Climat : l’économie deviendrait-elle écologique ?

A en croire Christian de Perthuis, « L’économie est l’un des outils les plus efficaces pour combattre le changement climatique »*. Responsable dès 2002 de la mission climat de la Caisse des dépôts et consignations, il est déjà perspicace : « S’il n’y a pas de ruptures technologiques dans la façon dont nous produisons et utilisons l’énergie, on ne pourra pas à la fois maintenir le niveau de vie des pays développés, accroître celui des pays en développement et limiter dans des niveaux raisonnables les risque climatiques. Lorsque la nature aura envoyé trois ou quatre ouragans comme Katrina, cela fera forcément réagir les sociétés. » Il affirmait aussi : « Il faut mettre une nouvelle valeur dans l’économie, à savoir le prix qu’on accorde à la protection du système économique, le prix du carbone ». Les choses ont évolué, trop lentement.

Sur ce blog, nous écrivions en 2013 : « Censé remettre au gouvernement des préconisations sur l’alignement de la taxation du carburant diesel sur celle de l’essence et l’introduction d’une composante « carbone » dans la fiscalité énergétique, le comité pour la fiscalité écologique n’est pas parvenu à dégager un consensus (LE MONDE du 15 août 2013, Désaccords autour de la fiscalité verte ). Son président, Christian de Perthuis, suggère un rattrapage de un centime par an sur le litre de diesel. Un centime seulement ? Actuellement, le diesel est taxé à 0,65 euro le litre contre 0,86 euro pour le sans-plomb : un rattrapage en vingt ans et plus ! Deuxième proposition, un coût final de 20 euros la tonne de CO2 en 2020. Loin des propositions de la commission Rocard de juillet 2009 : « il faut atteindre en 2030 un prix du gaz carbonique émis de 100 euros la tonne en démarrant à 32 euros. »

Christian de Perthuis propose à juste titre une réflexion de long terme : « Notre modèle n’est plus néoclassique, il intègre la pollution comme un facteur de production à court terme, via sa tarification : à court terme il faut de la pollution pour produire dans le cadre actuel, mais on a un facteur de rétroaction qui fait que plus on pollue à court terme plus je peux produire mais plus je détruis ma capacité productive à moyen et long terme. » Nous sommes dans une logique de tragédie des biens communs… à l’échelle de la planète : « Notre village, c’est la planète et notre prix communal l’atmosphère. Comme l’usage de cette atmosphère est gratuit, nous sommes donc en train de détruire notre bien commun. » Christian de Perthuis voit une solution : « En France aujourd’hui il y a une majorité de citoyens qui estiment à tort ou à raison qu’on paye trop d’impôts. Si on explique qu’en répartissant différemment l’imposition entre d’un côté les pollutions (à taxer) et de l’autre des facteurs de production en baissant les impôts qui pèsent dessus il y aura une adhésion. »

Mais comme la ministre Ségolène royal ne veut pas d’une « « écologie punitive », même pour les poids lourds, et que son président François Hollande n’a aucun sentiment écologique, la fiscalité écologique restera au point mort en France. A plus forte raison au niveau international.
* http://alternatives.blog.lemonde.fr/2015/02/05/leconomie-est-lun-des-outils-les-plus-efficaces-pour-combattre-le-changement-climatique/

2 réflexions sur “Climat : l’économie deviendrait-elle écologique ?”

  1. Oui, assez d’accord avec José, l’idée de donner un prix à la nature ne me séduit pas, cela revient à « marchandiser » le naturel. Qui pourra décider qu’un tigre vaut autant (ou plus, ou moins) que tant de mètres cubes d’air sain ou que tant de litres d’eau pure, qu’un grand arbre vaut un jaguar et qu’un petit vaut un chat sauvage. Le propre de la nature est pour moi d’échapper à ce genre de calcul. La réalité du monde ne se réduit pas à des chiffres et pour l’instant il me semble que l’économie a suffisamment envahi le champ du réel pour ne pas en rajouter. Laissons des espaces libres pour le monde naturel et des espaces sans hommes, et ne nous préoccupons pas de combien ils valent, de combien ils vaudraient. Les « valoriser » ainsi seraient les réduire et les rendre susceptibles d’être sacrifiés au profit d’autres biens provisoirement supérieurement valorisés

  2. Donner un prix à la nature, serait-ce via sa protection, c’est la placer sous la tutelle de l’économique, qui devient dès lors officiellement la référence. Ce n’est donc qu’une étape dans le processus qui consistera à choisir ce qui « mérite » d’être conservé et ce qui peut être sacrifié.
    Et c’est forcément pour le citoyen un dépossession de l’environnement. Car qui va décider par exemple que l’air peut être souillé, et à quel prix? Aurai-je les moyens en tant qu’individu de refuser de vendre la part qui me revient en tant que membre de la communauté, ou devrai-je assumer la pollution de l’air?

Les commentaires sont fermés.