Mars est un astre sans eau liquide, sans chaleur, sans vie et donc sans les Martiens. Les Terriens veulent y aller parce que c’est vide, c’est « Terra nullius », un territoire qui n’appartient à personne. Enfin, s’il y a avait quelqu’un, cela n’aurait pas empêché les humains de franchir la frontière. Les Etats-Unis se croient une nation élue dont la “destinée manifeste” est la frontière à repousser sans cesse à n’importe quel prix. Les indiens en savent quelque chose. Créée en 1998, la Mars Society a un but clairement affiché : coloniser Mars. Elon Musk, qui ne doute de rien, dans un tweet de 2002 :
« La fréquence des vols augmentera de manière exponentielle, l’objectif étant de construire une ville autosuffisante. Le fait de devenir multiplanétaire augmentera considérablement la durée de vie probable de la conscience, car nous ne mettrons plus tous nos œufs, au sens propre comme au sens figuré, dans le même panier. »
Mais il y a un hic ! Ce n’est pas la porte à côté et il faut une combinaison pressurisée.
L’impossible voyage vers Mars
Un livre de 1952, Das Marsprojekt (« Le projet Mars »), est de sinistre mémoire. Son auteur Wernher von Braun (1912-1977). Son pedigree : ancien nazi ; ancien officier SS ; père du missile V-2 et indifférent aux déportés mourant dans le tunnel de Dora ; récupéré par les États-Unis à la fin de la seconde guerre mondiale pour construire d’autres missiles ; et futur concepteur de la fusée géante Saturn-5 ? La conquête spatiale a pour origine la guerre, comme bien d’autres découvertes dont il aurait fallu s’en passer.
Faire atterrir des engins automatisés sur Mars a déjà constitué une prouesse technologique. Y poser et faire revenir sains et saufs des humains est une autre paire de manches. Le vol aller vers Mars prend de huit à dix mois. Pas question de partir dans une petite capsule comme pour les missions lunaires, étant donné toutes les provisions à emporter. Au bout de quatre semaines, il faudra déjà songer à repartir, alignement des planètes oblige – la prochaine fenêtre de retour vers la Terre ne s’ouvrira que cinq cents jours plus tard. L’ennui, c’est que rien n’est jamais reparti de Mars !
Sans oublier qu’il aura fallu produire in situ tout ou partie de son carburant, en exploitant l’eau prisonnière du sol sous forme de glace ou de minéraux hydratés. Prévoir, donc, des robots-mineurs et une petite usine automatique alimentée en énergie par une mini-centrale nucléaire – rien de tout cela, on l’aura deviné, n’existe.
Huit mois plus tard, une capsule pénètre dans l’atmosphère terrestre, mais les colonisateurs sont-ils encore vivants ? Dans l’espace existe un danger invisible, des particules chargées d’énergie venant soit du Soleil, soit du fin fond du cosmos, capables de casser l’ADN, d’introduire des mutations génétiques et de provoquer des cancers, mais aussi de tuer les astronautes.
Les êtres humains sont adaptés à la gravité terrestre et, lorsque celle-ci disparaît, comme dans un vol spatial, ou bien lorsqu’elle est réduite de plus de 60 %, comme ce sera le cas sur Mars, des phénomènes désagréables se produisent. Perte de masse musculaire et ostéoporose accélérée sont les plus connus, mais un des premiers désagréments survenant dès que l’on flotte en microgravité est le fluid shift (« transfert liquidien »). Il y a un surplus de liquide dans la tête, ce qui augmente la pression et joue sur la rétine. Certains des astronautes partis pour aller voir Mars risquent d’y arriver aveugles… Les astronautes professionnels sont-ils prêts à tenter l’aventure ? Lisons la réponse de Thomas Pesquet :
« Les gens qui se déclarent candidats, et Dieu sait que l’on en trouve pléthore sur Internet, n’imaginent pas une seule seconde à quel point la mission sera effroyable de vide et de rien. Le voyage vers Mars sera l’ennui ultime de la solitude couplé au risque ultime… En tant qu’être raisonnable, je réserve ma décision pour l’instant… »
Le dernier plan publié par la NASA envisage une mission d’un mois sur le sol martien pour deux personnes qui vivront dans un véhicule motorisé faisant office de maison et de laboratoire. C’est un schéma minimaliste, histoire de cocher la case “On a marché sur Mars” !
L’impossible vie sur Mars
Comme l’ont déterminé les différentes missions robotisées sur et autour de Mars, celle-ci est d’une hostilité sans nom. Température moyenne de − 63 degrés et atmosphère irrespirable, composée à 95 % de CO2 Pas question de sortir sans combinaison pressurisée, sinon le sang se mettrait à bouillir. Pas de couche d’ozone pour protéger du rayonnement ultraviolet, pas non plus de magnétosphère autour de la planète pour servir de bouclier contre les rayons cosmiques et les éruptions solaires potentiellement létales. Il faudra probablement vivre enterré ou dans des habitats blindés. Le sol de Mars, très oxydant, est chargé de perchlorates, le tout formant un cocktail stérilisant fort efficace, qui grille toute semence. Que manger ? On est à des années-lumière de ce qu’il faudrait pour le début du commencement d’une terraformation, qui nécessiterait le transport de masses colossales de matériel. Les concepts de colonisation et de terraformation de Mars évoquent immanquablement l’hubris d’apprentis sorciers alors que nous ne parvenons pas à préserver notre propre biosphère.
Elon Musk imagine une ville idéale là-bas très loin. Mais les humains sur Mars ne seront pas différents de ce qu’ils sont sur Terre. Comment cela pourrait-il se passer mieux sur Mars quand on connaît l’histoire de l’humanité ?
Il n’y a pas de planète B. L’avenir d’homo sapiens, c’est la Terre. Encore faudrait-il s’en occuper sagement.
Le point de vue de Michel Sourrouille
La conquête spatiale a pour origine la guerre, comme bien d’autres découvertes dont il aurait fallu s’en passer. Mon papa, déporté en tant que résistant, a construit en Allemagne des V2 et il a vu passer devant lui Von Braun, visiblement indifférent à la misère et à la mort des travailleurs forcés dans le tunnel de Dora. Un sabotage, et on pendait des hommes au hasard !
La guerre, les fusées, les missiles, les drones, la conquête du territoire des autres, triste banalité de notre monde ou des racailles sans conscience font croire que tout est possible, même pique-niquer sur Mars ou en Cisjordanie !

La recherche a un intérêt pour comprendre le fonctionnement de la nature, c’est tellement subtil, c’est tellement vaste. Par contre en effet, ne comptons pas sur elle pour nous sauver, la technologie a toujours été au contraire corrélée à une plus forte artificialisation et donc destruction de notre planète (de sa biosphère).
Quant à aller sur Mars, c’est un fantasme et y vivre plus encore, seule la Terre peut nous accueillir. Cela fait quand même près de 4 milliards d’années que la sélection naturelle sculpte les êtres vivants pour les adapter aux conditions qui règnent sur notre planète, et il y a a des conditions précises, parfois des marges très étroites.
Donc envoyons des robots pour découvrir, pas des hommes, c’est trop cher et c’est une quête inutile et finalement un esprit de conquête plutôt malsain. On a été sur la Lune, une fois, bravo pour l’exploit technique (ce n’était pas rien, je n’en reviens toujours pas), mais arrêtons là.
Oui Monsieur Barthès, la recherche… c’est tellement vaste ! Et tellement subtil aussi.
Vous dites qu’il ne faut pas compter sur elle (la recherche ?) pour nous sauver.
Nous sauver de quoi, déjà ? Mais bon, n’allons pas nous perdre dans ce genre de réflexions. Et revenons aux fondamentaux. Au b-a-ba si vous préférez.
La finalité de la Recherche c’est la Connaissance, le Savoir.
Or, qui dit Connaissance dit Science… C’est justement pour ça qu’ON parle de recherche scientifique. Quant au Pourquoi, c’est tout connement pour être un peu moins cons.
Seulement ON voit le résultat. ON peut alors se poser, déjà, quelques questions au sujet de ce fameux Fruit Défendu… celui de l’Arbre de la Connaissance.
Mais bon, n’allons pas en profiter pour encore bouffer du curé. 😉
(à suivre)
Bref, c’est plutôt sur la Technique qu’il ne faut pas compter.
Pour moi la Recherche n’implique pas forcément une mise en application… notamment par la Technique (technologies, innovations)… des nouvelles connaissances.
Par exemple, et comme je sais que vous êtes de la partie… quelles pourraient bien être les applications… disons les intérêts pratiques… de la cartographie de la Voie Lactée ?
Quoi qu’il en soit, nous retrouvons là la scission entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Le Pourquoi de cette dernière n’étant évidemment que le Pognon.
Pour certains c’est un délire, pour d’autres Mars est notre destin… Autant alors dire un délire.
Ou un fantasme, ou tout ce qu’ON voudra. Des tonnes d’articles, des tonnes de milliards, de dollars et d’euros, des années qu’ON en parle, et qu’ON en rêve… pas moi en tout cas. Alors à quoi bon en rajouter ? Si ce n’est pour dire à quel point ce projet est complètement fou.
– « La modification génétique des colons martiens est une piste envisagée pour rendre la colonisation de Mars possible. Parmi les améliorations envisagées figurent la synthèse des acides aminés que le corps humain ne produit normalement pas, la capacité de résister aux radiations, une meilleure régénération osseuse, la capacité de se nourrir exclusivement d’eau sucrée, etc. » (Wikipédia : Colonisation de Mars)