Climatosceptiques, des marchands de doute

LE MONDE* consacre un article à la dénonciation des climatosceptiques. En complément, voici un résumé de l’épilogue du livre de Naomi Oreskes et Erik Conway, Les marchands de doute :

« Depuis cent cinquante ans, la civilisation industrielle s’est repue de l’énergie emmagasinée dans les combustibles  fossiles et aujourd’hui on nous présente l’addition. Et pourtant, nous prétendons que cette note n’est pas la nôtre. Il n’est pas surprenant que beaucoup d’entre nous soient dans le déni, il n’est pas étonnant que les marchands de doute aient du succès : ils nous ont fourni le prétexte pour ignorer la facture. Il est vrai que faire quelque chose implique des coûts, et si l’on n’est pas sûr que ces coûts soient compensés par des bénéfices futurs, la meilleure option est de ne rien faire ; tel est le résultat d’une analyse rationnelle. Il est vrai aussi que ceux qui ont le plus à gagner à laisser les choses en l’état mettent en avant la nécessité de douter. Toute preuve peut être contestée car on ne peut jamais prouver quelque chose à propos du futur. Mais cette conception relève d’une vision erronée de la science.

La science ne produit pas des certitudes, elle ne fournit qu’un consensus d’experts, fondé sur l’examen minutieux des faits. La plupart des gens ne comprennent pas cela. Si nous lisons un article de journal préservant deux points de vue opposés, nous pensons qu’ils ont chacun une certaine validité, et qu’il serait injuste de taire l’un des deux. Or souvent, l’un des points de vue est ultra-minoritaire. Cela nous conduit à dire que la science moderne est une entreprise collective. Dès les premiers jours, la science a été associée à des institutions – l’Accademia dei Lincei fondée en 1609, la Royal Society en Grande-Bretagne en 1660, l’Académie des sciences en France en 1666. On avait compris que pour créer des connaissances nouvelles, il fallait un moyen de confronter les apports des uns et des autres. Tant qu’une opinion n’est pas passée au filtre du jury composé par les pairs d’une discipline, ce n’est pas plus qu’une opinion. En science, on n’est pas censé s’accrocher à un sujet jusqu’à épuisement des opposants. Le schéma journalistique « il ou elle dit » ignore cette réalité. Exposer son opinion auprès du grand public plutôt que dans les cercles scientifiques s’écarte des protocoles institutionnels qui, pendant 400 ans, ont garanti la véracité des énoncés scientifiques.

Habituellement, nous nous efforçons de prendre des décisions à partir de la meilleure information que nous pouvons réunir. Nous devons faire confiance aux experts scientifiques sur les sujets de science parce qu’il n’y a pas d’autre alternative crédible. Si la communauté scientifique a été mandatée pour examiner le dossier de l’évolution du climat comme le GIEC, alors nous pouvons effectivement prendre au sérieux le résultat de ses investigations. Notons que tout travail expérimental est susceptible d’être contredit ou modifié par l’avancement des connaissances. Cela ne doit pas pour autant inciter à ignorer ce que nous savons déjà, et à remettre à plus tard une action à laquelle nos connaissances nous incitent à un moment donné. Le fondement d’une prise de décision, c’est tout simplement ce qui paraît raisonnable dans les circonstances du moment. »

CONCLUSION de ce blog : Il est trop facile pour les climatosceptiques de réduire la science au doute systématique et d’oublier qu’en science le doute doit être raisonnable au regard des faits. En matière de climat, les faits sont sans appel : ça chauffe. Et matière d’explication, le doute raisonnable conduit à une cause majeure (pas unique) : l’activité industrielle humaine. S’il reste un doute, de toute façon il faut savoir prendre les mesures qui s’imposent quand les conséquences de l’inaction peuvent être dramatiques.

* LE MONDE du 30 mars 2012, « Des chercheurs touchent beaucoup d’argent pour attaquer la science »

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4 réflexions sur “Climatosceptiques, des marchands de doute”

  1. Bobo bonobo

    L’écologie politique est politique, elle n’a donc rien à voir avec la science, elle est de l’antiscience.

    Remarque des modérateurs à l’IP 2.4.8…
    N’utilisez pas des pseudos différents pour débiter insultes et provocations,
    par exemple celle-là que nous avons censurée : « Jancovici est un con ».
    Un tel « discours » ne fait pas avancer le débat démocratique.

  2. Bien, une fois n’est pas coutume, je suis assez largement d’acccord avec vous dans les grandes lignes: oui l’hypothese anthropique du rechauffement, et les evaluations de ses consequences, sont tres tres largement majoritaires (je ne dirais pas consensuelle, moi par example 😉 …). J’ai une critique en revanche sur un point du livre d’Oreskes & Conway, et plus generalement sur la sociologie du debat. Ce que Oreskes & Conway accusent Nierenbberg, Seitz and Singer de faire est de « noyer le poisson » du rechauffement en utilisant, par tactique, des methodes et moyens politiques. Mais d’un autre cote, n’est-ce pas un leitmotiv des ecologiste politiques que de dire que « toute science est citoyenne » , c’est a dire que tous, meme les non-specialistes, peuvent faire partie du debat et que tous moyens et contextes politique sont legitimes? Oreskes & Conway refusent a des scientifiques climatosceptiques d’utiliser des moyens et concepts politiques, tout en encouragant le polique dans l’avis de la majorite . On peut aussi critiquer « Merchants of doubts » en ce qu’il est un « Godwin point » geant qui fait exactement ce qu’il accuse les autres de faire: s’attaquer a la forme pour critiquer le fond. Livre important quand meme.

  3. Bien, une fois n’est pas coutume, je suis assez largement d’acccord avec vous dans les grandes lignes: oui l’hypothese anthropique du rechauffement, et les evaluations de ses consequences, sont tres tres largement majoritaires (je ne dirais pas consensuelle, moi par example 😉 …). J’ai une critique en revanche sur un point du livre d’Oreskes & Conway, et plus generalement sur la sociologie du debat. Ce que Oreskes & Conway accusent Nierenbberg, Seitz and Singer de faire est de « noyer le poisson » du rechauffement en utilisant, par tactique, des methodes et moyens politiques. Mais d’un autre cote, n’est-ce pas un leitmotiv des ecologiste politiques que de dire que « toute science est citoyenne » , c’est a dire que tous, meme les non-specialistes, peuvent faire partie du debat et que tous moyens et contextes politique sont legitimes? Oreskes & Conway refusent a des scientifiques climatosceptiques d’utiliser des moyens et concepts politiques, tout en encouragant le polique dans l’avis de la majorite . On peut aussi critiquer « Merchants of doubts » en ce qu’il est un « Godwin point » geant qui fait exactement ce qu’il accuse les autres de faire: s’attaquer a la forme pour critiquer le fond. Livre important quand meme.

    1. L’écologie politique n’est pas politicienne, elle s’appuie sur les conclusions de l’écologie scientifique pour lutter socialement contre la perte de biodiversité, l’épuisement des ressources, le stress hydrique, etc. C’est pourquoi l’écologie politique a un fondement objectif qu’on peut résumer ainsi : la planète ne négocie pas.
      Le problème des écologistes, c’est que la réalité est politicienne, soumise aux lobbies, aux souhaits de confort de la classe globale, aux avantages acquis, aux illusions du progrès, etc. Les économistes et une fraction « intéressée » des scientifiques défendent ce contexte. La science citoyenne est une tentative des citoyens conscients de débloquer cette situation. Il est par exemple anormal que des citoyens doivent lutter pour démontrer que les flux radioactifs de Tchernobyl ne se sont pas arrêtés aux frontières françaises !

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