Le groupe III du GIEC est chargé d’évaluer les solutions face au réchauffement climatique. Les groupes n°1 et n°2 reposent sur des sciences dures pour établir le constat du changement climatique et de ses conséquences, alors que le groupe n°3 est en quête de décisions politiques. Dès son premier rapport, en 1992, le groupe III avait fait de la technologie la « pierre angulaire » de la réponse. On donnait priorité à l’innovation, il y avait un biais technophile. Des salariés d’entreprises des énergies fossiles – la principale cause du réchauffement climatique –, notamment issus de Total, Exxon, ENI ou Saudi Aramco, deviennent maintenant participants du groupe III du GIEC. Autant dire qu’il est orienté !
Jean-Baptiste Fressoz : Le GIEC III confère de la légitimité à des technologies spéculatives, réduisant ainsi l’éventail des options politiques et retardant les transformations structurelles nécessaires pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Les mots-clés contenus dans ses rapports révèlent la « domination écrasante » des termes liés aux solutions technologiques (« technologie », « innovation », « nucléaire », « solaire », etc.) en comparaison avec ceux ayant trait aux changements de comportement (« modes de vie », « sobriété », etc.).Si les premiers rapports sont ceux qui comportent le plus grand déséquilibre, les derniers (2014 et 2022) font encore sept fois plus référence aux technologies qu’aux questions de demande. Dans le dernier opus, le terme « innovation », avec 1 667 occurrences, est cité sept fois plus que « sobriété » (232), et « hydrogène » (1 096 citations), 38 fois plus que « décroissance » (29). Quant au terme « interdiction », il apparaît seulement 13 fois. L’innovation est par ailleurs toujours décrite de manière positive, présentée comme « responsable » ou « bas carbone », y compris l’intelligence artificielle et le bitcoin, qui consomment beaucoup d’électricité.
Le 6e et dernier rapport marque, malgré tout, un tournant : il consacre pour la première fois un chapitre à la demande, « présentant la sobriété comme une stratégie d’atténuation légitime et importante ». Se libérer d’un « optimisme déplacé » permettrait d’ouvrir de nouveaux champs de recherche sur les conséquences d’un déclin du tourisme international ou d’une réduction drastique de la consommation de viande dans les pays à revenu élevé.
La réponse des technophiles du GIEC
François Gemenne : « LE GIEC accusé de « retarder les transformations structurelles » parce qu’il présente les solutions qui existent, j’avoue que je ne l’avais pas vu venir. Alors, à tous ceux qui croient utile de taper sur le GIEC et les solutions pour essayer d’empêcher la transition, je veux leur dire que la transition se fera sans eux. Parce que la transition a besoin de la technologie, et que technologie et sobriété ne sont pas antinomiques. L’une peut même renforcer l’autre, dans certains cas. Nous n’avons tout simplement pas le luxe de nous priver des solutions qui existent. »
Valérie Masson-Delmotte, (ancienne coprésidente du groupe I sur les bases physiques du changement climatique) : L’historien Fressoz ne démontre pas que la neutralité carbone est inatteignable. Et la sobriété présente aussi des limites . On aura quand même besoin des technologies, en dernier ressort, pour décarboner certains secteurs comme l’industrie lourde.
Le point de vue des écologistes
Certains inscrivent le progrès technique dans un mouvement prétendument inéluctable, ce que résume la « loi de Gabor » selon laquelle tout ce qui est techniquement faisable sera fait tôt ou tard. Pourtant Dennis Gabor (1900-1979) lui-même, effrayé par le décalage croissant entre la puissance des technologies et la fragilité des institutions sociales susceptibles de les encadrer, s’interroge très tôt sur la civilisation industrielle et son avenir. Dans « Inventons le futur » (1963), il constate que « jusqu’à présent, l’homme a lutté contre la nature, désormais il devra lutter contre sa propre nature ». Avec la « loi de Gabor », pour lui il ne s’agissait pas de la valider, mais au contraire de la contester comme une formule creuse et idéologique, de la repousser comme un mensonge, « une maxime de l’évangile du Progrès Mécanique ». Il s’efforçait au contraire d’imaginer des réponses sociopolitiques pour inventer un autre futur moins menaçant et destructeur…
En termes actuels, mieux vaut la sobriété que poursuivre la production de ce qui nuit à l’environnement.
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La géo-ingénierie solaire, folie ou solution ?
extraits : Le terme de géo-ingénierie recoupe communément deux grandes catégories, qui s’attaquent pour l’une à la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et pour l’autre à l’excès de chaleur. D’un côté, la géo-ingénierie carbone permet d’éliminer le dioxyde de carbone excédentaire de l’atmosphère (par le boisement, la capture directe dans l’air, etc.). Ces techniques sont considérées par le GIEC comme nécessaires à l’atteinte de la neutralité carbone tout en faisant débat. De l’autre, la géo-ingénierie solaire, aussi appelée modification du rayonnement solaire (SRM), vise à contrecarrer l’augmentation de la température de la Terre en réfléchissant une infime fraction des rayons du Soleil vers l’espace. Cette fois, ces techniques restent très hypothétiques et sont hautement contestées….
Biosphere-Info : l’écologie, technophobe ?
extraits : L’écologie, étude de la complexité des interrelations multiples, ne peut être caricaturée par des phrases du type « l’écologie, c’est le retour à la bougie ». Entre la technophobie et la religion du progrès technique, il y a des techniques appropriées au contexte biophysique. Ce qui est certain, c’est que le blocage par la limitation des ressources naturelles et le coût de la complexité vont faire disparaître une grande partie de la mécanisation de notre existence ; le robot n’est pas l’avenir de l’homme. Démonstration…
Nos articles antérieurs sur la géo-ingénierie
Géo-ingénierie, le cauchemar en route (juin 2022)
Anthropocène, de l’anthropisation à la géo-ingénierie (novembre 2015)
Climat : la stupidité de la géo-ingénierie (novembre 2015)
Le climat, c’est trop compliqué pour la géo-ingénierie (juillet 2015)

Je vois là une analogie avec cet autre problème, celui du Plastique. Un véritable fléau à tous points de vue. Là encore certains pays, dits obstructeurs (principalement les pays producteurs de Pétrole), misent… plus exactement font semblant de miser… sur le Recyclage. Faisant semblant d’ignorer que la seule solution est l’arrêt définitif de sa production.
Là encore, derrière des apparences de bonne volonté (d’écologie…) ils veulent nous faire croire que la Solution est dans la Technique (plastiques recyclés…) et qu’il n’y a pas lieu d’arrêter d’en produire, toujours plus !
Ceci dit, c’est quand même grâce à la Technologie que Jean-Baptiste Fressoz peut avancer que les mots-clés (« technologie », « innovation », « nucléaire », « solaire », etc.) contenus dans les rapports du Giec révèlent l’écrasante domination des termes liés aux solutions technologiques, comparé aux mots comme « sobriété », « décroissance » ou encore « interdiction ».
C’est comme quand Biosphère, ou moi parfois, quand ON s’amuse à questionner telle ou telle IA pour faire valoir ceci ou cela.
Seulement c’est aussi comme pour l’Avion, le Mc Do, les soldes et j’en passe. ON ne peut pas dire «il ne faut pas utiliser ChatGpt, l’IA c’est de la merde etc.» et en même temps déroger à cette règle parce que ça nous arrange. (« Faites ce que je dis mais pas ce que je fais .»)
En fait si ON peut… la Preuve, puisqu’ON le fait. Mais alors il ne faut pas venir pleurnicher si un petit esprit taquin vient vous (nous) qualifier d’imposteur. Ou d'(éco)-tartufe. 🙂