Décroissance maîtrisée ou récession sévère

« Il est erroné de penser comme Christian Jacob que décroissance est synonyme de récession », écrit Stanislas Rigal, biologiste de la conservation :

«  La seule écologie réaliste, notamment dans les sociétés occidentales, est celle qui fait décroître l’impact humain sur la biosphère et les quantités d’énergie et de matière extraites de l’environnement. Alors que la récession touche la quasi-totalité des secteurs sans discernement en créant un chômage massif, la décroissance est une entreprise prévue, se concentrant sur les secteurs ayant l’impact environnemental le plus négatif, améliorant le quotidien des plus nombreux, réduisant les inégalités par une redistribution des ressources et une démarchandisation du monde. La décroissance permet le passage d’un système obèse reposant sur les énergies fossiles vers un système sobre et convivial. L’humain n’est pas un ennemi de la nature. S’il y a un ennemi, c’est le capitalisme extractiviste et productiviste et il y a des gens derrière chaque activité mortifère ou législation laxiste. Eux sont les vrais ennemis de la nature. Les attaques contre « l’idéologie écologiste » peuvent se retourner facilement, en partant de chiffres précis concernant la réalité physique. Les flux de matière et d’énergie ont atteint des niveaux non soutenables, même à l’échelle de la France. L’empreinte carbone y est de 11,2 tonnes équivalent par habitant au lieu de 2 tCO2eq. L’empreinte matérielle est à 13,2 tonnes par habitant et devrait être divisée au moins par deux pour redevenir soutenable, etc.
Les incantations sont le fait de ceux qui refusent la réalité physique, à savoir que la croissance des flux de matière et d’énergie extraits d’un environnement fini admet des limites physiques. Les minerais radioactifs sont des ressources limitées (et non souveraines) tout comme les ressources carbones fossiles. C’est donc de paradigme qu’il faut changer, à savoir baisser la consommation et la production d’énergie… Une modification des mobilités est indispensable, vers des véhicules partagés, mais cela ne remplacera pas une nécessaire réduction des distances parcourues. C’est d’autant plus vrai pour l’aviation pour laquelle il n’existe pas de moyen crédible de réduire les émissions ; l’honnêteté consiste à proposer aux travailleurs du secteur aérien des plans de formations qui assurent leur avenir. La question n’est pas d’avoir un gâteau toujours plus gros, surtout quand le four n’a plus la taille suffisante pour le cuire. La question est de découper plus équitablement ce gâteau et de lui rendre une taille qui permette de le passer dans le four. Finalement, le point principal n’est pas tant de savoir si la décroissance est, ou non, une utopie de néo-hippies nécessitant de rester confinés trente ans, mais de savoir si nous allons la prévoir ou la subir.
 »

Formidable tribune de Stanislas Rigal qui fait le tour de l’opposition fondamentale entre religion de la croissance et ses dévots d’une part et politiques concertées de sobriété partagée d’autre part. Les prétendants écolos à la présidentielle vont-ils avoir le courage de parler aux médias de décroissance maîtrisée ? Nous suivrons avec intérêt les déclarations publiques de Yannick Jaodt, Eric Piolle et Sandrine Rousseau…
Pour en savoir plus sur la décroissance maîtrisée :

La droite envisage l’idée de décroissance

EELV face au concept de « décroissance »

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7 réflexions sur “Décroissance maîtrisée ou récession sévère”

  1. 30% de la nourriture est gaspillée ? Au fait qui est le préposé aux statistiques du gaspillage : les sbires de la très khmer pastequoverdâtre EELV ? Des ecolozozos ? Etchebest ou Ramsay ?
    De plus, le sort du 1/3 monde m’ en touche une sans faire bouger l’ autre (copyright Chirac)
    la stigmatisation (mot emprunté aux islamogauchistes) de l’ Européen coupable de trop manger (ce qui n’ est pas faux) et ainsi de priver le pov africain ou asiatique à forte pullulation, de nourriture , cela ne fonctionne plus !

    1. Comme le réchauffement climatique, l’épidémie de Covid, l’obésité, l’illettrisme, la misère (pas seulement matérielle) et Jean Passe, le gaspillage alimentaire est une réalité. Une réalité évidemment indéniable. Sauf bien sûr chez tous ces malheureux qui sont dans le déni, ou qui ont complètement perdu la raison.
      Une réalité se mesure et généralement se traduit en chiffres. Les mesures sont faites en divers endroits, de diverses façons, ce qui permet ensuite de tracer des courbes, calculer des taux, comparer etc. Et dire par exemple que le taux d’obésité aux USA est de 34%, en France de 24%, en Ethiopie de 4% etc. Le gaspillage alimentaire se mesure par exemple au niveau des cantines scolaires. Et ceci même dans des communes dont le maire est plutôt tendance Anti-«pastequoverdâtre EELV» primaire.

  2. Stanislas Rigal a évidemment raison. Finalement, reste à voir «si nous allons la prévoir ou la subir.»
    Pour moi c’est tout vu. Je ne vois pas par quel miracle les imaginaires pourraient être décolonisés à temps. Que peut-on attendre de ces «écologistes» qui en sont encore au «développement durable», à la «croissance verte», aux gadgets «eco» et à cette transition qui n’a rien d’une révolution ?
    Et même au sein d’EELV où les «débats» sur la décroissance ne font que tourner en rond. Que peut-on espérer de ceux et celles qui pensent et claironnent que «Si les écologistes d’EELV étaient décroissants, les Français n’auraient pas voté pour eux ! […] il n’y a pas d’écologie pratique qui soit décroissante ! » (Esther Benbassa, sénatrice EELV sur CNews, 29 juin 2020)

    1. D’un côté la misérable, de l’autre la désirable. La première c’est la récession, économique, intellectuelle etc. L’autre c’est la sobriété volontaire dans la joie de vivre. Une utopie, en effet.
      Mais pourquoi «une utopie de néo-hippies» ? Après la blague des cavernes et celle de la lampe à huile des Amish, maintenant celle des néo-hippies adeptes du con finement pour 30 ans. N’importe quoi ! En être encore là, mon dieu quelle misère !
      Ce dont nous avons urgemment besoin c’est justement d’une utopie. Autrement dit un projet de société, un projet politique, un plan, un dessein, qui tienne réellement la route. Pas un de ces délires techno-scientistes ou autres. Alors au travail ! Et une fois que tout ça sera bien ficelé, il restera bien sûr à le vendre. D’où l’intérêt qu’il soit vraiment désirable. Bon courage.
      En attendant, d’un côté la subie, de l’autre la choisie. Et entre les deux… la «décroissance maîtrisée» ?

  3. Actuellement 30 % de la nourriture produite est gaspillée, que 820 millions de personnes sont en sous-alimentation sévère… En 2050 la population sera de 27 % plus élevée (7,5 >>> 9,5). On ne peut pas réduire le gaspillage à zéro, actuellement 11 % de la population est mal nourrie. Donc en gaspillant deux fois moins on pourrait nourrir 7,5 peut-être 8 milliards d’habitants mais pas 9,5.
    Il faut aussi considérer qu’une bonne partie de la production agricole sert à nourrir du bétail !

    1. Non seulement 30% de la nourriture est gaspillée, mais une partie de la population mange trop. Et pas que de viande. Avec toutes les conséquences qu’on sait et pas seulement sur l’environnement (obésité, maladies cardio-vasculaires etc.)
      Alors que des spécialistes démontrent que c’est possible, vous ne pouvez pas dire que la Terre ne peut pas nourrir 9,5 milliards d’habitants. Nourrir, pas gaver bien sûr.

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