courage de s’exprimer à sa place. Mais parfois politique et religion travaillent encore la main dans la main pour affirmer la prépondérance de la « loi » de dieu sur la décision humaine.

malus bancaire

Sarko propose 26 milliards d’euros pour relancer la croissance, le PS propose aussitôt de dépenser 50 milliards dans l’économie (LeMonde du 22 janvier). On est toujours généreux avec l’argent des contribuables. Sarko propose de soutenir l’automobile, le PS propose de soutenir l’automobile. Nous allons droit vers le pic pétrolier, mais droite et gauche n’en ont vraiment rien à cirer. Pourtant l’expert en énergie JM Jancovici n’y va pas avec le dos de la cuiller dans son dernier livre : C’est maintenant !  Nous n’avons plus que trois ans pour sauver le monde !! Pourtant c’est lui le réaliste, et il constate que tout le monde s’en fout, de la planète et de ses ressources. Il faut faire comme avant, approfondir les déficits budgétaires, soutenir l’investissement pour les uns, soutenir la consommation pour les autres, ce qui est la même chose : on investit quand la demande va s’accroître, on accroît la demande, ce qui va agir sur l’investissement… ou sur les importations ! Le PS veut distribuer 500 euros aux ménages modestes…pour acheter un écran plat et continuer à se faire vider les cerveaux par TF1 ! Tout cela n’est qu’enfantillage, la solution n’est pas de relancer l’économie mais de transformer radicalement la répartition des revenus.

Pourtant ce n’est pas le parti socialiste qui est en avant-garde pour supprimer les bonus des dirigeants des banques, c’est encore une fois Sarko. C’est à n’y  rien comprendre, où sont les socialistes ? Hervé Kempf prône le revenu maximal admissible. Moi je prône l’égalité de la valeur humaine : la femme de ménage de la Société générale ne démérite pas par rapport à son PDG, que le salaire horaire soit le même. Admettons seulement qu’une fois rentrée chez elle la technicienne de surface ne pense plus, mais alors plus du tout à son boulot. Admettons que les 2 milliards de bénéfices de la Société générale pour 2008 empêchent son PDG de dormir. Bon, un petit bonus pour la tête pensante, un salaire double de la femme de ménage, pas plus. C’est le bonus pour le travail de nuit.

Alors les bonus, parachutes dorés et autres escroqueries légales, moi, si j’étais socialiste, cela fait longtemps que j’aurais supprimé tout ça. Quant à la relance, commençons tous à vivre ensemble avec les ressources de la planète telle que nous les avons vidées, et serrons-nous plutôt la ceinture…

assistanat destructeur

Le Nunavut (territoire des Inuits du Canada) a acquis son indépendance le 1er avril 1999. Le tout proche Groenland, sous tutelle danoise, réclame dorénavant son indépendance après le référendum sur l’autonomie élargie du 25 novembre 2008. Mais quelle indépendance ? Le contact avec la culture occidentale a déstructuré toutes les sociétés vernaculaires, y compris celle des esquimaux. Les jeunes se sentent piégés dans un territoire isolé. Alors l’alcool ou le haschisch font des dégâts considérables. Il y a des épidémies de suicide tellement les relations familiales sont devenues désespérantes et le mode de vie incohérent.

Tous ces problèmes trouvent leur source dans les années 1950 et 1960, quand le Danemark a apporté l’Etat-Providence au Groenland (LeMonde du 17 janvier). L’assistanat s’est traduit par une politique de concentration des habitants des hameaux les plus dispersés, les populations ont été coupées de leur mode de vie traditionnel. D’où la difficulté de s’identifier en tant qu’Inuit et de vouloir vivre en même temps selon le clinquant du monde moderne. Les Inuits ont perdu le sens de la communauté ; le terrorisme de l’argent du Danemark entraîne qu’il n’y a plus personne autour de soi sur qui compter puisque la grande île de 56 000 habitants perçoit encore annuellement 430 millions d’euros d’aide. Les Groenlandais qui croient pouvoir échapper aux chaînes de la dépendance financière ne pensent plus qu’en terme de tourisme et réclament des policiers, des ingénieurs et des routes. Le tourisme représente un nouvel eldorado, mais ce n’est qu’une nouvelle forme d’assistanat.

Il faut que les Inuits recouvrent le sens du non monétisable. Il faut que les Inuits recouvrent leur parenté avec la nature, les animaux, le vent, le froid. Il faut que les Inuits recouvrent leur véritable autonomie, celle de ne compter que sur leurs propres forces. Lorsqu’on a moins d’argent, on partage davantage de choses, on sait qu’on peut compter sur les voisins, s’appuyer sur sa propre communauté. Le seul avenir viable pour les Inuits, c’est de réapprendre leurs techniques traditionnelles pour vivre en autarcie.

tous végétariens ?

Aucune inquiétude à avoir, une alimentation végétarienne qui exclut tout aliment provenant de la chair d’animaux terrestres ou marins n’entraîne aucun carence En revanche le végétalisme, qui exclut aussi les produits laitiers et les œufs, peut entraîner des carences, surtout chez les plus jeunes.

Au-delà de ces considérations sur la santé individuelle, le choix entre régime végétarien et carnivore pose un problème beaucoup plus crucial. La FAO avait publié à l’automne 2006 un rapport titré La grande ombre de l’élevage. A l’échelle de la planète l’élevage représente 18 % de l’effet de serre, davantage que la totalité des transports, et occupe 26 % des terres émergées. Les causes du réchauffement de la planète par l’élevage sont dues à 35 % par la déforestation qu’implique l’augmentation des superficies transformées en pâturages, 31 % par le fumier et le lisier, 25 % par la fermentation entérique des ruminants, 7 % par la production d’aliments de bétail et le reste résulte de la transformation et du transport. Ces émissions de gaz à effet de serre par l’élevage sont dans le monde de 7,1 milliard de tonnes d’équivalent CO2, soit près de 13 fois les émissions de la France, toutes sources confondues. Donc, nécessité absolue de limiter la taille de ton steak ?

Selon une étude publiée par The Lancet (13 septembre 2007), on consomme dans le monde 100 grammes de viande par jour et par personne, le taux moyen atteignant 200 à 250g dans les pays développés alors qu’il plafonne entre 20 et 25g dans les pays pauvres. Mais presque partout dans le monde, au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, la consommation de produits animaux, viande et produits laitiers, augmente au détriment des produits végétaux. Donc, nécessité pour les pays développés de montrer l’exemple en basculant vers le végétarisme ?

Ces deux questionnements sont beaucoup plus fondamentaux que le simple respect de la vie animale, motivation souvent à la base du végétarisme. De toute façon, la diminution du risque  cardio-vasculaires et du risque de diabète est davantage lié à une consommation plus importante de fruit, de légumes et de noix qu’au fait de ne pas manger de viande (LeMonde du 16 janvier).

sobriété énergétique?

C’est assez rare pour être commenté. L’analyste du Monde Jean-Michel Bezat termine son article du 13 janvier en supputant la possiblité d’une « forme de sobriété énergétique ». Il est vrai qu’avec un pic de consommation électrique de 92 400 Mw le 7 janvier la France n’est pas à l’abri d’un lock-out. Mais après le premier choc pétrolier de 1973, on raisonnait sainement en termes d’économies d’énergie ; le Premier ministre de l’époque avait même interdit les courses de formule 1. Aujourd’hui le patron d’EDF se plaint du manque d’investissement de son prédécesseur (faut produire toujours plus !) et les consommateurs plus ou moins jeunes font tourner leur Internet à haut débit 24 heures sur 24 tout en s’émerveillant des prouesses de bolides qui vont à Dakar en passant par l’Amérique du Sud. Et le Premier ministre (je crois qu’y en a un en France !) est un fanatique des 24 heures du Mans… 

Le réchauffement climatique et le prochain pic pétrolier auront-ils raison de la connerie humaine ?

Noël sans cadeau

Le titre est alléchant, la problématique osée. Le Monde du 24 décembre s’interroge gravement : « Les enfants sont-ils trop gâtés à Noël ? » Malheureusement l’article ne nous fournit aucune réponse. Tout ce qui importe pour la journaliste, c’est « de conserver la magie de Noël ». Pourtant c’est évident, les enfants sont  trop gâtés à Noël ; ils ont complètement oublié avec leurs parents que le Christ est né dans la plus pauvre des conditions. Le véritable message de Noël est celui du partage, certainement pas cette outrance des marchands du Temple qui nous proposent leurs gadgets plus ou moins soldés. Tout aussi grave est cette illusion constante quant à l’autonomie souveraine de l’enfant : «  Faire plaisir à leurs enfants (…) Attention portée aux attentes de l’enfant (…) Il faut respecter les désirs de l’enfant (…) Faire émerger ses vrais désirs » (…) Faire confiance aux bambins ». C’est seulement en une fraction de seconde que l’article de Martine Laronche révèle que les enfants sont en fait les petites victimes du marketing qui transforme le père Noël en fournisseur d’un bon de commande validé par l’industrie du jouet. Les fondements psychologiques de notre comportement reposent sur des enfants à l’image de leurs parents. Cette continuité est la marque d’une socialisation réussie. Sinon parents et enfants sont à la merci du système marchand. Crise ou pas, l’infantilisation des masses jeunes et adultes se poursuit donc à chaque Noël.

Comme d’habitude, il faut que je retrouve mes anciennes lectures pour savoir que les enfants sont trop gâtés à Noël. Dans le numéro 3 de janvier 1973 du mensuel la Gueule ouverte, je peux lire ces mots devenus iconoclastes aujourd’hui : « Le Père Noël est un des pires flics de la terre et de l’au-delà, le Père Noël est le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Les marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue… Face à la grisaille géométrique des cités-clapiers, bidonvilles de la croissance, face aux arbres rachitiques, aux peuples lessivés, essorés, contraints, s’étale la merde plaquée or-synthétique, la chimie vicieuse des monceaux de jouets, un dégueulis de panoplies criardes, avec, derrière la porte capitonnée le ricanement malin des marchands. Noël est une chiotte ignoble, et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! Par ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des centrales nucléaires, l’EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets !  

Mais quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël.  Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet ». Devant la clarté du propos, je n’ai rien à ajouter. Si ! Quand un jour quelconque de l’année, car il n’y a pas de journée spécifique pour faire plaisir en éduquant, j’ai offert un puzzle à ma petite-fille de 2 ans et quelques mois, ce qui l’a le plus intéressé n’était pas les cubes du puzzle, mais la ficelle autour du paquet. Alors nous avons joué ensemble avec la ficelle, car l’essentiel n’est pas dans la valeur du jouet, mais dans le fait de jouer avec les enfants, adultes-jeunes réunis autour de la manipulation d’un objet qui n’a de valeur que celle qu’on lui accorde plus ou moins librement.

une simplicité contagieuse

La simplicité du mode de vie a commencé il y a fort longtemps, Diogène avant Jésus Christ en est la figure titulaire. Ayant vu un jour une souris qui courait sans se soucier de trouver un gîte, sans crainte de l’obscurité, et sans aucun désir de tout ce qui rend la vie agréable, il la prit pour modèle. Ce « Socrate en délire », comme le surnommait Platon, marchait pieds nus en toute saison, dormait sous les portiques des temples et avait pour habituelle demeure un tonneau.  

Aujourd’hui la simplification du mode de vie commence à se répandre, ce n’est plus une attitude réservée à une élite. Le mensuel La décroissance présente à chaque fois un témoignage d’expérience vécue dans la simplicité volontaire. Dans le dernier numéro, il s’agit de Laetitia et Alessandro qui cultivent leur potager. Alors qu’avant ils mangeaient de la viande à tous les repas, ils n’en achètent plus. Ils n’ont pas de voiture et mangent bio le plus souvent possible. Mais comme personne n’est parfait, ils vont souvent au cinéma. Ils se définissent comme des déserteurs du travail qui se contentent du RMI. Même Le Monde consacre parfois une rubrique à ces sentinelles de l’avenir. Toute une page le 17 décembre pour Joan Pick, dont l’objectif depuis 1973 est « zéro carbone » : pas de voiture bien sûr, mais aussi pas de réfrigérateur, pas de chauffage, pas de télévision, ni même de douche. Noix et germes de blé forment l’essentiel de son alimentation.

Joan avait rédigé en 1972 un rapport sur la planète, il n’a jamais été publié. Pourtant elle a raison. Bien que je n’aime pas les termes des industriels, la Terre est comme une entreprise dont nous sommes tous actionnaires et dont l’énergie est la principale devise. Laetitia et Alessandro ne se contentent pas de cultiver leur jardin, ils organisent conférences et rencontres et barbouillent aussi avec le collectif des déboulonneurs des affiches publicitaires. Récemment ils se sont même dénoncés à la police qui ne voulait pas les arrêter. Ils ont raison. Si tout le monde faisait comme eux, plus aucune publicité nulle part, et la Terre serait plus vivable. Il n’y aurait plus de RMI faute d’exclus : chacun cultiverait son jardin, dans la joie et la bonne humeur bien entendu.

J’aimerais tant une société conviviale nourrie de simplicité volontaire… Elle se prépare ici et là. Quand le volume des objecteurs de croissance sera assez grand, le mimétisme « je ne consomme pas parce que tu ne consommes pas parce que nous ne consommons plus » fera aboutir la dernière et plus pacifique des révolutions. Il est permis de rêver.

bien naître, bien-être

Selon LeMonde du 23-24 novembre, « être enceinte n’est pas une maladie ». La naissance est un processus physiologique naturel sur lequel il convient d’interférer le moins possible. Halte à la robotisation et à l’hyper contrôle, halte à la technique pour la technique, ne soyons pas esclaves des machines.

Oui, l’accouchement n’est pas une maladie, accoucher debout est plus physiologique que la station couchée, sentir ses contractions permet à une femme de ressentir son nouveau statut de mère, accoucher à toute heure est dans l’ordre des choses. Quand on le peut, il suffit de chauffer la pièce et de préparer des serviettes chaudes pour recevoir l’enfant.  On fait bouillir de l’eau pour désinfecter une paire de ciseaux, des nœuds dans le cordon ombilical et on masse le ventre pour faire sortir le placenta. Cela suffit pour réussir un accouchement. Dans la France de l’an 2000, il n’y avait plus que 0,4 % d’accouchement à domicile alors que plus d’un tiers des femmes néerlandaises font toujours confiance à la nature ; pourtant on constate que les taux de mortalité entre les deux pays ne sont guère différents. Toute sage-femme se doit de faire surtout de l’obstétrique, de ob-stare, se tenir devant. L’obstétricien, c’est celui qui attend, celui qui évite les interventions inutiles et qui ne fait des césariennes qu’à bon escient.

Si j’étais une femme, je n’accepterais ni la tradition ancestrale, ni le conformisme technologique. Si j’étais une femme, je voudrais pouvoir accoucher à ma guise entourée du père de notre enfant et de quelques personnes d’expérience. Si j’étais une femme, je voudrais retrouver la simplicité de l’acte naturel d’accoucher même si la Nature n’offre pas toujours la facilité.

Comité invisible

Julien a dit un jour à son père : « Moi, je veux vivre dans la frugalité ». Il s’est installé avec des copains sur le plateau de Millevaches en Corrèze pour élever moutons, poules et canards. Le groupe voulait fuir la frénésie métropolitaine, s’éloigner du travail salarié, rejeter le  système capitaliste et l’hyperconsommation, bannir même les portables par refus de la sujétion et ravitailler les personnes âgées aux alentours. Ils ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». On les accuse de vouloir « bloquer la machine économique et créer un état de chaos régénérateur », objectif défini par un Comité invisible dont Julien serait le noyau dur. Mais dans les textes de Julien, nul appel à homicide ou violence contre un individu (LeMonde du 21.11.2008).

Pourtant c’est vrai que ce groupe voulait faire exploser la société. Vivre à la campagne, c’est vider les villes de leurs habitants, refuser la soumission salariée, c’est vider les entreprises de leurs travailleurs, bannir le portable, c’est mettre à mal toute l’industrie de la télématique, prendre directement en charge le troisième âge, c’est supprimer plein d’emplois d’assistanat. Ce groupe ne pouvait donc que terroriser une société de consommation, de spectacle et de services.

Pauvre société thermo-industrielle qui a oublié raison garder dans ses réactions policières…

l’indécence du luxe

LeMonde devient une vitrine permanente pour le luxe. Ainsi, aujourd’hui 14 novembre, les références de la gastronomie, les accessoires décoratifs pour les lieux d’aisance, le festival des meilleurs vins (çà, c’est une pub), mais cette fois pas de  dithyrambe sur les berlines. Par contre, trois articles sur ¾ de pages pour le secteur  du luxe qui « pourrait entrer en récession en 2009 ». J’en pleure déjà ! Le début du premier article a un sanglot dans la voix : « Même le luxe, que l’on pensait épargné par les aléas économiques, va pâtir de la crise mondiale ».

Pas un mot critique des journalistes sur la fonction immorale du luxe qui établit comme un fait acquis les inégalités de consommation. Tout au contraire, on détaille les baisses de chiffres d’affaires des différents pilleurs de la planète. Gucci ou Louis Vuitton connaîtraient une croissance de 3 % et non plus de 9 % comme en 2007. Qu’attend Sarko pour les subventionner ? Le style journalistique est puant de stupre. Les marques sont achetées pour les styles de vie qu’elles représentent, les seules qui devraient tirer leur épingle du jeu sont de super haut de gamme, l’élitisme devrait attirer les acheteurs les plus fortunés, les riches acheteurs sentiront-ils moins bons, dépenses des super riches (à la tête d’un actif net supérieur au million de dollars), etc. Le comble, c’est qu’il est bien indiqué à plusieurs reprises que les marques de luxe guignent les marché émergents, y compris la Mongolie ! La connerie doit se mondialiser.

Pourtant nous devrions savoir que le luxe est un processus de différenciation/imitation qui alimente la croissance pour la croissance et nous projette contre un mur. Autrefois le luxe, par exemple pour Charlie Chaplin enfant, c’était de recevoir une orange en cadeau de Noël. Jamais nous n’aurions du aller au-delà.

la Chine, croissanciste

            Le capital naturel se dégrade et notre planète a besoin de moins d’activités humaines. Mais économistes et politiques s’acharnent à vouloir relancer l’économie. Hier c’était Obama qui voulait sauver l’automobile, aujourd’hui c’est la Chine qui s’inquiète d’un taux de croissance jugé insuffisant. Car un taux de croissance de 9 % ne suffirait pas à assurer la stabilité politique et à calmer les manifestations populaires contre l’inflation. Alors on adopte un plan de relance de 455 milliards d’euros (4000 milliards de yuans) avec déficit budgétaire et baisse des taux d’intérêt. On en revient aux vieilles méthodes keynésiennes qui, comme l’histoire nous l’a appris, sont durablement inflationniste. D’où les manifestations populaires contre l’inflation qui vont reprendre de plus belle.

Capitalistes ou communistes, je ne vois plus de différence en matière économique. Les conservateurs qui nous dirigent, c’est-à-dire tous ceux qui n’ont pas le sens des limites, en restent à la croissance économique comme solution à tous les problèmes qui rongent nos sociétés. Pourtant dans le cas de la Chine, sa transformation en pays-atelier du monde est déjà un fiasco. L’exode rural massif s’accompagne de l’exploitation des travailleurs, le libre-échange généralisé importe les pollutions dont les pays riches ne veulent plus, la pression sur les ressources naturelles accentue la raréfaction et entraîne la hausse des prix, les déséquilibres entre les territoires se multiplient. Imiter le modèle de développement occidental est un mauvais plan pour un pays émergent.

Seule la simplicité volontaire est grande, tout le reste est faiblesse…