Chez Macron, la bataille du glyphosate fait rage

Après avoir déclaré que le glyphosate serait « interdit en France d’ici à la fin du quinquennat », le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner est revenu sur ses propos : « Avant la fin du quinquennat, le gouvernement s’engage à obtenir des progrès significatifs pour tous les pesticides. »* Selon un communiqué de presse de Générations Futures, le Premier ministre Edouard Philippe indique que la France arrêtera sa position sur le glyphosate en fonction à la fois des conclusions des États Généraux de l’Alimentation et d’un rapport que doit lui remettre son ministre de l’Agriculture S. Travert présentant des alternatives au glyphosate. Après quoi la France confrontera sa position à celle de la Commission européenne (dont on sait qu’elle a pris des positions favorables à la ré-autorisation du glyphosate !) A la fin août, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et de la solidarité, avait annoncé que le gouvernement voterait contre la position de la Commission européenne**. Selon le communiqué de presse d’Agir pour l’environnement, une poignée agriculteurs de la FNSEA a exigé le report de l’interdiction du glyphosate, sitôt suivi par un communiqué du premier ministre, validant le principe d’un énième report à une date indéterminée. Par cette décision, le premier ministre s’inscrit pleinement dans la continuité d’un François Hollande, multipliant les annonces écologiques à effet différé.

Le glyphosate est la principale substance active du Roundup de Monsanto. En 1974, année de sa mise sur le marché, il s’en utilisait 3 200 tonnes par an dans le monde. Rien qu’en France, il s’en vend actuellement 8 000 tonnes par an. L’Europe doit décider si elle ré-autorise le pesticide le plus utilisé au monde. Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier et de classer les substances cancérogènes, a déclaré le glyphosate génotoxique (il endommage l’ADN), cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme. Le 12 novembre 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a pris le contre-pied du CIRC et a rendu un avis favorable au maintien sur le marché. Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), censée arbitrer le différend, a annoncé qu’elle ne classait pas le glyphosate parmi les agents cancérogènes. Mi-septembre, on découvre dans le rapport préliminaire de l’EFSA les copiées-collées de documents de l’industrie agrochimique. La Commission européenne, consciente du caractère crucial de cette substance pour le modèle agricole dominant, tente d’imposer malgré tout une reconduction de l’autorisation du produit sur le Vieux Continent. La Glyphosate Task Force, au sein de laquelle une quarantaine d’entreprises du secteur (Dow AgroSciences, Monsanto Europe, Syngenta…) sont à la manœuvre pour prolonger l’homologation de la molécule. En France, sous la mandature de François Hollande, il a été décidé d’interdire l’usage des pesticides – dont la molécule contestée des herbicides à base de glyphosate –, par les collectivités locales dans les parcs et jardins, à partir du 1er janvier 2017. Les particuliers, qui n’y ont désormais plus accès en libre-service dans les rayons des points de vente, devront à leur tour s’en passer à partir du 1er janvier 2019.

L’association Générations futures s’était intéressée aux taux de glyphosate décelables dans l’urine de diverses personnes d’âges différents, végétariens ou non, vivant en ville ou à la campagne. Le test est sans appel : 100 % des échantillons contiennent du glyphosate, la molécule active de l’herbicide Roundup. La contamination moyenne est de 1,25 microgramme par litre (µg/l), soit 12,5 fois la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l’eau. L’étude Urinale, réalisée en Allemagne sur plus de 2 000 volontaires, ou encore celle effectuée sur 48 eurodéputés en mai 2016, indiquent toutes deux des concentrations en glyphosate très proches de celles présentées par Générations futures. Pour conclure, vous pouvez (re)lire sur notre blog Pour dire la vérité vraie, il faut avoir un cancer

* Le Monde.fr avec AFP | 25.09.2017, Glyphosate : « Cacophonie » au sein du gouvernement

** LE MONDE du 26 septembre 2017, Cinq questions sur la bataille autour du glyphosate

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2 réflexions sur “Chez Macron, la bataille du glyphosate fait rage”

  1. C’est sûr, cette époque qui n’aura finalement duré que quelques décennies, disons une dizaine… laissera suffisamment de traces pour que les futurs géologues (évidemment s’il y en a) comprennent sans aucune difficulté ce qui se sera passé.

    Ils trouveront partout… non seulement des objets ou des restes d’objets fabriqués par ces hommes qui vivaient à cette époque, mais aussi des particules, des micro-particules, des molécules… et probablement le pire dans tout ça, ce sera toutes ces terribles radiations.

  2. J’ignore la persistance du glyphosate en tant que molécule, mais peut-être qu’en plus du plastique, cela constituera un excellent marqueur géologique de notre époque.
    Les géologues spécialiste de l’Anthropocène, s’il en existe encore dans 20 000 ans, auront à leur service un nombre incalculable de marqueurs. Dommage que la bétonisation générale de la planète ne vienne sans doute perturber l’étalement régulier des couches sédimentaires, mais le béton lui même, ou ce qu’il en reste (c’est assez fragile je crois) servira lui-même d’indicateur.

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