20 propositions pour démilitariser la France
1. Valoriser davantage les personnages qui, sans armes, ont fait l’histoire, tout particulièrement dans les manuels d’éducation civique et d’histoire. Réduire, dans les programmes scolaires, la part consacrée aux guerres et aux « héros » militaires.
2. Honorer les objecteurs de conscience au service militaire et les réfractaires à la guerre. Reconnaître leur contribution exemplaire à la défense de la paix.
3. Réhabiliter tous « les fusillés pour l’exemple » de la Première guerre mondiale. Inscrire leurs noms sur les monuments aux morts parmi les victimes militaires avec la mention « Morts par la France ».
4. Civiliser les commémorations nationales, réduire la part dédiée à l’armée. Faire connaître les monuments aux morts dits « pacifistes ». En construire d’autres sur la base de propositions citoyennes et d’établissement scolaires.
5. Investir dans l’éducation à la paix et à la non-violence dès l’école.
6. Supprimer le défilé militaire du 14 juillet. Le remplacer par un « défilé » citoyen dans le cadre d’une fête nationale toute entière tournée vers la fraternité et la paix entre les peuples.
7. Abandonner La Marseillaise comme hymne national. Adopter de nouvelles paroles pour un hymne pacifié conforme à nos valeurs universelles.
8. Promouvoir les symboles pacifiques. Débaptiser les rues et places qui rendent hommage aux personnalités guerrières ou colonialistes. Valoriser les héros de la non-violence, comme le général Jacques de Bollardière.
9. Réduire les dépenses militaires et réaffecter les investissements vers les services publics, l’éducation, la santé et la transition écologique.
10. Stopper les ventes d’armes, fermer le salon de l’armement EuroSatory, démanteler le complexe militaro-industriel, engager un processus de reconversion des industries d’armement.
11. Renoncer aux interventions militaires extérieures. Défendre la paix et la justice dans le monde par des initiatives diplomatiques appropriées, le soutien aux sociétés civiles en lutte contre les groupes terroristes ou les dictatures, des aides ciblées au développement économique des pays pauvres.
12. Libérer la France des armes nucléaires, signer le Traité international d’interdiction des armes nucléaires, se prononcer clairement pour le désarmement nucléaire unilatéral de la France.
13. Refuser de participer à la militarisation de l’espace.
14. Sortir de la culture du secret concernant toutes les affaires de défense, mettre en place des mécanismes de contrôle démocratique et de transparence.
15. Investir dans les stratégies civiles de défense et d’intervention civile de paix. Soutenir les formations organisées par les associations et les institutions pour la résolution non-violence des conflits.
16. Abroger les accords Défense-Education, interdire à l’armée de pénétrer dans les établissements scolaires. Favoriser l’éducation à la citoyenneté en dehors de tout cadre militaire.
17. Supprimer le Service national universel (SNU). Lui préférer, sur la base du volontariat, un service civil permettant à tout jeune de s’investir dans une association ou une institution de son choix.
18. Démilitariser la police et la gendarmerie. Interdire la possession et l’usage d’ armes de guerre par les forces de l’ordre. Investir dans la formation des policiers aux méthodes de médiation et de résolution pacifique des conflits.
19. Organiser un puissant mouvement citoyen de résistance à la militarisation en fédérant l’ensemble des luttes partielles actuelles et en les amplifiant.
20. Démilitariser les esprits en organisant de nombreux débats au sein de la société civile afin de permettre aux citoyens de s’approprier toutes ces questions et d’agir en conséquence.
Conmmentaire
Alain Refalo : La France demeure un pays particulièrement militarisé. J’ai bien dit « militarisé », et non pas « militariste ». Selon l’IEP (l’Institute for Economics and Peace), la France faire partie des cinq pays les plus militarisés au monde, derrière les Etats-Unis, la Corée du Nord, la Russie et Israël.
Pour effectuer cette mesure l’IEP utilise sept critères : les dépenses militaires en pourcentage du PIB, le nombre d’individus membres des forces armées pour 100 000 habitants, le volume d’armes conventionnelles importées, mais aussi exportées pour 100 000 habitants, la contribution financière aux missions de maintien de la paix des Nations unies, les capacités en armes lourdes et nucléaires et, enfin, la facilité d’accès aux armes légères et de petits calibres.la place de l’institution militaire en France est « sans équivalent dans aucune autre démocratie » et « n’a cessé de se renforcer au cours des dernières décennies »1.
Ce poids de l’armée dans la vie politique se fait particulièrement sentir dans les priorités de la politique extérieure de la France avec un nombre toujours plus important d’interventions militaires, surtout en Afrique. La dernière au Mali a lamentablement échoué, avec plusieurs dizaines de soldats morts pour rien. Sur le plan économique, le poids du complexe militaro-industriel, un des piliers économique de la Ve République, n’a cessé de se renforcer avec une industrie de défense qui tient en otage la classe politique dans les choix des grands programmes technologiques, stratégiques et militaires.
Sur le plan symbolique, les présidents de la République ne sont jamais en reste pour souligner leur attachement aux valeurs militaires. On l’a oublié, mais le président « jupitérien » Emmanuel Macron, le jour de son investiture, remonte les Champs-Élysées, dans un véhicule militaire, un camion tout-terrain ouvert conduit par un gendarme… C’est une première ! À son bord, le président de la République est accompagné du chef d’état-major des armées. La militarisation des esprits est d’ailleurs une constante en France, avec nos livres d’histoire où le récit national met en avant les guerres et les conquêtes de la France, où les héros guerriers tiennent encore une grande place. Elle se prolonge par la valorisation des valeurs militaires, tout particulièrement avec l’obscène défilé national du 14 juillet sur les Champs-Elysées et de nombreuses commémorations nationales où l’armée et son idéologie sont omniprésentes, sans oublier notre hymne national qui n’a rien de pacifique ! (extraits)
