De nouveaux mots expriment notre désarroi

Des expressions ont été médiatisées pour nous faire croire que l’avenir allait être radieux, « progrès technique », « développement durable », « croissance verte », « transition écologique »… tout va se passer en douceur, l’urgence écologique attendra. Mais l’inquiétude croissante de l’opinion publique invite à mettre de nouveau mots sur nos maux.

Glenn Albrecht* invente des néologismes en phase avec la détérioration de notre planète, il y voit une stratégie politique : « Ce que nous faisons subir à la Terre est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cela crée en nous des émotions pour lesquelles nous n’avons pas encore de mots. Or, si nous voulons agir, il faut pouvoir les décrire précisément ». Installé dans l’est de l’Australie ce « fermosophe » ou fermier philosophe est devenu célèbre en inventant le concept de « solastalgie ».

« La solastalgie, c’est le sentiment de perte que vous ressentez lorsque le lieu que vous avez toujours connu n’existe plus. C’est avoir le mal du pays dans son propre pays. » Ce néologisme formé de la racine latine sola (le réconfort) et de la racine grecque algos (relatif à la douleur) est formulé pour la première fois en 2005 dans la revue australienne Philosophy, Activism, Nature, le terme a depuis fait florès. Une autre de ses inventions sémantiques, « symbiocène », autrement dit l’ère qui succédera, si tout se passe bien, à l’actuel anthropocène, période à partir de laquelle l’activité humaine a commencé à modifier l’histoire de la Terre pourrait aussi connaître un joli succès : « Au symbiocène, l’empreinte des humains sur la Terre sera réduite au minimum, et toutes les activités humaines seront intégrées dans les systèmes vitaux. » Glenn Albrecht n’est pas naïf, il sait que l’« écoagnosie » (le fait qu’une personne ignore son environnement ou soit indifférente à l’écologie) reste très prégnante. Mais il se veut « un optimiste sans relâche » :

« Nous sommes à l’aube d’une troisième guerre mondiale, une guerre “émotionnelle” entre les créateurs de la Terre et ses destructeurs. ».

Mieux que des néologismes, nous aimerions que soit relayé publiquement un certain nombre d’expression clés sur les changements réels à promouvoir, un langage commun qui ne soit pas réduit à des éléments de langage : Acteurs absents (démocratie), agriculture biologique (production), communautés résilientes (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), décroissance maîtrisée (économie), Descente énergétique (énergie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), fécondité raisonnée (démographie), Migration limitée (déplacements), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (organisation), etc. Ce sont les thématiques qui sous-tendent le contenu de ce blog biosphere. A nos lecteurs d’en faire bon usage…

article antérieur du 23 juin 2019, Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »

* LE MONDE du 10 mars 2020, Glenn Albrecht, gentleman « fermosophe »

9 réflexions sur “De nouveaux mots expriment notre désarroi”

  1. Didier BARTHES

    Aujourd’hui l’effondrement est la seule perspective qu’un peu de lucidité laisse entrevoir. Bien sûr, les mots commencent à anticiper ce sentiment qui montent chez certains, mais ne soyons pas naïfs, la plupart des discours politiques montrent qu’aux plus hauts niveaux, cette perspective n’est pas envisagée, pas prise au sérieux et qu’il en est encore de même chez une majorité de nos concitoyens.
    Cette majorité permet d’ailleurs aux discours politiques de ne pas paraître complètement décalés. C’est un accord de bas en haut pour la surdité volontaire, une conséquence de l’ignorance, parfois de la bêtise.

    1. Coatch du parti d'en rire

      C’est sûr qu’il vaut encore mieux parler aux arbres qu’aux politicards.
      C’est peut-être un peu naïf… mais en attendant c’est très tendance.
      Et si vous avez besoin d’aide pour cela, rien de tel qu’un coaching entre les arbres ? (sic)
      – Qu’est-ce que le Symbiocène ? (entrelesarbres.com)

  2. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

  3. Pour moi, solastalgie ou éco-anxiété c’est pareil. Alors bien sûr j’entends les explications sur la principale différence entre les deux. Quoi qu’il en soit ces deux mots ne font que traduire un trouble, appelé plus couramment anxiété.
    Quant à « symbiocène »… je le découvre. Et là non plus je ne vois pas trop l’intérêt d’inventer un nouveau mot (néologisme) pour nommer ce qui succèdera, si tout se passe bien (sic), à cette période déjà pas très claire, dite anthropocène.

    Qu’est-ce qu’un philosophe, quel est son rôle ? ON nous dit qu’un philosophe est celui qui invente, construit, des nouveaux concepts. Je veux bien. Mais c’est aussi celui qui en déconstruit d’autres.
    Glenn Albrecht se définit comme un «fermosophe». Comme d’autres se définissent «vélosophe», «écosophe» et j’en passe. Je ne vois en quoi la fermosophie serait plus brillante que la vélosophie, ou que l’écosophie. Je me méfie toutefois de la morosophie. 🙂

    1. – « Pour frapper les esprits et les manipuler, il est bon d’utiliser des formules chocs.
      Cet art de la concision atteint son paroxysme lorsqu’on invente des néologismes.
      Ce qu’ont bien compris les publicitaires et les politiques. […] À force d’être martelé par ceux qui l’inventent, il se diffuse facilement et se substitue inconsciemment aux mots du langage courant. Dans 1984, George Orwell dénonçait cette emprise lorsqu’il décrivait le vocabulaire B de la « novlangue » voulue par Big Brother comme un lexique fait de mots composés (« crimepensée ») destinés non à exprimer des idées mais à les détruire. […]
      Les philosophes, eux aussi, aiment les néologismes comme le rappelaient Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Qu’est-ce que la philosophie ? (1991). »
      ( Stratagème n°49. Néologisez – philomag.com )

      1. esprit critique

        – «  Glenn Albrecht invente des néologismes en phase avec la détérioration de notre planète, il y voit une stratégie politique »

        Stratagème ou stratégie, c’est pareil. Le but ici est de frapper les esprits.
        Les néologismes, les mots-obus, les slogans, les expressions… tout est bon.
        Pour frapper les esprits … Biosphère nous fait donc découvrir ce fermosophe australien, sa solastalgie et son symbiocène qui va bien.
        Hier Biosphère nous faisait découvrir la «faillite hydrique».
        ON peut nommer les choses de multiples façons, faisons juste attention à ce qu’un cercle ne devienne pas un carré. Que l’anxiété chronique et la confusion permanente (démence) ne deviennent pas les caractéristiques d’un esprit sain.

  4. Pourquoi ne pas avoir titré : CES nouveaux mots traduisent notre désarroi ?
    Ces mots induisent souvent une mécompréhension lorsqu’ils se veulent +/- scientifiques. Ainsi, pour seul exemple l’anthropocène, compris par la majorité comme une période est en fait une crise, c.à.d. un instant infiniment court qui s’exprimerait sur une chronique (représentant température, teneur en CO2, population humaine, biodiversité… ce qu’on voudra) par un hoquet, une rupture, une courbe de Dirac. L’assimiler à une période, à un étage géologique, etc., induit par sa durée imaginée un confort intellectuel alors qu’il exigerait une réaction proportionnée : déchainement de colère, révolution…

    1. esprit critique

      Que ces nouveaux mots expriment ou traduisent notre désarroi… pour moi c’est à peu près pareil. Le problème c’est le désarroi. Comme le désespoir, et autres.
      Encore un mot en Dé, et pas un bon.
      (Michel C 22 janvier 2026 à 13:12 – “La rupture écologique est possible, comment ?“)
      Comme déchaînement, de colère ou autre… pas bon non plus. Restons calmes !

      L’anthropocène a déjà fait couler beaucoup d’encre, il a d’ailleurs sa page Wikipédia.
      Solastalgie aussi. Symbiocène ça viendra peut-être… ou pas. Soyons des utopistes !
      – « Comme je l’ai dit, ce sont les émotions qui font se mouvoir les gens, pas les faits scientifiques. Mais si vous pouvez allier science et émotions, vous trouverez une motivation puissante au changement. Et c’est exactement ce que je m’efforce de faire. » (Entrer dans le Symbiocène – sustainabilitymag.lu)

  5. Esprit critique

    Ce symbiocène me fait penser à Avatar, le film. Si le premier de la série (2009) a été le plus gros succès de l’histoire du cinéma… il le doit bien plus aux effets spéciaux qu’à l’histoire qu’il raconte. Déjà, ces histoires avec d’un côté les méchants et les gentils de l’autre, personnellement je les trouve un peu trop naïves. Dans Avatar les gentils ce sont bien sûr les bleus, les Na’vi.
    Ceci dit, la série Avatar est considérée comme « une œuvre profondément spirituelle ».
    – « Avatar » : derrière le phénomène mondial, une œuvre profondément spirituelle (lavie.fr)
    – Quel est le message spirituel du film AVATAR et qui sont les vrais Avatars ?
    (Par Emmanuel Moulin, responsable de la rédaction Mediationfrance – amiens.catholique.fr)

    C’est bien joli tout ça, seulement, de ce message spirituel… tout le monde s’en fout !
    Qu’il soit en 3D ou en 4D, Avatar ça reste du cinéma.
    Et à tous points de vue. Du Business avant tout.

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