Claire Nouvian, militantisme et désespoir

Claire Nouvian aujourd’hui: « J’ai toujours été un prophète de malheur : celle qui annonce la catastrophe afin que l’on puisse réagir et l’éviter. Mais aujourd’hui je regarde les faits, le dérèglement du climat, la disparition des espèces, le recul de la démocratie, la concentration inouïe des richesses dans les mains de quelques-uns, l’état de surveillance numérique, le divertissement qui a gagné contre la culture de la connaissance. Garder espoir relèverait de la profession de foi. Je ne suis pas croyante. Moi qui, plus jeune, pensais que les militants de Greenpeace étaient des extrémistes, j’ai compris que les vrais extrémistes étaient les capitalistes qui détruisaient la planète.Pour l’instant, nous avons perdu le combat pour la planète, la justice sociale et les libertés fondamentales. L’humanité déraille et je ne veux plus mentir en donnant l’illusion que « ça ira ».*

Claire Nouvian hier, dégoûtée par les politicards : Présidente de l’association Bloom, Claire Nouvian a été l’une des fondatrices de Place Publique avec Raphaël Glucksmann. Leur mouvement a fait alliance aux européennes avec le PS. Elle raconte l’arrière-cuisine des partis, dont elle se dit « dégoûtée ». Extraits : Une poignée d’intrigants ont transformé Place publique en organe classique où règnent les luttes intestines et où les courtisans réussissent plus que les combattants. Loin d’être rappelés à l’ordre, ceux qui se sont le plus mal comportés ont au contraire pris du galon dans le premier cercle. Les arrivistes auront toujours, par définition, une longueur d’avance sur les autres puisqu’ils passent leurs journées à calculer leurs coups, puisqu’il n’y a rien d’autre dans leur horizon que leur carrière et la constitution d’une rente politique. Nous savons tous, en théorie, que la politique fonctionne ainsi, selon un système féodal d’allégeances, mais en faire l’expérience pratique change tout. J’ai été dégoûtée par cette forme de prostitution de la démocratie qui a comme conséquence que les plus vils obtiennent les meilleurs postes. La campagne européenne a appuyé sur nos faiblesses structurelles et fait tomber les derniers masques. J’ai servi de caution écolo une fois, pas deux. La radicalité en politique, ce n’est pas pour demain. Notre alliance devait fermer la porte à ceux qui étaient favorables à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, au Grand Contournement Ouest de Strasbourg, à Europacity etc. Mais ainsi va la politique : l’idée de ne pas passer la barre des 5 % a plongé l’appareil PS en crise de nerfs et ils se sont mis à trembler de peur dès que j’allais prendre la parole, puisque mon discours ne changeait pas d’un iota par rapport à la feuille de route idéologique et programmatique sur laquelle nous étions tombés d’accord. Je pense que tous les partis, peu importe leur couleur politique, sont des rouleaux compresseurs qui génèrent partout des schémas qui me semblent similaires : le règne de la défiance, le régime de la rumeur, du mensonge et des coups bas. Dans les espaces de lutte, les ONG, les médias, les tribunaux… nous sommes très efficaces. A l’échelle globale, j’ai entièrement perdu foi en notre capacité à relever les défis. Au moment où notre avenir est promis à l’apocalypse climatique et à l’extinction des espèces, le pouvoir politique est plus que jamais une modalité et non une fin en soi. La politique c’est un hachoir de la pensée qui interdit le recul, la lecture, le calme, qui instaure un régime de compétition et de défiance alors que nous ne nous en sortirons que par la coopération et la confiance.**

Claire Nouvian avant-hier. Un découragement passager se comprend, mais la grandeur de espérance humaine et de ses représentants est fait de la capacité à rebondir. Nous avons fait antérieurement l’éloge de Claire Nouvian sur notre blog biosphere, il n’y a rien à retrancher :

23 septembre 2018, N’oubliez pas les noms des héros de l’environnement

Nous ne connaissons pas suffisamment les héros de l’environnement. Depuis 1989, le Prix Goldman rend chaque année hommage aux défenseurs de l’écologie issus des six régions du monde. Cette récompense individuelle est considérée comme « le prix Nobel de l’Écologie ». Voici les Portraits de six héros de l’environnement primés le lundi 23 avril 2018. Pour l’Europe, Claire Nouvian (protectrice des fonds marins)

25 avril 2018, Bloom et Nicolas Hulot, même combat en mer

Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom vient de recevoir le prix Goldman, considéré comme la plus haute distinction internationale dans le domaine de l’environnement.* Bloom est une petite association de 8 salariés entièrement vouée « aux océans et à ceux qui en vivent », avec pour ambition d’établir « un pacte durable entre l’homme et la mer ». Si la madone des poissons se fait autant remarquer, c’est surtout parce qu’elle remporte les campagnes qu’elle mène. L’interdiction de la pêche profonde en dessous de 800 mètres décrétée par l’Union européenne en 2016 est très largement à mettre à son crédit. L’interdiction de la pêche électrique est en bonne voie. L’attitude à son égard est variée, il y a ceux qui la détestent : « Je suis hyperclivante. Les pêcheurs néerlandais m’appellent Hitler…  » Il y a ceux qui la comprennent…

* LE MONDE du 19-20 janvier 2019, Claire Nouvian, militante écologiste : « J’ai toujours été un prophète de malheur »

** Claire Nouvian : « J’ai servi de caution écolo une fois, pas deux »

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7 réflexions sur “Claire Nouvian, militantisme et désespoir”

  1. @modération : ni les propos de Michel C ni les miens ne contreviennent à la loi : ils sont musclés mais restent dans les limites de la bienséance ! Décidemment , on ne peut plus rien dire !

    Modération @ Marcel : Marcel, (re)lisez svp ce que nous avons écrit, qu’un commentaire doit traiter du sujet traité par le blog et non servir des échanges interpersonnels… Apprenez à approfondir votre argumentation, on dit aussi tourner 7 fois le clavier sous ses doigts avant d’écrire une phrase.

    1. Mais si Marcel, même si ça ne sert à rien on peut encore dire.
      Et quoi qu’il en soit il est inutile de râler. Parce que partout nous devons respecter les règles. Sur la route, dans la rue, au boulot, en politique, et avec les me(r)dias n’en parlons pas. Partout nous devons marcher gentiment dans les clous ! Nous devons donc faire le deuil de l’anarchie et des anarchistes. C’est peut-être désespérant mais c’est comme ça.
      Cette fois nous devons nous limiter à causer gentiment du militantisme et du désespoir de Claire Nouvian. Si vous manquez d’inspiration, je vous invite à vous procurer le journal La Décroissance d’avril 2019 (N°158).
      Page 6 : « Claire Nouvian et Glucksmann, couple écotartufe »
      Mais bon… ça c’était «Claire Nouvian avant-hier»… quand elle y croyait encore. En tous cas, y’a pas photo, ils et elles sont beaux et bêêêlles nos héros de l’environnement ! 🙂

  2. arrêtez donc de nous les briser avec votre prose quotidienne moralisatrice gauchobobo comme vous qualifie avec raison BGa 80 et à ressasser les mêmes thèmes .

    Modération de ce commentaire que nous avons tronqué :
    Nous appliquons une modération a posteriori selon les critères juridiques des limites de la libre expression des idées. Lire par exemple :
    http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html
    Pour que les commentaires approfondissent le sens de l’article d’origine, nous éliminerons aussi tout texte sans rapport avec le sujet.

    1. Pauvre Marcel ! Comme vous savez, nous ne sommes pas nombreux ici sur ce site, et donc nous connaissons tous ici la rengaine quotidienne ou passagère des uns et des autres. En fait, et quelque soit notre niveau, nous en sommes tous là, à ressasser, à tourner en rond (en attendant), et ça aussi je ne cesse de le répéter, tous les jours ou presque.
      Seulement comme pour toutes choses, il y a rengaine ET rengaine, il y a prose ET prose, bobo ET bobo, gaucho ET gaucho, facho ET facho etc. etc.

      Modération de ce commentaire que nous avons tronqué :
      Nous appliquons une modération a posteriori selon les critères juridiques des limites de la libre expression des idées. Lire par exemple :
      http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html
      Pour que les commentaires approfondissent le sens de l’article d’origine, nous éliminerons aussi tout texte sans rapport avec le sujet.

  3. « Au moment où notre avenir est promis à l’apocalypse climatique et à l’extinction des espèces, le pouvoir politique est plus que jamais une modalité et non une fin en soi. La politiqu »

    Je doute fort de l’ apocalypse climatique mais je n’ ai aucun doute sur l’ extinction des espèces et le grouillement humain délirant .
    Inutile de s’ énerver et de sombrer dans l’ hystérie , madame Nouvian , la raclée est au bout du chemin et votre agitation n’ y changera rien .
    Je ne peux que partager sa répulsion envers les politichiens et les journaputes, créatures abjectes agissant au détriment de leur peuple .
    Gageons qu’ après le chaos , les survivants auront à coeur de se charger du sort de ces misérables

    1. commencez vous même par arrêter de nous gaver avec ces histoires sordides de règlements de comptes post-chaotiques, ou autres.

      Modération de ce commentaire que nous avons tronqué :
      Nous appliquons une modération a posteriori selon les critères juridiques des limites de la libre expression des idées. Lire par exemple :
      http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html
      Pour que les commentaires approfondissent le sens de l’article d’origine, nous éliminerons aussi tout texte sans rapport avec le sujet.

  4. – « il y a ceux qui la détestent […] Il y a ceux qui la comprennent … »
    Tiens donc ! Claire Nouvian ferait donc partie de ces gens qui ne peuvent laisser indifférent, de ces gens qu’on déteste ou alors qu’on adooore, ici qu’il suffirait de comprendre. Ah bon… Ben moi je n’ai aucune raison de la détester, je fais même tout ce que je peux pour la comprendre, et je ne dirais jamais qu’il n’y a rien à comprendre, et qu’il n’y a donc même pas besoin de chercher à comprendre et patati et patata, parce que celle là elle est trop facile et on ne la connait que trop et caetera et caetera.

    En attendant, Claire Nouvian me fait bien rire, elle aussi. Comme tant d’autres avant elle (coucou Nicolas), et bien sûr après elle (coucou Greta) , elle me fait notamment penser à ces enfants gâtés à qui on dit : «Goûte ! avant de dire que c’est pas bon». Et comme elle a été très bien élevée, il lui fallait donc goûter. Et il aura donc fallu qu’elle y goûte pour juger ça dégoûtant. Je trouve ça marrant. Il y aura toujours des gens qui auront besoin de se foutre un coup de marteau sur les doigts pour pouvoir dire que ça fait mal. Et en ce sens je les range dans le même registre que tous ces gens qui ne peuvent accepter la réalité telle qu’elle est. Autant dire beaucoup de monde.
    La meilleure c’est quand elle dit : «Dans les espaces de lutte, les ONG, les médias, les tribunaux… nous sommes très efficaces. » Mais déjà de quoi parle t-elle exactement ? De greco-romaine, de capoeira, de quelle style de lutte parle t-elle ? Y’a pas à dire, ah ce qu’ils-elles sont beaux-belles, nos rebêêêlles !

    Mais tout ça c’était hier et avant-hier, aujourd’hui Claire Nouvian n’y croit plus, elle semble même ne plus croire en rien. Mais ça, je dirais que c’est son problème à elle, pas le notre, en tous cas pas le mien. Toutefois attention ! ça pue le nihilisme. Même s’il n’y a plus d’espoir, gardons-nous du désespoir ! Et pour ça, nullement besoin de croire à la poupée qui tousse ou à la mouche qui pète.

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