A sa seule mention du mot « décroissance » apparaissent immédiatement des images mentales de pénurie, de privations et de retour à la bougie. Mais que se passe-t-il lorsque les individus sont amenés à juger de ses grands principes lorsque le mot lui-même n’est pas mentionné ? Une équipe de chercheurs en économie et en sciences comportementales de la London School of Economics et de l’université autonome de Barcelone a testé le concept.
Stéphane Foucart : Les idées saillantes de la décroissance, quand on ne mentionne pas le mot, recueillent un large soutien, de 74 % à 84 % au Royaume-Uni et de 67 % à 73 % aux Etats-Unis : réduction de la production des biens et services inutiles et nuisibles à la santé et/ou l’environnement, accès universel aux services publics et à des logements abordables, mise en place progressive d’un contrôle démocratique de l’économie, abolition des mécanismes d’appropriation des ressources du Sud global par les pays riches, recherche d’efficacité technologique en accord avec des impératifs de durabilité, etc. L’adhésion à la décroissance ne dépend pas, chez les individus interrogés, de leur niveau de revenus ou de la satisfaction qu’ils en tirent. Les plus riches n’y étaient en moyenne pas moins favorables que les moins fortunés. La résistance du public à la décroissance ne tient donc pas à une opposition à ses fondements, mais à un manque d’occasions d’en débattre en tant que politique cohérente.
Une très large majorité des gens aspirent à une économie radicalement différente. Mais la théorie économique telle qu’elle existe aujourd’hui a été fondamentalement conçue pour résoudre les problèmes d’un autre siècle.
Le point de vue des écologistes décroissants
La convention citoyenne sur le climat, d’octobre 2019 à juin 2020, l’avait déjà certes démontré : des citoyens tirés au sort, peu ou pas politisés, lorsqu’ils sont confrontés à l’état de la connaissance et qu’ils sont extraits de l’océan d’insignifiances et de diversions du bavardage médiatique, peuvent proposer des mesures de protection de l’environnement et du climat plus fortes que les plus ambitieuses portées par les partis écologistes. Et ce, en assumant explicitement de faire décroître certains secteurs, comme le transport aérien, la chimie ou l’agroalimentaire.
Mais il ne faut pas se payer de mots, littéralement. Si une réalité fait peur, appelez-la par un nom désirable et le tour serait joué ? Remplacez « décroissance » par « économie du bien-être », « guerre » par « opération spéciale », « mensonge » par « liberté d’expression », etc. Ce qu’il faudrait tester, ce n’est pas l’adhésion aux idées, mais l’adhésion aux conséquences concrètes de ces idées. Évidemment que tout le monde est d’accord pour ne pas consommer de biens inutiles ou nuisibles. Mais qui est prêt à ne pas faire crouler les enfants sous des monceaux de cadeaux à Noël ? Qui est prêt à se passer des facilités d’un système économique qui flatte l’égo, l’égoïsme et l’égocentrisme ?
De toute façon, si on ne veut pas utiliser publiquement ce terme « décroissance », pourtant celle-ci s’imposera bientôt à nous. La démesure de la société thermo-industrielle avait entraîné le règne des « SUR » : SURabondance, SURactivité, SURcommunication, SURconsommation, SURdéveloppement, SURemballage, SURendettement, SURéquipement, SURmédicalisation, SURpâturage, SURpêche, SURproduction, SURtourisme…
Dans un contexte de pénurie globale des ressources naturelles, l’avenir n’est plus dans l’expansion, mais nécessairement dans son inverse. A la croissance économique doit donc succéder la DEcroissance conviviale, à l’effet rebond l’effet DEbond, à la mondialisation la DEmondialisation, à la pollution des sols et des esprits la DEpollution, au populationnisme la DEpopulation, à l’urbanisation la DEsurbanisation, à la voiture pour tous le Devoiturage, au réarmement actuel la DEmilitarisation et au tourisme de masse la Demobilité.
Mais le passage à la décroissance socialement consentie ne peut se faire immédiatement, nous sommes tellement bercés actuellement par la musique ambiguë d’un croissancisme destructeur.

Ceci dit, et pour résumer…. Stéphane Foucart nous sert là encore un très bon article.
Seulement je crains que ce soit, là encore, donner de la confiture aux cochons.
– « David Graeber (1961-2020) disait parfois que la plupart des gens sont anarchistes, mais que la grande majorité d’entre eux l’ignore. Cette position est sans doute un peu exagérée, mais elle rend bien compte de certaines impasses du débat public, où des mots sont frappés d’un tel opprobre que la réalité de ce qu’ils recouvrent disparaît complètement de la conversation. »
Et ON peut dire que de ces mots là, ON n’en manque pas !
Ne serait-ce que « surpopulation ». La carcérale bien sûr. 🙂
Et ne parlons pas de « anarchie », oh mon dieu non pas ça !
Mots tabous, mots obus , même combat ! La guerre des mots, et des maux. (à suivre)
– « Mais il ne faut pas se payer de mots, littéralement. Si une réalité fait peur, appelez-la par un nom désirable et le tour serait joué ? Remplacez « décroissance » par « économie du bien-être», « guerre » par « opération spéciale » […] »
(Le point de vue des écologistes décroissants)
Et si un mot ne cadre pas avec ce que vous désirez… autrement dit avec une certaine idée qui vous plait (vous fait du bien)… eh ben tordez en le sens et le tour est joué !
Remplacez «décroissance» par «éclairage à la bougie», «anarchie» par «gros bordel», «cercle» par «carré» etc. etc.
Évidemment que tout le monde a envie de croire ce qui l’arrange.
– « La convention citoyenne sur le climat […] l’avait déjà certes démontré : des citoyens tirés au sort, peu ou pas politisés […] peuvent proposer [etc. etc.] » (écologistes décroissants)
Désolé, pour moi cette farce n’a RIEN été démontré que nous ne sachions déjà.
– « D’après un récent sondage Aviva Assurance, BFM Business et Challenges, 54% des Français interrogés indiquent qu’ils seraient favorables à la décroissance. » (Les Français et la décroissance : une histoire d’incompréhension et d’hypocrisie – lmc.today 4 octobre 2019)
Et en même temps, des tas de sondages nous « révèlent » que malgré les défis économiques, sociaux, écologiques etc. la Croissance reste un objectif clé pour les Français. Va comprendre…
Rien d’étonnant à ça, puisque tous les jours ON nous explique que la Croissance est ESSENTIELLE pour combattre le Chômage, le Déficit, le Réchauffement et patati et patata !
– La croissance (economie.gouv.fr/facileco/culture-economique)
Déjà, n’allons surtout pas prendre tout ça au sérieux !
– Les trois quarts des Français soutiennent une hausse du budget de la Défense, selon un sondage (letelegramme.fr 04 mars 2025 )
– etc. etc.
– « Le 18 novembre 2025, un sondage publié par l’Ifop affirmait que 33% des musulmans de France éprouveraient une forme de sympathie pour des mouvements islamistes. Un chiffre choc, parmi d’autres, largement relayé dans les médias et utilisé dans l’arène politique, jusqu’à être repris comme argument électoral. »
(Les sondages fabriquent-ils l’opinion? – rfi.fr/fr 01/01/2026)
En ce qui con cerne l’Opinion, pas besoin de chercher bien loin. Comme son nom l’indique, l’Opinion ça va ça vient. Une girouette ! Un battement d’aile d’un papillon, un pet de mouche qui passe, et hop elle tourne aussi bien dans un sens que dans l’autre.
(à suivre)
– « Vous avez beau dire, y’a pas seulement que d’la pomme, y’a autre chose… ça serait pas de la betterave ? » (Les Tontons flingueurs)
Betterave, j’en sais rien. Incompréhension, oui je veux bien.
Hypocrisie alors là c’est sûr, y’en a ! Des tonnes.
Les (instituts de) sondages sont au service de ceux qui les paient. Au sujet de tout et de n’importe quoi ils servent à mesurer (connaître) cette fumeuse Opinion (l’air du temps) à un instant T. Tout connement pour permettre ensuite à ces petits curieux d’adapter et peaufiner leur discours. Politique, commercial, peu importe c’est pareil.
Si… l’Opinion est dans le sens qui leur con vient, donc celui qui « va bien », alors ils peuvent accélérer et passer à l’étape suivante. Sinon ils se doivent de mieux nous expliquer les choses. « ON va prendre le temps de mieux vous expliquer » qu’ils disent ! Osant même parler de… pédagogie, misère misère. (à suivre)
(suite) Et en général, à forces de répétitions etc. les choses finissent toujours par rentrer dans l’ordre. Celui qui va bien, bien entendu. L’Ordre Établi.
Et en même temps, vu que les moutons, les bœufs n’en parlons pas, ont du mal à se faire une opinion par eux-mêmes, les sondages leur servent de guide (boussole) pour penser comme il faut. Autrement dit comme ils se doivent, de penser.
Tout connement pour être dans la Norme, le Troupeau. Hi-han !
Bref, pour moi yapafoto les sondages ne servent qu’à nous manipuler.
Pas que les sondages, bien sûr. Ne pas oublier qu’ON est en démocrassie. (à suivre)
Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
https://biosphere.ouvaton.org/blog/
Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
https://biosphere.ouvaton.org/
Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.