croître ou décroître au Congrès de Reims

 

Lunettes théoriques : croître ou décroître ?

 

La plupart des penseurs contemporains suivent la religion de la croissance économique. Ils n’ont pas encore compris qu’à toute croissance succède inéluctablement une décroissance et que l’état stationnaire est le meilleur ami d’une vie épanouie. Pour bien mesurer toute la palette des conceptions sur cette question, il suffit de lire quelques phrases-clés des contributions générales des socialistes en vue du Congrès de Reims (14 au 16 novembre 2008). Il n’y a aucun commentaire, à chacun de se faire une idée personnelle sur la durabilité des différentes positions :

 

Bertrand Delanoë : Créer les conditions d’une croissance solide, pour relancer emploi et pouvoir d’achat. Les socialistes, en tout état de cause, ne sont pas adeptes de la « décroissance ».

 

Martine Aubry : Repenser et retrouver la croissance. Si nous pensons que l’accumulation de biens n’est pas une fin en soi de la société, et que la croissance doit impérativement être rendue compatible avec la protection de l’environnement, nous ne sommes pas pour autant des adeptes de la décroissance. Notre pays a besoin de croissance pour faire baisser le chômage et pour améliorer les conditions de vie des Français.

 

 

François Hollande : Comment être plus fort dans la mondialisation ? Notre objectif doit être de faire un point de croissance de plus que la moyenne européenne comme cela a été le cas entre 1997 et 2002.

 

Laurent Fabius : Certains ont longtemps prétendu qu’une croissance exponentielle infinie dans un monde qui ne l’est pas était possible. Nous affirmons avec force que la croissance économique et l’impératif écologique constituent un seul et même enjeu.

 

Ségolène Royal : Bien vivre dans l’après-pétrole. Il nous faut de toute urgence produire et consommer autrement pour garantir le développement soutenable de notre pays. Nous proposons de calculer autrement la croissance pour mieux évaluer les dommages ou les bénéfices de certaines activités et agir juste.

 

Pôle écologique : La satisfaction légitime des besoins des moins aisés conduit à se préparer à consommer moins ou autrement. La priorité du nouveau modèle de développement doit être de concentrer les efforts sur la diminution de la consommation d’énergie. Nous proposons de ne plus évoquer la croissance sans la relier à son contenu et à la manière de la mesurer. Il faut cesser l’accumulation individuelle de biens, souvent d’ailleurs réservés à quelques-uns uns, et dont trop sont superflus ou inutiles. Il faut stopper la course au « toujours plus » qui mène les gens à l’insatisfaction permanente et revenir à l’essentiel.

 

Utopia : La croissance ne peut avoir pour vocation à réduire la pauvreté, ni à renforcer la cohésion sociale. Un même taux de croissance peut correspondre à un accroissement ou à une réduction des inégalités. Et une croissance illimitée dans un monde fini est une illusion. Il nous semble tout aussi dogmatique et inefficace de se déclarer pour une décroissance qui pourrait à son tour être synonyme de « moins bien être » social. Comme certains objecteurs de croissance, « Nous sommes convaincus qu’il faut dépasser la contradiction croissance/décroissance car elle nous entraîne dans l’immobilisme» (Paul Ariès). Les vraies questions sont croissance de quoi, pourquoi et pour qui ? Décroissance de quoi, pour quoi et pour qui ? En fonction de quels objectifs, au service de quel idéal de société ? 

 

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1 réflexion sur “croître ou décroître au Congrès de Reims”

  1. Ils n’ont pas lu

    « Dictature de la croissance » Gérard Moreau, éditions Gingko 2005.

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