Contre les pratiques culturelles actuelles

L’écologie impose de « faire moins ». Elle contredit ainsi la fonction symbolique d’une grande partie des pratiques culturelles. Organiser une fête sobre, ou tenter d’encadrer les prodigalités artistiques dans un régime de décroissance, revient à demander à ces moments d’exubérance maîtrisée de renoncer à leur propre logique.

Fabrice Raffin : L’écologie, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui, fonctionne souvent comme un discours de fin du monde : un récit eschatologique où tout serait sur le point de basculer, et où chacun devrait apprendre à se restreindre avant qu’il ne soit trop tard. On demande alors au secteur culturel de s’y conformer. Mais les effervescences collectives ne sont pas des détails. Elles activent un ressort anthropologique essentiel, existentiel : la dépense collective. On la retrouve dans la dépense ostentatoire et l’exubérance ritualisée qui suspend brièvement l’ordre du quotidien. Les célébrations somptuaires, la grande fête rassurent parce qu’elles donnent l’impression que, malgré les crises, il reste un surplus de vie. L’art ouvre des espaces symboliques et imaginaires où la limite semble temporairement neutralisée.

D’où la contradiction structurelle dans laquelle se débattent aujourd’hui les acteurs culturels : ils annoncent vouloir réduire les déplacements, mais dépendent de la circulation des artistes ; ils prônent la sobriété, mais l’économie de l’événementiel valorise la démesure ; ils parlent de relocalisation, tout en restant pris dans des infrastructures globalisées. La difficulté actuelle du secteur culturel ne vient donc pas d’un manque de volonté, mais de la collision entre deux récits incompatibles : celui de l’écologie, qui impose la limite, et celui des réjouissances culturelles, qui reposent encore sur la démonstration d’une abondance possible.

Tant que l’écologie n’est pas ressentie comme une urgence vécue, il est illusoire d’espérer un renoncement profond à des modes d’existence occidentaux dans le confort matériel.

Le point de vue des écologistes qui jouent au piano chez eux

– Cette tribune est très juste. Elle revient à dire plus prosaïquement : l’écologie c’est triste, emmerdant et inhumain. Mais l’art pour l’art, c’est fantastique.

– L’art n’est que l’expression de son époque, et la nôtre qui est particulièrement dénuée de grandeur, d’idéal et d’absolu, ne peut plus que consoler son vide dans l’opulence et l’excès de consommation, qui ne sont que des illusions.

– La culture depuis les années 80 avec ses gigantesques animations est faite pour des peuples convertis en ultra-consommateurs.

– Le cinéma, le théâtre, les salle de spectacles… sont des lieux où il faut aller avec émissions de gaz à effet de serre.

Où est la culture qui permet d’appréhender l’avenir avec une conscience plus éclairée ?

– Une attitude « culturelle écologique » consisterait à ne pas écouter le discours consumériste du genre  » un spectacle à ne pas manquer » , un « must », « ne ratez surtout pas… »,

– Oui l’écologie remet les limites au centre de nos préoccupations. La fête est finie ..…

– La baisse du niveau de vie qui va avec la fin du pétrole fera en sorte que l’argent n’ira pas à la culture payante.

– Une porte de sortie, c’est de faire la promotion d’activités culturelles locales.

– Après tout, faire partie d’une chorale locale est encore plus agréable que de s’agglutiner dans une salle de spectacle.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Décroissance culturelle, l’art de l’essentiel

extraits : Les artistes qui vivent de l’air ambiant préfèrent amuser ou épater la galerie plutôt que d’aborder les véritables problèmes de fond, anxiogènes. La vie culturelle semble se dérouler en dehors de la réalité environnementale. Rentrée littéraire après rentrée littéraire, l’écologie est absente des centaines de nouveaux romans publiés et des préoccupations des écrivains. En art contemporain, les artistes les plus plébiscités ne s’inscrivent pas dans une démarche écologique. Rares sont les films, en dehors des documentaires, qui intègrent l’écologie comme thématique. Les séries télévisées sont encore plus loin du sujet. La chanson française est peu inspirée par les changements du climat et des écosystèmes…

Nous nous réveillerons seulement quand les soubresauts de la planète menaceront de nous ensevelir. A ce moment-là l’art et la culture seront remplacés par des stages de survie et/ou de jardinage !

11 réflexions sur “Contre les pratiques culturelles actuelles”

  1. Esprit critique

    – « Depuis quelques années, le milieu culturel s’est lancé dans une transition écologique à marche forcée : chartes, labels verts, bilans carbone, résidences en « mobilité douce », scénographies allégées. » (Fabrice Raffin)

    Déjà, dites-moi UN SEUL secteur (milieu) qui ne se serait pas lancé là-dedans.
    Moi je n’en vois aucun. Même le Dakar, la Formule 1, les J.O… TOUT LE MONDE adhère à cette fumeuse Transition (piège à cons). Aujourd’hui tout le monde barbouille sa petite ou sa grosse activité (entreprise) de vert. Que voulez-vous, c’est la mode !
    La culture… le milieu culturel… mais de quoi parle t-ON ? TOUT EST BUSINESS !!!

    1. – « l’écologie, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui, fonctionne souvent comme un discours de fin du monde » (Fabrice Raffin)

      Seulement, dans les conditions actuelles… je ne vois pas trop, là non plus, comment ON pourrait la mettre en scène autrement. Moi aussi je regrette que l’écologie soit associée à la tristesse, à la peur, aux privations etc. bref à toutes ces émotions négatives.
      Qu’elle est la fonction de la culture, et notamment de l’art… si ce n’est justement de créer des émotions ? Des émotions que nous partageons, plus ou moins, et qui nous permettent de… réfléchir. Et de nous reconnaître. Et ainsi de définir des valeurs, que nous partageons, et qui nous permettent de… faire société. Autrement dit de vivre ensemble.
      (à suivre)

      1. (et fin) Je pense donc que cette mise en scène doit trouver, là encore, un juste milieu. Je l’ai souvent dit, les discours (scénarios) de fin du monde (d’apocalypse, de chaos) sont contre-productifs. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille en finir avec ça, mais seulement d’en user avec… modération. Et non pas d’en abuser. Ni surtout pas d’en faire son fonds de commerce.
        Pour moi, ces discours de fin du monde devraient toujours être accompagnés (complétés) d’un autre discours bien moins anxiogène. Le rire, l’ironie, la dérision, l’auto-dérision… par exemples… peuvent très bien faire l’affaire. 😉
        L’écologie doit devenir… désirable ! Elle doit être associée à la joie (de vivre) et à la confiance (en l’avenir, en l’homme). Faute de quoi …

        1. Toute civilisation est mortelle, l’empire romain en sait qqch. Nous sommes dans une période qui offre du pain et des jeux aux populations aisées, ce qui occulte toute prise de conscience de la dureté des temps à venir. Mais quand l’effondrement de la société thermo-industrielle va se faire ressentir, il sera trop tard pour atterrir en douceur, ce ne sera pas drôle du tout. Sur ce blog biosphere, on préférerait que la catastrophe en cours serve de pédagogie… nous ne sommes même pas sûr que ce sera la catastrophe qui servira de pédagogie. Les civilisations antiques n’avaient pas perçu le fait qu’elles avaient dépassé leurs limites. La notre fait de même, c’est la société du spectacle, rire garanti et fausses terreurs dans les films catastrophe à grand budget.

        2. Oui, et vous savez bien que je suis d’accord avec vous là-dessus.
          Justement, et pour en revenir à l’objet de cet article, ce que pointe là Fabrice Raffin… à savoir «ces effervescences collectives» comme il dit, ces «célébrations somptuaires [qui] rassurent parce qu’elles donnent l’impression que, malgré les crises, il reste un surplus de vie ».
          Bien évidemment, il y a là quelque chose qui cloche, grave.
          Et pas que dans le monde (milieu) de la culture, mais disons partout.
          (à suivre)

        3. (et fin) D’un côté ON nous bourre le mou avec «il faut sauver la planète ; il faut économiser ; pensez à covoiturer ; etc. etc.». Autrement dit ON nous fait peur, ON nous culpabilise, ON nous prend pour des gosses etc.
          Et de l’autre ON nous amuse (abuse) avec les Jeux du Cirque (toujours plus haut, toujours plus fort etc.), la Compétition partout, et la Pub qui me dit d’acheter ceci ou cela (parce je le veau bien).
          Et, en même temps, il faut se farcir les Restos du Cœur… qui sont là pour nous faire pleurer (émotion) et donc raquer (à votre bon cœur messieurs-dames). Bande d’enfoirés va ! Et j’arrête là parce que la Coupe est pleine !
          Moi j’appelle ça, tout simplement, l’HYPOCRISIE. Qui aujourd’hui règne partout, et dont ON crève.

  2. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

    1. Face à la catastrophe en marche, faudrait-il faire appel à la sensibilité ludique et ne pas agiter les peurs ? Parler chiffres, mathématiques, contraintes biophysiques, procédés industriels, est-ce que cela serait plus accessible ? Prenons l’exemple cité par Albert Jacquard : un nénuphar est susceptible d’étouffer toute vie dans un étang quand il aura recouvert son étendue. Il double de surface tous les jours, et recouvrira tout l’étang en 30 jours. Au bout de combien de temps a-t-il recouvert la moitié de l’étang ? Réponse non intuitive, 29 jours…alors que jusque là, on se croyait en sécurité.

      Mais cet exemple basique sur le danger des exponentielles, tout le monde s’en fout même si on le comprend. Le désir de croissance remplit encore tous nos journaux ainsi que la stratégie des entreprises…

      1. Réponse 1ère question : Sensibilité ludique… de quoi parle t-on ? S’il s’agit de ces activités sensorielles (ludiques) permettant de découvrir son environnement, comme marcher pieds nus (bac sensoriel), découvrir les odeurs (boîte à odeurs), et autres trucs du genre… je rappelle qu’il s’agit là d’activités pour les petits enfants. Maintenant je sais que pour les grands, aussi, c’est le genre de «sport» à la mode. Personnellement je ne crois pas avoir besoin de parler aux arbres, ni de faire un stage de survie, pour être plus (ou mieux) sensibilisé que je le suis. Donc pour moi c’est NON.
        Maintenant s’il s’agit de faire de la pub pour certains artistes, pouvant être qualifiés sérieusement d’engagés… comme Bansky, par exemple… là je dis OUI.
        (à suivre)

      2. (suite) Réponse 2ème question : Parler chiffres, science (écologie), bien sûr !
        Mais comme je disais précédemment, avec modération.
        Et pour agiter les peurs c’est pareil. Maintenant, ce discours «modéré», et ludique ! 😉 , l’art urbain (street-art), et autre (?) … tout ça pourrait-il rendre l’Écologie plus accessible (désirable) ? J’avoue que je n’en sais rien.
        Mais je me dis que ça vaut le coup de parier là-dessus. Bonjour les bookmakers !
        Ce qui est sûr c’est que le discours écolo actuel est à la ramasse.
        Fatiguant, hypocrite, inaudible… et contre-productif (plus rien à foutre !)
        Bref, il est donc temps de passer à un autre récit (scénario). D’innover quoi. 🙂

        1. esprit critique

          Le ski ça pue, ça pollue et ça rend con (La Décroissance). Pas que le ski d’ailleurs. Bien sûr ce n’est que de l’ironie, de l’humour, une façon comme une autre pour essayer de sensibiliser, ici à l’Écologie. Rire pour réfléchir, au risque de provoquer (Biosphère). C’est à quoi se risquent régulièrement certains artistes, avec leurs caricatures. Et là, ça passe ou ça casse. On se souvient des pingouins de Xavier Gorce, des caricatures de Mahomet sur Charlie.
          – « Les brûlés font du ski » : une plainte déposée contre Charlie Hebdo pour sa caricature choc sur le drame de Crans-Montana, dans lequel 40 personnes ont perdu la vie (rtl.be)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *