Décision médicale et arrêt des traitements

La question « Sobriété en médecine : jusqu’où traiter ? » sert de fil rouge aux Etats généraux de la bioéthique, une étape de débats préalable à la révision de la loi de bioéthique. On doit interroger le bien-fondé des traitements, en étant vigilant à ne pas tomber dans l’obstination déraisonnable. La formule a remplacé celle d’« acharnement thérapeutique » dans le code de la santé publique.

Qui n’aurait pas droit à être soigné ?

A l’heure où le déficit de la Sécurité sociale s’envole, quel est le « juste soin ». Évaluer la « balance bénéfices-risques » est au cœur de la décision médicale. Plus on avance dans les traitements, plus les chances de son efficacité s’amenuisent.Toute la question est de savoir à quel moment la balance bascule, ce moment où il faut décider d’arrêter. Prévaut un « critère de fragilité » prenant en compte l’âge du patient, mais aussi son autonomie ; d’où le positionnement sur une échelle allant du patient bien portant jusqu’au patient grabataire. C’est dans les services de « réa », pendant la crise du Covid-19, qu’a été mise en lumière la question du « tri » des patients, déjà appliquée de longue date dans la médecine de guerre ou d’urgence. Alors que les lits ont manqué en 2020, au plus fort de l’épidémie, les malades les plus âgés se sont vu fermer les portes de la réanimation.

Quid de la dimension financière ? Cette dimension ne pèse jamais officiellement dans la décision du médecin. Y compris dans les secteurs les plus coûteux. La prise en charge de l’insuffisance rénale en est un bon exemple : une année de dialyse représente en moyenne 80 000 euros par patient, et plus de 50 000 patients sont « dialysés » aujourd’hui : soit 4 milliards uniquement pour cette pathologie.

le point de vue des écologistes éthiques

Où sont donc les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite d’efficacité de l’utilisation des techniques, limite des capacités financières ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. Il nous faut accepter autant que possible les mécanismes de la sélection naturelle. L’avenir n’est pas à vivre bicentenaires, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort.

Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par des structures médicales, institutionnelles ou technologiques actuellement disproportionnées dans les pays développés.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

l’acharnement thérapeutique, conséquence de l’énergie fossile (2011)

extraits : Une journée d’hospitalisation en service de réanimation coûte de 500 à 5000 kWh d’énergie, l’essentiel étant contenu dans les biens et services utilisés par l’hôpital. Elle n’est en outre possible que grâce à l’utilisation en France de métaux et produits chimiques extraits dans de lointaines contrées, de gaz russe ou de pétrole norvégien pour chauffer les bâtiments, laver les draps ou faire le plastique des cathéters, etc. (…) Même si cela peut paraître sordide, dès lors que la quantité d’euros (d’énergie) est limitée, il faudra soigner avec moins de flux matériels à disposition. Cela soulèvera des débats difficiles sur notre rapport à la mort, et sur le fait qu’aujourd’hui nous jugeons que toute consommation de ressources non renouvelables est justifiée pour maintenir en vie des personnes en bout de course avec des dispositifs lourds. » (Jean-Marc Jancovici dans son livre Changer le monde, tout un programme).

Les limites de la loi « bioéthique » (2019)

extraits : C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là….

5 réflexions sur “Décision médicale et arrêt des traitements”

  1. Esprit critique

    – « 4/5) Généralisation du raisonnement
    Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique »

    Ce qui nous renvoie à l’article d’avant hier « Décision médicale et arrêt des traitements » .
    S’il ne s’agit que de s’aventurer… sur ce terrain là, celui de la bioéthique… OK.
    Seulement attention ! Déjà ON voit comment évolue la bioéthique.
    En gros elle suit l’air du temps. Hi han hi han !
    Ensuite ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, comme ON dit. Il y a des technologies qui sont de véritables progrès. Je pense de suite à la machine à laver. Je revois encore ma mère poussant la brouette pour aller faire la lessive à la rivière, été comme hiver. Maintenant la machine à laver n’a pas besoin d’être intelligente, connectée etc. (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Ensuite, ou et en même temps, je pense à la médecine.
      Sans parler de l’acharnement thérapeutique, je ne vois pas pourquoi nous devrions accepter de revenir à la médecine du Moyen Âge. Pour moi il y a quand même des priorités, à respecter. ON ne va quand même pas oser, nous dire… de faire des « économies » d’énergie et de ressources sur la médecine (santé), alors qu’et en même temps ON dépense des sommes dingues (de pognon, de kWh, de matières, d’eau etc.) pour des tas et des tas de conneries et autres saloperies !
      Ben si. Le comble, c’est qu’ON ose… nous le dire. Misère misère !
      Bref, pour moi la Technique (la Technologie, le Progrès) doit être au service de l’Homme, et non pas du Pognon.

      1. Je me doute bien que pas grand monde se sera demandé ce que je raconte là… toutefois je précise que ces 2 commentaires, précédents, étaient destinés à l’article « Tout savoir sur les techniques inappropriées ». Comme quoi tout est lié. 😉

  2. esprit critique

    Bonjour la « sobriété en médecine ». Je rentre à l’instant, j’étais parti à Rome, avec les cloches, je n’ai donc pas eu encore le temps de lire tout ça. En tous cas c’est cet article qui m’inspire de suite.
    Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que ça pue. Si ce n’est que pour faire la chasse aux abus de de conso de médocs, alors OK.
    – LA SOBRIETE DANS LE SOIN – PRINCIPE CIVIQUE DE SOLIDARITE
    (academie-medecine.fr 9 déc 2025)
    Seulement je me méfie de la récupération de certains mots par les tenants du Système. Si la « sobriété en médecine » remplace désormais l’acharnement thérapeutique, ce n’est pas par hasard. Et quand ON nous chiffre en euros, voire en kWh, ce que coûte (à la collectivité) une journée d’hospitalisation en service de réanimation, ce n’est pas non plus par hasard. Je suis désolé, mais pour moi une vie humaine n’a pas de prix. En tous cas ce n’est pas sur ce genre de « sobriété » que les écolos devraient se focaliser.

    1. Sobriété et essentiel... la bonne blague !

      « […] Ce souci de se recentrer sur l’essentiel, de faire émerger de nouveaux paradigmes pour les choix individuels et le vivre ensemble, a rejailli dans le discours public en vis-à-vis de la lutte contre le réchauffement climatique « La sobriété un incontournable de la transition écologique » et de la prise en compte de la limitation de la croissance économique. Le concept de sobriété est aujourd’hui en effet largement utilisé comme levier pour changer les comportements individuels et collectifs vers davantage de tempérance, de modération mais aussi pour inciter à de nouveaux comportements, modifier les normes de consommation que l’on souhaite centrées sur l’utile et le bon-produit [etc. etc.] » ( La sobriété en santé : jusqu’où traiter ? erege.fr )

      Souvenez-vous, de cette chanson douce… l’Essentiel… les vraies valeurs et patati et patata !

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